Enrique Winter (Chili, 1982) est l’un des poètes latino-américains les plus remarquables de
sa génération et a reçu le prix Anna Seghers 2025 pour l’ensemble de son œuvre. Auteur de Atar las naves, Rascacielos, Guía de despacho, Lengua de señas et Variaciones de un día,
des romans Las bolsas de basura et Sobre nosotros callaremos, de l’essai Una poética por
otros medios et de l’album Agua en polvo, parmi une trentaine de livres publiés dans douze pays et en quatre langues, il est également le traducteur en espagnol de Dickinson, Chesterton, Larkin, Howe, Bernstein et Aber. Pour sa poésie, il a reçu les prix Víctor Jara, National des Jeunes Poètes et Conteurs, Pablo de Rokha et Goodmorning Menagerie, entre autres, et pour ses romans, il a bénéficié de résidences de la Fondation Sylt en Allemagne et de l’université de los Andes en Colombie. Il est titulaire d’une maîtrise en écriture créative de l’université de New York, dirige le cours de diplôme du même nom à la PUC Valparaíso et anime des ateliers à la Volkshochschule de Cologne.
MANTRA
Con las heridas de los dedos pinto
unos cuadros que compran a buen precio
quienes me las hicieron.
MANTRA
Avec les blessures des doigts je peins
quelques tableaux que m’achètent à bon prix
ceux qui me les avaient infligées.
LAS PATAS DE LOS PÁJAROS
Calientes como el universo antes de armar galaxias
y comprimidos como ese universo, un saco de dormir en la mochila
a punto de estallar
como quien pinta el altiplano mirando el sol de frente
o quien decide mientras corre buscar su muerte en otro sitio,
jugamos a engañarnos,
alzando el velo de otras novias como neblina que al volcán levanta,
la bufanda es el yugo que ha tejido la sobra de cariño y de minutos,
el vapor que madruga en las colinas.
Y recorremos los destrozos, así pisando lava
donde la noche es nuestra lengua y es nuestros dedos,
todo lo que se escapa de nosotros :
el sudor y las lágrimas, el semen
en las piernas delgadas y sin garbo
de flamencos rosados en la altura, picoteando los restos,
doblando el cuello hacia nuestra espalda,
rascándonos la tarde con las uñas de pájaras tan nuevas
como lagos entumecidos
apareciendo allí donde aleteábamos las aguas.
LES PATTES DES OISEAUX
Chauds comme l’univers avant d’armer les galaxies
et compressés comme cet univers, un sac de couchage dans le sac à dos
prêt à éclater
comme qui peint les hautes terres regardant le soleil en face
ou qui décide pendant qu’il court chercher sa mort ailleurs,
nous jouons à nous tromper,
soulevant le voile des autres fiancées comme la brume qui au volcan soulève,
l’écharpe est le joug qui a tissé les restes d’affection et de minutes,
la vapeur qui se lève tôt dans les collines.
Et nous traversons les ravages, ainsi marchant sur la lave
où la nuit est notre langue et nos doigts,
tout ce qui s’échappe de nous :
sueur et larmes, sperme
sur les jambes fines et sans grâce
de flamants roses dans les hauteurs, picorant les restes,
pliant le cou vers notre dos,
nous grattant l’après-midi avec les ongles des oiseaux si jeunes
comme ces lacs engourdis
apparaissant là où nous avons agité les eaux.
POLACA
De un pasado dudosamente noble
como todo pasado noble. Modzelewska por padre,
Wyrzykowska por madre. Es huérfana y de quince años,
mil novecientos treinta y nueve :
pide pega en la industria intervenida.
El patrón frisa los cuarenta, arrancan
juntos a Viena por los rusos. Por los celos de Müller cae presa,
acusada a los nazis para casarlo con su hermana.
Son más de tres los meses. La liberan los gringos, camina días a Salzburgo
y en la plaza tras una alarma ve correr a su jefe. –¡Papa !, chilla.
Se casan a escondidas para que nunca la bese en la boca.
