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Hep ! Lectures Fraîches ! (juillet 2020) par Cécile Guivarch
mercredi 15 juillet 2020, par Cécile Guivarch
Les Dames, Clara Regy, Editions Henry et Adelino / Journal de Mars, Clara Regy, Les Editions du Petit Rameur
Je note dès le titre que Clara Regy a opté pour le « D » de dame en majuscule. Ce sont de grandes dames dont il s’agit dans ce nouveau titre de Clara Regy paru aux Editions Henry. Une série de portraits : Lulu, Madame Boum Boum, Germaine, Renée, La Callas, pour en citer certaines. Aucune n’est parfaite, chacune est différente, mais elles ont pour point commun d’avoir marqué l’auteure dans son enfance. Chacune dégage un petit quelque chose. Une odeur. Une histoire. Un métier. Une tristesse. Une poésie. Voilà ! Ne tournons pas autour du pot, chacune d’elle dégage de la poésie. Elles touchent, elles émeuvent. Et ceci car Clara Regy les écrit, leur rend hommage avec beaucoup de tendresse. En se les remémorant, elle leur rend vie et on les voit ces femmes là, devant nous, en portrait, en chair et os, on les entend parler. Elles sont belles. Lulu est « belle / dans sa robe / pleine d’amours ». Amours avec un « s » car Lulu en a vu passer des hommes et elle leur fait des gâteaux. Cela c’est ce que croit la petite Clara. Que les hommes viennent voir Lulu car elle leur fait des gâteaux. En parallèle de ces portraits de femmes, se glissent les souvenirs de la vie quotidienne avec père et mère ainsi que des fragments de dialogues. Mais aussi leurs état d’esprit : « ta mère l’aime beaucoup / mais ton père ne dit rien ». Un portrait de la mère se glisse, femme parmi les femmes, toutes ont un point commun, être femmes, même si elles sont différentes. Certaines sont seules comme Sophie Loren (cela est un surnom) et cela attriste beaucoup la petite Clara : « tant de solitude / ça ne se fait pas ». Clara Regy a remarqué de petits détails comme « un trait / à la place des sourcils / à la mode d’hier ». Et exprime sa sensibilité face à l’exil en nous donnant sa vision particulièrement touchante : « ce mot / coupé en deux par une croix / qui penche / comme il doit faire mal »
Après chaque portrait, une lettre. On ne sait pas si ces lettres sont réelles ou inventées par Clara Regy. Mais elles sont un hommage supplémentaire à ces dames. Elles leur sont adressées directement, transmettent des petits messages, de la tendresse et souvent les remercient d’avoir été là. Portraits ainsi de vies de campagne dans les années 60/70. Ces vies qui parfois ont été rudes. Avec de petits détails qui ont de l’importance, comme les étiquettes des robes de Germaine qui ressemblent à de petits papillons lorsque les robes sèchent au soleil. La petite Clara les aime ces petits papillons car elle n’en a pas sur les robes que sa mère lui invente sur sa machine Singer alors que la petite Clara n’aime pas porter de robe. Elle aime les robes sur ces dames, mais aussi leur parfum et leurs rides. L’air de rien, de portrait en portrait, ce sont aussi des sujets de société qui sont évoqués. Mai 68, le communisme, la prostitution, etc. Et la petite Clara observe tout cela, parfois même en vient à se demander si les hommes sont si méchants, ceci notamment à la mort du mari de Germaine qui pleurait quand il était vivant et qui pleure encore quand il est mort. Attentive également au temps qui passe sur les gens : « chaque été / quelques tâches supplémentaires / quelques rides nouvelles / tu as peur ». Ce « tu as-peur » souvent je le note chez Clara Regy. Autant ce pronom pour évoquer la petite Clara, ses émotions, ses sentiments. Mais aussi sa peur de perdre les gens de son entourage. Je note sa tristesse lorsqu’elle enterre ces personnes qu’elle peut trouver « tendre(s) à pleurer ». Parmi ces portraits, Madame Boum Boum, l’épicière qui offrait des gâteaux aux gens pour leur dire qu’elle les aimait. Cette dame dont « un jour son cœur a battu / trop fort / c’était la guerre / il se raconte qu’elle fut tondue ». Clara Regy en se rendant dans un musée où « madame Boum Boum / et ses cadeaux de nouvel an / sont remontés / dans ta gorge », ainsi rend hommage aux femmes et à ce qu’elles ont du endurer.
