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Les Percussions de Treffort

mercredi 7 mai 2025, par Cécile Guivarch

 
Les Percussions de Treffort est un groupe de musiciens professionnels en situation
d’handicap fondé par Alain Goudard en 1979. Il s’agît d’un projet artistique porté
de manière commune par Résonnance Contemporaine et l’ADAPEI de l’Ain.

Le groupe est constitué aujourd’hui de 6 personnes :

  • Jean-Pierre BARBOSA DA SILVA (qui est aussi l’éducateur du groupe)
  • Christian SEUX
  • Mathieu CONVERT
  • Dominique BATAILLARD
  • Asmãa ALOUI
  • Adrien JARRET

Lorsque le groupe est devenu professionnel en 2015, Jean-Pierre Barbosa a mis en place un atelier d’écriture régulier pour cultiver chez les musiciens une autre manière d’exprimer leur pensée et leur imaginaire, pour qu’ils s’autorisent à écrire, qu’ils s’affirment à un endroit où on ne les attendait pas, prendre une place qu’on ne leur accordait pas. La portée poétique de leurs écrits a été une vraie surprise pour ceux qui les entouraient et pour eux-mêmes. Ils utilisent désormais leurs textes au sein de leurs différentes créations et performances artistiques. D’autres collectifs ou compagnies s’emparent aussi de leurs textes pour leurs créations. En pj l’enregistrement proposé par les musiciens du collectif ARFI autour du texte « Or Mathilde » de Asmaa Aloui.

La poétesse franco-grecque Katerina Apostolopoulou a rejoint les percussions de Treffort pour leur proposer des ateliers d’écriture en 2023. Grâce à ces ateliers un projet plus large s’est construit sous le nom « Nager dans un lac sans fin » qui mêle textes écrits par l’équipe des percussionnistes, musique contemporaine composée par eux-mêmes et par le compositeur belge Denis Bosse.

Un petit mot de chacun d’eux au lieu d’une bio :
Christian : Ma transmission passe avec ma différence.
Mathieu : Écrire ça me vide la tête
Adrien : Je suis le nouvel explorateur du groupe
Jean-Pierre : suspendu, j’observe, j’écoute le déséquilibre des corps et des mots,
me nourris pleinement.

Asmaa : dysorthographique
Disproportionnée
Disponible
Disapparemment dyslexique

Les Percussions de Treffort et les artistes invités (Laura Tejeda chanteuse, Denis Bosse compositeur, Katerina Apostolopoulou poétesse) lors de la dernière résidence à Bourg en Bresse autour du projet « Nager dans un lac sans fin ».

 
L’araignée et la rose

L’araignée et la rose
Le plus grand des combats
Et l’araignée qui tisse sa toile
Et la rose qui diffuse son parfum délicat
Vie piégée, vie sublime, c’est la vie entoilée
Une descente aux abimes parfumée
Pétales, bouches, poisons
Depuis la nuit des temps.

Christian SEUX - juin 24

 
Première fois

C’était la première fois de ta vie, tu réussissais à le faire.
Alors, la sensation de planer, glisser, te sentir porté par
une force autour de toi, une envie de liberté, un
vertige.
Alors, la peur t’a envahi parmi ces rayons qui
t’entrainaient dans une valse enivrante.
Alors, sortie de route, crissement, freins et dents
serrés, évité de justesse.
Alors, le lapin resta figé.
Sur ce sol de fleurs et de gravier, les montagnes
se sont mis à briller et tu riais.
Alors, satisfait tu repris sous
un soleil moqueur comme si de sa hauteur il
pouvait sentir l’odeur de ces fleurs.
Alors fier de toi
à l’âge de 13 ans tu t’es élancé.
Et tu n’as pas chuté.
Alors le temps tournait comme un manège
et tu as gratté le temps, tu as gratté la route
tu t’es gratté les coudes.