Doméstica de su cuñado, duerme en la pieza de servicio
tal como en Chile. Donde trajo a Goethe
y un par de pilchas, para hacer del barquito de pesca
uno con capitán y marineros.
Un hijo. Viuda. Gatos. Perros. Pájaros
que huelen como ella o viceversa.
No está ni ahí con ver a sus nietos, le reclama mi padre.
Toco el timbre y no suena, grito y no responde,
seis perros gordos y furiosos ladran sobre la reja.
POLONAISE
D’un passé douteusement noble
comme tout noble passé. Modzelewska par le père,
Wyrzykowska par sa mère. Elle est orpheline et âgée de quinze ans,
mil neuf cent trente-neuf :
demande du boulot dans l’industrie occupée.
Le patron frise la quarantaine, ils démarrent
ensemble pour Vienne à cause des Russes.
Par la jalousie de Müller, elle devient prisonnière,
dénoncée aux nazis pour qu’il puisse marier sa sœur.
Ça fait plus de trois mois. Les gringos la libèrent, elle marche des jours jusqu’à Salzbourg
et sur la place après une alarme elle voit son patron courir. « Papa ! » crie-t-il.
Ils se marient en cachette pour qu’il ne l’embrasse jamais sur la bouche.
Domestique de son beau-frère, elle dort dans la chambre de service
comme au Chili. Où elle avait amené Goethe
et quelques fringues, pour faire un petit bateau de pêche
un avec capitaine et marins.
Un fils. Veuve. Chats. Chiens. Des oiseaux
qui sentent comme elle ou vice versa.
Il n’est même pas là pour voir ses petits-enfants, lui reprocha mon père.
Je sonne à la porte et ça ne sonne pas, je crie et ça ne répond pas,
six gros chiens en colère aboient par-dessus la clôture.
ESCULTURA
Esto
como una reproducción a escala
del hielo
que remite al dibujo oficial de un copo de nieve.
La simetría de unas líneas que no están en la nieve :
que sean clavos grandes. Que entre ellos haya plumas blancas.
Que al hacerse más grandes
den cuenta de lo que significa hacerse grande : fragilidad.
Lo que hace a las líneas entrecruzadas decir –nieve.
Cuántas líneas sobre un papel se necesitan para verla,
alguien se pregunta al mirar que nieva tras la ventana.
Luego pasa la vista sobre el dibujo en dirección al que hizo antes
de un animal.
¿Qué ve la niña de un año en el trazo,
que dice –miau– cuando lo apunta ?
¿Cuándo comienza
a ser un gato ese dibujo ?
Deja las dos dimensiones del dibujo y vuelve a las tres
dimensiones de la tarde,
de la reproducción a escala del hielo.
Una escultura.
Una escultura hacía perpetuo lo fugaz.
Pero si a una escultura le crece algo en la mejilla
pasto por ejemplo, hace fugaz lo perpetuo del hierro.
Hacer fugaz lo perpetuo, un bien de consumo
que antes duraba para siempre :
radio, mesa, casa. El sobreconsumo afecta la escultura.
Lo perpetuo
y su defensa
contra el consumo y sus dueños.
La perpetuidad es revolucionaria.
La perpetuidad es frágil.
Como el hielo
cuando es representado en la escultura.
SCULPTURE
Ceci
comme une reproduction à l’échelle
de la glace
qui renvoie au dessin officiel d’un flocon de neige.
La symétrie de quelques lignes qui ne sont pas dans la neige :
qu’elles soient de grands clous. Que parmi eux il y ait des plumes blanches.
Que lorsqu’ils grandissent,
ils racontent ce que signifie être grand : fragilité.
Ce qui fait aux lignes entrecroisées dire — neige.
Combien de lignes sur un papier faut-il pour la voir,
se demande quelqu’un en regardant neiger derrière la fenêtre.
Puis il glisse le regard sur le dessin dans la direction de celui qu’il a fait plus tôt
d’un animal.
Que voit la fillette d’un an dans le trait,
qui dit — miaou — quand elle la pointe du doigt ?
Quand ça commence
à être un chat ce dessin ?