Comment vous dire de ne pas passer à côté de ce livre, et de Clara Regy de manière générale, sans aimer cette poésie qui est la poésie de la vie, celle de ces gens que l’on rencontre et qui font de nous ce que nous sommes.
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Germaine vient
à la nuit tombée
souvent
ton père dit
pour économiser
sa lumière
toi
ça ne te gêne pas
ta mère non plus
Germaine vient
pour ne pas être seule
son homme est au café
son homme communiste
son homme aux yeux
comme un étang
(...)
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Un autre titre de Clara Regy est également paru ces derniers mois et il s’agit d’ Adelino / Journal de Mars , aux Editions du Petit Rameur. Il a été écrit lors d’une résidence d’écriture chez Alain Crozier, dans son village, La Clayette. Le livre est de petit format, de 21 pages. C’est un livre de rencontres avec les gens mais aussi avec les lieux. La première rencontre se produit au cimetière : « Adelino T. / rencontré au cimetière / ses sourcils en accents circonflexes / ne protège pas la tristesse de ses yeux ». Suit la rencontre d’une fillette qui achète des bonbons, puis un homme au coin du bar qui « boit sa honte et me fait mal aussi » et d’autres rencontres où l’on perçoit la sensibilité de Clara Regy envers les gens. Une rencontre particulière : « j’ai vu une auto / ses entrailles à l’air » et pour évoquer ceux qui y sont morts : « les coccinelles défraichies sur le mur (...) quel âge combien de points / quelques tâches seulement ». Adelino reste dans la lignée des dames et montre à quel point Clara Regy est sensible aux gestes, aux petites vies... Mais aussi aux lieux, à ce qu’ils enferment.
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l’histoire d’un homme au cheveux roux
qui se voulait devenir blond
pour cacher ses premières neiges
l’histoire d’un homme au chapeau
pour cacher sa rousseur
c’est drôle
l’homme et le chapeau sont absents
mais dans les rires
il y a tout l’amour
d’une longue femme
feuillue
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Tout peut commencer à trembler, Lucien Noullez, Revue Nunc | Editions de Corlevour
Lucien Noullez avant de commencer un poème, de nous amener dans le cœur de son livre, commence par tout ranger. Il range son cahier, ses torchons, sa vaisselle... car ainsi « les mouettes bien alignées dans (s)a tête ». Cela nous met en condition car Tout peut commencer à trembler. Le titre du livre, nous amène au centre d’une écriture où poésie et quotidien cheminent ensemble, où l’émotion est au service du poème, où la poésie est sensible. Continuons, car une fois que tout est rangé, il faut se mettre au travail, écrire. Il faut être en condition car pour Lucien Noullez la poésie c’est laisser trembler les choses lentement. Voici une définition de la poésie qui me rencontre en tant que lectrice et qui invite à vibrer. Dans un même poème, Lucien Noullez est à même de nous conduire dans différentes directions et ceci avec une finesse et une profondeur particulières. On a l’impression qu’il veut prendre le monde dans ses bras et éviter ainsi que la vie de chacun soit « bousillée ». On perçoit aussi la lignée, la transmission des ancêtres, autant de par leur récits versés des uns aux autres que par leurs morts. Tout ceci n’oublie pas d’être tendre :
« Je voudrais peigner les récits de mes grand-mères / et je voudrais encore aussi / peigner leurs cheveux blancs »
« Je ne suis pas doué pour le poème / mais je grimpe parfois,/ je lutte contre un ange / et je cherche à trouer ».
« Lorsque j’écris, je n’écris pas / mais un poème peut tomber / dans mon oreille ».
