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L’espère-lurette, chronique po&ique, par Jean Palomba (Janvier 2019)

samedi 5 janvier 2019, par Roselyne Sibille

Florence Saint-Roch : Parcelle 101 - Editions p.i.sage intérieur (Coll. 3,14 g de POESIE) - 2018

On connaît Florence Saint-Roch pour ses récits parus aux édition Stock sous le patronyme d’Emptaz ; pour son travail pointilleusement vivace aux éditions Les Venterniers ; pour ses essais percussifs à La main qui écrit... citons aussi, bien sûr, les sept cahiers gravés à l’os, publiés chez Tarabuste sous le titre Le sens du vent... mais depuis peu, une Florence Saint-Roch, toute aussi énergique et svelte en profondeur, propose à la lecture l’agilité de sa plume cette fois mise au service d’une rivière de poèmes en prose, virtuoses et volages. Enfin volages... disons plutôt légers, fantasques, versatiles et cependant rigoureusement constants.
Florence tient son pseudonyme du pèlerin thaumaturge sanctifié, Roch, et non point « rock », ainsi qu’on peut le lire sur un panneau erroné, juste au-dessus de Saint Alban de Limagnole. Jouxtant le chemin de Compostelle, « Col de Saint-Rock : OUVERT », indique le fier panonceau, phonétiquement et sans vergogne. Pourtant, telle une réminiscence rock, L’écriture Saint-Rochoise possède le sens du rythme, le souffle et l’ardent dynamisme de cette musique urbaine ici au jardin transposée.

Florence..., du latin Florens, comme elle le sous-entend elle-même au gré de son texte : « heureuse en fleurs »... Sauf que.

Cela, c’était avant la fréquentation de la Parcelle 101.

On peut lire ces 3,14 grammes de poésie (si cela se trouve, en même temps que le nom de la collection, c’est aussi le poids réel du livre en rêve) comme un roman miniature avec deux protagonistes majeurs : Florence et Rémi. On peut lire également Parcelle 101 comme le journal de Florence en expérimentation burlesque au jardin. Mais surtout on peut le lire comme une prose poétique : 49 pages, un avant-propos, trente-trois carrés de textes, trois dessins légendés de la main de l’auteure et une postface en forme de confidence ontologique.

La parcelle 101 est un jardin partagé entre Rémi et Florence. C’est dans le Pas-de-Calais, à Saint-Omer, un jardin ouvrier au lieu dit du Bachelin, divisé en bribes, fragments, brins d’herbes et tronçons fertilisés, comme le livre du même nom : 127 parcelles de terre, 33 lopins poétiques sur page.

Florence Saint-Roch existe-t-elle ou bien est-ce un de ces esprits de sel, prompt à divulguer le secret des êtres en lien sur la ligne de faille, funambulant entre vertige de la pensée en recherche de sens et aventure du corps mu par l’espièglerie fondamentale, celle de la quête comme jeu ?
Toujours est-il que Parcelle 101 se donne à lire, d’après les confidences de Claude Vercey, (cf site Décharge, ID n° 765 Portrait de poète en jardinière), comme suit : « (…) pour chaque texte un même gabarit (13 lignes sur le manuscrit), qui cite un nom de fruit et un de légume, et la formule, vite repérée : il est comme ça Rémi. » ; et... : c’est vrai ! Le tout file, fluide, en vers phrasés, habilement déponctués où vibre la langue. Energie, souplesse, limpidité… transmises au récit mené avec précise célérité.
On pense aux Caisses de Tarkos pour cette technique permettant aux mots de changer le sens initial du cours de la phrase ou d’enrichir l’image suggérée par glissement induit.

Ainsi, isolé, le vers qui suit sonne comme un extrait puissamment dadaïste :
« moi ça te dirait de le partager dans mes yeux écarquillés »
Inséré dans son contexte, il participe de la vitesse polysémique toute en netteté réinventée du récit :
« rigolo tu sais que j’en ai un pour de vrai un terrain de /
deux arpents dans le Bachelin il sourit me laisse le temps /
de me représenter c’est une trop grande surface pour /
moi ça te dirait de le partager dans mes yeux écarquillés /
il doit voir pousser des carottes et des navets un parc »

Effet comico-réaliste des voix et des situations, poésie des images à naître !

