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Enrique Noriega, traduit de l’espagnol (guatémaltèque) par Nicole Laurent-Catrice

dimanche 16 juin 2019, par Cécile Guivarch

Poète, éditeur et animateur d’ateliers d’écriture, notamment aux Etats-Unis, Enrique Noriega est né au Guatemala en 1949. Il a reçu plusieurs prix prestigieux tant au Mexique que dans son pays.
Guastatoya qui donne son nom à un de ses récents recueils (2014) et dont sont extraits ces trois poèmes, est une petite ville au nord de Ciudad Guatemala, sans aucun signe particulier ni intérêt archéologique. Enrique Noriega jette sur son pays un regard nostalgique et sans concession.

Un soir (m’a raconté ma mère)
est arrivé au village
un homme qui demandait mon grand-père
(il chevauchait un étalon au crin épais)
bien sûr il fut traité avec l’hospitalité
coutumière de guastatoya
il dîna à la maison
l’homme dit qu’il fuyait une querelle dans son pays
et qu’on le poursuivait
la nuit tombée ils s’enfermèrent (affaires d’hommes)
pour négocier un fusil
d’accord sur le prix
à l’aube le fugitif demanda au grand-père
de l’accompagner aux environs
(au cas où il y aurait quelqu’un qui guetterait par là)
sûr de lui ou téméraire
le grand-père accepta
les bêtes sellées ils partirent en silence
l’un à côté de l’autre
flanc contre flanc
et quand la première lueur de l’aube éclata
(dissipant et confondant tout ce qui existait)
l’homme fit semblant d’avoir fait tomber quelque chose
et sortit son pistolet
le grand-père
tira avec le sien avant
(il le tenait serré
dans la poche
de sa veste)
car
depuis le début
(dit-il)
j’avais compris
que la chose me concernait
et je ne regrette pas de l’avoir fait
car c’était un homme mauvais
qui était de trop dans le monde
témoin fidèle de ses paroles
il laissa la veste
sur le mur (accrochée à un clou)
à force
la grand-mère la reprisa car (il devint emphatique)
cette histoire tu l’as déjà racontée romuald
personne ne va plus te croire
et comment sont les gens dans le village
ensuite il s’est avéré que
cet homme était la mort
qu’un homme indomptable de guastatoya
avait obligé à remettre sa tâche à plus tard
Una tarde (me contó mi madre)
llegó al pueblo
un hombre preguntando por mi abuelo
(montaba un macho canelo de crin espesa)
por supuesto fue tratado con la correspondiente
hospitalidad guastatoyana
cenó en casa
el hombre dijo que huía de una reyerta en su tierra
y que lo perseguían
ya de noche se encerraron (asunto de varones)
a negociar una escopeta
acordado el precio
hacia la madrugada el fugitivo le pidió al abuelo
que lo acompañara a las afueras
(por aquello de que hubiese alguien por ahí atalayando)
seguro de sí mismo o temerario
el abuelo concedió
ensilladas las bestias se marcharon en silencio
uno a la par del otro
atentos a su flanco
y cuando la primera luz del alba irrumpió
(desvaneciendo y confundiendo lo existente)
aquel hombre fingió que se le caía algo
y sacó una pistola
el abuelo
disparó la suya antes
(la traía empuñada
en la bolsa
de su saco)
pues
desde el inicio
(dijo)
entendí
que la cosa era conmigo
y no me pesa haberlo hecho
puesto que ese era hombre de maldad
que sobraba en el mundo
testigo fiel de sus palabras
en la pared (colgado de un clavo)
dejó el saco
al tiempo
la abuela lo zurció porque (enfatizó)
esa historia ya la contaste demasiado romuald
nadie más te la va a creer
y lo que es la gente en el pueblo
luego se salió con que
aquel hombre era la muerte
a la que un guastatoyano de temple
obligó a postergar su tarea
je suis sûr que personne ne va me dire maintenant
qui furent beethoven et chopin
(c’est arrivé il y a si longtemps)
je pourrais même parier
à coup sûr et personne ne gagnerait
pourtant tu sais que dans ce monde
il y a plus d’un monstre qui connaît son affaire
surtout si c’est un bon navigateur sur internet