Christian SEUX

 
Je suis l’immaculée de cette conception seule toujours fière et debout en écoutant les offrandes que
chacun dépose laisse mais qui suis-je là ici là-bas au milieu de ce siècle tout craquement dévale c’est
ruisseaux combattants c’est roche je décide de faire naître un enfant pour vous est vous me le rendez mort 6 mois plus tard je le serre dans mes bras je l’embrasse je dessine sur son
front je le laisse dans la nature comme une offrande pour les animaux sauvages je jette un dernier regard et je pars vivre a milieu du désert seule mais heureuse en pensant à mes 2000 enfants

Asmaa ALOUI

 
murmure tendre

Version dictée par Asmaa :

Murmure tendre
Entendre un mur
Entendre l’empreinte de la muraille du temps
Attendre, peindre, prendre
Emprunter un murmure
Dépeindre, éteindre
Mur rayonnant
Tendresse des ombres
Nombreuse onde sans honte

Version écrite par Asmaa :

Enttendre un mur
Etientre l’empriente de la muraille du temp
Attendre pientre prentre
Emprinter un nurnure
Dépiendre etientre
Mur rayonant
Temdresse des ombre
Monbreuse onde sans honte

Asmaa ALOUI 03/23

 
Pa(s)nique

Pas arracher l’herbe à la vie
Pas couper l’arbre à vif de sa sève
Pas secouer la nuit avant l’aurore

Ni loir qui traverse la mer à l’ombre
Ni gazelle qui gazouille derrière le cerisier
Ni moi ni toi, envie qui traine à la mort

Que l’eucalyptus s’éclipse dans les nuages
Que la lumière se noie à l’aurore
Que la lune naisse à l’univers.

Asmaa ALOUI

 

Dans l’eau

Je tends la main vers tes cheveux
La caresse ouvre les yeux brisés
Comme les bras tremblent de l’un à l’autre
Le pinceau apaise la peau
Mes doigts de pieds colorés dans l’eau
Se dessinent le long ton corps
Ton oreille chaleureuse écoute le vent
Contre ton dos je vibre arc-en-ciel

Matthieu CONVERT - juin 2024

 
ensemble

Faits l’un pour l’autre
Couchés nos regard rivés au ciel
Dans un champ fleuri
L’oiseau prend son envol, libre
Il plane d’un amour fou, d’un amour perdu
Il plane
Va chercher
Une couleur bleu sardine
Une vitre brisée
Une boite abandonnée
Une branche cassée
Un souvenir perdu
Un visage qui l’aimait
Un poisson noyé.

Matthieu CONVERT - juin 2024

 
Au tout début de l’histoire
le vent a caressé le visage de ma mère

Alors

mes cheveux ont frissonné,
mes yeux se sont formés,
j ai regardé sans voir .
Ma peau, une fine couche de terre

Alors

papillon suspendu,
toile d’araignée,
rayon de soleil sur le mur.
Le temps s’est mis à vibrer.

Alors

j ai entendu le feu de la forge,
un lingot d’acier rougeoyant dans le laminoir,
mon père, une pince à la main, souriait.
Mes poumons se sont gonflés, j’ai spiralé le monde.

Alors

à ma silhouette des branches
d’eucalyptus et d’oliviers se sont mêlés,
des hirondelles ont musardé sur mon épaule.
L’idée de marcher m’est venue.

Alors

au creux de mon ventre
des poissons bleu métal,
des bœufs majestueux cornes reliés au ciel.
Le vide dansait désormais avec le plein.

alors

mésange bleue, rouge gorge
marguerite, coquelicot
la couleur s’est invitée.
Mon cœur s’est inventé.

Enfin

le souffle du vent s’est effacé.

au loin ma mère saute à la corde
avec la ligne d’horizon

Jean Pierre Barbosa Da Silva

 
Ni bourreau qui tranquille écorche le moineau
ni mouton vacant inconscient au creux de ta main
ni toi mon frère, créature que l ’abattoir effraie
ni moi, peau que le sel agace

ni troupeau
ni poisson
ni poison
ni mer
ni ma terre
ni toi mon père
ni toi ma mère
ni inquiétude
ni inquiétude
ni inquiétude

ni
ni
ni

scorpion

Jean-Pierre BARBOSA DA SILVA - juin 2023

 
Un tabouret dans la tête

Un tabouret dans la tête
un caillou pointu dans la sandale
dans la poche, un morceau de bois lisse

un escabeau dans le ventre
un morceau de scotch sur les lunettes
mal placé un trou sur le pantalon

un roman d’aventure sous la plante du pied gauche
un pin’s fatigué sur la casquette
clandestin un brin d’herbe accroché à la veste

une cornemuse dans la cage thoracique
une rose des vents sur la peau de l’épaule
opiniâtre une fourmi sur le cou.

Jean-Pierre BARBOSA DA SILVA - août 2023


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