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Itinéraires non-balisés N°3 par Georges Cathalo

mardi 16 octobre 2012, par Cécile Guivarch

Jean-Louis MASSOT : L’A.A.F.L.A. (L’appareil à fabriquer des aphorismes (Cactus Inébranlable éd., 2020), 66pages, 10 euros – rue des Croisons, 38 – B 7750 –Amougie ou cactus.inebranlable@gmail.com

Si, après avoir lu ce livre de Jean-Louis Massot, vous ne vous lancez pas dans l’écriture frénétique d’aphorismes, c’est que vous avez mal lu son « Manuel de montage et de démontage ». De plus, l’auteur aura pris soin de vous livrer toute une liste de « trucs et astuces et conseils » traversés par les fantômes de Jules Renard, de Pierre Autin-Grenier et de quelques autres irréguliers du verbe. Cet appareil imaginaire, aussi simple à monter qu’un meuble d’une célèbre marque, nécessite un entretien régulier avec une bonne dose d’autodérision et d’humour noir. On y trouver tout un arsenal d’interrogations métaphysiques du genre « Y avait-il des journées portes ouvertes dans les maisons closes ? » ou « Le capitaine Fracasse cassait-il tout sur son passage ? » ainsi que des affirmations péremptoires du style « Pour aller de A à B, un aphorisme passera toujours par Z » ou encore « Parfois la poésie devrait s’éclipser d’elle-même ». Bonne lecture et à vos plumes pour une utilisation rationnelle (?) de cette étrange machine qu’est l’AAFLA.
Jean-Noël GUENO : Veille, rideau de pluie (Petit Pavé éd., 2020), 88 pages, 12 euros – BP 17, Brissac-Quincé, 49320 Saint-Jean des Mauvrets ou editions@petitpave.fr .
C’est dans la riche collection du Semainier que paraît ce nouveau livre de Jean-Noël Guéno. On y retrouve les thèmes favoris de ce discret poète, thèmes qui se fédèrent dans des poèmes ramassés où les mots ont valeur de vulnéraires au secours des dérives et des angoisses. Ici, « Pas de mots qui se poussent du col / tournent en rond ». Pas non plus de « Mots tus / dans la matrice hurlante ». Non, puisque Guéno a recours aux « mots les plus simples / pour dire la vie qui va », la vie possible ou la vie probable, la vie rêvée ou la vie réelle. Il y défend avec ferveur « l’entêtement de la vie / qui persiste et signe ». Poètes (Char, Cayrol,…) et musiciens (Mozart, Scarlatti,…) sont les fidèles passeurs d’un projet à plein temps qui consiste à savourer chaque seconde vécue. À l’incontournable question « Au soir / qu’emporterai-je ? », le poète répond par une éthique basique faite de joie, de douceur et de candeur qui le poussent à « fuir ceux qui nécrosent ».

Jean-Noël GUENO : Veille, rideau de pluie (Petit Pavé éd., 2020), 88 pages, 12 euros – BP 17, Brissac-Quincé, 49320 Saint-Jean des Mauvrets ou editions@petitpave.fr

C’est dans la riche collection du Semainier que paraît ce nouveau livre de Jean-Noël Guéno. On y retrouve les thèmes favoris de ce discret poète, thèmes qui se fédèrent dans des poèmes ramassés où les mots ont valeur de vulnéraires au secours des dérives et des angoisses. Ici, « Pas de mots qui se poussent du col / tournent en rond ». Pas non plus de « Mots tus / dans la matrice hurlante ». Non, puisque Guéno a recours aux « mots les plus simples / pour dire la vie qui va », la vie possible ou la vie probable, la vie rêvée ou la vie réelle. Il y défend avec ferveur « l’entêtement de la vie / qui persiste et signe ». Poètes (Char, Cayrol,…) et musiciens (Mozart, Scarlatti,…) sont les fidèles passeurs d’un projet à plein temps qui consiste à savourer chaque seconde vécue. À l’incontournable question « Au soir / qu’emporterai-je ? », le poète répond par une éthique basique faite de joie, de douceur et de candeur qui le poussent à « fuir ceux qui nécrosent ».