mais (pour ne pas te faire languir)
beethoven et chopin étaient
une paire de petits lapins jolis et câlins
qui accompagnaient l’enfance triste
d’une fillette que j’ai connue

sau-te mon lapi-not
arrê-te tes o-reilles
man-ge ton o-seille
mon lapi-not à moi
mon lapi-not à moi

leur chantait-elle avec douceur
en les caressant
si bien que ((il faut le dire)

avec leur fourrure
ils lui apprirent la tendresse
à elle qui eut l’infortune
de les voir dans la casserole
tout rôtis
un de ces trop nombreux
jours de disette familiale

estoy seguro que nadie me va a decir ahora
quiénes fueron beethoven y chopin
(sucedió hace tanto tiempo)
podría hacer incluso una apuesta
con la certeza de que nadie me la gana
y mira que en este mundo
hay cada monstruo que sabe de su tema
ante todo si es hábil navegador de internet

pero (para no hacértela más larga)
beethoven y chopin fueron
un par de conejitos pulcros y cariñosos
que acompañaron la infancia triste
de une niña que conocí

sál-ta mi cone-ji-tó
pá-ra tus ore-ji-tás
có-me tu zaca-tí-o
conejo mí-o
conejo mí-o

les cantaba ella con dulzura
y los acariciaba
de manera que (vale decir)

con su afelpada piel
le inauguraron la ternura
a ella que tuvo el infortunio
de verlos en la cacerola
asados
uno de tantos
días de penurie familiar

ah pour peu que je lève les yeux je ne verrai que
des colonies de bicoques serrées les unes contre les autres
pas de collines pelées avec des gardiens de troupeaux endormis
et des cactus ? par là quelques uns plus du tout centenaires comme ceux
qui apaisaient la faim des oiseaux avec leurs figues de barbarie
et des lézards ? et des scorpions et des serpents à sonnettes ? oui, sûrement
quand je remue les pierres dans ma mémoire
et le ciel et la lune et le soleil et les nuages ? peut-être
avec un peu de chance qu’ils restent pareils
et les crapauds près de la rivière attendant les festivités de la nuit ?
et les chauves-souris qui trouaient le noir dans mon sommeil ?
et le chant affolé d’un coq au matin proche ?
dès que je ferme les yeux je pense qu’ils sont encore là
mais je dois bien regarder car maintenant
des rues étroites misère saleté addiction aux drogues
morceaux de plastique pour fermer une porte emportés par le vent
puis jetés par une autre bourrasque et abandonnés dans un coin
finalement l’avenir promis a tout envahi de son étreinte létale
ay como alce la vista solamente veré
colonias de casitas apretujadas
nada de cerros pelones con potreros dormidos a sus faldas
¿y cactus ? por ahí unos sin la centenaria altura de aquellos
que les saciaban el hambre a los pájaros con sus tunas
¿y lagartijas y alacranes y cascabeles ? sí seguramente
como remueva piedras en mi memoria
¿y el cielo y la luna y el sol y las nubes ? quizás
con suerte sigan siendo los mismos
¿y los sapos cercanos al río esperando la festividad de la noche ?
¿y los murciélagos que calaban oscuro en mi sueño ?
¿y el alocado canto de un gallo en la madrugada cercana ?
como cierre los ojos pensaré que aún están allí
mas he de ver bien porque ahora
calles estrechas miseria suciedad drogadicción
pedazos de plástico llevados por el viento al resguardo de una puerta
y luego devueltos por otro viento al desamparo de una esquina
finalmente el promisorio futuro con su letal abrazo lo abarcó todo

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