Sortir des deux dimensions de l’image et revenir aux trois
dimensions de l’après-midi,
de la reproduction à échelle de glace.
Une sculpture.
Une sculpture rendait perpétuel le fugace.
Mais si à une sculpture le pousse quelque chose sur sa joue
de l’herbe, par exemple, cela rend éphémère le côté perpétuel du fer.
Changer en éphémère le perpétuel, un bien de consommation
qui avant durait éternellement :
radio, table, maison. La surconsommation affecte la sculpture.
Le perpétuel
et sa défense
contre la consommation et ses propriétaires.
La perpétuité est révolutionnaire.
La perpétuité est fragile.
Comme la glace
lorsqu’elle est représentée en forme de sculpture.
PARA LA GENTRIFICACIÓN DEL CIELO
fue cosa de pagar el boleto de avión comprar
la mirada de un dios compelido a dejar su barrio
de negros pájaros embalsamados sobre un pequeño croquis de oficinas
en el que eres un punto elongas en piyama y lo eleva el viento ríes y cuando ríes
cuelgas el cielo como sábana
el cielo que no vuela pues no paga el boleto y yo
miro el país entero desde arriba un escote
cuyo pezón asoma y tal vez ni sea el enemigo
pulula dentro de luces continuas
calles o discontinuas llegas prendes apagas vuelves
a salir la ciudad una placa madre de amor partió la tuya bajo un árbol
esa cuestión verde con conectores que del computador no sale
como otra oficinista de su casa si está oscuro lo verde es lo oscuro es el campo
los conectores focos discontinuos llegas prendes apagas vuelves
a salir la batería y el ventilador son estadios allí detrás del ala
bloques de apartamentos las ranuras nubosidad parcial y
cómo dejar de esperanzarse por no sufrir desilusiones
si son inevitables
las nubes cuando abajo tantas hojas
agarraban al vuelo tu padre con tu hermano
revolcándose en el montón de secas
la madre entraba lluvia corriendo entre las sábanas
los ves de frente y como ellos ríes
POUR LA GENTRIFICATION DU CIEL
il s’agissait de payer le billet d’avion acheter
le regard d’un dieu contraint de quitter son quartier
de noirs oiseaux embaumés sur un petit croquis de bureaux
dans lequel tu es un point tu t’allonges en pyjama et le vent le soulève tu ris et quand tu ris
tu accroches le ciel comme un drap
ce ciel qui ne vole pas parce qu’il ne paie pas le billet et je
regarde tout le pays d’en haut un décolleté
dont le téton dépasse et ce n’est peut-être même pas l’ennemi
grouille dans des lumières continues
rues ou discontinuées tu arrives allumes éteignes ressorts
à nouveau la ville une carte mère d’amour a cassé la tienne sous un arbre
cette question verte avec des connecteurs qui de l’ordinateur ne sort pas
tout comme une autre employée de bureau ne sort pas de chez elle s’il fait noir le vert est ce qui est obscur c’est le champ
les connecteurs projecteurs discontinus tu arrives allumes éteignes ressorts
à nouveau la batterie et le ventilateur sont stades là-bas derrière l’aile
blocs d’appartements les rainures nébulosité partielle et
comment cesser de se donner de l’espoir pour ne pas subir des déceptions
si elles sont inévitables
tels les nuages quand en dessous tant de feuilles
prenaient au vol ton père avec ton frère
se roulant dans le tas de celles qui sont sèches
la mère est venue sous la pluie en courant entre les draps
tu les vois devant toi et tout comme eux tu ris.
