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Filippo Ravizza, six poèmes inédits, traduits par Sylvie Durbec

mercredi 15 juillet 2020, par Cécile Guivarch

L’éclat des cheveux

Danser et bouger en rythme la tête,
insoucieux de l’éclat des cheveux…
La caresse du monde vous la sentez ?
tout ça est un masque impossible
mais si douce la caresse des choses
à la fin elle embrasse ces cheveux
blancs ces lunettes ces têtes
occidentales…
nous arriverons sans y penser jamais
nous arriverons, sans jamais y penser,
la fin inattendue nous prendra
tandis que nous chanterons
que nous serrerons dans nos bras
le néant, le monde évanoui,
l’inconscience qui vient à nous.

               2018

Il chiarore dei capelli

Danzare, muovere nel ritmo la testa,
incuranti del chiarore dei capelli…
la sentite ? sentite la carezza del mondo ?
tutto è una maschera impossibile
sì ma è dolce la carezza delle cose
tutto in fondo abbraccia questi capelli
bianchi questi occhiali queste teste
occidentali…
arriveremo, arriveremo senza
mai pensarci, senza mai pensare,
la fine inaspettata coglierà
mentre staremo cantando mentre
staremo stringendo nelle braccia
il nulla, l’ovattato mondo,
l’incoscienza che ci viene incontro.

               2018

Dis-moi dis-moi

Dis-moi dis-moi dis-moi quand toi
je te trouverai mon étoile dis-moi toi
si tu vois ma vie frapper à ma porte
un jour de soleil aux collines pleines
d’ombres et d’escaliers si tu veux que
le temps soit semblable à nous debout
dans les obsessions et les prisons
que chaque homme nourrit oh oui oui
en lui ici maintenant moi je te regarde
ma vie tant que je t’aimerai oui oui
s’éteint le rythme la certitude celle
qui dit :voici la caresse celle
que tu attendais, celle qui éclaire
la fin que tu portes en toi, le visage
qui est le tien, ton existence
entre l’ennui et la fiction
le rêve vrai de l’inaction
qui se creuse ici dans la lumière
de la page blanche et dans cette
illusion que tu nommais amour.

Dimmi, dimmi

Dimmi dimmi dimmi tu quando mai
ti troverò stella mia dimmi tu
se verrai vita mia a bussare
alla mia porta in un giorno di sole
dalle colline ombre di scale
vuole che il tempo sia uguale
a noi verticale nelle mie ossessioni
le prigioni che ogni uomo cresce dentro
dentro di sé oh sì oh sì qui
qui dove ora io ti guardo
vita mia quando mai ti amerò
se spegne il ritmo la certezza
che dice : ecco la carezza
che aspettavi, essa illumina
la finitudine che sei,
il volto che hai, l’esistenza
nella noia nella finzione
la sognante verità dell’inazione
che qui ci sprofonda nel lucore
della pagina bianca nella
tua illusione che chiamasti “amore”.

Le dernier chemin

Tu vois ? Tout pousse sans interruption
ouvert violent et courant vers une fin
un achèvement continu qui t’emporte
le long du sentier et propulse les
jours les uns derrière les autres
l’un derrière encore l’autre et voilà :
tu ne t’en étais pas aperçu mon ami
tu ne t’en étais pas aperçu mais oui
le mouvement a préparé construit
l’achèvement du chemin :
peut-être restera-t-il un écho fragile
la trace d’un sourire le secret caché
l’étonnement d’être poussé de n’avoir
choisi jamais rien choisi ni le dernier
chemin ni l’acte ni le mouvement.

L’ultimo percorso

Vedi ? Tutto spinge senza interruzione
apre impeto e corrente verso un
compimento continuo che ti porta
lungo il sentiero ti porta inanella
i giorni via via uno dietro
l’altro dietro l’altro ed ecco :
non te ne eri accorto amico
mio non te ne eri accorto ma
il movimento ha preparato ha
costruito la fine del sentiero :
resterà forse solo un’eco flebile
l’impronta del sorriso il nascondere
lo stupore di essere spinto non aver
mai scelto nulla nemmeno l’ultimo
percorso nostro atto e movimento.

La rue au nom d’empereur

J’y ai habité il y a longtemps
sur le tricycle retourner enfant
repenser à la rue au nom d’empereur
aux gressins au père aimé à la mère
aimée maintenant disparus pour
toujours dans le néant infini dans
le non-être plus jamais et pour
toujours eux jeunes et souriants
dans la rue Théodose dans les années
cinquante de mon tant aimé Milan
c’était alors le vingtième siècle
vivant doré vécu dans la caresse
de l’Histoire là-bas notre voisine
avait deux gamins aux noms russes
je retournais du jardin d’enfants
avec Vladimir et Natacha l’Histoire
était déjà avec moi je ne le savais pas.

