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Gwenola Morizur

mercredi 16 janvier 2013, par Cécile Guivarch

extraits de Pétrole suivi de Vinca Minor

Pétrole (extrait)

ardente sur tes mollets la mer
mesure les distances parcourues
les frontières
invisibles

d’ici au delta du Niger
lorsque les hommes tournent le dos
au pipeline troué en grand
avalent des poissons pour mourir
regardent ailleurs
dans les rues propres des villes de France
des étals aux poissons
sous vide

d’ici aux champs de Bolobo
forés au ciel
les puits de plus personne
pour raccommoder les
sourires des jeux des enfants
quand roule la canette sur le sol
du chantier oublié
d’un disait-on
nouvel hôpital

d’ici aux hauteurs de l’atlas
des Aurès de la Nememcha
étendues de montagnes
aux trop plein de
dollars
ne brandit pas le drapeau blanc
des populations pauvres
dans la magie du
précipice

d’ici au Congo Kinshasa
les tricycles des poliomyélites
Roger Jimmy Ricky
leur blues en rumba congolaise
se danse imaginaire
tribale autour du feu brûlant
des barils de
pétrole

sauvage sur tes mollets la mer
déverse le vacarme
des maux du monde

et tu entends alors
devant les rivages francs
de ceux qui ont souffert
ceux qui souffrent encore

ton combat
se prolonge
_________________résiste
et si tes jambes
_________________ aujourd’hui
ne te portent
plus

ton âme
entre en

____________ révolution



Vinca Minor
(livre pauvre avec Lou Raoul)

La terre ailleurs est nue
aux lisières de la cour gelée
mais devant la laiterie
ces roses
n’en finissent pas de fleurir

dans la cave
près du tas de bois
elle a suspendu
des piments
tête en bas

une guirlande

***

cinq ou six carrés de sucre
posés là immobiles

elle ne distingue plus
l’immense
du pas très grand

elle
on est pas grand chose
des fois
pas même
une robe
blanche
un peu rafistolée
c’est dire

***

elle fait comme si
la vie
et ses effondrements
- la distance incertaine
du bec de l’oiseau
au rebord de la fenêtre -
tête
poumons
foie
amour
le son rouge écarlate
de la date de départ

***

elle demande
tu restes
puisque c’est elle qui part
une pervenche et la neige
aux matins des beaux jours




Mini entretien par Cécile Guivarch

D’où vient l’écriture pour toi ?

L’écriture est liée à la vie, au quotidien, aux petits riens qui pourraient passer inaperçus mais qui retiennent l’attention pour peu qu’on leur accorde de l’importance.
Elle est aussi charnelle, dans le geste, elle porte un souffle, un rythme, un tempo.
Presque musicale.
Elle est indispensable, rassurante, vitale.
Elle vient d’une longue tradition d’histoires orales qui ressemble à cette citation d’Yves Lavandier dans "La Dramaturgie" :
"On peut vivre sans faire de sport, sans voir du pays, sans faire d’enfant...on ne peut pas vivre sans histoires.
Le récit, qu’on l’adresse a soi-même ou aux autres est aussi vital à notre psychisme que l’oxygène à notre organisme."

Comment travailles-tu tes écrits ?

Comme beaucoup d’autres j’ai des dizaines de petits carnets qui me suivent partout, truffés de feuilles volantes, de papiers déchirés sur lesquelles je note, je consigne, des idées, des phrases entendues, des extraits de lectures, des réflexions... Certains tombent dans l’oubli ou sont placés "en attente". D’autres deviennent le point de départ de l’écriture, qui prend forme ensuite sur l’ordinateur. J’essaie de consacrer une journée par semaine à ce travail de déchiffrage de notes, puis d’écriture. A l’issue de quoi les textes sont imprimés puis retravaillés sur papier, ré-imprimés et ainsi de suite.

Quelle est ta bibliothèque idéale ?

C’est une bibliothèque qui voyage, qui circule de mains en mains.
Avec des livres de toutes sortes, poésie, roman, récits de voyage et beaucoup d’illustrés.
Ce sont des livres que l’on se prête, que l’on s’échange, avec des coins de page cornés par des mains connues ou inconnues.
Avec des mots glissés dans les marges ou en début de livres.
Avec des marque page-enveloppes en provenance de pays lointains et de vieilles photographes en noir et blanc.
Avec des livres dont on parle, qu’on abandonne sur le bord de la route en espérant qu’un autre le trouve.
Avec des livres qu’on ne retrouve plus parce qu’on les a donnés, troqués, expédiés.
Une bibliothèque vivante et habitée !

Gwenola Morizur est née au bout du monde, dans le Finistère, en 1981. Elle vit et travaille à Rennes, en poésie.

Elle passe beaucoup de temps sur un fil à quelques mètres du sol ou à boussoler tout autour du monde.

Des extraits de ses recueils sont parus depuis 2009 dans les revues Coxerfly, Contre-allées, N4728, Dans la lune, Décharge et Comme en poésie.

Elle a publié Déraciner les impatiences, aux éditions Donner à voir (avec la peintre Elice Meng, collection Tango, 2010), Igrec ou bien, aux éditions Contre-Allées, 2012. Vinca Minor, livre pauvre en collaboration avec Lou Raoul, pour la collection Ko:ra des éditions du Pentamino, en novembre 2012.

photo Emmanuelle Deniaud (E.D)
Edimburgh, mars 2011


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