Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

Accueil > Bonnes feuilles > Hep ! Lectures Fraîches !

Hep ! Lectures Fraîches !

samedi 14 décembre 2013, par Cécile Guivarch

Elégies pour ma mère, Seyhmus Dagtekin (Le Castor Astral)
Seyhmus Dagtekin, en écrivant pour sa mère, évoque les montagnes kurdes de son enfance et les malheurs qui ont touché sa terre d’origine. Les souvenirs sont durs : villages ravagés, corps déchiquetés, beaucoup de morts, dont des enfants. Ce livre questionne le monde, mais en plus il constitue une réflexion autour de la parole, de « nos langues friables  » ou comment, face à la folie du monde, il convient de garder la voix pour ne pas laisser enfouir la parole. Car c’est en parlant que l’on peut retirer la terre qui a enseveli les siens et ne pas oublier non plus la mère, celle qui nous a donné une langue pour creuser dans le sillon de ses racines.

C’est d’abord la mère qui parle, comme pour réveiller le fils.
« Enlève ton arbre, mon fils, sépare-le de notre forêt ».

La mère est morte « ton visage d’herbes sauvages ».
Le fils questionne « Père, quelle est cette terre, ce ciel ».
Le fils veut faire revenir la mère, l’éloigner de ces malheurs.
L’oncle se coupe les oreilles, s’arrache les yeux.

Le poète imagine le retour de sa mère et cela permet à la voix du fils de renaître et de ne plus se taire là où les siens n’ont su que garder le silence. La question de la parole est importante, car là où son village « est resté sur la neige / il y a déposé sa peur / et n’a pu reconnaître sa voix », la mission du poète est de le sortir de ce silence. Sortir «  notre parole de ces ténèbres  », éviter que « notre parole se liquéfie », « aujourd’hui aussi, je mettrais ma voix à l’épreuve de la malédiction, je tirerai ma parole de sa nuit ».

C’est un écrit de mémoire. Une écriture qui se déverse car elle en a encore beaucoup à dire avant de s’essouffler. Une langue qui n’hésite pas à dire le beau comme à dénoncer les fardeaux du monde, le sang et les haines.Car non seulement la langue de Seyhmus Dagtekin est belle, mais elle est également attentive à ne pas oublier les horreurs. Cette parole n’est pas « miettes » au pied des arbres.

Aujourd’hui aussi, c’est le soir. Je m’étais levé le matin. J’avais déposé mon fils devant le moulin de tes yeux. J’étais retourné chercher les traces de ta voix. J’avais remonté tes yeux comme on remonte une cascade de chaussures. Je m’étais chargé des blancheurs de ta voix pour éclaircir ma parole. De mes pieds, je t’avais fait une monture. J’étais parti loin. Dans la tiédeur et l’âpreté. Après tour et détour, j’étais revenu avec cette langue qui s’enlace autour de mon cou et me tire vers le sombre de la parole. Les gosiers, les pieds, les épaisses forêts. Je m’étais levé le matin, je m’étais tourné vers la foulée des gazelles et j’étais parti. Mes yeux se remplissaient et se vidaient. Nos moulins tournaient à vide devant la langue. Aujourd’hui aussi, c’était le matin, aujourd’hui aussi, c’est le soir.
pourquoi naissons-nous toujours à une source autre
pourquoi nos terres retombent-elles sur notre visage dans cette nuit qui couve nos rêves.

