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Deux poètes de Géorgie traduits pour la collection LUA (éditions Les Carnets du Dessert de Lune)

dimanche 1er décembre 2024, par Cécile Guivarch

Giorgi Lobzhanidzé - Extraits de Le professeur d’arabe et autres poèmes - traduit par Boris Bachana Chabradzé

Je t’ai dit au revoir
Comme
Un arbre à ses feuilles
Après les avoir serrées dans son cœur
Toute l’année.
L’amour
Exige toujours
De nouveaux habits
Et c’est le supplice des arbres :
Voir
Leurs feuilles choir
Et devoir leur dire au revoir,
Branches tendues vers elles,
Afin de pouvoir accueillir
Des feuilles nouvelles...

დაგემშვიდობე
ისე, როგორც
ხე თავის ფოთლებს,
მთელი წელი რომ
გულში ჰყავდა ჩახუტებულნი...
ახალ სამოსელს
ითხოვს მუდამ
სიყვარული
და ეს არის ხეების ჯვარცმა :
იდგნენ,
ფოთლები სცვიოდეთ
და ეთხოვებოდნენ -
ხელგაწვდილნი
ახალ-ახალ
სიმწვანეთათვის...

Le remplacement

On ne peut pas remplacer un être par un autre.
Ce ne sera
Soit pas le même sourire,
Soit pas la même passion,
Soit pas la même indolence.
À chaque instant, on constatera
Que ce n’est pas l’être
Qu’on attendait,
Qu’on avait perdu
Et dont on répétait les gestes
Sans cesse
Afin de ne pas s’oublier soi-même –
Présent dans ces gestes.

Mais on se convaincra
À nouveau
Qu’on aime l’autre
Et qu’on n’aime qu’un seul être
Car ce ne sera jamais le même.

C’est se tenir dans le même fleuve
Mais mouillé d’une eau tout autre.

ჩანაცვლება

ერთს მეორით ვერასოდეს ჩაანაცვლებ.
არ დაემთხვევა :
ან ღიმილი
ან ვნება და
ან გულგრილობა.
ყოველწამიერ აღმოაჩენ _
ის არ იქნება,
ვისაც ელოდი,
ვინც დაკარგე
და მუდმივად იმეორებდი
გუნებაში იმის ჟესტებს,
რომ არასდროს დაგვიწყებოდა
შენი თავი _
იმ ჟესტებში წარმოსახული.

მაგრამ ახლიდან
დარწმუნდები :
მეორე გიყვარს,
და ერთი გიყვარს,
რადგან არასდროს არაფერი არ დაემთხვევა.

დგახარ იმავე მდინარეში,
ტანს კი სულ სხვა წყალი გისველებს.

Le nom

Si nous sommes tués,
Souviens-toi de ton nom,
Où tu es né,
Qui étaient tes parents.
Le destin d’un homme est écrit sur son front,
Son nom – sur son dos,
Mon enfant,
Tel un fardeau
À porter toute sa vie.
Je ne me souviens plus
Comment je m’appelais
Avant la guerre.
Mais toi,
Survivant de cette guerre,
Souviens-toi
Que ton nom est
Liberté.
Prends soin
De ce nom précieux.
Et ne blâme pas
Les soldats sans nom
De n’avoir pas eu la persévérance
De conjurer le destin.

სახელი

თუ ჩვენ დაგვხოცეს,
შენ გახსოვდეს შენი სახელი,
სად დაიბადე,
ვინ ვიყავით შენი მშობლები.
კაცს ბედი შუბლზე აწერია.
სახელი -ზურგზე,
როგორც ტვირთი,
ჩემო პატარავ.
და ეს ტვირთი მთელი ცხოვრება
უნდა ატარო.
აღარ მახსოვს,
მე თვითონ რა მერქვა
ომამდე,
მაგრამ შენ, ამ ომს გადარჩენილო,
დაიმახსოვრე,
რომ შენ გქვია
თავისუფლება.
გაუფრთხილდი
ამ ძვირფას სახელს
და უსახელო ჯარისკაცებს
არ დაგვაყვედრო,
რომ ბედისწერას
მოთმინებით ვერ გადავურჩით.

