Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

Accueil > Voix du monde > José Maria Gomez Valero, traduit de l’espagnol par Edouard Pons

José Maria Gomez Valero, traduit de l’espagnol par Edouard Pons

dimanche 15 janvier 2017, par Cécile Guivarch

El idioma del laberinto

I

Nada se entiende en estos días :

¿No somos todos
extranjeros en la ciudad
del ruido y del dinero ?

II

Frente a los signos vencidos,
el hambre de un lenguaje
diferente y crucial
que pudiera aprenderse
sin dificultad ni daño.

[De Los augurios]

Le langage du labyrinthe

I

On n’y comprend rien de nos jours :

Ne sommes-nous pas tous
étrangers dans la ville
du bruit et de l’argent ?

II

Face à la défaite des signes,
la faim d’un langage
différent et crucial
qui pourrait s’apprendre
sans difficulté ni douleur.

[De Los augurios]

[azur]___[/azur]
[azur]___[/azur]
[azur]___[/azur]

Sentidos

I

En los ojos
un cielo
imposible,
un cielo
tan azul,
tan distinto a la palabra
cielo,
que su clara verdad
se me clava
y duele.

II

En la piel
la brisa, la caricia
siempre nueva del aire,
feliz escalofrío
que perdura, temblor
que convoca al temblor.
¡Mira cómo se mueven esas hojas !
Palpita en la belleza de lo vivo
el misterio.

[De Los augurios]

Sens

I

Dans les yeux
un ciel
imposible,
un ciel
si bleu,
si différent du mot
ciel,
que sa vérité éclatante
me transperce
et me blesse.

II

Sur la peau
la brise, la caresse
toujours nouvelle de l’air
heureux frisson
qui s’attarde, frémissement
qui convie au frémissement.
Regarde comme ces feuilles remuent !
Dans la beauté du vivant palpite
le mystère.

[De Los augurios]

[azur]___[/azur]
[azur]___[/azur]
[azur]___[/azur]

A veces, en la mañana,
el amor se hace despacio
sobre sábanas viejas,
y los cuerpos se niegan el saludo
y luego se precipitan, y se ajustan,
y así negocian y conviven,
como la arena y el escombro.

Y luego penumbra y pena
una cocina sucia
una escalera fría
una puerta cansada
que se abre
y se cierra.

Es la desgracia, amor,
que esta mañana
nos ha encontrado
revueltos
en rabia
en penumbra
y en vela.
Parfois, au matin,
l’amour se fait doucement
sur de vieux draps,
et les corps s’ignorent
et puis se précipitent, et s’ajustent,
et ils négocient ainsi et s’entendent,
comme le sable et le gravat.

Et puis pénombre et chagrin
une cuisine sale
un escalier froid
une porte fatiguée
qui s’ouvre
et se ferme.

C’est le malheur, mon amour,
qui ce matin
nous a trouvé
entortillés
dans la rage
dans la pénombre,
en éveil.

[azur]___[/azur]
[azur]___[/azur]
[azur]___[/azur]


José María Gómez Valero
né à Séville en 1976, publie son premier recueil de poésie, Miénteme (Mens-moi) à 21 ans. En 1996 il lance avec le poète David Eloy Rodriguez le collectif « d’agitation et d’expression » poétiques La Palabra Itinérante (La Parole Itinérante), qui entend promouvoir une « poésie en résistance » qui « combatte la servitude » et « émancipe les consciences » (sumalespanta.blogspot.com.es). Comme l’indique son manifeste cette « communauté » entend « réunir des écrivains et artistes soucieux d’apporter leur art aux gens comme un outil qui puisse nous aider à vivre plus vivants ; à mieux comprendre, à sentir, à transformer et qui offrent des espaces et des temps pour la réflexion critique, la rencontre et le dialogue ».
Ne concevant la poésie que comme "parole vivante", les deux poètes, qui travaillent en étroite collaboration, s’en font d’infatigables colporteurs. A la fois animateurs d’ateliers de création littéraire, monteurs de spectacles (autour du flamenco notamment), ils ne cessent de porter la poésie dans les écoles, les prisons, les places publiques, les bibliothèques, les universités, emmenant avec eux peintres et musiciens, mêlant les gens, les genres, les arts, les âges. Ils ont également participé à de nombreuses rencontres poétiques ou musicales notamment en Macédoine, en Russie, en Irlande, en Italie, en France ou au Maroc. Ils écrivent également à quatre mains des paroles pour le flamenco et des livres illustrés pour enfants (http://sumalespanta.flavors.me/#vimeo).
En 2005 ils ont créé la maison d’édition Los libros de la herida (Les livres de la blessure) pour donner à lire « une poésie pour penser le monde, des mots qui racontent la blessure béante du vivant, son horreur et son miracle », mais aussi essais et récits (librosdelaherida.blogspot.com.es).
José María Gómez Valero est notamment l’auteur des recueils, souvent primés, El libro de los simulacros (Le livre des simulacres,1999), Travesía encendida (Traversée enflammée, 2005), Lenguajes (Langages, 2007) y Los Augurios (Les Augures, 2011). En 2016 est paru une anthologie de sa poésie sous le titre Revueltas (Révoltes). Ses poèmes figurent dans plusieurs anthologies en Espagne, en Amérique Latine et en Italie. Plusieurs d’entre eux ont été publiés en France par la revue Phoenix.
Il est particulièrement actif dans le domaine de la pédagogie de la création littéraire et a travaillé dans de nouvelles méthodes et instruments pédagogiques qu’il met en pratique dans des ateliers pour adultes ou pour enfants. Gomez Valero invite ainsi les apprentis poètes à observer le monde, se libérer des servitudes, se « désenfermer » et à exprimer l’émerveillement tout autant que la révolte.
Lui-même a souvent recours à des poèmes qui tiennent en quelques mots, au style dépouillé, au rythme très étudié, qu’il « décoche comme des flèches », selon l’image qu’il utilise, comme autant de cris de colère, d’interrogations faussement naïves mais aussi messages de tendresse et de solidarité, souvent empreints d’humour.
« Il est des mots qui nous mordent la voix / comme des chiens furieux qui fuiraient le feu. / Des mots qui font voler en éclat les barrières du temps. / Des mots qui réveillent. Il est des mots », écrit-il dans Traversée enflammée.
« Quelle tristesse la vie / d’une ligne droite / si seule / si droite / si uniforme », songe-t-il dans Le livre des simulacres ou encore dans les Augures : « Ne sommes-nous pas tous étrangers dans la ville du bruit et de l’argent ? ».

Conseil de chien
« N’enterre pas ton os pour le reprendre demain. Il aura un goût de terre ».
Guerre
« Après la bataille les héros revinrent./ Rien n’avait changé en eux./ Ils avaient les mêmes yeux fermés qu’avant leur départ ».


Bookmark and Share


Réagir | Commenter

spip 3 inside | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 Terre à ciel 2005-2013 | Textes & photos © Tous droits réservés