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Linda Pastan, traduite par Raymond Farina

samedi 28 septembre 2013, par Cécile Guivarch

Il y a des poèmes

Il y a des poèmes
qui n’ont jamais été écrits,
qui simplement traversent
l’esprit
comme écriture au ciel
d’une journée tranquille :
avec lenteur le premier mot
dérive vers l’ouest,
les dernières lettres fondent
sur la langue,
et ce qu’on laisse
c’est le bleu pur
de l’intuition, sans nuage
ni consolation.



There are poems

There are poems
that are never written,
that simply move across
the mind
like skywriting
on a stillday :
slowly the first word
drifts west,
the last letters dissolve
on the tongue,
and what is left
is the pure blue
of insight, without cloud
or comfort.



Ce que nous désirons

Ce que nous désirons
n’est jamais simple.
Nous allons au milieu des choses
que nous pensions désirer :
un visage, une chambre, un livre ouvert
et ces choses portent notre nom-
maintenant ce sont elles qui nous désirent.
Mais ce que nous désirons apparaît
en rêve, sous un masque.
Nous passons en tombant,
les bras tendus,
et le matin
les bras nous font mal.
Nous ne nous souvenons pas du rêve
mais le rêve se souvient de nous.
Il est là toute la journée
comme un animal est là
sous la table,
comme les étoiles sont là
même en plein soleil.



What we want

What we want
is never simple.
We move among the things
we thought we wanted :
a face, a room, an open book
and these things bear our names-
now they want us.
But what we want appears
In dreams, wearing disguises.
We fall past,
holding out our arms
and in the morning
our arms ache.
We don’t remember the dream,
but the dream remembers us.
It is there all day
as an animal is there
under the table,
as the stars are there
even in full sun.



Anges

"Etes-vous lasses des anges ?"
-Myra Sklarew

Je suis lasse des anges,
de leur façon de déployer leurs grandes ailes
bruissant comme un rideau qui s’ouvre
sur une pièce que je ne souhaite pas voir.
Je suis lasse de leurs robes laiteuses,
de leurs ceintures infestées d’étoiles
de leurs ongles parfaits
translucides comme des coquillages
d’où se serait déjà enfuie
l’âme d’infimes créatures.

Souvenez-vous de Lucifer, ai-je envie de leur dire,
de ses ailes fripées de chauve-souris
piquant du nez depuis la grâce.
Mais ils riraient tout simplement
avec ce bruit d’eau que fait une harpe
cascadant à travers des barres de mesure.
Ou ils chanteraient pour moi avec
la voix perdue de ma mère
m’arrachant toutes les promesses
que je lui fis mais ne pus tenir.


Angels

«  Are you tired of angels ? »
-Myra Sklarew

I am tired of angels,
of how their great wings
rustle open the way a curtain opens
on a play I have no wish to see.
I am tired of their milky robes,
their star-infested sashes,
of their perfect fingernails
translucent as shells
from which the souls
of tiny creatures have already fled.

Remember Lucifer, I want to tell them,
his crumpled bat wings
nose-diving from grace.
But they would simply laugh
with the watery sound a harp makes
cascading through bars of music.
Or they would sing to me in
my mother’s lost voice,
extracting all the promises
I made to her but couldn’t keep.



Un nouveau poète

Découvrir un nouveau poète
c’est comme découvrir une nouvelle fleur sauvage
dehors dans les bois. On ne trouve pas

son nom dans les livres sur les fleurs, et
aucun de vos interlocuteurs ne croit
à sa couleur étrange ou à sa façon

de laisser ses feuilles pousser en rangées évasées
sur toute la longueur de la page. De fait
la page elle-même sent le vin rouge

renversé et le moisi comme la mer
les jours de brume - l’odeur de la vérité
et du mensonge.

Et les mots sont si familiers,
si étrangement nouveaux, des mots
que vous auriez pu quasiment écrire vous-même, si seulement

il y avait eu dans votre rêve un crayon
ou une plume ou même un pinceau,
si seulement il y avait eu une fleur.


A new poet

Finding a new poet
is like finding a new wildflower
out in the woods. You don’t see

its name in the flower books, and
nobody you tell believes
in its odd color or the way

its leaves grow in splayed rows
down the whole length of the page. In fact
the very page smells of spilled

red wine and the mustiness of the sea
on a foggy day - the odor of truth
and of lying.

And the words are so familiar,
so strangely new, words
you almost wrote yourself, if only

in your dream there had been a pencil
or a pen or even a paintbrush,
if only there had been a flower.




Note bio-bibliographique  :

Linda Pastan est née à New York en 1932. Elle vit à Potomac, dans le Maryland.
Elle a publié de nombreux recueils de poèmes, parmi lesquels figurent :"A perfect circle of sun" (1972), "On the way to the zoo" (1975), "Aspects of eve" (1975), "The five stages of grief" (1978), "Waiting for my life" (1982), "PM/AM" (1982), "A fraction of darkness" (1985), "The imperfect paradise" (1988) et , plus récemment "Carnival Evenings:New and Selected Poems"( W.W Norton, New York-Londres , 1999), “The Last Uncle : Poems”( New York, Norton, 2002), “Queen of a Rainy Country : Poems”( New York, Norton, 2006), “Traveling Light” (New York, Norton, 2011).
Ses poèmes ont été accueillis dans les plus prestigieuses revues américaines.
Elle a été finaliste du National Book Award.
Les poèmes traduits ici sont extraits de "Carnival Evenings : New & Selected Poems".
Ces quatre poèmes, extraits de "Carnival Evenings : New & Selected Poems", sont publiés avec l’aimable permission de Linda Pastan.

Site : The Poetry Foundation : Linda Pastan.

"Photo d’Oliver Pastan"


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