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Poésie d’aujourd’hui

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Alexandre Ramassamy

lundi 10 octobre 2016, par Cécile Guivarch

I

le suicide de l’ami cet arbre au centre

ombre, fraîcheur, alcool

fruit qu’on comprend pénètre qu’on fouille y écrasant le mégot

comme ver lumière intrinsèque faire grouiller l’impossible mort de l’œil

II

les traces de doigts des enfants sur le versant inaccessible des vitres

le doute et la peur qui engendre qui creuse la tanière du cœur le geste du père

le couteau et la pomme morceau qu’il faut venir chercher sur la lame qu’on te tend

avec la langue prends le couteau dans l’œil plante le couteau dans l’œil

III

fruit ce qu’une chose fournit périodiquement sans altération de sa substance

mais dénoyaute son nom son con qu’est du pourri dans avec ça de mot pour crever et

la neutralisation : lumière détectant trace de salive-lumière aux lèvres de

la bien aimée bon dieu, l’âme n’existe plus, qu’est-ce qu’on m’arrache

IV

ô réalité été brûlant les yeux

ô réalité les couleurs nous sautent à la gueule les couleurs veulent nous tuer

la charcuterie baigne dans son jus

tu t’astiques dans les loges pour pas craquer

V

courir sous la pluie t’irréalise – quoi focalisés à même os où vision

l’arcade dentaire d’un oeil par tristesse décapsulé

la lumière sodomise l’oeil fertilise pas le voir la main la démarche ta personne la troisième

que l’aube d’hiver fasse toilette à cet oeil


Entretien avec Clara Regy

Tu es très jeune, quand as-tu vraiment ressenti le besoin d’écrire ? Y-a-t-il eu un élément déclencheur ?

À 25 ans, n’avoir toujours pas publié son livre… En fait, je risque même d’augmenter la moyenne d’âge des poètes qui publient leur premier livre, non ? Je ne me souviens pas du déclencheur. Qui sait si cet oubli n’est pas nécessaire et fondateur. Après, bien sûr, à 50 ans, je me souviendrai des raisons qui m’ont poussé à écrire – et surtout d’ailleurs à continuer – je les inventerai au pire, je les écrirai ; et alors les gens diront que mon style a atteint sa maturité ou quelque chose de ce genre là…

Comment s’organise ton « activité » de poète ? Des moments précis, des rituels ?

Note, montage, mixage... Pas de rituel. Pour l’instant. Il le faudrait peut-être afin d’augmenter les conditions de possibilité d’une production plus intense. Je n’écris pas assez. Et mon corps de poésie a un peu une constitution rythmique d’éponge de cuisine, ce qui n’aide pas : si je passe quarante-huit heures sans travailler, je deviens sec et rigide ; et ça fait mal de s’y remettre après ; il y a des petits bouts qui cassent... On perd du temps. Il faudrait pouvoir éviter ça au maximum.

Tes textes peuvent évoquer violence ou mort, peux-tu nous en dire davantage ?

On passe l’ennui comme on peut. Bon, je reste quand même gentil : il y a pire : la réalité par exemple, qui sera toujours le pire d’ailleurs… Sans compter le royaume des dieux, où l’on s’amuse en lisant du snuff poetry… Jaccottet remarque qu’écrire le mot sang ne nous fait pas saigner ceci dit…

Quels sont les auteurs qui font vraiment partie de ta vie ?

Baudelaire, pour la totalité de son être, Rimbaud pour Une saison en Enfer, et les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle… Aujourd’hui, pour ce qu’il y a de plus contemporain : Cédric Demangeot, Guy Viarre, d’autres de la maison d’Editions Fissile que je découvre en ce moment même… et quelques autres encore... J’aime beaucoup les carnets de notes d’Antoine Emaz, par exemple…
Je découvre régulièrement des auteurs dont la parole me touche et parfois même m’inspire.
Cependant j’ai aussi fini par comprendre qu’il n’y avait rien de plus détestable qu’un mauvais livre de poésie, vraiment rien – l’ennui devient vite le désespoir… Participer à ce processus est impardonnable.

Et pour terminer quels sont les 3 ( ou 4 ) "mots" que tu associerais le plus volontiers à celui de « poésie » ?

Tout dépend de l’humeur…


Alexandre Ramassamy est né sur l’île de La Réunion en 1991. Il commence des études de philosophie et de littérature à Montpellier, qu’il poursuit actuellement à Lyon. Tente d’écrire un mémoire sur la poésie, ainsi qu’un premier livre de poésie, qui pour l’instant, sans relâche, refuse. Des poèmes sont parus dans la revue en ligne Secousse. D’autres paraîtront probablement dans le deuxième numéro de la revue Conséquence.


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