CEDÍA QUE LA PALABRA
es una cosa y si es una cosa
lo más probable es que sea
como la oreja una herida
o esos paréntesis entre la ceja y la pestaña
para lo visto
cómo confiar en un aceite
así de transparente y claro
luego de sopaipillas
pasadas y empanadas
fritas las papas y refritas
cedía que la palabra
es un encierro narrado con aire
entonces solo caben dos opciones
para la palabra maltrecha
y devaluada porque esto se trata
de cuánto compra
o de mirar las nubes en la luna
y decir a qué se parecen
creaturas de mar carroza con caballos
un jinete con una herida en la cabeza
bordes de cinta adhesiva recién quitada
del aviso se arrienda bajo el influjo del alcohol la lluvia
la primera opción aislar las venas
que la irrigan presionando pulgares
sacar todo lo que no sea
la herida misma
pus cuchillos
y sellarla con un parche curita
por ejemplo para que deje
de sangrar y no moje ni se lea
ya como herida la palabra
se piense un parche como
cualquier otro los miles
de parches producidos
por los niños de china
otro respondía que no que
la sal pica pimienta y la salpica
aquí verde y ají
del gas por tubería al fuego
en la sartén saltan las sales
sobre la herida que no sana
cuando se escribe con condón
pero quién querrá leerlo cuando llegue raja del trabajo
en esta esquina la palabra del poder
y en esta otra el poder de la palabra
la segunda opción es abrirla
ensancharla más allá de la carne haciendo un océano de ese punto
rojo nadar crol en ella hasta más adentro gritando en cada boqueo
estilo mariposa de donde el cuerpo supiera que estaba herido
traspasarlo si es posible dejar a la sangre de los peces brotando
en oleadas que pasen por ahí hasta por casualidad rumbo a otros
miembros que la requieran algas incluso por las calles submarinas
un maremoto que por la herida abierta de la palabra manen todas
las palabras una sobre otra mojando hasta los cerros tan opacas
que no se viera el rojo volviéndose el café de grano de los troncos
por capas y leerlas todas horizontales como paisajes y verticales
retratos del fracaso pasional porque nadie lee menos un graznido
de pájaro viniendo a la tierra revuelta cuando es maleza aún y nada
en la sangre hasta aletearla amarilla del aromo y del aroma de la azul
herida el arma y presagia a un extraño en el gimnasio de la muerte
pero lo de aislarla lo cedía sinceramente como opción
palabra
blanca y hueso
fuera
del cuerpo la
noche amanece
limpia como la hija
en el primer día de clases
parche en la boca
ambas palabras un castigo
una herida la segunda
a lavársela con jabón
diciéndolo
sin lectura ni más sangre de la prometida por ella como herida
otro respondía que no que
somos mucha gente y más los lugares sin gente
y ojo el grano del papel ha enterrado el resto de los sentidos
arrastrando la quinua y el cuscús fuera de donde estira la toalla
cedía
devolverle a los poros lo que las palabras
les robaron el mundo nada menos
si no me toco un pie con el otro no sé si estoy
descalzo devolvérselo en uso de las mismas palabras
vida para las lenguas manos narices y orejas muertas
vida a través de su propio asesino
con perdón sin olvido
los agujeros en la piel para que entre el día pulsando
en los tapones
la sombra sobre la palabra sombra
me engaña la creo un doblez del libro de anatomía traducir así
páginas transparentes de órganos huesos piel una sobre otra
al tacto tácito
cuando invoca un recuerdo es que lo crea
había perdido la sana costumbre
de ponerle nombre a las cosas que quiero
que la palabra deje de llegar tarde a ellas a puro nombrarlas
con los ojos y solo ven un lugar a la vez
cuántos seres sabrán que hoy es domingo
que el amaretto del helado ya está en la almendra
y la chorrea la almendra anticipando el sol
como las flores del aromo
cabecita de aromo me cedía también cachancho
si es una cooosa exclama cuando le parezco tier
no nombraron colores los antiguos
en rojo negro y blanco aglutinaron
los que vieron importa si mate o brillante si seco o húmedo