Après lecture, on a non seulement l’impression de connaître le son de leur voix, des fragments de leur vie mais aussi d’avoir vu un portrait animé de la poète et de son acolyte « légumiste », Rémi, le chercheur médiéviste, gourmet bibliothécaire dans la salle patrimoine de la médiathèque qu’elle fréquente.
On est aussi face à un kaléidoscope. Le jardin partagé est abordé selon tous les points de vue possibles. Celui des deux principaux protagonistes lorsqu’ils s’y trouvent, lorsqu’ils s’y voient en pensée, en rêve, en projet. Vue par les voisins, les collègues, la famille, de très près, au cadastre, vision subjective, en avancée éclair ou flâneuse, vue d’avion... fantasmée, travaillée, inventoriée, retournée, détournée, et... finalement rétrocédée, la parcelle vainc mais point en vain. Entre temps, c’est l’histoire du Bachelin qui est évoquée dans la voix, le regard ou les actes des 127 jardiniers potentiels. Et, faute de pouvoir goûter les fruits et légumes du verger potager putatif n°101, on en savoure les listes de mots actuels, anciens, justes, sonnants, déclinés, ouvragés... qui savent les nommer.

Et puis, entre l’avant-propos et la post-face qui se reflètent, sont en écho, se répondent sans se répandre, il y a l’insoutenable suspens qui croît. Florence et Rémi parviendront-ils à tirer quelque chose de la foutue parcelle ? Et si non, comment aura-t-elle raison de lui, d’elle ?

Bref, après l’expérimental jardin inoubliable du père littéraire, Le jardin exalté de Michaux, Le jardin extraordinaire de Trenet, la botanique d’Hildegarde, voici Parcelle 101 par Florence Saint-Roch où comment s’avouer vaincu.e.s face à une terre placide, hermétique, durablement réfractaire, sauvage obstinée… et simultanément cultiver son jardin à soi, celui de l’intérieur : plantes en mots, inflorescences verbales, pensées offertes aux quatre vents.

Extraits :

Pour aperçu, portrait partiel de Rémi par collage de la ritournelle « il est comme ça Rémi » disséminée dans chacun des 8 premiers textes :

(…) il / est comme ça Rémi fluide et léger tout uniment parle / compote de pêches et incunables précieux spécialiste / (…) il ouvre la paume de sa main me / la met sous le nez allez tope là c’est décidé il est comme / ça Rémi (…) / a précisé barre à l’ouest et laisse-toi porter il est comme ça Rémi je fais ce qu’il a dit / (…) comme beaucoup de gens seuls il / s’enchante de rêves communautaires d’utopies / (…) il est comme ça Rémi il / aime l’outrance fanfaronne l’hyperbole et l’exagération / il est volubile comme le liseron / (…) le cœur généreux prêt à / donner la chemise qu’il n’a pas / (…) il est comme ça Rémi sans même le faire / exprès il déballonne mes boursoufflures d’ego / (…) songeur il est comme ça Rémi il est sensible à la poésie /

Mise en évidence de l’écho existant de part et d’autre du miroir textuel :
côté face, l’avant-propos :

Nonobstant les regards dubitatifs voire scandalisés de ses voisins, il [Mon père] était un adepte du jardinage expérimental, diversifiait les cultures, testait les techniques et les usages, d’un jour à l’autre modifiait ses plans, éparpillait d’improbables semis, les surveillait de près, prenait des notes, immanquablement raturait et corrigeait, toujours heureux, jamais content.