Lionel MAZARI : Printemps captif (Délit buissonnier éd., 2020), 40 pages, 10 euros – Létou – 46330 St-Circq-Lapopie ou nouveauxdelits@orange.fr

Il y aura, c’est certain, dans les mois à venir, toute une profusion d’écrits sur la crise sanitaire. On verra de tout : poèmes bruts de décoffrage, slams approximatifs, etc. Il semble urgent de chercher des résiliences pour faire face aux turpitudes de l’époque, comme lire « quelques poèmes de Nuno Judice ». On peut aussi lire les poèmes de Lionel Mazari, poèmes qui slaloment entre les écueils du temps présent. Quelques jongleries verbales arrivent comme des respirations entre des bouffées d’ultra-réalisme. Mazari n’hésite pas à affirmer : « toute ma sagesse est viatique / et la folie me désaltère ». C’est sûrement ainsi qu’il va falloir aborder les temps à venir en se ménageant des espaces où « assis sur un banc dans le noir », on découvre ce qui se passe comme « ces ombres calmes aux fenêtres » avec ces « brancardiers venus sauver de pauvres gens blessés par la réalité ». Pour finir, signalons la belle illustration de couverture de Morgane Plurelle où deux oiseaux en liberté semblent défier notre « printemps captif ».

Jacqueline PERSINI : Un Platane (Henry éd., 2020), 48 pages, 8 euros – Parc de Campigneules – 62170 Montreuil-sur-Mer ou contact@editionshenry.com

Le platane dont il est ici question ressemble fort à un « doudou », cet objet transitionnel dont parlent les psys pour évoquer ce qui permet à l’enfant de grandir. Cet arbre est comme le livre d’une vie qui, saison après saison, produirait « les gouttes d’enfance » qui « Humecteraient / Le présent ». Jacqueline Persini s’approprie un platane, celui qui « enlace les siècles / Dans ses bras et chante la vie », celui qui « sait / Ployer la nuit » et délivrer des peurs. Et toujours, « l’écriture s’avançant / Vers le vide » dégage des espaces entre aube et crépuscule ». Vague après vague, chaque poème renoue avec la marée de chaque jour comme l’esperluette qui sert de trait d’union et de point d’ancrage entre les poèmes pour rappeler à chacun qu’il « faut faire vite / Avant la syllabe finale », même si l’espoir est là de voir un jour les feuilles reverdir puisque la poésie « sait le geste qui fait signe ».

Jean-Claude TARDIF : Dans l’entre-temps, j’écris (À l’index éd., 2020), 62 pages, 12 euros – 11, rue du Stade – 76133 Épouville ou revue.alindex@free.fr

Les dix encres en noir et blanc d’Hervé Delabarre pourraient servir de transition entre le récent recueil de Jean-Claude Tardif (Noir) et ce nouvel opus. Dans les interstices de l’entre-temps, l’auteur jongle avec ses doutes et ses incertitudes. Il sait « qu’on peut nommer les choses sans les connaître » et que l’on peut retrouver le souffle et renouer avec l’espoir « pareil à une graminée dans la faille d’une paroi ». Cette obsession temporelle ne doit pas faire oublier les minuscules espaces qui se glissent entre les secondes : « l’entre-temps est-il un entre-deux qui aurait perdu toute mesure ? ». Question cruciale au moment où le doute aurait tendance à vouloir figer l’écriture. À travers ces messages discrets que sont les poèmes, Tardif écrit « dans les marges de toutes les pages que nous n’écrirons pas ». Il espère qu’il se trouvera quelqu’un pour renouer avec sa parole. Quant à cette ferveur poétique, si essentielle à notre souffle et à notre survie, « on l’écrira avec du silence dans la grande imprimerie du temps ».

Éric DEJAEGER : De toutes mes farces (Cactus Inébranlable éd., 2020), 74 pages, 10 euros - rue des Croisons, 38 – B7750 Amougie - cactus.inebranlable@gmail.com

Véritable poutre maîtresse des éditions du Cactus Inébranlable, Éric Dejaeger, avec ce 10° recueil, continue d’exploiter un filon qui lui est familier : celui de l’aphorisme pur et dur. On ne trouvera pas dans ce livre les habituels travers du genre à savoir la banalité consternante ou la redondance ennuyeuse. Ici, c’est de l’aphorisme bio sans OGM, de la déglingue tous azimuts, du jus de mots sanguinolent avec des situations ubuesques ou rabelaisiennes. Il est agréable de retrouver dans cet ensemble les échos amortis des voix de Jean L’Anselme, de Pierre Autin-Grenier et, belgitude oblige, de Scutenaire et de Chavée. Dejaeger ne se gêne pas pour régler leurs comptes aux obsédés des claviers (« Malgré tous les réseaux sociaux, loin est toujours loin du cœur ») ainsi qu’aux fanatiques des religions de toute obédience (« L’histoire des religions ? Rien que des cadavres »). En conclusion, sachez que « tout aphorisme est perfectible. Sauf celui-ci ». C’est dit !


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