no tomaron piscola los antiguos
y un hielo en la piscola parece un ojo de los tuyos
nunca olvido una cara
esto que escribo viajó al futuro en que se lee
y para hacerlo es al pasado donde viajas
a mi pasado no al de los antiguos
pero nada es tan espantoso como quien lo cuenta cree que es
la nostalgia un cuchillo de cocina
o la mancha que limpias con el dedo
y ya no está en el dedo ni en la mesa
cedía que el fin es el fracaso pero el fracaso no es el fin
el ánfora pecera el macetero las cajas de herramientas costureros
cuántas cosas existen que no necesitamos
para decirte cuánto vales requiero números y puntos
comas y aquí no hay
que la calle me calle
entre lo que las cosas dicen
y yo golpeo de ventanas y nada más podría
leer del soplo si es que apago la música o se mete
entre lo que las cosas dicen
y
IL CÉDAIT QUE LE MOT
est une chose et si c’est une chose
le plus probable c’est que ce soit
comme l’oreille une blessure
ou ces parenthèses entre le sourcil et le cil
à ce qu’on voit
comment faire confiance à une huile
aussi transparente et limpide
après des beignets
trempées et des empanadas
frites les patates et refrites
il cédait que le mot
est un confinement raconté avec de l’air
alors il n’y a que deux options
pour le mot mal en point
et dévalué parce qu’il s’agit
de combien on achète
ou de regarder les nuages sur la lune
et dire à quoi ils ressemblent
créatures marines chars avec chevaux
un cavalier blessé à la tête
bords du ruban adhésif fraîchement retiré
de l’avis on loue sous l’emprise de l’alcool de la pluie
la première option isoler les veines
qui l’alimentent en appuyant sur les pouces
extraire tout ce qui n’est pas
la blessure elle-même
pus couteaux
et la sceller avec un pansement
par exemple pour qu’elle arrête
de saigner et ne mouille ni ne se lise
déjà comme blessure le mot
penser à un pansement comme
tous les autres les milliers
de pansements produits
par les enfants de chine
un autre a répondu que non que
le sel brûle le poivre et la saupoudre
ici du vert et du piment
du gaz par tuyau vers le feu
dans la poêle sautent les sels
sur la blessure qui ne guérit pas
quand on écrit avec un condom
mais qui voudra le lire en rentrant crevé du travail
dans ce coin la parole du pouvoir
et dans cet autre le pouvoir de la parole
la deuxième option est de l’ouvrir
de l’élargir au-delà de la chair en faisant un océan de ce point
rouge nager le crawl en dedans d’elle jusqu’au plus loin à l’intérieur en hurlant à chaque halètement style papillon d’où le corps sache qu’il était blessé
le transférer s’il est possible de laisser le sang du poisson jaillissant
dans des vagues qui passent par là même par hasard vers d’autres
membres qui en demandent des algues même à travers les rues sous-marines
un raz de marée qui par la plaie ouverte du mot surgissent les
mots les uns sur les autres mouillant même les collines si opaques
que l’on ne voie pas le rouge virer au café de grain des troncs
par couches et les lire tous horizontalement comme des paysages et de verticaux
portraits d’échec passionnel car personne ne lit plus un couinement
d’oiseau revenant à la terre brassée alors qu’elle est encore sous-bois et nage
dans le sang jusqu’à ce qu’haletant elle jaunisse de l’acacia et de l’arôme de la bleue blessure l’arme et présage un étranger dans le gymnase de la mort
mais au sujet de l’isoler je l’ai concédé sincèrement comme option
mot
blanc et os
en dehors
du corps la
nuit se change en jour
propre comme sa fille
au premier jour d’école
gaze sur la bouche
les deux mots une punition
une blessure la seconde
à laver avec du savon
en le disant
sans lecture ni plus de sang que celui promis par elle comme blessure
un autre répondait que non que
nous sommes beaucoup de gens et plus encore il y a les endroits sans personne
et attention le grain du papier a enterré le reste des sens
en traînant le quinoa et le couscous hors de l’endroit où il tend la serviette
j’accorde
redonner aux pores ce que les mots