Côté pile, la postface :

Mon père, dans son enthousiasme, commet une erreur monumentale : il m’offre Tistou les pouces verts. Et d’un coup, tous ses espoirs s’écroulent. Négligeant sarclette et transplantoir, on me voit toujours un livre à la main ; je ratisse les rayonnages de la bibliothèque, tant mieux si tel propos m’échappe ou me résiste, avec jubilation j’éclaircis les lignes, j’abaisse les buttes, je brise les mottes ; profitant des marges, mon crayon à papier ose boutures et marcottages : il s’amuse à semer des mots...

Et pour les plus sagaces, curieux lecteurs fanatiques, lisant l’extrait tronqué qui suit, vous aurez peut-être l’idée d’un prochain livre à paraître de l’auteure à présent réputée sportive :

je m’accroupis prends un peu de cette terre si belle en /
inhale longuement l’odeur ferreuse quand je me relève /
je sens que quelque chose a bougé ça s’est décidé sans /
(…) /
(…) /
retournée avec Valérie on a repris la course à pied /


Roselyne Sibille : Entre les braises – Editions La boucherie littéraire (Coll. La feuille et le fusil) - 2018

Dans l’un de ses tout derniers ouvrages, Roselyne Sibille se tenait aux lisières, celles des saisons, les cinq d’une vie de femme réelle réinventée. Certains poèmes, au gré d’icelles, dévoilaient par touches infimes le cisaillement de l’être tandis qu’un flux vital éclairait en l’ensemençant la voix native, la principale, l’enchanteresse. Mais aujourd’hui, c’est au cœur de la plaie qu’a brasillé sa plume. Et puisqu’il s’agit de feu, parlons plutôt de mine, sans minauderie, de cavité, d’enfer !

On a d’abord lu et lu seulement les deux premières pages d’Entre les braises. Cette entrée dans le texte, saisissante absolument. On ne voulait pas lire. C’était 6h10, le matin. On se levait parce qu’un atelier sur le rêve nous tarabustait. Il commençait à 13h, on n’avait point encore calé la séquence une, ne savait si l’on arriverait jusqu’à Aix. Entre les braises était sur la table. On en voulait juste décrypter la dédicace. On tournait une page. On en lisait deux. Lire ces deux premières pages au réveil, dans ces couleurs tout-à coup indiennes - comme un deuil ailleurs - et la langue de ces pages-là... au cœur et au-delà de ce qu’elles portent, c’est une merveille qui se faisait voir et entendre. Alors, le soir venu... qu’il fût prose ou poème, le texte était voix, narrative, muette, suppliante, interrogative, pensive, affirmative, double, triple, multipliée, la voix, des voix avant tout, toute une déclinaison de voix passées par la main de celle qui enfin parvenait à reformer des mots, laissait à nouveau s’exprimer l’encre, écrivait, écrit. Haletante par moment : la succession des gestes au quotidien, le corps qui sait faire mécaniquement alors que la pensée tournoie, qu’il y a une sidération, due aux fers de la douleur, l’universelle... la singulière. Elle qui s’inscrit autour d’une mort, dans l’instant, le fait, le corps sans vie, simultanément les affres. Peu à peu, de plus en plus, précisément, tout entier évoqué : ce fils suicidé au loin. D’abord le souvenir de ses yeux émeraude, sa voix, finalement incarnée, puis lui réincarné, comme après un ultime voyage à travers la phosphorescence nuageuse. Mais... retournons à la mine.

