Ce qui n’est pas la nuit
(Carnet d’ombres et de lumières, la poésie, l’amour)Extraits
Le quotidien
N’est qu’un kidnappeur
Un empêcheurL’imprimer en images
Le projeter en multiples miroirs
Le distordre d’un réelNous sommes deux
Quand nous regardons
Ton œuvreDès lors les mots à l’œuvre
Meuvent les pensées
Les signes apparaissentLes signes éclairent l’écheveau
Tricotent notre dualité
Une vie au temple du réelL’instant réel
Déjà passé
Il fuiteTu nous a laissés seuls
En chemin de la douleur
Que nous pensions ensembleTu signes la perte
À chaque respiration
D’une machine programméeLe jour où ce trou fut ouvert
Qu’as-tu décidé… ?Sur ta terrasse de bois
Nous pensions le monde
Un radeau universelNous sommes deux
Dans la solitude du secret
Le renoncement, la perteJe m’apprête pour le silence
Et la suite seule s’invitera
Une provocation indécenteDans ce silence à deux
L’écho insolite
D’un mouvement de vieUn temps délicieux
Les rayons du couchant
Frétillement des ombresUn temps à s’allonger
La porte s’invitera
Pour l’hiverDans les sons
Tout appel
Est une portéeDans le silence
La portée d’une absence
Et les sombres des doutesLes notes
Ne sont que gestes
Quelle vibration !Chœurs à portée
Milieu du ciel
Dans l’attenteUn seul temps
Ne dure pas
Dans un rêveDans l’aube
Suspension du verbe
Juste une ondulationLe temps
Encore lui
Cette vibration !Une brume sonore,
Disparaissent les doutes
Quelques racines affleurentLe temps des feuillages
L’instant du départ
Ouvre-toi, imaginaire !Un instant les feuillages !
Ne bannissez pas ma voix
À la lumière d’un couchantEt vous chants sauvages
Ne vous trompez pas à ma joie
Que j’aspire à votre ritournelleLa porte de l’étang
L’étrange du souvenir
Une sombre silhouetteComme une ombre jetée
À la peau de l’eau
Surnage ta mémoireElle cligne des yeux
M’enseigne un présent
Les mots poèmesElle frissonne la haie
Et les arbres favoris
Feutrent les oublisJ’écoute les vagues du ciel
Tordre mes envies
Je m’allonge au miroirMes teintes s’effacent
Une jeunesse bleue
A brûlé mes tracesSans plus de nature
Les gestes d’ils et d’elles
Gênent le paysageLes corps humains encombrent
Ils ne sont pas prêts à mourir
Redoutent le pireIls reculent au bord de la falaise
Ménagent leur chute
Un vol qu’ils voudraient enchantéTu as pris un peu de ma mort
J’aurais voulu être toi
Le jour du déclinTu as tant pris de mes mains
Je souhaite ton regard
Un beau matin du mondeJe m’endors avec ton ombre
La nuit ne sait pas tout
Elle médite le souvenirLa brûlure me surprend
Soudaine et justicière
Dans la mémoire des songesJe tu moi
Je tu iel
Je tu toiC’est là l’origine
Les grands massacres
L’aube des mortsCela sonne comme un glas
Ce qui n’est pas la nuit
Hélas ne raisonne pasLes grandes forêts
Les grands champs de bataille
Des silences emplis de plaintesCe qui est la nuit
Résonne aux forêts
Les silences des échos épuisésAllons ! Les lumières !
Allons ! Les reflets !
Allons ! Les miroitements !Une chaise au pas de porte
L’œil écoute et voit
ApaisementQuelques notes des pas
Sur l’asphalte ou le sentier
SuffisentLa sagesse des paupières
Cap à l’âme
Et beau fixe !Une respiration
Signe en refrain
De ce qui est vuBienvenus reflets
Changeants et chatoyants
Signent des temps incertainsHors champs
Poétiques
Des corpsJe
Tu
ToiUn brin
De
CharmeUn lien
D’âme
Être !Je tu moi
Je tu iel
Je tu toi
Entretien avec Clara RegyA travers ce que je vois, je pense que vous aimeriez répondre à cette « grande » question : « la poésie peut-elle sauver le monde » ? Vaste, difficile et surtout courageuse question !