Eka Kevanishvili - extraits de Le transport des pauvres ne s’arrêtera nulle part - traduit par Maya Katsanashvili

Je crains tellement d’écrire un nouveau poème
Comme si je me préparais pour un nouvel
accouchement.
J’ai lu quelque part,
Certainement sur un feuillet détaché d’un calendrier
stupide,
Qu’après quarante ans,
le risque d’avoir un enfant handicapé augmente.
Et si je faisais des poèmes laids
Et que quelqu’un me le reprochait
en disant que les précédents étaient
Plus charnus ou plus succulents ou savoureux,
Que devrais-je leur répondre ?
Je ne peux pas me justifier
comme une vigneronne victime de grêle
Ou une boulangère qui a raté sa pâte.

Je n’y peux rien, malgré la peur
Je porte fruit, je mûris, je me dépouille ;
Je pétris, la pâte à pain lève, déborde.

Les gens m’attendent toujours sous mon fruitier,
L’odeur de ma boulangerie s’exhale, les happe
Et je continue à distribuer les échaudés.

ახალი ლექსების დაწერის ისევე მეშინია
როგორც ახალი შვილის გაჩენის –
სადღაც წავიკითხე,
სავარაუდოდ, იდიოტური კედლის კალენდრის
მოხეულ ფურცელზე –
ორმოცის მერე მეტი შანსია ჯანსაღი ბავშვი
ვერ გააჩინოო.
დაჯღანული ლექსები რომ გამომივიდეს
და ვინმემ მითხრას,
ის წინები უფრო ლამაზები იყოო.
უფრო პუტკუნები და უფრო გემრიელებიო.
რა ვუპასუხო.
ვენახი ხომ არ არის – სეტყვას დავაბრალო.
ცომი ხომ არ არის, ჩამივარდეს.

მაგრამ რა ჯანდაბა ვქნა, როცა მაინც
ვისხამ, მწიფდება და მცვივა.
ვზელ, ფუვდება და თასიდან გადმოდის.

ჩემი ხის ძირში მაინც მელოდებიან ადამიანები.
ჩემი საცხობის სურნელი ჩემთან მომავალი ისრებია
და მეც ვაგრძელებ კუტი პურების დარიგებას.

Une fois, quand j’ai pris le bus jaune

Quand quelqu’un te quitte
Deux-trois jours la mort te parait douce, facile :
Tu t’arrêtes sur un pont et tu regardes la rivière boueuse,
Ou tu imagines ce qui se passerait si tu traversais la rue
les yeux fermés,
Ou, tout simplement, tu prends la place à côté
du conducteur dans le vieux bus jaune
Et tu es sûre qu’en cas d’accident tu seras la première
victime ;
Si le bus explose, s’il se renverse.
Mais il continue son chemin en boitant,
S’avance en soufflant le carburant,
Incapable d’augmenter la vitesse, de heurter contre
quelque chose, de s’écraser.
S’acheminant sans aucune intention de se renverser,
Se contentant du malheur de son âge sénile.
Tant de besogneux y montent, y passent ;
Et toi, te rendant compte que la mort t’est épargnée,
Tu te déplaces sur le siège au fond du bus,
d’où tu pourras mieux observer –
N’y a-t-il pas des gens plus malheureux que toi
Et beaucoup plus que tu ne le pensais ?

ერთხელ, ყვითელ ავტობუსში ჩავჯექი და წავედი

თუ მიგატოვეს,
ერთი-ორი დღე სიკვდილი ადვილი გგონია :
ხან ხიდთან ჩერდები და მღვრიე მდინარეს
ჩაჰყურებ.
ხან წარმოიდგენ, რა მოხდება, თვალდახუჭულმა
უცებ ქუჩა რომ გადაკვეთო.
ხან არც ერთი და არც მეორე – ჯდები ძველ
ყვითელ ავტობუსში,
მძღოლის გვერდით და გჯერა, პირველი მსხვერპლი
შენა ხარ,
თუ აფეთქდა. თუ გადავარდით.
ავტობუსი კი მიჩაქჩაქებს, ნახშირორჟანგით ოხრავს
და მიდის,
იმდენიც არ შეუძლია, ცოტა აჩქარდეს,
რამეს გაედოს. ცხვირი მიიჭეჭყოს.
მიჭრიალებს და არსად გადავარდნას არ აპირებს.
თავისი ძველადყოფნის უბედურებაც ეყოფა.
ათასი გაჭირვებული ადი-ჩადის,
და შენც, ნელ-ნელა, როცა ხვდები, სიკვდილს ასცდი,
უკანა სკამებისკენ ინაცვლებ, აქედან დაკვირვება
ადვილია –
იქნებ შენზე უბედური უფრო მეტია,
ვიდრე გეგონა.

