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Juan Arabia, traduit de l’espagnol (Argentine) par Joseph Soletier

lundi 31 mai 2010, par Cécile Guivarch

 
 

Fotografía : Camila Evia

Juan Arabia, argentin (né en 1983) est traducteur, critique littéraire et poète. Diplômé de la Faculté de Sciences Sociales de l’Université de Buenos Aires, il est actuellement Directeur de la maison d’édition et de la revue Buenos Aires Poetry. En 2018, il était le poète représentatif de l’Argentine au festival Festival Voix Vives 2018 (Sète, Musee Paul Valery). Il a traduit des livres d’Arthur Rimbaud (Vers nouveaux et chansons) et d’Ezra Pound (Lustra, Exultations, Cathay), entre autres.
Sur son œuvre poétique, des critiques comme Marc Wetzel ont écrit : « Des grands poètes (et en voici un, jeune et redoutablement vif), on ne sait pas quoi attendre, car ils assistent, comme nous, leurs lecteurs, à l’incessant engendrement mutuel de leurs images et de leurs idées. L’élégance, la maîtrise, l’ironie — toutes trois bien présentes — n’y changent rien : leur voix avance sauvagement, s’empare de tout ce qu’elle comprend, scande ses thèmes, se nourrit de son propre déferlement. C’est comme un torrent de vie : personne ne demande où il veut en venir, mais nous savons qu’on le retrouvera toujours plus loin, creusant les pentes, sautant les méandres, oubliant sa source plus vite encore que le feu et le vent les leurs. L’impétuosité est telle que même chez les grands poètes conservateurs (Valéry, Claudel, Péguy), la voix est anarchiste (elle ne commande rien à la pensée qui l’anime). Alors, quand (avec Juan Arabia) l’homme poète est lui-même un anarchiste... »
L’océan est avare est son premier recueil paru en français (traduit par Jean Portante, Al Manar Editions, Neuilly, France, 2018) — lauréat du Prix 2019 de la revue NUNC (Marché de la poésie, Paris, Place Saint-Sulpice).


Poète, romancier et traducteur, Joseph Soletier est né le 26 août 1986, à Laon. Il est l’auteur de poèmes et d’un roman autobiographique, La Théorie des signatures, paru en 2019 aux Éditions du Rocher, récit fantasmagorique d’une enfance déchirée entre dérives sectaires et amour de la nature, ainsi que de nombreuses traductions poétiques du roumain, publiées sous son nom de naissance (Benoît-Joseph Courvoisier). Il dirige actuellement la Fondation Armel Guerne.

 

Biographie littéraire

Tu n’étais rien qu’un fou, chancelant dans d’obscures eaux anciennes,
une sensation occidentale, chargée de pauvreté occidentale
        Provence occitane...
À jamais né, à jamais oublié,
clair comme le reste humide de ton existence.

Mais quand les eaux ont commencé à monter, et ces poissons qui semblaient morts,
        à s’agiter comme des couleuvres en plein champ,
les premiers à sourire furent ceux qui chargeaient les plus lourdes pièces
        baignées de soleil
ceux qui poussaient et protégeaient la première charge.

Depuis qu’on a permis aux uns de s’éloigner, aux autres de s’approcher.
Si les récoltes se sont vues offertes par quelques mains serviles.
Ou si le premier empoisonnement a généré deux camps :
ici s’imposent les mites de soie sur la lune,
        et il ne nous reste plus qu’à attendre, là où s’égarent les barques.

Biographia Literaria

Eras un loco, tropezando en aguas antiguas
y oscuras,
una sensación occidental, cargada de pobreza occidental
        Provenza Occitana...
Definitivamente nacido, definitivamente olvidado,
claro como el húmedo resto de tu existencia.

Pero cuando las aguas subieron, y esos peces que parecían muertos
        aleteaban como culebras en el campo,
sonreían primero aquellos que cargaron las piezas más pesadas
        bañados de sol
aquellos que empujaron y protegieron la primera carga.

Desde cuándo permitieron alejar a algunos y acercar a otros.
Si las cosechas fueron dadas por
manos serviles.
O el primer envenenamiento generó dos
bandos :
ahí se imponen las polillas de seda sobre la luna,
        y sólo resta esperar, donde
se pierden los barcos.

 

Février
(à la manière de Wang Wei)

Ce que je redoutais le plus, c’était le tsunami, port ou baie.
Le tsunami est passé. Il a pris tout ce que j’avais.

Maintenant je ne suis plus triste de voir mes cheveux blancs,
ou de trouver mon cheval mort.

Les êtres qui me sont chers peuvent maintenant tomber
à la manière de la pluie sur le vide.

Febrero
(a la manera de Wang Wei)

Lo que más temía era el tsunami, puerto o
bahía.
El tsunami pasó. Se llevó todo lo que tenía.

Ahora no me entristece ver mi cabello
blanco,
o encontrar a mi caballo muerto.

Mis seres queridos pueden ahora
caer
al igual que la lluvia sobre el vacío.

 

Laisse le vent parler

Laisse le vent parler,
les églises ont recouvert d’ornements
        tous leurs mensonges
et les artistes sont descendus dans la rue
pour s’exercer à des sonorités populaires

Les académies glorifient les postes de travail
factices, elles attribuent des prix à leurs mensonges,
et les ouvriers restent seuls
        après s’être battus
contre une même lignée

Tout un couvent peuplé d’ineptes,
laisse le vent parler,
et commander une chose ou deux
        pour redresser le mât
ou cette guerre déjà perdue

avant de disperser en écume
ces songes vaincus,
        Merde, Olympe,
sillages en spasmes d’infortune
laisse le vent parler

Deja que el viento hable

Deja que el viento hable,
las iglesias cubrieron de ornamentos
        todas sus mentiras
y los artistas bajaron a la calle
para ejercer sonidos populares

Las academias glorifican el señuelo
de estación, dan premio a sus mentiras,
y los obreros quedan solos
        luego de dar palizas
contra la misma estirpe

Un convento de ineptos,
deja que el viento hable,
y ordene una o dos cosas
enderece al mástil
o aquella guerra ya perdida

y desparrame en espuma
aquellos sueños vencidos,
        Mierda, Olimpo,
estelas en espasmo de infortunio
deja que el viento hable

 

Poème écrit sur le mont Sourdough

Le poète Gary Snyder
avait six semaines en 53
sur la crête de ce roc
et de là vit tout ce que voit la vigie,
il vit les montagnes bouger
et l’abîme final de l’océan
il vit le vent et l’eau se briser
et le cerf ramifier ses bois.

Poema escrito en Sourdough Mountain

El poeta Gary Snyder
estuvo seis semanas en el 53
en la cresta de esta roca
y vio todo lo que un vigía ve,
vio las montañas moverse
y el profundo final del océano
vio el viento y el agua quebrarse
y al venado ramificar sus cuernos.


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