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Michel Gendarme

lundi 5 mai 2025, par Cécile Guivarch

 
Ce qui n’est pas la nuit
(Carnet d’ombres et de lumières, la poésie, l’amour)

Extraits

Le quotidien
N’est qu’un kidnappeur
Un empêcheur

L’imprimer en images
Le projeter en multiples miroirs
Le distordre d’un réel

Nous sommes deux
Quand nous regardons
Ton œuvre

Dès lors les mots à l’œuvre
Meuvent les pensées
Les signes apparaissent

Les signes éclairent l’écheveau
Tricotent notre dualité
Une vie au temple du réel

L’instant réel
Déjà passé
Il fuite

Tu nous a laissés seuls
En chemin de la douleur
Que nous pensions ensemble

Tu signes la perte
À chaque respiration
D’une machine programmée

Le jour où ce trou fut ouvert
Qu’as-tu décidé… ?

Sur ta terrasse de bois
Nous pensions le monde
Un radeau universel

Nous sommes deux
Dans la solitude du secret
Le renoncement, la perte

Je m’apprête pour le silence
Et la suite seule s’invitera
Une provocation indécente

Dans ce silence à deux
L’écho insolite
D’un mouvement de vie

Un temps délicieux
Les rayons du couchant
Frétillement des ombres

Un temps à s’allonger
La porte s’invitera
Pour l’hiver

Dans les sons
Tout appel
Est une portée

Dans le silence
La portée d’une absence
Et les sombres des doutes

Les notes
Ne sont que gestes
Quelle vibration !

Chœurs à portée
Milieu du ciel
Dans l’attente

Un seul temps
Ne dure pas
Dans un rêve

Dans l’aube
Suspension du verbe
Juste une ondulation

Le temps
Encore lui
Cette vibration !

Une brume sonore,
Disparaissent les doutes
Quelques racines affleurent

Le temps des feuillages
L’instant du départ
Ouvre-toi, imaginaire !

Un instant les feuillages !
Ne bannissez pas ma voix
À la lumière d’un couchant

Et vous chants sauvages
Ne vous trompez pas à ma joie
Que j’aspire à votre ritournelle

La porte de l’étang
L’étrange du souvenir
Une sombre silhouette

Comme une ombre jetée
À la peau de l’eau
Surnage ta mémoire

Elle cligne des yeux
M’enseigne un présent
Les mots poèmes

Elle frissonne la haie
Et les arbres favoris
Feutrent les oublis

J’écoute les vagues du ciel
Tordre mes envies
Je m’allonge au miroir

Mes teintes s’effacent
Une jeunesse bleue
A brûlé mes traces

Sans plus de nature
Les gestes d’ils et d’elles
Gênent le paysage

Les corps humains encombrent
Ils ne sont pas prêts à mourir
Redoutent le pire

Ils reculent au bord de la falaise
Ménagent leur chute
Un vol qu’ils voudraient enchanté

Tu as pris un peu de ma mort
J’aurais voulu être toi
Le jour du déclin

Tu as tant pris de mes mains
Je souhaite ton regard
Un beau matin du monde

Je m’endors avec ton ombre
La nuit ne sait pas tout
Elle médite le souvenir

La brûlure me surprend
Soudaine et justicière
Dans la mémoire des songes

Je tu moi
Je tu iel
Je tu toi

C’est là l’origine
Les grands massacres
L’aube des morts

Cela sonne comme un glas
Ce qui n’est pas la nuit
Hélas ne raisonne pas

Les grandes forêts
Les grands champs de bataille
Des silences emplis de plaintes

Ce qui est la nuit
Résonne aux forêts
Les silences des échos épuisés

Allons ! Les lumières !
Allons ! Les reflets !
Allons ! Les miroitements !

Une chaise au pas de porte
L’œil écoute et voit
Apaisement

Quelques notes des pas
Sur l’asphalte ou le sentier
Suffisent

La sagesse des paupières
Cap à l’âme
Et beau fixe !

Une respiration
Signe en refrain
De ce qui est vu

Bienvenus reflets
Changeants et chatoyants
Signent des temps incertains

Hors champs
Poétiques
Des corps

Je
Tu
Toi

Un brin
De
Charme

Un lien
D’âme
Être !

Je tu moi
Je tu iel
Je tu toi

 
Entretien avec Clara Regy

A travers ce que je vois, je pense que vous aimeriez répondre à cette « grande » question : « la poésie peut-elle sauver le monde » ? Vaste, difficile et surtout courageuse question !

