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L’espère-lurette, chronique po&ique, par Jean Palomba (juillet 2016)

samedi 2 juillet 2016, par Roselyne Sibille

Les Poèmes d’amour de Marichiko / Kenneth Rexroth  ; traduit de l’anglais par Joël Cornuault (éditions Po&Psy)

Voici un petit livre crème présenté dans son fourreau violine ainsi qu’une missive d’amour mise au secret. Les partis pris de la collection Po&Psy -comme on le sait ou bien l’ignore- sont placés sous le signe de Freud et Rilke. Où l’on comprend que chez Po&Psy, on dispense la poésie pour la santé des corps et des âmes, et quel plus beau souci que celui du soin par le poème !

Venons-en justement aux poèmes. Ils sont ici au nombre de 60 : à la fois crus, délicats, exaltés... et pour tout dire exsangues et lumineux, comme peuvent l’être les chairs et les yeux des amants sous extase. Plusieurs mystères sont actifs dans l’alcool fort de ces 60 flacons :

- réversibilité et polyglossie

Prenez l’opus à l’endroit, et vous lirez françois, tandis que le retournant, vous aborderez l’œuvre par son versant anglais ... et vice et vers soi.
Inscrits sur d’imperceptibles pages dites à l’italienne, ces vers modernes sont comme parfumés aux haïku ou classiques tanka. Et leurs effluves japonais imprègnent vos narines françaises depuis une transcription olfactive américaine, celle-là même concoctée par le nez suprême que fut Kenneth Rexworth.

- le temps court et concentré des amours de saison

Au rythme traditionnel des saisons – perceptibles au gré de ces poèmes-lettres, brille le diamant noir d’amours secrètes bientôt jetées au puits. La charge érotique du lien est une gemme dont le rayon est aussi puissant que les ébats sublimés qui éblouissent les écrits des surréalistes historiques. A la lecture, peut également survenir la tragique émanation des vers de Ferré quand il chante « Qui donc réparera l’âme des amants tristes, qui donc ? »

- Imbrication des concordances, affinités médusantes et points d’interrogation

Amour surréel, Japon moderniste, Beat Generation... autant d’échos divulgués dans ce concentré poétique sobrement transcrit par un des esprits majeurs de la Renaissance de San Francisco, vadrouilleur érudit sous l’impérieux soleil du levant.
Enfin, mystère obscurci : les notes révélées par Rexroth, en habit de traducteur zélé, n’en apprennent pas plus sur la vie de la poétesse épistolière Marichiko que sur l’identité de son implacable destinataire...

C’est pourquoi, vous l’aurez compris, le plus surprenant reste à découvrir. C’est dire si l’on vous invite à goûter aux prodiges de cette petite suite de versets liés dont voici un extrait des plus évocateurs :

XV
Puisque je rêve
De toi toutes les nuits,
Mes jours solitaires
Ne sont que rêves.


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