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Amedeo Anelli, traduit de l’italien par Irène Duboeuf

dimanche 30 juin 2019, par Cécile Guivarch

 

Quelques extraits de Neve pensata

APOLOGO

Il corpo segna il paesaggio
come un chiodo una corteccia.

La grandine falcia il giardino,
un odore di pioggia di colture
ed erba tagliata.

Tegole rotte e lucernai sfondati
una percussività
d’acqua e vento.

E poi improvviso il silenzio,
foglie, rami e detriti
ed un’asfissia di lombrichi.

Ma questo non è il paesaggio
è il sentire che esce dalla tana
che inverte il corso

e tutto si tiene in un silenzio
perfettibile.

APOLOGIE

Le corps marque le paysage
comme le clou une écorce.

La grêle fauche le jardin,
une odeur de pluie de cultures
et d’herbe coupée.

Tuiles cassées et lucarnes défoncées
un tambourinement
d’eau et de vent.

Et puis tout à coup le silence,
feuilles, branches et débris
et un foisonnement de lombrics.

Mais ceci n’est pas le paysage
c’est une sensation qui remonte à la lumière
qui inverse le cours

et tout se joue dans un silence
perfectible.

SOLO VISIONE SOLO TEMPO

Vedi le forme del silenzio
il silenzio che nutre la visione
partiture di segni
della vita del senso e del significare
il silenzio che restituisce il silenzio
puro sviluppo dell’albero
architettura di rami in crescita
verso la luce con le sue diffrazioni d’ombra
musica per gli occhi
musica dal tatto
imprescindibile.

Fa silenzio
dov’è la parola
si è sciolta
e vedi precipita.

SEULEMENT UNE VISION SEULEMENT DU TEMPS

Tu vois les formes du silence
le silence qui alimente la vision
partition de signes
de la vie du sens et de la signification
le silence qui restitue le silence
pur prolongement de l’arbre
architecture des branches qui poussent
vers la lumière avec ses difractions d’ombre
musique pour les yeux
musique du toucher
essentiel.

Le silence se fait
là où la parole
s’est dissoute
et tu vois, précipite.

RECITATIVO A SPECCHIO

Se da una finestra nascosta
giungono le note
di un pianoforte
disunite dalla pioggia
e l’ombrello oscilla
e profumano gli alberi
di muschio e d’ozono
si intrecciano i ritmi
ed i tempi, ma il volto
non appare

non appare
la tesa
solidarietà dei corpi

senti i battimenti

e il pianissimo
dell’aria respiro.

RÉCITATIF AU MIROIR

Si d’une fenêtre cachée
parviennent les notes
d’un piano
dispersées par la pluie
et que le parapluie oscille
que les arbres embaument
le musc et l’ozone
que s’entrelacent les rythmes
et les temps, mais que le visage
n’apparaît pas

n’apparaît pas
l’étroite
solidarité des corps

écoute les battements

et le pianissimo
du soupir de l’air.

IN MEMORIAM (III)

Un pettirosso è entrato in casa
non si sa per dove
balzava e volava tranquillo fra i libri le lampade e di vasi
è salito di sopra e si è posato sulla scultura in ferro di Edgardo
quella col cartiglio a schermo e bandiera e la candela
ed è volato via dal portellone del tetto
nella calura estiva.

I gatti
attenti, ma fermi, nella luce imperscrutabile degli occhi.

IN MEMORIAM (III)

Un rouge-gorge est entré dans la maison
on ne sait pas par où
il sautillait et volait tranquillement entre les livres les lampes et les vases
il est allé au-dessus et s’est posé sur la sculpture en fer d’Edgardo
celle avec le cartel le drapeau et la bougie
et il s’est envolé par la lucarne
dans la chaleur de l’été.

Les chats
aux aguets, mais immobiles, dans la lumière impénétrable de leurs yeux.

OFFERTA MUSICALE

A Sandro Boccardi

L’immagine lo specchio il suono ed il pensiero.

Volano i coppi dei tetti nel forte vento di fine estate,
gran vento e una pioggia millimetrica e scomposta.

Appoggiato alla parete come un animale
preso da una calma stupefatta sento
la calura che cede e le forze
ora vive, in soprassalto che cedono.

