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6 poèmes de Michela Zanarella traduits par Alain Bourdy

mardi 16 octobre 2012, par Cécile Guivarch

Extraits du recueil « Le parole accanto » publié en 2017 aux éditions Interno Poesia

Impara a custodire il tempo

Impara a custodire il tempo – mi dicevi
come se fossi in punta di piedi
a sciogliere le trame della vita.
E io che non capivo
fingevo di contare le nuvole
tra cumuli d’azzurro
per farle esistere anche oltre la luna.
Mi chiedevo, sai, cosa fossero i giorni
e perché dopo la luce ci fosse il buio
ma non sapevo che tu volessi insegnarmi
ad amare gli attimi,
quelli fatti di respiri accennati
e quelli infranti quasi alla deriva.
Allora era un gioco
indovinare il senso delle tue parole
e dare un ordine alle stagioni,
ora è la misura dei miei passi
che ho scelto in piena volontà
per farmi donna adulta
che sa quanto conta un’alba
e quanto valgono i silenzi
nascosti tra le lacrime.
Non so se ho imparato abbastanza
ma riesco ad aprire gli occhi al cielo
e a non buttare via niente
di ciò che appare e scompare.
Tengo stretta la tua voce
e quel consiglio sussurrato piano
che mi ricorda di te
e delle estati consumate
a chiamare lucciole sui prati.

Apprends à préserver le temps

Apprends à préserver le temps – me disais-tu
comme si j’étais sur la pointe des pieds
affairée à démêler les intrigues de la vie.
Et moi je ne comprenais pas
je faisais semblant de compter les nuages
parmi des amas de bleu
pour les faire exister même au-delà de la lune.
Je me demandais, tu sais, ce que signifiaient les jours
et pourquoi après la lumière il y avait la nuit
mais j’ignorais que tu voulais m’enseigner
à aimer les instants,
ceux qui font naître des soupirs
et ceux qui sont brisés presque à la dérive.
Alors c’était un jeu
de deviner le sens de tes paroles
et d’ordonner les saisons
à présent c’est la justesse de ma démarche
que j’ai choisie de mon plein gré
pour devenir une femme adulte
qui sait tout le prix d’une aube
et ce que valent les silences
dissimulés parmi les larmes.
Je ne sais si j’ai suffisamment appris
mais je parviens à ouvrir les yeux vers le ciel
et à ne rien rejeter
de ce qui apparaît et disparaît.
Je garde auprès de moi ta voix
et ce conseil doucement murmuré
qui préserve mon souvenir de toi
et des étés occupés
à attirer des lucioles dans les prés.

Dove la Brenta

È l’odore di nebbia
che mi rassicura.
Sto nelle schiene verdi
della mia terra
dove la Brenta
ha rami limpidi
e voci silenziose.
Mi è cresciuto in vena
quel docile orizzonte
fragile di sole
e so dove hanno fermento
le nuvole.
Legata ai vezzi del cielo
lascio che il tempo smuova
le sorti della pianura.
Se ascolto la pelle
vedo lembi di fiume
e ad un palmo la mia origine.

Là où la Brenta

C’est l’odeur de brume
qui me rassure.
Je suis sur l’échine verte
de ma terre
là où la Brenta
a des bras limpides
et des voix silencieuses.
Il a grandi dans mes veines
ce docile horizon
au soleil léger
et je sais où est l’effervescence
des nuages.
Liée aux charmes du ciel,
je laisse le temps ébranler
le sort de la plaine.
À l’écoute de ma chair
je vois des bords de fleuve
et tout près de là mon origine.

Apro la pelle ai giorni

Apro la pelle ai giorni
e mi faccio coraggio
oggi per domani e domani ancora
fino ad innamorarmi della notte
e poi del giorno
come se fossi al primo inchino
alla vita.
Perché non posso spaventarmi
della prima ombra che appare
o della ferita che sanguina appena.
Allora cammino a piedi scalzi
tra le cose
inciampo cado mi rialzo
e consumo gli occhi ad esplorare il cielo
pur di non perdermi nemmeno un attimo
della luce che nasce
o del sole che si spegne nella sera.
Conservo anche l’odore delle macerie
ed il peso delle lacrime
sulle guance
senza smettere di amare
quel poco che basta
per dare un senso al fiore
o al ramo che si spezza.
Esisto, esisto senza ritirarmi dal tempo
e vengo al mondo ogni ora
diventando l’aria che respiro
aggrappandomi come una bambina
alla mano di un destino
che mi chiede dove andare
prima di orientarsi dentro al cuore.