Dès l’adolescence la poésie m’a sauvé d’un triste destin. La vie n’en fut pas moins compliquée, bancale, j’aurais pu faire mieux, me dis-je souvent. Quant à sauver le monde je pense que ce sont aux êtres humains de s’en charger. La poésie est de celles qui élaborent des rhizomes, qui percent de leurs racines les fondations des ruines et des gratte-ciels. Qui va chercher l’humain là où il n’y aurait plus que blocs de béton gris et nappes de pétrole. La poésie est survivante, elle sauve celles et ceux qui se laissent enfin aller à sa candeur car sans pari aucun sur l’avenir, rien qu’une respiration qui pulse et du sang qui nourrit.
Vous me soufflez aussi votre intérêt et votre engagement ou vos échanges avec « l’autre », pouvez-vous vous nous en dire davantage ?
À présent (j’ai soixante-sept ans) je recherche, car je les apprécie de mieux en mieux, les opportunités dans des occasions et des lieux divers de lire à haute voix mes poèmes, ceux des autres et d’écouter les leurs. De partager ces moments d’étranges complicités où rien ne se dit d’autre que l’intimité de chacun.e. Pas de pari, pas de jugement, pas de prix, que l’exposition de paroles multiples, interprétations, expressions de notre monde. L’écoute des voix et des mots singuliers me nourrit d’apaisement, de désir et de sollicitude.
Et cette fois-ci pouvez vous définir la poésie en 5 mots ?
Le mot « Urgence » me vient toujours à l’esprit quant il s’agit de poésie.
Puis « Sauvage », car entre les lignes des dogmes imposés, elle peut faire signe.
« Beauté » comme un intense besoin d’intimité qui serait à partager.
« Chevaleresque », un mot sans doute désuet mais qui parle de générosité et d’héroïsme. J’aime penser que la poésie est héroïque dans les temps que nous vivons.
« Désespérée », car j’aime pleurer sur notre sort, tant que des larmes surgit une volonté.
Michel Gendarme est membre de la Poéthèque du Printemps des Poètes. Invité d’honneur
du Village en Poésie de Limeyrat (24) 2016. Programmé dans divers festivals : Baie des
Plumes Douarnenez, Voix Vives en Méditerranée Sète, Maison de Poésie de Poitiers,
Expoésie Périgueux, Rochefort-sur-Loire. Résidence au Logéllou à Penvénan (22) en 2022
et 2023.
Il est publié par de nombreuse revues : Terre à ciel (en ligne), Recours au poème (en ligne),
La revue des ressources (en ligne), Ouste, Décharge, Verso...
Parmi ses recueils, aux éditions Gros Textes : Le ciel efface ses empreintes écrit avec Patrick Chouissa ; Cadeau, une histoire d’amour ; Mémoire Méduse Requiem, avec CD, écrit avec Hervé Brunaux et Patrick Chouissa ; Exquises Esquisses, 20 dessins de José Corréa ; Ceux qui ne connaissent pas le corps des autres, avec CD…
Il participe à des performances avec d’autres artistes, poètes, musiciens, plasticiens et danseurs, Jean-Sébastien Mariage, Marguerite Papazoglou, Delphine Barbut, David Chiesa, Michel Brand, Patrick Chouissa (ils inventent l’installation Le Poéticomatophone), Maurice Moncozet, Hervé Brunaux, Thomas Dejeammes, Natacha Muslera, Hiroshi Okazaki, Inna Maaimura, Catherine Jauniaux, Sylvain Roux etc.Portait : J. Corréa
Bibliographie
- Les poèmes arrangés, Sinope 2024
- Le ciel efface ses empreintes, avec Patrick Chouissa, Gros Textes 2022
- Les enfants de moins de douze ans volent !!, Les cahiers de l’égaré 2020
- Cadeau, une histoire d’amour, Gros Textes 2018
- Mémoire méduse, requiem, avec CD, co-écrit avec Patrick Chouissa et Hervé Brunaux, Gros Textes 2016
- Exquises Exquisses, Dessins de José Corréa, Gros Textes 2014
- Avion Bamako, Revue Arts et Résistances n°3, Gros Textes 2010
- Ceux qui ne connaissent pas le corps des autres, avec CD, Gros Textes 2009
- Des rivages, Pastel de Roseline Granet, Gros Textes 2006
- Les mots invisibles, Photographies de Irène Cerquetti, Le Non Verbal/A.M.Bx 2000
- Dévigation, L’Athanor 1976