____
____

Rebâtir les jours, Salah Al Hamdani (éditions Bruno Doucey)
Pour Salah Al Hamdani, il ne s’agit pas d’oublier le pays d’origine, il s’agit de « partir sans se quitter soi-même » et de parvenir à rebâtir les jours avec les doutes que l’exil entraîne car « quoi que je fasse, il y a l’exil ». Celui qui est parti n’est pas d’ici et n’est plus d’ailleurs. « ici, je t’aime / mais le monde ne va nulle-part » et « laisse tes souvenirs à la traîne ». Celui qui est parti est en quête d’identité « je ne suis ni bagdadien ni poète » et il lui reste toujours à résoudre l’énigme du rêve.
Dans ce recueil, quand le poète dit « mais je t’aime », il s’adresse à la bien-aimée, à celle qui le rattache au pays de l’exil. Et lorsqu’il ajoute « je n’ai plus envie de toi mon rêve de retour », il exprime sa souffrance, le dilemme de quitter ce qu’il aime pour retrouver sa racine. Car il le proclame, « Si Bagdad m’a fait naître / la France m’a fait homme ». Est-ce que ce livre serait celui où l’on tourne la dernière page ? Est-il vraiment un possible adieu alors que « la racine reste » ? Ne serait-il pas plutôt l’idée de se reconstruire dans un nouveau pays ? Cette écriture est particulièrement touchante. Les mots sont posés simplement et derrière les images, il y a toujours un message fort. Qui a connu ou ressenti l’exil devrait pouvoir se reconnaître à travers ces poèmes.

Au bord de la nuit
le monde dépourvu de sueur se lit à l’envers
Mon regard traverse la feuille
où l’encre encore humide de mes voiliers
laisse aux aguets comme une frontière offerte
au silence

Ici, je t’aime
mais le monde ne va nulle part
et le cœur est un oiseau blessé
une aile
collée au bitume

Ici, pendant la nuit
image par image
les années s’effacent
se voilent
plongent entre les rides du miroir

C’est ici qu’on va m’enterrer
l’obscurité murmure
le ciel est trop bas
une longue aube s’étire sans sommeil
ainsi qu’une palpitation, un désir
et avant que tu donnes l’assaut
à bout de souffle
dès l’entrée du jour
je t’écoute rugir

____
____

Paysages d’été, Nathalie Riera (éditions Lanskine)
Je connaissais surtout Nathalie Riera pour son activité de passeuse avec Les Carnets d’Eucharis, revue sur le net que je trouve particulièrement riche. Je découvre ici son écriture poétique. Nathalie Riera a une maîtrise de la langue, une écriture dense mais qui ne fait pas dans le superficiel, ni dans l’hermétisme. Sa voix est tout simplement particulière. L’écriture, ici, est très sensuelle, tout en exprimant douleur et solitude. Il n’y a pas de ponctuation ni de retour à la ligne, quelques vers sont parfois isolés, en italique. Ce livre parle de l’écriture d’un roman, d’une histoire d’amour entre deux êtres qui se rejoignent et puis s’éloignent. Le texte est en mouvement, comme le sont les amants. « quand il la rejoint la regagne s’en remet à elle se laisse porter par elle ». Et cela est si dense que parfois on ne sait plus si le roman est l’acte charnel ou l’acte d’écrire « le roman comme un goût d’orange, le roman dans sa bouche  ». Parfois on halète, on a du mal à respirer, puis on reprend son souffle pour continuer l’écriture, la lecture, comme dans un long acte d’amour. Le mouvement c’est aussi le va-et-vient de l’amour, l’amour qui part, revient et puis un jour ne revient plus « sans cesse commencer recommencer et ce qui peut se passer dans le cœur  ». L’acte d’écrire ce même recommencement. Tout se répète sans cesse. L’acte d’amour devient l’acte d’écrire et inversement. La clé du livre vient toutefois de l’absence qui permet de célébrer. Car « ce qui s’en va et ne part pas à chaque fois  ». Ecrire pour « ne cesser de t’aimer ». Puis recommencer pour que cela ne s’arrête pas. Grâce à l’écriture la mémoire demeure.