Lucien Noullez, aussi humble soit-il, traverse le lecteur, le rencontre. Il vit l’écriture comme un tremblement, une vibration, un souffle. Cela, il le communique à son lecteur qui est alors en mesure de faire de même. Il évoque également la présence du divin, de Dieu qui semble jouer avec lui :
« chaque fois que je trouve Dieu / il s’efface / et chaque fois que Dieu s’efface, j’apparais ».
Et Dieu côtoie ainsi des questions qui pourraient être sans grande importance mais qui pourtant trouvent résonance et pourraient continuer un chemin chez les lecteurs... Par exemple, je pense à celle-ci « Vous faites quoi, quand vous ne faites rien ? » C’est cela Lucien Noullez. Tout vient nous cueillir. Avec une force plus ou moins grande. Avec intensité parfois.
« Vous alliez raconter quelque chose qui vous regardait. / Elle vous regardait avec intensité. »
Les poèmes s’écrivent, traversés par des choses qui les regardent, questionnés par le mystère de l’existence, du temps, cette révélation de vivre puis de mourir.
« J’ai besoin de comprendre un peu / comment on passe d’une minute à une autre / minute et comment ça se fait, qu’après quelques / minutes on meurt, et pourquoi tout cela / continue dans l’impeccable / alors que franchement, c’est flou »
Il est touchant Lucien Noullez quand il ajoute que « ce sont des questions de gamin ». Mais pourtant des questions que nous ne parvenons jamais à résoudre, auxquelles l’adulte ne donne jamais une réponse satisfaisante à l’enfant. Toute notre vie, nous tentons d’y trouver une explication. Lucien, ce vieux gamin, renverse la question.
Lire Lucien Noullez, c’est accepter une invitation à aimer le monde, à apprécier chaque seconde de la vie car « la vie ne ressemble à rien d’autre / qu’à la vie ». Le poète nous verse du tendre et des souvenirs d’enfance. De l’amour vers la figure paternelle : « je t’aimais bien, papa », de l’amour vers la figure maternelle, à se souvenir de ses gestes. C’est un poète qui écrit avec son temps et ce qui l’entoure. Une feuille qui tombe. Le petit piano dans le salon. Mais qui se tient aussi au fait de l’actualité en affirmant : « elle ne me construira pas plus ». Lucien Noullez nous touche et nous surprend, par exemple en mangeant une salade dans laquelle il a trouvé des morceaux de papier. Tout ceci pour nous communiquer de la joie. De la joie de vivre. Même si l’homme est petit dans l’univers, qu’il est à peu près rien selon le poète, « cet à peu près rien / écoute les oiseaux ». Ainsi, accorder une conscience à de petites choses permet cela : être en joie. Lucien Noullez l’écrit si bien. Une poésie pure coule dans ces mots, comme « un poème pas compliqué ». Ce livre est magnifique et Tout peut commencer à trembler quand vous l’aurez lu.
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J’aimerais bien penser : pourquoi
on naît, pourquoi on meurt et
pourquoi pas, mais je m’y prends très mal :
pourquoi on aime ? Pourquoi on
n’aime plus ?
Ce sont des questions de gamin.
J’aimerais bien être un gamin,
un gamin qui renverse les questions.
Un gamin dans l’herbe, c’est vert
et c’est beau,
c’est petit.
J’aimerais revenir au petit gamin triste
qui trouvait toujours plus petit que lui,
dans la pelouse.
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Origine Horizon, Stanislas Cazeneuve, La Crypte
Stanislas Cazeneuve invite à relier deux dimensions Origine et Horizon. Deux chemins de l’être de la naissance à ce qui se tient devant, la vie. Origine Horizon, deux mots aux sonorités semblables, deux mots qui se superposent. L’Origine, comme un retour, ici vers la mère et la naissance entourées d’ombre. L’Horizon, comme un aller, une invitation à regarder plus loin. L’Aurore ne figure pas dans le titre mais avec sa sonorité est proche d’ Origine et d’Horizon et occupe une place importante dans le recueil.
