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Pietro-Edoardo Mallegni, « Anedonia » - Trois poèmes traduits de l’italien par Irène Dubœuf

lundi 31 mai 2010, par Cécile Guivarch

 
Pietro-Edoardo Mallegni est né à Carrare le 1 juillet 1995.
Depuis son enfance, il nourrit deux grandes passions : la cuisine et l’écriture qui le pousseront à entreprendre professionnellement le chemin de la cuisine et, plus marginalement, celui d’un écrivain passionné de poésie. En 2013, il a publié chez l’éditeur Marco Del Bucchia son premier recueil Il Dedalo in me et remporté le prix Michele Mazzella avec le seul texte Geshua e il crollo dell’io. En 2015, il publie Il Dio Dada et se rapproche du « Dinanimismo », mouvement poétique et artistique italien fondé par Zairo Ferrante. Il voyage beaucoup dans le cadre de son travail. En 2017, devenu père, il retourne vivre dans sa ville, Massa, avec sa famille. Paraissent ensuite les recueils Neurocidio, Limina Mentis, 2020 et Il nulla, Europa, 2020 puis Profumo di liquirizia, éditions RPlibri, 2023 et, en 2025, Anedonia, aux éditions nero-latte. Ces dernières années, plusieurs de ses textes sont parus en revues et blogs, traduits dans plusieurs langues dont l’anglais, le français, l’espagnol, l’arabe et le chinois. Début 2025, une suite poétique extraite de ses recueils a été traduite en roumain et publiée sous le titre Între soare şi singurãtate aux éditions Cosmopoli.

 

È un mondo orribile quello che ti lascio,
privo di poeti e sognatori, becero e crudele,
educato a soffocarti,
mutevole, solo per tornare se stesso,
implacabile persino con la polvere.

Trova un incavo lontano,
dove regna il buio e il silenzio,
ma non indugiare, dillo alla tua prole,
la colpa profonda, insopportabile,
di aver perso in partenza,
condannare a vita a un accettabile dolore.
Non ho che questo da lasciarti,
oltre la glossofobia, il mio respiro diverso,
l’amore e un suo remoto storpio senso.

 

C’est un monde horrible que je te laisse,
privé de poètes et de rêveurs, vulgaire et cruel,
formé à t’étouffer,
changeant, rien que pour se retrouver,
implacable jusque dans la poussière.

Cherche un repli lointain
où règnent l’ombre et le silence,
mais ne tarde pas ; dis-le à ta descendance :
la faute profonde, insupportable,
d’avoir perdu dès le départ,
condamné à vie à une douleur acceptable.
Je n’ai rien d’autre à te laisser,
mis à part la glossophobie, mon souffle différent,
et un sens éloigné et estropié de l’amour.

 

Non cambiano mai gli angoli del cielo,
e come vorrei, spargere stelle con la bocca ;
dietro inafferrabili nebbie e smosse altalene
il tuo sorriso, ricerco stampato sul vento.

E parlarci nella tua incomprensibile lingua,
per capire che non servono clessidre,
per capire il costo e il rovescio di tutta una vita.

Sono solo,
a gridare nelle burrasche,
fa che ti arrivi il mio pianto,
e come quando io sentivo il tuo,
vienimi a svegliare.

 

Les quatre coins du ciel ne changent jamais,
et comme je voudrais, de ma bouche, semer des étoiles ;
derrière d’insaisissables brumes et le léger mouvement
des balançoires, chercher ton sourire, imprimé sur le vent.

Et se parler dans ta langue incompréhensible,
pour comprendre que les sabliers ne servent à rien,
pour comprendre le prix et le revers de toute une vie.

Je suis seul,
à crier dans les tempêtes,
fais que mes pleurs te parviennent,
et, comme lorsque j’entendais les tiens,
viens me réveiller.

 

La mia barca e il deserto : un paradiso
che farebbe bene a muoversi,
costringendo la finzione di sé ai grilli.
Amarmi : come l’aderire di uno stomaco
ad un uovo sodo appena ingerito,
sogni che crescono solo lontani.
Dimoro nella mia malattia :
sono inferno, alloggia Caina
sulle mie spalle, limpido abisso
e tragedia di me.
Non è mai protagonista il mio nome
in queste pagine febbrili,
nessuno mi canta e rimango più
grande solo di un tramonto.

 

Ma barque et le désert : un paradis
qui ferait bien de se bouger,
imposant un Moi mensonger aux insectes.
M’aimer : comme l’adhérence d’un estomac
à un œuf dur à peine avalé,
des rêves qui ne grandissent qu’à distance.
J’habite ma maladie :
je suis l’enfer, Caïn loge
sur mes épaules, abîme limpide
et tragédie intime.
Mon nom n’a aucun rôle
dans ces pages fébriles,
nul ne chante mes louanges et seul le déclin
du soleil est plus petit que moi.


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