A fiondate il salice batte contro il muro
e una mosca vortica in un sibilo
eguale a quello del vetro sbrecciato.

Ma verrà l’inverno è il caldo buono di legna
dentro
e dal quel vetro un soffio
d’aria fredda, un brivido.

Il silenzio potenziale prima del suono
prima della parola, le parole levigate
dal silenzio.

Volano i turaccioli in quei coppi rovesciati
in un gioco di bambini, dal secchio il grande fiume d’acqua,
con lo stecco e un po’ di carta le vele dei galeoni
e le grida alte fra i muri.

I bambini che si sporcano, i bambini che sognano,
che fantasticano, che pensano.

Gino amava osservare la stupefazione della natura,
dal suo tavolino sotto il portico
libro, foglio, penna,
l’aria tra una pagina e l’altra
era quella stessa del calabrone
un ronzio sinistro e mistico
dall’aldilà.

Dal di sotto o dal di sopra…

come il fondo di un cassetto
il pensiero sostiene lo sguardo
nel trascorrere della luce, nel centro dell’esplosione.

OFFRE MUSICALE

À Sandro Boccardi

L’image, le miroir, le son et la pensée.

Les tuiles rondes des toits s’envolent dans le vent violent de fin d’été,
un grand vent et une pluie millimétrique et désordonnée.

Appuyé contre le mur comme un animal
habité d’un calme stupéfiant je sens
la chaleur qui recule et l’énergie
à présent débordante, qui soudainement faiblit.

Le saule par à-coups bat contre le mur
et une mouche tourbillonne dans un sifflement
semblable à celui de la vitre ébréchée.

Mais viendra l’hiver et la douce chaleur du bois
à l’intérieur
et de cette vitre un souffle
d’air froid, un frisson.

Le silence potentiel avant le son
avant la parole, les mots lissés
du silence.

Des bouchons de liège volent au creux de ces tuiles renversées
dans un jeu d’enfants, du seau s’échappe le grand fleuve d’eau
les voiles des goélettes faites d’une brindille et d’un peu de papier
et les cris aigus entre les murs.

Les enfants qui se salissent, les enfants qui rêvent,
qui fantasment, qui pensent.

Gino aimait observer la stupéfaction de la nature
depuis sa petite table sous le porche
livre, feuille, crayon
le bruit de l’air d’une page à l’autre
c’était le même que celui du bourdon
un ronflement sinistre et mystique
de l’au-delà.

De l’en-dessous ou de l’au-dessus…

comme le fond d’un tiroir
la pensée soutient le regard
au passage de la lumière, au milieu de son jaillissement.

IN ECO

Mi guardi negli occhi,
reclini la testa,
solevi la mano a salutare.

Dalla fabbrica senza tempo
così mi salutavi
mi saluti
mentre passo
in tempi paralleli

le cose in allerta
mentre sollevo gli occhi
verso il reparto macchine
mentre ricordo i gesti
e ti fisso negli occhi
e sollevo la testa
mentre passo nel viale di giovani alberi
da poco radicati.

come piume
di tempo
il tuo cognome : Colombi,
affiora nella poca luce.

EN ECHO

Tu me regardes dans les yeux,
tu baisses la tête,
tu lèves la main pour saluer.

De la fabrique hors du temps
c’est ainsi que tu me saluais
tu me salues
tandis que je passe
dans des temps parallèles

les choses en état de veille
tandis que je lève les yeux
vers le service des machines
tandis que je me rappelle les gestes
et que je fixe tes yeux
et lève la tête
tandis que je passe
dans l’avenue des jeunes arbres
plantés depuis peu.

Comme des plumes
de temps
ton nom : Colombes,
affleure dans le peu de lumière.

PRINCÌPI E APOLOGHI

Ho spalancato le finestre,
è notte, piove,
un intenso profumo nella luce,
la pioggia luccica il rosa
degli oleandri.

Ma vincono le tenebre.
A pochi metri il nero fondale.
Un drappo che tutto avvolge
e rende invisibile.

O grande la pioggia
che tutto ignora.

O tenace la luce
che qualcosa rende
visibile.

O eterne e fragili
le tenebre
che tutto avvolgono.

Contrappuntato silenzio
suono.