Déshabiller les jours

Déshabiller les jours
me donne du courage
aujourd’hui pour demain et après demain
jusqu’à devenir amoureuse de la nuit
et ensuite du jour
comme si c’était ma première révérence
envers la vie.
Car je ne peux pas avoir peur
de la première ombre qui paraît
ou de la blessure qui saigne à peine.
Alors je marche pieds nus
parmi les choses
je trébuche je tombe je me relève
je m’abîme les yeux à scruter le ciel
pour ne rien perdre ne fût-ce qu’un instant
de la lumière naissante
ou du soleil en son déclin le soir.
Je conserve aussi l’odeur des ruines
et le poids des larmes
sur mes joues
sans cesser d’aimer
ce peu qui suffit
à donner un sens à la fleur
ou à la branche qui se brise.
J’existe, j’existe sans me soustraire au temps
et je viens au monde à toute heure
en devenant l’air que je respire
en m’accrochant telle une enfant
à la main d’un destin
qui me demande où aller
avant de s’orienter tout au fond de mon cœur.

Ti cerca ancora la solitudine messicana
a Jacques Kerouac

Ti cerca ancora la solitudine messicana
che ti ha reso straniero senza forma
per le strade del mondo
di occhi e crepe
ampi come l’eternità.
Nelle palpebre
il peso di una vita avida
e dannata,
un meditare all’eccesso
che sfianca la mente
fino a ridurla ad una patria senza storia.
E fai deviare parole
nei tuoni isterici del tempo
nell’alba senza poesia
che guarda l’istinto fuggire
a precipizio sui sensi.
Cadi e cede la ragione
come la margherita che si strappa
o la pioggia che spettina la polvere
Lo so, non serve essere salvati
da un buio necessario
come un blues che fa schioccare le dita
prima che il silenzio curvi le labbra
a inventare altro.
Ridete – hai detto – e suonate il trombone
fino a provare il fuoco
fino a scandire la morte
nell’aria già vuota di vita.

La solitude mexicaine te cherche encore
à Jacques Kerouac

La solitude mexicaine te cherche encore
qui a fait de toi un étranger sans profil
sur les routes du monde
au regard et aux éraflures
aussi vastes que l’éternité.
Dans tes paupières
le poids d’une vie avide
et damnée,
une méditation excessive
qui épuise l’esprit
au point de le réduire à une patrie sans histoire.
Et tu détournes des mots
dans les coups de tonnerre hystériques de l’époque
dans l’aube sans poésie
qui regarde l’instinct s’enfuir
à toute allure vers les sens.
Tu tombes et la raison cède
comme la marguerite qu’on arrache
ou la pluie qui décoiffe la poussière.
Je sais, il ne sert à rien d’être sauvé
d’une obscurité nécessaire
comme un blues qui fait claquer les doigts
avant que le silence ne remue les lèvres
pour inventer autre chose.
Riez - disais-tu - et jouez du trombone
jusqu’à l’épreuve du feu
jusqu’à scander la mort
dans une atmosphère dénuée de vie.

Mi accompagna la notte
a Pier Paolo Pasolini

Mi accompagna la notte
nei vicoli vuoti di periferia
ed è un andare ardente
di silenzi
come le tue barbare verità,
strette in un vivere
troppo umano.
Le parole escono sfrontate
dietro ombre abbandonate
agli sfoghi del tempo.
Non è che buio
quello che resta
come un vento che scotta
e spaventa.
Ed io che sono partecipe
di una tempesta ancora accesa
dico che non è giusto
quel dolore che ti hanno imposto
nella sera più cupa
cuore d’inverno
tramando il tuo inferno
all’idroscalo.

