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A livre ouvert - Valérie Rouzeau, Colibri si par Isabelle Lévesque

dimanche 16 juin 2019, par Cécile Guivarch

Valérie Rouzeau, Colibri si
éd. du Petit Flou, coll. Dans la cour des filles, 2019 – 20 p., 10 €

© Fabrice Feuilloley

Une phrase s’avance dans le désordre des mots, c’est Valérie Rouzeau. Elle écrit Colibri si, elle vient, sur les pointes, elle sourit : peut-être parce que la couverture de lumière du Petit flou est traversée de fils légers que frôlent les caractères de plomb – alchimie. Dedans, les pages sont coupées, irrégulières, un peu comme le serait un champ de fleurs, toutes les tailles, des tiges aux boutons qui attendent de fleurir un ciel.
Le titre non ponctué, riche en i rouge, livre le cri musical, couleur sang et vie, pour appeler le coucou des pendules et s’ouvrir. Mais le o bleu initial, celui de l’« impossible » oiseau thaumaturge de Maeterlinck, peut guider vers le bonheur, il essaime lui aussi à travers le poème. Seraient-ce les voyelles de Rimbaud ?
Je lis Valérie Rouzeau, ce tantôt, c’est un conte à l’envers : le prince est marteau, venu tard, à rebours, une fois, pas coutume. Le couteau des mots taille dans le vers des principes nouveaux (c’est Valérie Rouzeau).
Oh, le prince avec « une seule chaussure » va rencontrer la Cendrillon des berceaux (« [s]on cendrier déborde »). Les verbes aussi débordent des participes passés qui ne sont plus, « oiseau bleu […] qui m’éperdue ». On peut conjuguer les mots qu’on veut. Le bleu, c’est contre les larmes, la couleur destinée à faire lutter – un cœur à aimer. Le prince, devenu tout petit, on pense à celui de Saint Exupéry revenu rose à la main, « [l]umières de nous ».
Toujours le lien, les mots c’est pour ça : tendre vers demain le jamais seul, « […] doux de partout ». On traverse des histoires, on croise vendredi sauvage, nom commun, les mots nouveaux semés parce que la « défaite » devient « plus belle la fête », on entre heureux dans le poème, entre « venue » et « vénus », les parois se traversent (poète). Mais trouvera-t-on vraiment « plus belle la fête / De la vie qui fuit » ?
Page contre page, relief, Fabrice a œuvré avant de découper, il a mis dans la cuve à papier le méli-mélo, le colibri des sanglots, pour que colibri si contre nous porte le cœur haut. Merci, Valérie Rouzeau.

© Fabrice Feuilloley

L’éditeur du Petit flou réalise tout du livre à part son écriture : il fabrique le papier à la cuve, imprime en typographie au plomb sur ses propres presses, coud les pages et assure la diffusion. Comme il le revendique sur son site internet : « C’est l’idée du beau sans l’idée du luxe ! » Chaque volume publié est tiré à 110 exemplaires.

© Fabrice Feuilloley

C’est au « village de Blandine », en Corrèze, que poussent les livres du Petit flou. Comme au potager, il faut tenir compte de la météorologie, pour fabriquer et faire sécher le papier, des saisons et des marchés du livre pour présenter les fruits de cette horticulture poétique au public.

© Fabrice Feuilloley

En plus du nouveau livre de Valérie Rouzeau, viennent de paraître : Le Pont des deux sœurs de Delphine Guy, Donc voilà de Dominique Sampiero et À la table des poètes de Patrick Dubost.

Isabelle Lévesque


À lire, sur Terre à ciel, un entretien de Fabrice Feuilloley avec Cécile Guivarch

Site internet, pour commander le livre (10 € + port : 2 €) :
www.le-graal-maison-des-ecritures.org/les-editions-du-petit-flou/

Toutes les photos sont extraites de la page Facebook de Fabrice Feuilloley, sur laquelle on assiste à la mise au monde de chaque livre ainsi qu’aux multiples activités de la maison d’édition et de l’association Graal/Maison des écritures.


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