du fait de ton absence si tu pouvais m’aimer encore du silence dans la clairière de l’ombre d’un cheval sur le mur et le sol trempés m’aimer encore de la lenteur du jour pour ce qui est joie trépidation dans la vitesse folle du feu de la vie qui court sur mes lèvres me nourrit et m’élève dans la lumière du cheval qui éclaire mes cheveux la pierre et les herbes et un peu de cette cendre sur laquelle j’ai déjà tant fermé les yeux mon alliance à la solitude son ébranlement sans merci où je perdais ampleur et couleur

ne cesser de t’aimer de ton absence

____
____

Vuaz, Vincent Tholomé (éditions MaelstrÖm)
Ce livre est écrit lors d’une résidence d’écriture à Saute-Frontière, Maison de la Poésie transjurassienne. Confronté à l’hiver dans cette région montagneuse, Vincent Tholomé va à la rencontre des habitants puiser ce qui nourrit son écriture. Sa poésie est orale, il utilise les paroles des hommes et des femmes, de la famille Surin Surimi, une famille rude dans un monde rude où subsister est la principale mission de vivre. Il parle leur langue avec bottes et gros sabots mais toujours avec humanité et beaucoup de sensibilité ce qui rend le livre que plus convaincant, et les Surin Surimi plus attachants. L’autre originalité de ce livre, c’est la mise en page, confiée aux soins de Patrice Masson. Le texte peut ainsi se lire dans plusieurs directions. Les montagnes, la neige, le vide aussi, se lisent sur la page, une performance. Et entendre lire Vincent Tholomé, cela reste mémorable.

Nous nous levons. Enfilons nos petits manteaux. Petites laines. Quittons la petite grisaille. Le petit gris de nos cabanons. Et zou ! zou ! nous rendons dans les bois. Les rivières et tourbières. Travaillons. Travaillons. Jusqu’au soir. Relevant nos pièges. Repeignant au minium. Ripolin et minium. Les cages grillagées. Les clôtures des clapiers. Brin par brin. Zou ! D’un côté. Et zou ! De l’autre. Repeignant ainsi le monde. Nom de nom. Jusqu’au soir. Au café du soir. Un café. Deux cafés le soir. Papoter. Et dodo. Coucouche panier. Jusqu’à demain. […]

____
____

Les gestes du linge, Amandine Marembert et Valérie Linder (Esperluète éditions)
Les deux artistes n’en sont pas à leur premier livre ensemble. Celui-ci, dédié à nos grands-mères, à nos mères, à nos sœurs, à nos enfants, tourne autour de ce qui relie les femmes depuis des générations : le linge. Il évoque par exemple la grand-mère qui apprend à sa petite fille à étendre, à plier le linge. En vingt-cinq courts poèmes, la thématique du linge, d’hier et d’aujourd’hui, est explorée sous toutes ses coutures ! Amandine Marembert joue avec les images et les associations d’idées que le linge véhicule, par exemple dans la penderie, il danse « un slow ininterrompu  », les épingles sur le fil sont comparées aux alignements d’oiseaux, le voisin peut lire la météo sur le linge et la femme se sent parfois essorée, lessivée. Surtout le linge serait quelque chose qui relie, qui rassemble (les discussions des femmes autour du linge), « le pliage des draps est une façon de se donner la main ». Les mots d’Amandine Marembert sont ceux de tous les jours, avec des poèmes que chacun peut s’approprier. Mais la simplicité de sa poésie n’est qu’une apparence car elle soulève des questions plus profondes. Seulement le don d’Amandine Marembert est de rendre sa poésie accessible. Les illustrations de Valérie Linder ont les mêmes qualités. Ce qui fait de ce livre un ensemble harmonieux.

dans les tricots des mères
il y a leurs doigts passés dans la laine
comme caresses enveloppant les enfants
durablement
les boutons choisis avec soin
bonbons sucés aux encolures

____
____

Un long silence pâle, Didier Pobel (pré#carré)
Livret de saison. Petits tableaux de neige, tantôt aquarelle, tantôt à Venise, tantôt coiffeuse, etc. La neige a ses mystères. Elle efface tout, peut rendre la page blanche mais n’a pas réussi à rendre muet Didier Pobel qui décline la neige sous toutes ses formes, ce qu’elle lui évoque. Neige « qu’aucun maître n’a jamais peint ». Le dernier poème répond au premier comme pour fermer une boucle ou continuer à évoquer la neige, sans fin. La poésie de Didier Pobel est délicate, elle peut aborder des thèmes plus difficiles, tels que la mort, sans en oublier la douceur.