Les histoires hérisson

Il y a des histoires qui ressemblent aux hérissons.
Dès que je me décide à en écrire une,
Elle s’enroule et me pique
Quand j’essaie de la toucher.
J’enlève ma main, elle sort de nouveau sa tête,
me regarde,
Me regarde – j’ai envie de l’écrire
La connaissant encore bien et la laissant encore
me faire mal.
Avant de l’oublier
Je voudrais la raconter aux autres pour qu’ils ne se fassent
pas piquer comme moi,
Pour les prévenir, les préserver.
Je retente de la toucher, très doucement, mais de nouveau
elle s’enroule.
Et ces histoires piquantes roulent partout où je passe
Ne me laissant pas tranquille.

Voilà, on joue comme ça,
Moi et mon passé,
Nous claquant la porte au nez.

ზღარბი ამბები

ზოგი ამბავი ნამდვილი ზღარბივითაა,
დაწერას რომ დავუპირებ,
დამრგვალდება ხოლმე და საკმარისია ხელი შევახო,
მსუსხავს.
გავუშვებ ხელს, გამოყოფს ისევ თავს, შემომხედავს,
მიყურებს, მიყურებს – მინდა ისევ დავწერო,
სანამ მახსოვს და
სანამ მტკივა და არ მინდა გადამავიწყდეს,
მინდა სხვებსაც მოვუყვე, რომ მათაც არ დაესუსხოთ
ხელები,
რომ სხვები მაინც გადარჩნენ.
ფრთხილად მივწვდები ხოლმე და ისევ ეკლებად
მრგვალდება.
მერე ეს დამრგვალებული ეკლიანი ამბები ყველგან
დაგორავს, სადაც კი გავივლი და მოსვენებას
არ მაძლევს.

ასე ვუჯახუნებთ კარს ერთმანეთს
მე და ჩემი წარსული.

 

Né en 1974 en Géorgie, dans le village de Nabakhtevi de la municipalité de Khachouri, Giorgi Lobzhanidzé est diplômé du Département de la culture et des langues sémitiques de l’Université d’État de Tbilissi en 1996 et du département de théologie de l’Université d’État de Téhéran, spécialité « histoire des religions et du mysticisme » en 1999. Il a dirigé, durant des années, le Département des Pays Orientaux et le Centre de la Culture de l’Islam de la Maison caucasienne de Géorgie. Docteur en philologie depuis 2005, il enseigne actuellement à l’Université d’État de Tbilissi.

 

Eka Kevanishvili est née en 1979 à Tbilissi. En 2002, elle est diplômée du Département de journalisme international en Géorgie et, depuis 2008, travaille comme reporter pour le Bureau de Tbilissi de Radio Liberty. À plusieurs reprises, elle a travaillé pour les journaux Rezonansi, Akhali Versia (Nouvelle Version) et d’autres. Elle a publié trois autres recueils de poésie : Rumeurs (2006, Éditions Diogene), Ne restez pas là (2010, Diogene) et Vendre la maison (2013, Saunje). Tous trois ont été nominés pour le prix de littérature Saba et le dernier a reçu le prix du meilleur recueil de poèmes.

 

Né en 1976 en Géorgie, Boris Bachana Chabradzé vit en France depuis de nombreuses années. Il a fait ses études de philosophie et de lettres modernes dans les universités de Tbilissi et de Nantes, ville jumelée avec la capitale géorgienne. Ses traductions de poèmes, de pièces de théâtre, de nouvelles et d’essais de plus de cent auteurs ont été accueillies par de nombreuses revues littéraires.

 
 
 

Née dans la capitale géorgienne, Maya Katsanashvili fait ses études de langues et littératures romanes à l’Université d’État de Tbilissi. Après un Master en littérature sur le théâtre d’Eugène Ionesco, elle commence à travailler au Ministère de l’immigration. Il faudra plusieurs années pour que sa carrière de traductrice débute. Sa traduction de La porte étroite d’André Gide est publiée en 2006 chez le même éditeur. C’est la première fois que cet auteur français est traduit en Géorgie. Il en sera de même pour Raymond Queneau l’année d’après. Sa première rencontre avec la France se fait en 2007 grâce à une bourse du CNL pour la traduction en géorgien de On est trop bon avec les femmes de Raymond Queneau

 
Un entretien avec Norman Gourrier-Warnberg, sur Terre à Ciel : Collection Poésie Contemporaine LUA - éditions Les Carnets du Dessert de Lune
Pour découvrir la collection : https://luapoesie.fr/
Pour commander les ouvrages : https://dessertdelune.com/categorie-produit/lua-collection/


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