ils leur ont volé le monde rien de moins
si je ne me touche pas un pied avec l’autre je ne sais pas si je suis
nu-pieds le lui rendre en utilisant les mêmes mots
la vie pour les langues les mains les nez et les oreilles mortes
la vie à travers son propre meurtrier
avec pardon sans oublier
les trous dans la peau pour que le jour entre en appuyant
sur les pansements
l’ombre sur le mot ombre
elle me trompe je la crois être un pli du livre d’anatomie traduire comme ça
des pages transparentes d’organes os peau les unes sur les autres
au toucher tacite
quand il invoque un souvenir c’est qu’il le crée
j’avais perdu la saine habitude
de nommer les choses que j’aime
que le mot cesse d’être en retard vers elles à force de les nommer
avec leurs yeux et qu’elles ne voient qu’un endroit à la fois
combien d’êtres sauront qu’aujourd’hui c’est dimanche
que l’amaretto de la glace est déjà dans l’amande
et en déborde l’amande anticipant le soleil
comme les fleurs de l’acacia
petite tête d’acacia qu’elle me disait aussi mon petit cochon
si c’est une chooose elle s’exclame quand j’ai l’air mignon
n’ont pas nommé les couleurs les anciens
en rouge noir et blanc il ont agglutiné
ceux qui ont vu il importe s’ils sont mats ou brillants s’ils sont secs ou humides
ne buvaient pas de piscola les anciens
et une glace dans la piscola ressemble à l’un de tes yeux
je n’oublie jamais un visage
ce que j’écris a voyagé vers le futur dans lequel on peut lire
et pour le faire c’est au passé où tu voyages
à mon passé pas à celui des anciens
mais rien n’est aussi épouvantable comme celui que le raconte le pense
la nostalgie un couteau de cuisine
ou la tache que tu nettoies avec ton doigt
et il n’est plus au doigt ni sur la table
je concède que la fin est un échec mais que l’échec n’est pas la fin
l’amphore bocal à poissons le pot de fleurs les boîtes à outils les boîtes de couture
combien de choses existent dont nous n’avons pas besoin
pour te dire combien tu vaux j’ai besoin de chiffres et de points
virgules et ici il n’y en a pas
que la rue me fasse taire
entre ce que disent les choses
et je frappement de fenêtres et rien d’autre ne pourrait
lire à partir du souffle sauf qu’il éteint la musique ou qu’il se met
entre ce que les choses disent
et
el agua que se evaporó de alguien como tú nadando en el lago
cayó en la lluvia de otra como tú cubriéndose con los dedos o
no al lavárselos en la tina mientras espero a que salgas a tocarme
ESPERO Y LUEGO ESPERO USAR TUS PIERNAS COMO BUFANDA
en un invierno que no pasó por aquí como un censista perdido
tocando la puerta para consultar quién eres
porque tendrías mucho
más que preguntarle de vuelta como lo haces conmigo ahora
que tus piernas desato por el calor y tendidos miramos al techo
con ambas piedras
ya quebraron las lagunas por arriba del arrebol
de los pómulos te acuerdas cuando miras los techos
los ojos
napas subterráneas no estrellas constancia de que todo es agua
confesarlo ahora da lo mismo quisiera ver de nuevo tu cuerpo
porque las piedrecitas playeras contienen los tonos de tu espalda
y temo equivocarme
aquí y ahora beberías mis cenizas si las tuvieras a mano yo igual
cualquiera de los dos pudo ser el que recién murió en el metro y
nos sacó a la lluvia y no te moja y no llueve
una niebla sobre las
piedras que también son una niebla si es que algo son y siempre
re
dond
as
como los pomos y tus dedos girándolos y tu manera de moverte
rumbo al mismo baño donde te esperaba adonde llegamos por no
morir en el metro las hojas de tu piélago nadan entre los peces
del museo para el que nos vestimos si visitamos los mares que
pintaron las vanguardias los descubrimos realistas y el fin de los
amores acuarelas las sillas se salen del muro
la negra electricidad
del mar bosque al revés y de piedra yo no estoy aquí ni aquí
pensé que estabas en los cuerpos traslúcidos del bote quizás en los
colores del mar en el abdomen por los ojos gaviotas
el agua guarece