Entre les braises : une mine de plomb, une mine de rien, une mine de rêve. C’est avec ces trois mines-là que ce brasier a pu s’empreindre dans ce livre qu’on a lu. D’abord et c’est la mine de plomb. Elle n’est pas à fleur de mot, la mine de plomb, elle est dans le corps et interdit tout déplacement. Ni élan, ni envol. Elle emporte par le fond. Puis la mine faite de rien, d’un rien des plus affreux, un néant... un anéantissement. Ni paroles, ni vocabulaire. Mots manquants, impossibles à écrire. On les discerne en filigrane dans l’ouvrage coloré qui s’offre à la lecture. « Ecrire, c’est rattraper l’oubli, c’est figer le silence / c’est balbutier et craindre que quelque chose ne s’échappe / si je dis : l’écriture est une offrande, cela ne suffit pas. / je dois dire aussi : l’écriture est l’offrande d’un balbutiement. » C’est Marina Tsvetaieva qui affirme cela et c’est cela qui advint pour Roselyne Sibille, pour que ce livre enfin d’entre les braises paraisse. Après le plomb donc, un livre s’écrit avec une mine de rien grâce au balbutiement, ce frémissement, si proche de la vie qui devient mine de rêve. Mais quel rêve ? Non pas l’évanescent, de stuc, en sucre... non pas mais le vrai, le rêve vrai : vision, prévision, prédiction. Frémir à nouveau et monter au rêve sans plus être empêchée par le brouhaha du monde ou le silence atroce de la douleur, celle de la perte de l’être aimé, et le plus cher : l’enfant.
On se rappelle Lorette Nobécourt décrivant ce frémissement ou quelque chose de cette eau-là et dont l’auteure d’Entre les braises s’est souvenue sans peut-être sciemment le savoir. Sinon comment aurait-elle pu conjurer le plomb de la sidération ?... ce métal rouge emportant tout : tête, jambes, bras, thorax, côtes, plexus, poumons... à l’exception du cœur. Le seul organe qui sut conserver une lueur de vie après la déflagration. Ce soupçon vague, à peine nitescent qui deviendra lumière écrite au rêve, une matière onirique pure, aussi sûre qu’une plaie cicatrisée, qu’une trace. Un historien, un homme de raison l’affirme : « La trace d’un rêve n’est pas moins réelle que celle d’un pas". Roselyne Sibille, quand on la lit, on comprend, comme Georges Duby, qu’elle sait cela. C’est du vécu. Foin de lubies ! Entre les braises s’achève sur cette certitude-là.

« Entre », c’est donc qu’il y a une voie, que l’on peut cheminer dans les braises, s’extirper du magma qui met l’être à fondre. Une sente au cœur des cendres rougeoie dans le noir, vers un seuil, le deuil, soignant l’atonie. Un étai, l’immunité contre l’effondrement. Entre persistance et extinction, le deuil se fait par la présence à l’autre, de l’autre, cet entourage avec dialogues, force recouvrée de la langue, la poétique. Se tenir in fine sur sa fine membrane de poésie pour, après le deuil, échanger avec l’enfant défunt, non pas soi devenue folle mais dans le livre et au-delà... une fois la perte concrète admise, le manque accepté, compris, un message d’espoir illisible s’écrit. Sans doute, est-ce lui à présent, l’enfant qui paradoxalement s’incarne au souvenir – cette vie telle que la voix écrite la conçoit, est conçue dès lors par lui, avec son accord à elle. Car ce livre, Entre les braises, est organique. Il est la preuve par les mots qu’un être, une mère endeuillée, a chu sans sombrer grâce au miracle du langage, cette langue poétique en elle.

Le livre composé de 72 pages imprimées sur du papier Fedrignoni. La couverture sur Freelife Mérida teinte Ochre en 280 g. Le corps d’ouvrage sur Sirio Color teinte Vermiglione en 115 g. Le péritexte sur Arcoprint Milk en 120 g. Le texte, sur trois couleurs : feu, métal rouge, neige.

Extraits :

L’écriture peut-être, ma compagne.
Et je savais, je sais, quelle gravité elle porte, et que si elle s’envole, c’est qu’elle saute le feu.
...

Rompre consciemment, volontairement, droite. T’écrire, debout face au vide, mes deux pieds appuyés sur cette dalle qui ne bougera pas et qui s’appelle : plus jamais. Rompre afin de n’être pas rompue. Rompre, l’écrire, chercher la rupture. Envelopper le passé dans une bulle de protection, et la lâcher pour t’offrir la liberté, pour ouvrir un horizon d’insaisissable toi.

