Sein und Zeit
We can walk into a room not knowing.
It doesn’t happen every time.A white room can be painted to be pure.
I mean, just to show us that it’s clean.But it doesn’t have to be.
We can walk into a roomnot knowing whether,
or when, or even that.That
can be the hardest room.Only you will know.
First there is the walking.The floor, a chair or two.
The postersof visions
of someone else’s visitto a room. Take a chair.
Only then the talk begins,
like a reckoning of beads,like the body measures sweat,
words wrongas a rainbow that has paled
to a shadow itself.There is always an end.
We can stand and walk again.We can leave the room in silence,
carrying its momentin and out of days.
L’Être et le Temps
Nous pouvons entrer dans une pièce sans savoir.
Cela n’arrive pas à chaque fois.Une chambre blanche peut être peinte pour être claire.
Je veux dire, juste pour nous montrer qu’elle est propre.Mais ce n’est pas une fatalité.
Nous pouvons entrer dans une piècene sachant pas si,
ou quand, ou même cela.Celle-là
peut être la plus complexe.Tu seras le seul à le savoir.
D’abord il y a la marche.Le sol, une chaise ou deux.
les affichesdes visions
de la visite d’un autredans une pièce. Prends un siège.
Ce n’est qu’à ce moment-là que la discussion commence,
comme un comptage de perles,comme le corps mesure la sueur,
les mots erronéscomme un arc-en-ciel qui en pâlissant est devenu
lui-même une ombre.Il y a toujours une fin.
Nous pouvons nous lever et marcher à nouveau.Nous pouvons quitter la pièce en silence,
en emportant son momentdans et hors des jours.
Wind, Bold Fox
You drag everything that can be snatched in passing
Earth goes writhing in your net like a fish
You becalm hot sailors just to fly a child’s kite
There is nothing to forgiveYou’re whooshing through doors to come inside at any cost
like a moth to its star
Scratch the back of my house with a branch for a hand
You could be the dry pressure of an orchestra
to fill the soundless cavern with an ocean of shuddersPollen is powder you apply with a flourish
Being nothing yourself, you have scattered the spores
that are prophets of death
What you carried, you carried
There is nothing to forgiveLe vent, méchant renard
Tu traînes tout ce qui peut être arraché au passage
La terre remue dans ton filet comme un poisson
Tu immobilises les marins juste pour faire voler un cerf-volant d’enfant
Il n’y a rien à pardonnerTu t’insinues à toute allure dans les portes pour entrer à tout prix
comme une mouche vers son étoile
Tu grattes le dos de ma maison avec une branche à la place de la main
Tu pourrais être la force tarie d’un orchestre
pour emplir la caverne silencieuse d’un océan de frissons
Le pollen est la poudre que tu appliques avec brio
N’étant rien toi-même, tu as dispersé les spores
qui sont prophètes de mort
Ce que tu as porté, tu l’as porté
Il n’y a rien à pardonner
Field Cricket
(Teleogryllus commodus)What to make of a sound
that is all of summer
ending,
and you still ardent,
playing dolcemente
to your unseen lovers
from a chamber underground ?Terrain de cricket
(Teleogryllus commodus)Que faire d’un son
qui représente la fin
de l’été,
et toi toujours passionné
jouant dolcemente
pour tes amants invisibles
depuis une chambre souterraine ?
Through & Through
This is the turn. Time wheels
& she says, ‘Follow me,
I’m already in your hair, on your back, in the sleepfrom which you woke
so unsatisfied & sad, in the love you unmade,
in your calloused soles & palms & soft focus of your eyes.For centuries I tracked you like a scent.
Through the shocks of old Glasgow,
in the cholera streets, on the dirt floor in Burma
where your infant mother burned
to fly off with scarlet fever but I caught
& returned her with the miracle of timing that is mine.I am listening to your heartbeat
as you clatter out these words.
I will love you forever, as only time can.’
À Travers et à travers
C’est le moment. Le Temps tourne
& dit, « Suis moi,
je suis déjà dans tes cheveux, sur ton dos, dans le sommeil
dont tu t’es éveillé
si insatisfaite & triste, dans l’amour que tu n’as pas fait
dans tes plantes de pied & paume calleuses & le doux foyer de tes yeux.Pendant des siècles je t’ai cherché comme un parfum.
À travers les traumatismes du vieux Glasgow,
dans les rues où rode le choléra, sur le sol en terre battue de Birmanieoù ta petite mère a brûlé
pour s’envoler avec la scarlatine, mais je l’ai attrapée
et je l’ai ramenée grâce au miracle de la synchronisation qui est le mien.J’écoute les battements de ton cœur
pendant que tu dis ces mots avec fracas.
Je t’aimerai toujours, comme seul le temps peut le faire. »
Morning/ 5 July 2020
Here is what you give me :
here is what I give you :three birds flying
in the space between our hands :
joy, desire, pain.Who can tell the order ?
Why they call to each other ?5 juillet 2020 au matin
Voici ce que tu me donnes :
Voici ce je te donne :trois oiseaux qui volent
entre nos mains :
joie, désir, douleur.Qui peut donner l’ordre ?
Pourquoi s’appellent-ils l’un l’autre ?
Morning / 12 June 2022
I am held
by your eyes
for the pure time needed
to brace
your existence,
to measure
the unknown risk
that I am,
to interpolate
the distance
my body might shatter
in a jerk.
Mild, unhurried,
your gaze will decide
to release me
by and by.The eucalypts shiver,
frogs begin to amplify
their hymns to interstice,
the cold hard mizzle
blows confetti
in my eyes.12 Juin 2022 au matin
Je suis saisie
par tes yeux
le temps nécessaire
pour soutenir
ton existence,
pour mesurer
le risque inconnu
que je suis,
pour estimer
la distance
que mon corps
pourrait rompre
en un tressaillement.Doux, tranquille,
ton regard décidera
de me libérer
petit à petit.Les eucalyptus frissonnent
les grenouilles commencent à amplifier
leurs hymnes à l’interstice,
la bruine glacé
souffle des confettis
dans mes yeux.
Judith Bishop est née à Melbourne, en Australie. Elle a vécu aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Ses poèmes ont remporté de nombreux prix. Ses traductions du français (Philippe Jaccottet, Gérard Macé) ont été publiées dans des revues australiennes et internationales. Elle est titulaire d’un doctorat en linguistique de l’Université de Melbourne, d’un MFA en écriture de l’Université de Washington à St. Louis et d’un MPhil en littérature européenne de l’Université de Cambridge. Elle est en train de rédiger un livre de nonfiction créative sur l’intelligence artificielle et sa capacité de « lire » le corps humain. Elle vit avec sa famille à Melbourne.
- Circadia (UQP, 2024)
- Interval (UQP, 2018)
- Event (Salt Publishing, 2007)
- Aftermarks (Vagabond Press, 2012)
- Alice Missing in Wonderland and other poems (Picaro Press, 2008)

