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Petites notes, de Clara Regy

mardi 15 janvier 2019, par Cécile Guivarch

PoOki c’est poOnk, texte : Edith Azam, dessins : Sylvie Durbec, éditions Lanskine (2018) collection de bric et de brac. Poésie pour enfants de 3 à 99 ans.

Sur une couverture très rouge émerveillé par les bulles même pas rondes qu’il fait avec sa bouche à peine bouche, petite oreille gauche rose d’émotion, jambes en mode : « je fais la révérence », c’est PoOki au dehors. Enfin pas tout à fait, puisqu’il semble aussi, « déborder » de son nid « portatif » : une petite caisse en carton dont les couleurs peuvent varier selon son humeur...
Alors un petit enfant-sandwich ?

Et PoOki au dedans ?

"Mais moi brindille en bois cassé
je sais même plus c’est quoi ma branche
je sais plus j’ai fermé les yeux.
Et le vent et la pluie
ça peut me casser le visage :
dedans moi les soleils
dedans
mon cœur qui bat."

L’histoire avance, parfois par chapitre, mais ce terme est bien ronflant, on découvre plutôt la difficulté de PoOki à prendre clairement sa place, UNE place, parce qu’il n’est tout simplement pas tout à fait taillé pour la grande aventure de la vie...
Mais doit-on souffrir avec lui ? Doit-on sourire avec lui ?
Cette différence ne lui permet-elle pas de s’adonner à cœur-joie ou à PoOki-joie à la création de mots qui en disent long sur sa malice ?
Il évoque sa « zincapacité », « la zémotion trop violente », et conclut :

"Mais c’est facile pour personne :
savoir aimer c’est pas facile."

Il se rassure, nous rassure et surtout nous entourloupe dans son langage plein de tendresse, de tendrivité, de tendrerie, vous voyez, n’est pas PoOki qui veut...

Alors pour lui, se faire aimer, est-ce bien si difficile ?

Cette première rencontre avec PoOki, s’achève dans la baignoire, on y retrouve les bulles de la couverture, la rondeur de la répétition, dessins et textes s’enroulent ne se marchent pas sur les pieds, ne se « néantent »pas : une belle collaboration.

On attend le volume 2 : PoOki c’est sWing...

Un tour au verger, Thierry Le Pennec, éditions La Part Commune, (2018), couverture Mona Le Pennec (sa petite fille).

Un texte qui nous fait retrouver l’écriture âpre et délicieuse de Thierry Le Pennec, la nature : ses éblouissements, sa sève, sa violence sa fougue et son inscription dans l’ordre du monde, dans la vie dans NOTRE vie. Ici, ce « grand peuplier » notre frère...

Veux-tu que j’te raconte ?

on se souvient du grand peuplier
couché dans la prairie on était
à défaire des bûches serrées
sous tôle et à l’abri les pensées
viennent du grand peuplier couché
dans la prairie de toutes ses feuilles
un jour de grand vent qu’aux champs on allait
un outil sur l’épaule sur l’autre une légende.

Ce grand ordre du monde qui s’allonge dans le temps :

1979

cueillant quelque fruit
d’un rang de grande précocité
me vint l’image d’une vallée
découverte un matin d’autrefois...

Sans céder à la facilité de la métaphore, ces arbres qui donnent fleurs et fruits, cette communion, cette symbiose avec la terre, ne se lient-ils pas inévitablement à un autre corps à corps ?

Zodiac

viendras-tu faire un tour sur l’étang ?
dit-elle [...]
à la lune son dos
patiemment massé
qu’elle tourne
sa face cachée
de l’ombre à la saisie
le rythme
sidéral et lent nos planètes.

« Elle » comme une terre qu’on honore, qu’on nourrit et dont on récolte la sève et puis cueille les fruits.

Un très beau texte sur l’offrande, l’accueil du don, le partage : la vie !

Poèmes western, Estelle Fenzy, éditions Lanskine, (2018) couverture Bernard Plossu tirée du livre : Western Colors" éditions Textuel (2016).

Dans ce dernier opus Estelle Fenzy s’essaie à l’art de l’ekphrasis, une ekphrasis plutôt « particulière » puisqu’elle y décrit les photos argentiques de Bernard Plossu.
Là encore peut-on bien parler de description ?
Ce texte échappe peut-être à toutes ces règles, il s’agit plutôt d’un regard personnel sur des œuvres projetant déjà un regard personnel : paysages qui devraient nous mener vers Sitting Bull ou Big Foot...
Le texte est ainsi construit comme un road-movie traditionnel, au « voyeur » : les grands espaces !
Mais son intérêt tient justement dans sa capacité à capter de toutes petites choses qui font l’essence de notre vie, du photographe au poète, du poète au lecteur : une mise en abyme continue.

"Denver

Jour férié. Centre désert.
Hôtels de luxe, banques, miséreux très misérables.

À travers le store d’un Coffee Shop, apercevoir une femme en manteau rouge. Assise à une table.

Comme elle est belle sa solitude." Hopper est-il si loin ?

Dernière un « on » impersonnel Estelle Fenzy pose « ses » mots, observe, crée à son tour une scène bien vivante :

"Pour la colère des sabots lancés haut. La poussière montée du sable. Vapeurs pourpres, fumées fauves.

Pour la sueur, les sangles, la selle, le cuir, les éperons, la peur et la défense.

Pour dévisager l’homme soude à ses reins. Le projeter loin.

Huit secondes.« Dans son dernier texte Estelle Fenzy s’associe aux »vagues« et tout à la fois à ses lecteurs avec un »nous" qui invite, pourtant le voyage se termine.
Il restera alors, des images et des mots qui vont -très bien- ensemble.

Mais alors, ce voyage, qui nous interdira de le recommencer ?

Clara Regy


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