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Mosche in bottiglia (Mouches en bouteille) de Leonardo Sinisgalli traduit par Thierry Gillyboeuf

dimanche 23 avril 2017, par Roselyne Sibille

Fin d’année

Tu mets sur la grille
une fourmi et une pie,
tu fais un dîner à l’ancienne.

Vieilleries

Elles veulent que je les emporte avec moi,
elles craignent que je ne revienne pas,
chaque fois je dois remplir
mon sac
de ces pauvres vieilleries.

Le soleil ne s’arrêtera pas

Une autre main à la fenêtre
fera tourner le moulin à café,
le soleil ne s’arrêtera pas.

Les gens joyeux

Les gens joyeux boivent à la fontaine,
ils lèvent la tête pour regarder les montagnes,
nous, nous nous cachons de honte.

Dîner d’adieu

Nous parviennent les bruits de la vaisselle
qu’on lave après le dîner d’adieu.

Le petit jardin aux rebuts

Un arbre s’enflamme
au fond de l’entonnoir
où les rangées de maisons
se rejoignent,
[azur]________[/azur]les aubépines éclatent
dans le triste jardin aux rebuts.

Les maisons vides

Les arbres ne laissent
rien filtrer.
On entend le tintement
d’une cloche.

Chez moi

Chez moi on parle
avec les mouches on vit
en compagnie des mouches
hiver comme été
où est la mouche
comment va la mouche
la mouche a disparu
on crie quand elle s’en revient.

Anna rapièce

Anna rapièce de vieilles guenilles
pour faire venir le sommeil,
elle les manipule avec douceur
jusqu’à ce que ses bras retombent
épuisés sur ses genoux.

Nous sommes ici pour nous partager

Nous sommes ici pour nous partager
un héritage de souffrances.
Ne brisons
pas ce qui est entier,
il devient néant.

Reliquaire

Je me suis mis à fouiller
dans les recoins : nids
vides, crânes de rats.
Je continue de dévaliser
les plafonds et les soupentes,
d’épousseter les portraits.
Je n’ai aucun scrupule à l’égard des miens,
je vends les reliques les secrets les bijoux
de mes tantes, les alliances de mes sœurs.

Si nous nous rencontrons

Dans un coin de ciel bleu
ou dans un fossé d’orties
nos âmes redeviendront amies.

Nous oublierons ce mois d’avril

Ils sont finis les mystères puérils,
je me cache, tu te perds,
nous oublierons ce mois d’avril,
les obscurs paradis verts
et les maudites intrigues
de l’amour dans les mouchoirs.

Le sureau de mer

Les premiers pépins noirs sont déjà là
sur les grappes du sureau marin.
D’ici peu tous les grains
seront mûrs,
une nuée d’oiseaux
avides s’abattra
sur notre jardin.

Dans une vieille église de Grado

Maintenez-moi éveillé
ne me laissez pas dormir
oiseaux en plein vol prisonniers
dans la pierre.

Crépuscule

Le crépuscule se décompose,
les oiseaux pendent
aux branches entre les papiers
et les bas.

La lune de Saint Martin

Je suis un vieillard hébété
à son bureau ravi
de regarder la lune
qui se cabre et disparaît
avec son caniche.
J’ai peu regardé le ciel
quand j’étais jeune et distrait par la vie.
Il n’y avait pas de place pour la réflexion.
Je ne bouge plus,
je ne me retourne pas,
je resterai toute la nuit
devant cette vitre.

Frères et sœurs se rappellent de leur mère

Que te rappelles-tu d’elle ?
Je me rappelle ses migraines.
Elle était plus jeune que nous
quand un courant d’air l’emporta.

La cellule

La cellule est étroite
pour les longues journées
d’orgueil et de servitude.

Monsieur Eucalyptus

Il m’espionne du coin
de l’œil, le plus haut
le plus léger de tous,
il veut des preuves accablantes,
mais il se garde bien
de laisser ses empreintes
sur les vitres.

Optique

Un rayon fugitif pénètre,
il fouille dans les débris, fléchit,
s’effrange en trois tricornes
qui frétillent quelques instants
sur le plafond.
[azur]________[/azur]Il est prompt
à changer le jeu des incidences
et des réfractions.

La chambre du suicidé

Le petit bureau roussi
est dans un recoin de la chambrette
à l’arrière de la maison. Une lucarne
donne sur une esplanade, on aperçoit
un palmier au bord du terre-plein
qui s’enfonce dans le vallon. Le poète
s’appuyait avec le dossier de la chaise
au mur et entrevoyait
par les calmes journées le rai
de lumière qui venait du Détroit.
Le creux derrière les épaules
a mis à nu la grosse
trame des briques. Un paquet
à moitié vide de nazionali, quelques
allumettes entières cassées éteintes :
il les frottait au crépi
en allongeant le bras.

Songe

Je vais au dépôt
reprendre mes bagages,
je me hisse sur une montagne
de paquets, je sombre
dans les paperasses.


Pour lire un entretien de Thierry Gillyboeuf et Cécile A. Holdban sur la traduction : http://www.terreaciel.net/Deux-rega...

Pour retrouver une page sur Mark Strand, traduit par Cécile A. Holdban et Thierry Gillyboeuf : http://www.terreaciel.net/Mark-Stra...


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