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MATT ROSEN est photographe et écrivain. Originaire de Londres, il fait actuellement ses études à Paris et se spécialise dans la poésie surréaliste. Ses photographies ont été publiées dans plusieurs revues et ouvrages, y compris Stirring : A Literary Collection, et Driftwood Press. Il s’évertue à traduire des œuvres du groupe surréaliste qui sont encore inédites en anglais (comme les deux traductions de Breton et Reverdy qu’il offre à Terre à ciel). Il vient de terminer la traduction de la première partie de Grains et Issues de Tristan Tzara, et il espère trouver une maison d’édition qui serait intéressée par la publication de ce travail. Il a aussi traduit des textes de Robert Desnos et il entame la traduction du recueil Les Yeux d’Elsa de Louis Aragon (inédit en anglais, à bon entendeur...). Sa première pièce de théâtre, The Sower Works for Mastery by Turning the Wheel , est actuellement mise en scène pour le festival de théâtre conceptuel Fourplay.
(Photo d’André Breton : source)
(Photo de Pierre Reverdy : source)
Tournesol - André Breton
La voyageuse qui traverse les Halles à la tombée de l’été
Marchait sur la pointe des pieds
Le désespoir roulait au ciel ses grands arums si beaux
Et dans le sac à main il y avait mon rêve ce flacon de sels
Que seule a respiré la marraine de Dieu
Les torpeurs se déployaient comme la buée
Au Chien qui fume
Où venaient d’entrer le pour et le contre
La jeune femme ne pouvait être vue d’eux que mal et de biais
Avais-je affaire à l’ambassadrice du salpêtre
Ou de la courbe blanche sur fond noir que nous appelons pensée
Les lampions prenaient feu lentement dans les marronniers
La dame sans ombre s’agenouilla sur le Pont-au-Change
Rue Gît-le-Cœur les timbres n’étaient plus les mêmes
Les promesses de nuits étaient enfin tenues
Les pigeons voyageurs les baisers de secours
Se joignaient aux seins de la belle inconnue
Dardés sous le crêpe des significations parfaites
Une ferme prospérait en plein Paris
Et ses fenêtres donnaient sur la voie lactée
Mais personne ne l’habitait encore à cause des survenants
Des survenants qu’on sait plus dévoués que les revenants
Les uns comme cette femme ont l’air de nager
Et dans l’amour il entre un peu de leur substance
Elle les intériorise
Je ne suis le jouet d’aucune puissance sensorielle
Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendres
Un soir près de la statue d’Etienne Marcel
M’a jeté un coup d’œil d’intelligence
André Breton a-t-il dit passeSunflower - André Breton
The traveller who crossed les Halles at the fall of summer
Was walking on tiptoe
Hopelessness was rolling across the sky its lilies oh so beautiful
And in the handbag there was my dream this vial of smelling salts
That only God’s godmother had breathed
Torpors unfurled themselves like mist
At the Chien qui fume
Where the pros and cons alike just entered
Not seeing the young woman well and from askew
Was I dealing with the ambassador of saltpetre
Or with the white curve over black that we call thought
The lanterns catching fire slowly in the chestnut trees
The shadowless lady knelt on the Pont-au-Change
Rue Gît-le-Cœur the stamps were no longer the same
Night’s promises were finally kept
The travelling pigeons the kisses of life
Became one on the breast of the unknown beauty
Poking under the the fold of perfect meanings
A farm prospered in the heart of Paris
And its windows looked onto the Milky Way
Yet no-one lived there yet due to the incidents
Incidents more dedicated to their task than phantom inhabitants
The ones like this woman seem to be swimming
And a bit of their being enters into love
She internalises them
Am I not the plaything of any sensual power
And yet the cricket singing in the ashen hair
One night by the statue of Etienne Marcel
Gave me a knowing look
André Breton said he go on your way
Près de la route et du petit pont - Pierre Reverdy
Mec
La face des têtes
Idoles
Dans un coin où passe une voitureTout dort
Une minute à peineEt je suis là
Les yeux penchés sur la caricature
Un poing sur la réalité bien pleine
Hélas que tout est loin
Les numéros s’en vontSur la planche où saignait un nom de quelques lettres
Mercredi
Vent crevé
Le trou perce la date
Et l’on passe à travers sans s’en apercevoir
Les taches ont vieilli sur le pont peint en vert
Et les arbres qui passent
Jamais sur le chemin de trace ou de revers
Un homme qui se hâteBy the Road and the Little Bridge - Pierre Reverdy
Man
Heady
Idols
In a corner when a car goes byAll sleep
One minute at mostAnd I am there
Eyes leaning over the caricature
A fistful over fact full reality
Alas all is far
The issues are off and awayOn the board where bleeds a literary name
Wednesday
Crippling winds
The hole pierces the date
And we cross over without noticing
The stains have grown old on the green-painted bridge
And the trees that pass
Not once by way of the trail or setback
A man that makes haste