Comment te parler ? Et t’entendre ? Je me glisse au plus fin de moi, je m’évapore de tout repère, j’écoute par ma peau, par le sang qui vibre, par un souffle infime. Je ne sais pas dans quel monde tu existes. Je sens parfois un espace de sourire qui me berce dans la douceur immense. Je m’y baigne comme au cœur d’une fleur, dans un instant infini. Mais le reflux du quotidien m’aspire et me laisse sur la berge, calme, comblée, illusionnée peut-être. Comment être sûre ? Est-ce toi ? Ou mon rêve de toi ? Trouverai-je un jour une certitude ? Nulle carte n’existe de cet ailleurs. Je t’offre à pleines mains les splendeurs impalpables de notre terre et j’aimerais tant que tu les reçoives, avec l’élan de mon amour. Mais passe-t-il la membrane entre nos mondes ? Suis-je seule avec le sentiment de toi ? Sont-ils de toi les cadeaux que je reçois ? Cet inattendu délicat qui m’entoure, me caresse l’âme. Qui d’autre me vêtirait d’une tendresse aussi appropriée ?

Nous avons perdu un enfant. Ses frères n’aiment pas ce terme. Ils ont raison. On ne l’a pas perdu. Il s’est suicidé. « ça brûle ? » Non, ça va. Elle est là la vérité. Il s’est suicidé. Il n’est pas perdu mais il me manque. Ca aussi, c’est la vérité. Et puis, je ne sais pas où il est.

L’automne doré avec sa lumière que j’aime tant, m’apporte une douceur mais aussi un reflux de nostalgie de ce tout-petit qui m’a été donné, et repris si sauvagement. C’est insupportable et il me faut pourtant continuer à grandir, grandir.

Si mon cœur devient immense empli de pureté
il s’élèvera doucement vers mon enfant
dans la lumière des étoiles
Peut-être

(…) Disons que ce n’est pas « écrire », c’est parler au papier.

Trois semaines déjà
roulée en boule
écureuil léchant sa blessure

Comment dire, alors que mes mots se sont engloutis dans le gouffre ?

On marchera sans les jambes, par habitude, jusqu’à l’évier. On remplira la bouilloire. On écoutera chauffer l’eau. Être seule avec l’eau qui chantonne son travail d’eau qui frémit dans une bouilloire. Seule avec l’eau qui lutte. On ouvrira le placard. On attrapera le bocal. On enlèvera le couvercle de liège. On passera la main dans le cylindre de verre. On touchera du bout des doigts les feuilles séchées de la verveine de l’été. On sentira qu’elles sont sans poids et qu’elles crissent. On enlèvera de la main gauche le couvercle de la théière. On laissera tomber les feuilles recroquevillées. On approchera le bec de la bouilloire et on versera. Les feuilles se déplieront vertes et lumineuses. On respirera la buée odorante. On approchera son visage. On humera à cœur perdu, à larmes butant sur le barrage. On fermera le couvercle en fronçant les sourcils pour laisser demain hors de portée, hors de conscience. Pour que aujourd’hui ne soit pas « ce matin » mais juste maintenant devant la cuisinière dans l’odeur invariable de la verveine du jardin. Pour que maintenant ne soit pas tout à l’heure. Ni tout à l’heure d’avant, ni tout à l’heure d’après. Pour que maintenant soit sans pensées, sans souvenirs, sans images déjà enregistrées. Pour que maintenant soit neuf, millimètre par millimètre. On posera les mains autour de la théière bleue, en coupe, et la porcelaine sera juste trop chaude, lisse et exquisément trop chaude aux paumes glacées, au corps glacé. On prendra le plateau, on y posera la théière. On sortira les tasses. On comptera mentalement. Combien sont-ils au salon ? On entendra les voix, on aura peur du pieu dans le sternum. On disposera les tasses en cercle autour de la théière sur le plateau. Les tympans recommenceront à rugir. On leur dira Non, je sers l’infusion. Attends, il ne faut pas renverser. Attends, l’éternité sera longue, maintenant je sers l’infusion. On remplira le sucrier, on bousculera les petites cuillères. On voudra être bête, idiote, ne pas avoir compris, stupide, être là juste pour servir l’infusion.


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