Dès l’adolescence la poésie m’a sauvé d’un triste destin. La vie n’en fut pas moins compliquée, bancale, j’aurais pu faire mieux, me dis-je souvent. Quant à sauver le monde je pense que ce sont aux êtres humains de s’en charger. La poésie est de celles qui élaborent des rhizomes, qui percent de leurs racines les fondations des ruines et des gratte-ciels. Qui va chercher l’humain là où il n’y aurait plus que blocs de béton gris et nappes de pétrole. La poésie est survivante, elle sauve celles et ceux qui se laissent enfin aller à sa candeur car sans pari aucun sur l’avenir, rien qu’une respiration qui pulse et du sang qui nourrit.

Vous me soufflez aussi votre intérêt et votre engagement ou vos échanges avec « l’autre », pouvez-vous vous nous en dire davantage ?

À présent (j’ai soixante-sept ans) je recherche, car je les apprécie de mieux en mieux, les opportunités dans des occasions et des lieux divers de lire à haute voix mes poèmes, ceux des autres et d’écouter les leurs. De partager ces moments d’étranges complicités où rien ne se dit d’autre que l’intimité de chacun.e. Pas de pari, pas de jugement, pas de prix, que l’exposition de paroles multiples, interprétations, expressions de notre monde. L’écoute des voix et des mots singuliers me nourrit d’apaisement, de désir et de sollicitude.

Et cette fois-ci pouvez vous définir la poésie en 5 mots ?

Le mot « Urgence » me vient toujours à l’esprit quant il s’agit de poésie.
Puis « Sauvage », car entre les lignes des dogmes imposés, elle peut faire signe.
« Beauté » comme un intense besoin d’intimité qui serait à partager.
« Chevaleresque », un mot sans doute désuet mais qui parle de générosité et d’héroïsme. J’aime penser que la poésie est héroïque dans les temps que nous vivons.
« Désespérée », car j’aime pleurer sur notre sort, tant que des larmes surgit une volonté.

 
Michel Gendarme est membre de la Poéthèque du Printemps des Poètes. Invité d’honneur
du Village en Poésie de Limeyrat (24) 2016. Programmé dans divers festivals : Baie des
Plumes
Douarnenez, Voix Vives en Méditerranée Sète, Maison de Poésie de Poitiers,
Expoésie Périgueux, Rochefort-sur-Loire. Résidence au Logéllou à Penvénan (22) en 2022
et 2023.
Il est publié par de nombreuse revues : Terre à ciel (en ligne), Recours au poème (en ligne),
La revue des ressources (en ligne), Ouste, Décharge, Verso...
Parmi ses recueils, aux éditions Gros Textes : Le ciel efface ses empreintes écrit avec Patrick Chouissa ; Cadeau, une histoire d’amour ; Mémoire Méduse Requiem, avec CD, écrit avec Hervé Brunaux et Patrick Chouissa ; Exquises Esquisses, 20 dessins de José Corréa ; Ceux qui ne connaissent pas le corps des autres, avec CD…
Il participe à des performances avec d’autres artistes, poètes, musiciens, plasticiens et danseurs, Jean-Sébastien Mariage, Marguerite Papazoglou, Delphine Barbut, David Chiesa, Michel Brand, Patrick Chouissa (ils inventent l’installation Le Poéticomatophone), Maurice Moncozet, Hervé Brunaux, Thomas Dejeammes, Natacha Muslera, Hiroshi Okazaki, Inna Maaimura, Catherine Jauniaux, Sylvain Roux etc.

https://www.livrelecturebretagne.fr/ric/annuaire/ficheactivites/BR04_043_17250085580-GENDARME_MICHEL/num:0/

Portait : J. Corréa

 
Bibliographie

  • Les poèmes arrangés, Sinope 2024
  • Le ciel efface ses empreintes, avec Patrick Chouissa, Gros Textes 2022
  • Les enfants de moins de douze ans volent !!, Les cahiers de l’égaré 2020
  • Cadeau, une histoire d’amour, Gros Textes 2018
  • Mémoire méduse, requiem, avec CD, co-écrit avec Patrick Chouissa et Hervé Brunaux, Gros Textes 2016
  • Exquises Exquisses, Dessins de José Corréa, Gros Textes 2014
  • Avion Bamako, Revue Arts et Résistances n°3, Gros Textes 2010
  • Ceux qui ne connaissent pas le corps des autres, avec CD, Gros Textes 2009
  • Des rivages, Pastel de Roseline Granet, Gros Textes 2006
  • Les mots invisibles, Photographies de Irène Cerquetti, Le Non Verbal/A.M.Bx 2000
  • Dévigation, L’Athanor 1976

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