La neige peigne la terre
avec la patience d’une coiffeuse de village
où l’on n’est pas revenu depuis bien longtemps.
Quelle tête va-t-elle encore nous faire ?
Va-t-on nous reconnaître avec les raies de l’âge
qu’elle laisse sur nos crânes en repartant ?

____
____

Pierres d’attente, Martine Morillon-Carreau (éditions du Petit Pavé)
En exergue, une définition de la pierre d’attente : « pierre en saillie qui peut servir d’amorce à une nouvelle construction  ». Ce recueil comprend des photos de pierres pour accompagner les poèmes. Le livre est en plusieurs mouvements, l’un est dédié aux marbres toscans, les paesine. Lorsque ces pierres sont coupées, on découvre à l’intérieur de véritables paysages : villes, falaises, plages… J’ai vu de ces chefs d’œuvre au musée d’histoire naturelle de Nantes après avoir lu Pierres d’attente. Un « paysage attend dans la pierre / le regard / qui doit l’inventer  » et Martine Morillon-Carreau n’hésite pas à y répondre. Une autre série de photos montre des galets avec des visages presque humains, des galets « bouches ouvertes », trouvailles de l’auteure sur la plage, mais qui sont un clin d’œil au tableau Le cri de Munch.
Martine Morillon-Carreau traite de l’énigme des pierres, et pose la question de l’origine du monde, de la mémoire et du rapport de l’homme à la pierre et à la terre. Elle rappelle que c’est des pierres, de leur « combat  » qu’est apparue « l’étincelle », « au commencement  ». Elle nous rappelle que les pierres sont là « depuis tellement plus longtemps que nous  » mais touche également à l’illusion que nous avons de la solidité des pierres. Ces galets ayant subi l’érosion le montrent, tout comme les volcans ou la dérive des continents, les statues d’art qui s’effritent également. Et pourtant, en même temps, elles nous semblent éternelles, comme la « fleur d’immortelle  »
On peut entendre certains de ces poèmes sur le site de l’auteure, plusieurs vidéos ont été réalisées au cours de lectures.
http://m.morillon.carreau.free.fr/poemesdits/poemesdits.html

Qu’attendent-elles

En genèse
Pierres
dans le secret
la matrice
de la terre
Pour l’ouvert
patient
du rêve
ou vers
ce qui s’évanouit

____
____

Requiem, Marie-Josée Desvignes, éditions Cardère
C’est un livre dur. Une femme revient sur un épisode douloureux de sa vie de femme, de mère ou de non-mère). Des poèmes écrits des années après le drame, et sur une longue période comme en atteste la diversité de formes et de style des poèmes. Toutefois dans chacun d’eux, l’importance du rythme, en saccade, le halètement pour bousculer l’indicible, dire enfin ce qui s’est trop longtemps tu. Au-delà de la douleur de la perte d’un enfant, il y a le poids de la honte et de la culpabilité, la douleur de ne pas avoir vu l’enfant, ni de savoir où il a disparu. A travers cette expérience personnelle, l’auteure touche cependant à des questions essentielles : celle de l’accompagnement du corps médical et de l’entourage dans ces situations d’enfant mort-né puis celle du silence que savent garder les femmes depuis des générations. Ce silence face à ce « mystère de l’inaccompli  », qu’elles savent garder même quand « la souffrance est plus large que le monde ». Silence car, depuis des générations, les femmes doivent savoir porter leurs fardeaux. Grâce à ce « champ dévasté de la parole », Marie-Josée Desvignes sort des « fleurs du silence ». Et elle va au plus près du corps, des sensations, parfois à la limite de ce qui est supportable, tant ce recueil est émouvant et explore le sujet en profondeur.