encapsula el cáncer que es pensar en uno mismo con los párpados
poros alumbrados por la luna y el sudor del taxi
si no remamos un
bote nocturno redes de pesca al fondo chimeneas chocan el cielo
campanas de nubes el agua calma apenas cortada por el bote como
un dedo peinando el mechón que ha caído sobre tu frente un
retrato cuyo fondo fueran puros dedos y tu pelo mojara los dedos
l’eau qui s’est évaporée de quelqu’un comme toi nageant dans le lac
est tombée dans la pluie d’une autre comme toi en se couvrant avec ses doigts ou
pas en se les lavant dans la baignoire pendant que j’attends que tu en ressortes pour me toucher
J’ATTENDS ET PUIS J’ESPÈRE UTILISER TES JAMBES COMME UNE ÉCHARPE
dans un hiver qui n’est pas passé par ici comme un recenseur perdu
frappant à la porte pour apprendre qui tu es
parce que tu aurais beaucoup
plus à lui demander en retour comme tu le fais avec moi maintenant
que tes jambes je dénoue à cause de la chaleur et couchés nous regardons le plafond
avec les deux pierres
déjà ont été brisées les lagunes au-dessus de la rougeur
des pommettes te souviens-tu lorsque tu regardais les plafonds
les yeux
des nappes souterraines pas des étoiles constatation que tout est de l’eau
avouer maintenant ça revient au même je voudrais revoir ton corps
parce que les petites pierres de la plage possèdent les tonalités de ton dos
et je crains de me tromper
ici et maintenant tu boirais mes cendres si tu les avais à portée de main pareil pour moi
l’un ou l’autre aurait pu être celui qui vient de mourir dans le métro et
il nous a emmenés sous la pluie et il ne te mouille pas et il ne pleut pas
une brume sur les
pierres qui sont aussi une brume si elles sont toujours quelque chose c’est d’être
ro
nd
es
comme les pommeaux des portes et tes doigts les tournant et ta façon de bouger
vers la même salle de bain où je t’attendais où nous sommes arrivés pour ne pas
mourir dans le métro les feuilles de ton océan nagent parmi les poissons
du musée pour lequel nous nous habillons si nous visitons les mers qu’ont
peintes les avant-gardistes nous les découvrons réalistes et la fin des
amours aquarelles les chaises sortent du mur
la noire électricité
de la mer forêt à l’envers et en pierre je ne suis pas ici ni ici
j’ai pensé que tu étais dans les corps translucides de la barque peut-être dans les
couleurs de la mer dans l’abdomen par les yeux des goélands
l’eau abrite
encapsule ce cancer qui est penser à soi-même avec les paupières
pores illuminés par la lune et la sueur du taxi
si nous ne ramons pas une
barque nocturne filets de pêche au fond cheminées cognent le ciel
cloches de nuages l’eau calme à peine coupée par la barque comme
un doigt peignant la mèche qui est tombée sur ton front un
portrait dont le fond serait purement des doigts et tes cheveux humecteraient les doigts
MIENTRAS LOS ÁRBOLES
cuelgan del tendedero
del cielo
yacen montañas secas
de ropa blanca
PENDANT QUE LES ARBRES
sont suspendus sur la corde à linge
du ciel
gisent les montagnes sèches
de vêtements blancs
Odelin Salmerón (Cuba, 1943), est un poète qui écrit au Québec. Il a obtenu un certificat en littérature chinoise de l’Université Donghua en Chine, un certificat en création littéraire de l’Université du Québec à Montréal et un baccalauréat ès sciences et lettres de l’Institut Osvaldo Herrera de Santa Clara à Cuba. Il a fait paraître son premier recueil, Rencontre, au Noroît en 1995. En 2000, il publie chez le Noroît le recueil de poèmes L’Alphabet des étoiles, puis Les sept chemins du vent chez L’Harmattan en 2008 et Le guerrier de soi aux Éditions de la Grenouillère en 2014. Salmerón agit également à titre de traducteur. Il a traduit en 2015 le recueil One Ticket, de la poète mexicaine Ingrid Valencia. En 2017, il a fait partie des vingt auteurs en lice pour le Prix de poésie Radio-Canada pour Les cicatrices de la lune. Il remporte la même année le prix Jean-Lafrenière/Zénob du Festival international de la poésie de Trois-Rivières.