PRINCIPES ET APOLOGIES

J’ai ouvert en grand les fenêtres,
il fait nuit, il pleut,
un parfum intense dans la lumière
la pluie étincelle au milieu du rose
des lauriers.

Mais les ténèbres prennent le dessus.
À quelques mètres le fond noir.
Un drap qui enveloppe tout
et rend invisible.

Ô grande est la pluie
qui ignore tout.

Ô persistante la lumière
qui rend les choses
visibles

Ô éternelles et fragiles
les ténèbres
qui enveloppent tout.

En contrepoint silence
son.


Amedeo Anelli est un poète, philosophe et critique d’art italien. Il est né en 1956 à S. Stefano Lodigiano et il vit à Codogno (Lombardie) où il a fondé et dirige depuis 1991 la revue de philosophie et poésie KAMEN’. Il a publié de nombreux catalogues et livres d’art avec des artistes de renommée internationale ainsi que des essais en tant que critique littéraire : Qui sto et tu ? Interrogazioni sulla poesia di Robert Rebora (Zonafranca 2012) et Oltre il novecento. Guido Oldani e il realismo terminale (Libreria Ticinum 2016).
Auteur d’une poésie de la pensée, il a publié les recueils : Quaderno per Marynka (Milan, Polena, 1987), 12 poesie da Acoluthia (Annuaire de poesie Crocetti 1997), Acoluthia (I). Ommagio ad Edgardo Abbozzo (Vicolo del Pavone 2006), Contrapunctus (LietoColle, 2011) et est présent dans les anthologies de poésie Poesia d’oggi. Un’antologia italiana de Paolo Febbraro (Elliot 2016) et Antologia di poeti contemporanei,tradizioni e innovazione in Italia (Mursia 2016) de Daniela Marcheschi.
Il a traduit des œuvres des poètes russes Tarkovski, Mandelstam et Pasternak…
Ses propres écrits sont traduits en russe, français, suédois, allemand, anglais, portugais, slovène, roumain…
Neve pensata (Mursia, 2017) est son dernier recueil. Irène Dubœuf en a fait la traduction intégrale en français.

https://www.mursia.com/index.php/it/poesia/anelli-a-neve-pensata-detail
https://www.recoursaupoeme.fr/amedeo-anelli-neve-pensata-neige-pensee/
Voir/écouter


Irène Dubœuf est une poète française née à Saint-Etienne où elle a été enseignante puis chargée de communication dans l’enseignement supérieur. Elle est l’auteure des recueils Le pas de l’ombre, Encres vives 2008, La trace silencieuse, Voix d’encre 2010, prix Marie Noël, Georges Riguet et Amélie Murat, Triptyque de l’aube, Voix d’encre 2013, grand prix de poésie de la ville de Béziers. Roma, Encres vives 2015, Cendre lissée de vent, Unicité 2017, finaliste du prix des Trouvères, Bords de Loire, livre pauvre collection Daniel Leuwers 2019, Effacement des seuils, Unicité 2019.
Ses nouvelles et poèmes paraissent en anthologies, parmi lesquelles : Vibrations en partage, La porte des poètes 2014, Il n’y a pas de meilleur ami qu’un livre, Voix d’encre 2015, Rivages, Maison de la poésie de la Drôme 2016, Le mystère du clavecin stéphanois, AAMAI Saint-Etienne 2017, Ailleurs, éditions de l’Aigrette 2018, Tisserands du monde, Maison de la poésie et des lyrismes du Velay-Forez 2018, Un rêve, éditions de l’Aigrette 2019, Amours ancestrales, éditions SeLaProd 2019 ainsi que dans de nombreuses revues françaises. À l’étranger, ses poèmes ont été publiés dans l’anthologie Italian Contemporary Art, Lord Thomas Italy 2017, la revue Sipay (Seychelles) et dans Il Notiziario de l’Académie internationale d’Art Moderne de Rome.
Elle est intervenue à plusieurs reprises à l’Université Jean Monnet (Université pour tous) pour donner des conférences sur la poésie. Actuellement engagée dans la traduction de poètes italiens, elle collabore également avec des revues en tant que critique littéraire.
http://irene-dubœuf.jimdo.com
https://www.recoursaupoeme.fr/author/irene-dubœuf/
https://www.corsoitalia7.it/2018/06/neve-pensata/


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