L’écriture de Stanislas Cazeneuve est juste. Les mots pesés. Pas un de trop. Il alterne proses de quelques lignes et quelques vers brefs, trois ou quatre, guère plus. Economie des mots pour dire un « non-lieu des mots ». Sa poésie, dans une langue belle et sensible, vient forer une souffrance enfouie et peut-être aussi le rien. Sous-jacent, on entend le silence et sa clarté rompue par les mots.
Ce livre est celui d’une quête de l’origine, à la recherche d’une vérité. Cela revient avec insistance. Se répète pour ne pas effacer « l’absence et la présence » d’une mère que le poète n’aurait pas ou peu connue. Dont le souvenir tend à s’effacer.
« Entre l’air et l’invisible, il y a ce qui me reste de toi. Et qui s’éclipsera encore ».
« Ma mémoire s’éloigne de là où je pars »
« Les traits de ma mère s’effacent un peu ».
« Je ressens la cassure de l’eau »
J’aime chez Stanislas Cazeneuve l’observation des arbres, des gouttes de rosées, de la lumière, des premières lueurs de l’aube. Ainsi relié à la nature, apparaît la possibilité de se rapprocher de sa mère dont on comprend qu’elle est trop tôt disparue, peut-être en donnant naissance. Une mère qui a laissé un voile autour d’elle, tout autant qu’une aura. Elle est présente partout. Dans l’air, dans le ciel, dans un arbre mort au sein duquel figure la lumière. L’image de la mère puisée dans le paysage. Elle est disparue, mais elle est présente, semble même renaître dans l’eau. L’air « est un corps maternel ». Une « lumière morte sur mes mains ». Tout un processus de naître, mourir et renaître, à l’image du cycle de la nature et des saisons. Stanislas Cazeneuve par la magie de l’écriture permet cela. Le vivre ainsi, permet de poursuivre, d’aimer vivre, c’est « l’origine qui tend vers l’avenir ». En puisant dans ce discours intérieur de l’enfance, en s’en faisant une armature, écrire, vivre l’horizon.
« Je donne vie à tout ce que j’écris. J’apprends à ne pas déserter mon visage. A me convaincre de ma présence. »
« Je sers Homère dans mes bras. Homme et mère. »
« Le passé et l’horizon ne se mesurent pas. » et « vient la joie de vivre ».
Ecrire et vivre habitent Stanislas Cazeneuve. La joie, la vie, prennent de la hauteur sur le silence et la mort. Devenir, être, tout cela est en chemin. Comme s’il s’agissait de « rendre à la vie sa valeur d’évidence ». La vie est cet « horizon qui donne d’autres lumières. » Comment ne pas vous recommander chaleureusement de lire ce livre ?
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Ces arbres morts portent la lumière. Ligne de crête. Aurore et horizon. Les premières couleurs du jour sont des pensées de Prométhée. Pour le bonheur des hommes. Sur la terre. Dans les plis de la rosée. Une offrande de grandeur. Presqu’une acclamation. Légère. Une intimité avec le vide. Qui se perd. Dans le péril de la nature. Mon regard est un paysage pour ces arbres. Si l’œil est une source du mystère. Il se voit aussi disparaître.
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Propositions, Jacques Goorma, Collection Jour & Nuit, Les Lieux-Dits
90 propositions autour du poème et de la langue. 90 propositions de peu de mots. « Comme il y a / peu de mots // peut-être / les lira-t-on ». 90 propositions pour donner une vision de la poésie. 90 propositions construites de la même manière, sur le rythme 2 // 2. 90 propositions pour vous faire entendre le silence, l’air, la parole, les oiseaux, les voix, les visages, le ciel, la pluie, le vide, la joie. Un univers à explorer, celui de Jacques Goorma. Le lecteur n’éprouve aucune difficulté pour y entrer et est saisi par l’évidence de vers fulgurants. Par exemple, lisez ceci : « les mots ? /des mains // pour toucher / l’invisible »
Seulement sept mots, d’une telle concision et justesse, je ne peux qu’applaudir. Peut-être se poser la question de savoir si ce sont les mots ou le nécessaire silence qui nous retiennent à la lecture. Cet autre passage : « il est bon / de se taire // quand le silence / nous écoute ». Ainsi ce secret du mot, qui « rend le mystère / sensible ». Ces mots qui rapprochent « l’espace entre les corps ». Ce n’est que bonheur de lire ce livre où « le poème / est nuage // momentanément / arrête ». Vous attendez quoi pour lire Propositions de Jacques Goorma ?
