[blanc](traduction : Sabine Huynh)[/blanc]
| Six Definitions of Home Home is a china shop with someone or other in the role of the bull Home is a place where the floors are strewn with invisible shards where held on the fridge by magnets are conflicting writs of complaint Home is a place where they claim to know your worth exactly and do not let you engage in prophecy Home is where the phone may ring at any moment with catastrophic news where the secret police may come for you at dawn Home is the place where they have to take you in (Is your passport still valid ? Does your key still fit ?) Home is where your body knows the place of things before your mind so much as begins to remember | Six définitions du chez soi Chez soi, ce magasin de porcelaine où l’un et l’autre se déplacent comme des éléphants Chez soi, cet endroit où des tessons invisibles jonchent le sol où des doléances contradictoires s’aimantent sur le frigidaire Chez soi, cet endroit où l’on prétend connaître votre exacte valeur où l’on ne vous laisse pas pratiquer la prophétie Chez soi, la sonnerie du téléphone peut à tout moment annoncer des nouvelles catastrophiques la police secrète d’État peut venir vous chercher à l’aube Chez soi, cet endroit où ils sont réduits à vous amener (Votre passeport est-il encore valable ? Et votre clef, marche-t-elle ?) Chez soi, là où votre corps sait où se trouve chaque objet avant même que votre esprit ne s’en souvienne. |
(Cyclamens and Swords, Dec. 2012)
| Regeneration yet sometimes in cold winter nights the body glows in self-sufficient bliss bear buried deep under matted hair summer fat melting turning into heat for the cub to be born bird under its wing twisted muscles swollen sinews resting bent beak straightening broken claws growing back finally – best — oyster shut tight poised on the waves sealing ulcers and tears with layers of mother-of-pearl | Régénération malgré tout par les froides nuits d’hiver le corps s’embrase de félicité sereine ourse enfouie sous sa fourrure emmêlée sa graisse d’été fondant se changeant en chaleur pour l’ourson à naître oiseau – la tête sous l’aile muscles se dénouant bec courbé se redressant griffes brisées repoussant finalement – l’idéal – huître bien fermée en équilibre sur les vagues fermant ulcères et plaies avec des couches de nacre |
(Cyclamens and Swords, Dec. 2012)
| Gas Masks Remember that winter when, apart from our handbags, briefcases, umbrellas, and shopping, we were also encumbered by gas masks ? After lavish start-of-the-year, end-of-the-world parties we retreated to the tribal womb. By night, masks within reach, we stayed in our sealed rooms, watching the same news ; by day we dragged them around in their drab cases. Children took them to school ; cabinet ministers to TV interviews (how economically, how neatly they could make their political point if they were forced to reach for them in the midst of a sentence !) ; Masks of prostitutes and masks of clients clashed together between sand dunes. Masks dangled from Red Riding Hoods’ shoulders disturbing the cake and the wine. Remember all those people in the concert hall with the gas masks, like oversized phylacteries, covering their faces, while a mask-less, fearless Isaac Stern went on playing ? We were proud of our simple and cultured, we were moved by our politicians. However after a month or so, we got fed up with all the tribal coziness ; we wanted our uniqueness back we wanted, in short, personalized gas mask cases. Need identified, we got them in all their splendid variety : black gas mask cases to made proud a British civil servant ; pastel colored ones for maidens ; sequined ones for Cinderellas ; Cinderella-ed and Mickey Moused ones for children. We inscribed them with appropriate captions, « In spite of all, business as usual », « Would you like to have a good time », or "We have no one to trust, but our father in heaven". Scuds and Patriots crossed each other over our heads, Hitting this, missing that. Now and then Someone had a heart attack. On top of all that The weather was awful. But there we were, making a statement. | Masques à gaz Tu te souviens de cet hiver quand, en plus de nos sacs à main, mallettes, parapluies et courses, on devait aussi s’encombrer de masques à gaz ? Après de somptueuses festivités pour le nouvel an et la fin du monde, on s’est retirés dans la matrice tribale. La nuit, les masques à portée de main, on restait dans les pièces blindées, scotchés aux informations en boucle ; la journée, on les traînait dans leur étui terne. Les enfants les prenaient avec eux à l’école ; les ministres aux entretiens télévisés (s’ils étaient forcés de s’en saisir en plein milieu d’une phrase, leurs idées politiques passaient alors pour si convaincantes !) ; des masques de prostituées et des masques de clients s’entrechoquaient dans les dunes de sable. Des masques pendaient aux épaules des Petits Chaperons Rouges dérangeant le gâteau et le vin. Tu te souviens de tous ces gens dans la salle de concert, le visage derrière ces phylactères géants, alors qu’Isaac Stern continuait à jouer, intrépide et le visage découvert ? On était fiers de nos compatriotes modestes et cultivés et touchés par nos hommes politiques. Cependant à peine un mois s’est écoulé avant qu’on ne se lasse de cette proximité tribale ; on voulait redevenir uniques, on voulait, pour résumer, des étuis de masques à gaz personnalisés. Une fois le besoin identifié, on les a eus dans toute la splendeur de leur variété : des noirs qui auraient fait la fierté d’un fonctionnaire britannique ; des pastel pour les vierges ; décorés de sequins pour les Cendrillons ; ou de Cendrillons et de Mickeys pour les enfants. On y a apposé les inscriptions qu’il fallait : “les affaires tournent malgré tout”, “voulez-vous vous amuser”, ou encore “nous ne pouvons nous fier qu’à notre père qui est aux cieux”. Des missiles Scud et Patriot se croisaient au-dessus de nos têtes, atteignant ou loupant leurs cibles. De temps en temps, quelqu’un était victime d’une crise cardiaque. Pour couronner le tout, il faisait un temps de chien. Mais nous, on était là, fiers de notre message. |
(Subtle Tea, 2008)
Iris Dan est née en Bukovine (Roumanie) dans une famille de rescapés de l’Holocauste. Elle a grandi bilingue (allemand et roumain) et elle a étudié les langues romaines à l’université de Bucarest, où elle a obtenu une maîtrise de linguistique. Elle vit en Israël depuis 1980. Elle est mariée, a une fille déjà adulte et travaille (avec beaucoup de joie) comme traductrice multilingue. Elle voit la Méditerranée du haut de sa tour de Babel (existentielle et professionnelle). Elle écrit de la poésie depuis toujours, sans forcément songer à se faire publier, et uniquement en anglais. Depuis peu, elle envoie des poèmes à des revues et ils ont été acceptés par Magnapoets, Poetic Portal, SubtleTea, Poetic Diversity, Cyclamens and Swords, et l’anthologie annuelle Voices Israel.