De cette naissance – l’horreur, la terreur, l’effondrement après l’expulsion – Mais aussi les stigmates – l’écartèlement – un écartèlement au sens propre – au sens figuré - ses jambes - immobiles plusieurs jours – ses jambes douloureuses – ses jambes paralysées – son bassin comme brisé – elle est – coupée en deux – la foudre a fendu son corps – traversé latéralement – le vent en a balayé les larmes – l’orage a éteint ses cris – ceux qu’elle a poussé – après qu’on ne le lui ait pas rendu… Deux longs cris, deux…

____
____

En pleine figure, anthologie de haïku réunis par Dominique Chipot (éditions Bruno Doucey)
En cette veille du centenaire de la guerre 14-18, on peut s’attendre à ce que nombre de livres paraissent à ce propos. Mais qui aurait imaginé lire des haïku écrits par des soldats de l’époque ? C’est pourtant ce que propose Dominique Chipot. Il invite le lecteur à prendre conscience que le haïku existait déjà en France. Des soldats ont su l’utiliser pour rendre compte des horreurs de cette guerre, de leurs conditions de vie dans les tranchées. La brièveté, sur un champ de bataille, la fulgurance des impressions, le haïku était certainement une manière de les exprimer sur le « vif » et ils produisent encore des éclats quand nous les lisons cent ans après. Le travail de recherche de Dominique Chipot est remarquable. Textes anonymes, textes recueillis dans des revues, dans des courriers, des auteurs méconnus, oubliés et pourtant témoins de la grande guerre. Zones de combat, état d’esprit, nostalgie, conditions climatiques, les soins, les maisons détruites, les décombres, les morts, les laissés pour compte de la grande guerre. Tout cela accompagné du vocabulaire qui va avec : canon, obus, septentrion, artilleries, baïonnette, douilles, tranchées, char, etc. Puis, dans la postface, l’histoire du haïku en France, apparu quelques années avant la guerre et la façon dont celle-ci a pu influer sur le haïku « à la française ». Emotion, mémoire, tout cela « en pleine figure ».

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d’âme,
Un portrait de fillette blonde.

*

Quand les hommes reviendront,
Le vieil orme qui les attendait
Sera mort

____
____

Les éditions Henry ont publié cet automne, huit livres dans sa collection La main aux poètes.

Sub Rosa, Muriel Verstichel
Je ne connaissais pas le travail de Muriel Verstichel et je découvre avec plaisir la finesse de son écriture. Ces textes traitent de sujets sensibles tels que la mort, le deuil mais aussi l’amour, la vie. La religion est très présente, avec des citations de l’Ecclésiaste, les anges, la Vierge, le chapelet. La rose se meurt mais reste éternelle « mais les roses / les roses / la rouille l’a compris / elles sont éternelles ». Les roses pourraient personnifier les morts et l’idée d’éternité la mémoire de nos morts. Le recueil est en deux parties : dans la première, la mort, dans la deuxième la phase du deuil.

Avant de partir
je suis morte !

Peu à peu je remonte
à la surface de votre parole
noyée
depuis combien de temps ?

Le chapelet n’a pas quitté ma main
les grains ont durci
se sont serrés les uns contre les autres

____
____

De sel et de sable, Claudine Mussawir
De vie et de mort, c’est cela que l’auteur célèbre dans ce recueil. « La vie va / clopin clopan / cahin caha  ». Chaque poème est un petit instantané, chacun dans un même mouvement, avec le temps qui passe, la présence et le silence. Certains évoquent le haïku.

Au seuil du silence
le sablier
s’obstine

____
____

Et ce n’est pas la nuit, Lydia Padellec
Courts poèmes en deux parties. Dans la première, chaque poème commence par « Je t’écris  », la deuxième s’intitule « Poèmes pour une photographie », tous par petites touches sont adressés à Arnaud D., « mon cher amour ». Ce sont des textes sensuels et emplis de sentiments.

Je t’écris
et le vent s’engouffre
entre mes jambes

____
____

A jamais une rencontre, Matthieu Gosztola
Courts poèmes où, dans les premières pages, le mot « caresse » est dans chaque fragment, évoquant ainsi une relation amoureuse, puis il y a une rupture, avec l’absence de l’autre, sa mort.

Nos caresses changent le papier
Peint
Des pièces où nous faisons
L’amour

*

Depuis ta mort
Les caresses grelottent dans mes
Doigts

____
____

La nuit aux yeux rougis, Carlos Dorim
De petits poèmes de quelques lignes, un peu à la manière des haïku avec une chute fulgurante.