La via dal nome imperatore

In questo abito chiamato tempo
tornare come da bambino sul
triciclo ripensare la via dal nome
imperatore i grissini amato
padre amata madre
ora finiti per sempre nel nulla
eterni nel loro non essere più
mai per sempre più loro
giovani e sorridenti in via
Teodosio negli Anni Cinquanta
della mia Milano Novecento
dorato amato vissuto nella carezza
della Storia lì la nostra vicina
aveva due figli dai nomi russi
io bambino tornavo dall’asilo
con Vladimir e Natascia la Storia
già era con me ma io non lo sapevo.

Ils devaient rester

Dans les soirées sans fin comme celle-là
de jeunes chevaux comme ceux-là
rompront le passage imposeront leur
galop à l’horizon, mais ils ne sauront
jamais rien de toi, ni de nous : ce désir
de courir parcourir tous ces chemins
qui devaient durer, rester, rester là,
âmes errantes cathédrales, rester
«  au moins un million d’années
dans l’esprit et le cœur
 » avares
d’obsessions oublieux de la cruelle
cécité oh lâcheté lâcheté du temps
le mien le tien le nôtre ce temps
pauvre temps et si bref jouent
en fond les musiques à l’horizon
le vrai paysage des délices
et batailles et forces et désirs
tout impossible nous sommes
surface fausse, opaque surface
en réalité vérité qui n’existe pas
et peut-être le pressentent-ils
le savent-ils ces poulains vus
ce soir qui comme des fous brisent
la ligne d’horizon tandis qu’issue
de mon esprit l’hallucination : tout
sera tant que je serai moi, puis
ce sera néant qui n’a pas de mots.

               Assouan, Haute Egypte 10 janvier 2020

Dovevano restare

Nelle infinite sere come questa
giovani cavalli come questi
romperanno il passo imporranno il
galoppo all’orizzonte, ma non sapranno
mai di te, di noi ; di quel desiderio
di correre percorrere quei cammini
che dovevano durare, restare,
restare lì, anime trasmigranti
cattedrali evenienti restare
almeno un milione di anni nella
mente e nei cuori
” avari di altre
ossessioni dimentichi della
crudele cecità oh viltà viltà
del tempo mio tempo tuo tempo
tempo nostro povero e breve suonano
musiche in fondo in fondo a questo orizzonte
la tutta vera fronte di delizie
e battaglie le forze le voglie
tutto impossibile siamo superficie
falsa, superficie opaca, una
verità che in realtà non esiste
e forse presentono forse lo sanno
i puledri che questa sera hai visto
come folli spezzare la linea
l’orizzonte, mentre uscita dalla mente
torna un’allucinazione : tutto ci
sarà finchè ci sarò io, poi
il niente che non ha parole.
               Assuan, Alto Egitto, 10 gennaio 2020

Bien sûr l’amour

Regarde : inattendue la survenue
du virus dans notre saison toute
la terre grande et fugitive
terre vivace dans les plaies
de la douleur l’amour bien sûr
la force et la raison équilibrent
les choses et notre espérance
la nation humaine pense
avril pense amour avril
le soleil sera chaud dans peu
quelques soirs étoiles vies
ici à Milan ici sur la terre
entière un jour un mois
un million d’années.
Voilà que finiront nos soucis
nous sourirons en nous touchant
et qui sait si nous ne serons pas
meilleurs qu’avant avant toi
coronavirus tous les enfants
de la terre courront en riant :
l’avenir est à eux et pas à toi
à eux justice égalité vraie
passion sincère du bien commun
et de l’appartenance humaine.

               Printemps 2020

L’amore certo c’è

Guarda : fu inattesa la presa
del virus sulla nostra intera
stagione terra grande e fugace
terra verace nelle pieghe del
dolore l’amore certo c’è la forza
è della ragione nell’equilibrio
delle cose ; o nostra speranza
nazione dell’umanità pensa
aprile pensa amore aprile
caldo sarà il sole tra poco
poche sere poche stelle
poche vite ; qui a Milano
qui sulla terra intera tra
un giorno tra un mese
tra un milione di anni.
Ecco finiranno tutti gli affanni
sorrideremo toccandoci chissà
se mai saremo migliori di prima
prima di te coronavirus sorridenti
corrono i bambini della terra :
è loro, non tuo, loro è il futuro,
loro sarà la giustizia, per loro
verrà finalmente l’uguaglianza
vera la sincera passione della
appartenenza una comune
dimensione umana.

               Primavera dell’anno 2020


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