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en marchant je respire
j’avance devant moi
en respirant je marche
j’avance dedans moi
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Bonheur. Un livre entier consacré au chant du rouge-gorge. Ce chant que l’auteur remarque et écoute chaque matin. L’oiseau « invisible presque toujours ». Au début, l’auteur ne sait pas à qui appartient ce chant. Et quand il le découvre, se met à l’attendre chaque jour et à écrire ces notes. « Tenter de décrire ce qui avait lieu ». Le chant du rouge -gorge n’en est pas vraiment un. L’oiseau lance des notes entrecoupées de silences. Ecouter cette voix qui entre dans le silence pour l’habiter. Ecouter le rouge-gorge, ce petit porteur de flamme qui veille pour nous. Puis laisser résonner sa voix en soi dans le silence qui suit. Un silence dans lequel l’oiseau semble attendre une réponse. et « cela, venu sans être attendu » et cela est « une petite passerelle vers le silence ».
« Entre les phrases suspendues, brisées d’un coup parfois, une place est faite à ce qui écoute, une invite est lancée. »
Ecrire sur le chant du rouge-gorge est également le point de départ d’une quête pour Didier Jourdren : « parvenir à un peu de clarté ». Que cette clarté soit faite sur ce chant mais surtout sur notre présence au monde. Le rouge-gorge, ce voisin qui chaque jour reprend sa place et « tent(e) d’élever la voix, nous convaincre, pour accompagner le jour, remettre en ordre, préparer ce qui va venir (...) »
Appréhender « le fait d’être vivant, dans un monde pour une bonne part obscur, et si souvent désespérant, en compagnie des êtres que l’on aime, au milieu de tous ceux que l’on ne connaîtra jamais. On réapprend tout cela, on retrouve place et souffle (...) »
Ecouter le rouge-gorge et prendre conscience de cela : être là. « Ecouter, accueillir » et se laisser habiter, « conduit par un élan que l’on ne comprend pas ». « Peut-être faudrait-il accueillir tout être, toute chose avec la même attention, la même ferveur, le même abandon, renoncer à toute emprise. » Puis « reconnaître le rouge-gorge en chaque être ».
Je cite, je cite l’auteur, mais comment écrire mieux que lui-même l’essence profonde de ce livre. Didier Jourdren nous invite à cette écoute attentive. Cela est une façon d’habiter le monde et de se laisser habiter par lui. Il ne s’agit pas de s’enfermer dans un monde mais de se « remettre au monde ». Car « on devine qu’en chaque être, derrière les paroles, les mouvements, le souffle, s’élève un chant, la respiration tremblante, ténue, de la vie. » Aller vers « une autre façon de percevoir, d’être, de respirer, de parler plus attentive, plus accueillante, plus humble », afin que « la frontière entre dehors et dedans s’estompe peu à peu ».
Au fil de la lecture, le lecteur a envie d’aller à l’écoute de l’oiseau et du monde pour laisser les choses se dénouer peu à peu, pour laisser la joie d’exister envahir le corps. A la fois journal et quête, notes qui vibrent et amènent à écouter en soi. D’ailleurs « ce n’est pas le rouge-gorge qui m’interroge : c’est d’avoir, sans rien décidé, écouté en moi, de plus en plus, de plus en plus loin ». Est-ce que cela vous permet de réfléchir, de méditer ? Pour ma part, ce livre m’a accompagnée les matins où je suis allée marcher et que j’ai remarqué que toujours dans le même arbre un oiseau chantait. Au départ, je ne savais pas qui était cet oiseau. Puis je l’ai vu, le rouge-gorge, tous les matins sur la même branche, semblant attendre qu’un passant viennent à l’écoute, de ses notes comme de ses silences. Aussi, voici quelques phrases de Didier Jourdren que j’ai notées car elles ont trouvé silence et résonance en moi.