J’ai
la mémoire de la poussière
et la poussière
se souvient de moi

____
____

Le vif de l’air, cage ouverte, Bernard Bourel
Le rythme des textes courts est cassé. Ce recueil débute par une feuille de route pour le marcheur, qui va marcher dans ce texte. Le mouvement des vagues, le bêchage de la terre, le bleu du ciel, « aller dans l’air qu’on respire  », tout cela n’est qu’illusion. C’est en soi que l’auteur nous amène « recycler le souffle qu’on se tire du dedans ». C’est un livre de rencontres également, avec Kérouac, Emaz, Rimbaud, Perros, Ulysse, Bashô… Tous sont passés devant la mer et ont pris leur souffle. Avec ce livre, « comment réapprendre à marcher ».

Au rendez-vous qu’on se donne sur le rivage :
De la mer et de soi, même approche.
On avance avec ce qu’on a sans rien improviser,
Le corps sur ses deux jambes – entre eau
dormante et eau courante pour les quatre
cinquièmes de son poids -
Et pour son transport selon leur vivant mélange,
Toujours l’usage de la même partition : une
marche, sur laquelle s’accorder en allant.

____
____

Infini de poche, Romain Fustier
Ronde des plantes, fleurs, fruits et légumes et de la vie quotidienne avec les gestes au jardin, à la cuisine, dans la salle de bain ou dans la chambre. On retrouve surtout dans ce livre, la manière dont Romain Fustier sait mêler les objets entre eux, créer des associations inattendues. Par exemple, la tondeuse du jardin devient un salon de coiffure avec shampoing aux extraits de menthe. Il ravive aussi le travail aux champs de nos grand-pères avec la cueillette des haricots. Le jardin est encore le lieu des souvenirs, comme ces mûres ramassées en Bretagne l’été dernier, il est témoin du temps qu’il fait (« les groseilles sont une pluie d’été, l’hiver est la nature morte du jardin ») en même temps que celui qui passe. Dans le jardin, il y a aussi le relais des générations : « la petite main de ton fils elle a la fraîcheur d’une poire  ». Dans la deuxième partie, les semences continuent ainsi que les conserves et les préoccupations de remplir le congélateur. Cette deuxième partie est aussi plus nostalgique avec un peu de mort et de craquement d’os.

un parfum de menthe fraîche ______ et tu es sorti de ta léthargie
en cette fin d’après-midi où tu démarres la tondeuse
une branche de la plante se glisse sous l’engin ______ fauchée
par ta lame ______ rasoir rafraîchissant le gazon ______ élaguant
les mèches ______ dans ce salon de coiffure à ciel ouvert
coupe femme ______ et ce shampoing aux extraits de menthe
cette odeur qui monte du sol ______ escalade le lavabo
plante permanente ______ vivace que tu entailles mal à propos
libérant une fragrance ______ un concentré d’humidité
au milieu de la chaleur ______ thé alcool sirop essence
inondant les narines ______ ranimant cette journée engourdie
par mégarde ______ eau tumultueuse ruisseaux dévalant
le nez ______ diabolo de feuilles ______ bonbon de bordure sautant
au visage roulant sous tes roues comme un avocat
comme une noix de muscade ______ un clou de girofle odorant

______
______

Le huitième titre paru aux éditions Henry, je ne vous en ferai pas un tableau car il s’agit de Vous êtes mes aïeux écrit par bibi. On en trouve déjà des notes ici ou là.

Cette nuit vous êtes venus me voir
je dormais j’ai fait semblant de rien

vous m’avez soufflé vos malheurs
j’ai tendu l’oreille je n’ai rien compris

vos langues anciennes
vos langues chargées de langues
de vos bouches des flots de paroles

___
___
___

Cécile Guivarch


Bookmark and Share


Réagir | Commenter

spip 3 inside | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 Terre à ciel 2005-2013 | Textes & photos © Tous droits réservés