La nuit m’accompagne
à Pier Paolo Pasolini

La nuit m’accompagne
dans les ruelles désertes de banlieue
et c’est une marche ardente
de silences
comme tes vérités barbares,
condensées dans une vie
trop humaine.
Les paroles sortent audacieuses
derrière des ombres exposées
aux défoulements de l’époque.
Ce n’est qu’obscurité
ce qui demeure
comme un vent qui brûle
et nous fait peur.
Et moi qui participe
à une tempête encore déchaînée
je dis qu’elle est injuste
cette souffrance qu’ils t’ont imposée
dans le soir le plus sombre
au cœur de l’hiver
en organisant ton enfer
à l’hydrobase.

Dove l’aria è troppo densa
à Paul Verlaine

Dove l’aria è troppo densa
di dolcezza
te ne stai nel timore grezzo
di un’angoscia al suo bagliore.
E dell’edera ti pesa
fino alla stanchezza la sua forma
come nera consuetudine
ad un respiro affranto e solitario.
Nel tempo di un silenzio
è colore al precipizio
quel destino che t’osserva
diviso tra il rimorso e lo sconforto
di un mondo che muta
tra le macerie aspre della vita.
Ambiguo quel canto
che nutri di sfumature impure
e d’immensità opache,
dicevi dell’agrifoglio sono stanco
delle foglie laccate,
come un calvario
necessario ai sensi
indifesi nell’ingenua notte
che fedele al buio
nei tuoi sogni bizzarri e familiari
si completa.

Là où l’air est trop dense
à Paul Verlaine

Là où l’air est trop dense
de douceur
tu demeures dans la pure crainte
d’une angoisse incandescente.
Et le lierre t’attriste
et t’importune par son aspect
de funeste habitude
pour un souffle brisé et solitaire.
Le temps d’un silence
il est de la couleur du précipice
ce destin qui t’observe
déchiré entre le remords et le découragement
d’un monde en mutation
parmi les âpres décombres de la vie.
Il est ambigu ce chant
que tu nourris d’impures nuances
et d’immensités opaques,
tu disais du houx je suis las
de ses feuilles vernies,
comme une épreuve
nécessaire aux sens
vulnérables dans la nuit naïve
qui fidèle à son obscurité
dans tes rêves étranges et familiers
élargit son empire.

Michela Zanarella est née à Cittadella, dans la province de Padoue, en 1980.
Elle vit et travaille à Rome.
Elle a commencé à écrire des poèmes en 2004. Elle a publié les livres suivants : Credo (éd. MeEdusa, 2006), Risvegli (éd. Nuovi Poeti, 2008), Vita, infinito, paradisi (éd. Stravaggio, 2009), le recueil de nouvelles Convivendo con le nuvole (éd. GDS, 2009), Sensualità, poesie d’amore d’amare (Sangel Edizioni, 2011), Meditazioni al femminile (Sangel Edizioni, 2012), puis en 2013 paraissent L’Estetica dell’Oltre (éd. David and Matthaus) et Le identità del cielo (éd. Lepisma), et en 2015 Tragicamente rosso (éd. David and Matthaus), recueil contre la violence avec monologue théâtral. Elle a publié en 2017 Le parole accanto (Interno Poesia), ainsi que L’esigenza del silenzio en collaboration avec Fabio Strinati. En mars 2019 est paru un nouveau recueil de poèmes, L’istinto altrove.
Elle a obtenu différents prix nationaux et internationaux, dont le Creativity Prize dans les prix littéraires Naji Naaman de l’année 2016. Elle rédige des comptes rendus et des interviews pour divers journaux en ligne. Elle s’occupe également de relations internationales pour EMUI EuroMed University. La filosofia del sole est paru en mars 2020

 
 

Après une licence en langue et littérature italienne, Alain Bourdy a continué d’approfondir sa connaissance de la culture et de la poésie italienne pour laquelle il se passionne particulièrement.
Il a effectué de nombreuses traductions en français de divers poètes italiens contemporains qu’il a lues régulièrement pendant quelques années à la Maison de la Poésie d’Avignon, et dont quelques-unes sont parues dans des revues. Un recueil de poésie intitulé Subtiles résonances est paru aux éditions Maïa en novembre 2019.

C’est avec émotion qu’il a découvert depuis quelques années la poésie de Michela Zanarella. Elle représente pour lui l’une des voix majeures de la poésie italienne de ce début de siècle.


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