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Je n’ai d’autre désir, Bernard Perroy, par Marie-Hélène Prouteau

jeudi 5 octobre 2017, par Cécile Guivarch

Je n’ai d’autre désir , Bernard Perroy, Editions Al Manar, 2017, 57 pages.

D’où vient que ce recueil Je n’ai d’autre désir du poète Bernard Perroy et du peintre algérien Rachid Koraïchi me donne l’impression de me trouver sous la voûte de plein cintre d’une église romane ? Tout y est simple et épuré comme l’arc de pierre qui s’élève à la verticale au-dessus des turbulences et des tollés du monde.

Ces vers et ces encres de Chine, on les goûte non comme de la pâte de papier noircie de mots et de dessins mais comme un choral de Jean-Sébastien Bach qui s’élève sous cette voûte à travers les épaisseurs du temps. Plénitude et lumière de ces mots. Simplicité des motifs géométriques, en particulier les palmes et les croissants. « Nuit de palmes, encore ».

Il y a celui qui dessine, il y a celui qui écrit. À chaque page, un double chemin de signes. Pour une même expérience spirituelle, mystique peut-être. Trois parties, qu’accompagnent sur le seuil les citations de Salah Stétié, André Chédid, Thérèse de Lisieux. En ces poèmes de deux à quatre vers, nous cheminons depuis la nuit vers le jour. Dans la nuit où se joue « un besoin d’autre chose », ce sera le sentiment d’une présence, divine peut-être, comme le laisse à penser la majuscule parfois de mise.

Il est question ici de larmes, de soupirs, de drames, de décombres, de monde en bataille. L’ambivalence, l’incomplétude de toute vie sont là, le monde n’est pas effacé, ni ses douleurs. Mais le bruit discontinu de la vie nous arrive, feutré dans une grande resserre de silence. La rencontre de l’autre, geste, regard, sourire a été décisive. Au terme du recueil, l’espace se dilate, s’élargissant :

« aux exilés de tous les bords
Une mer pour des pays en guerre »

La lucidité est de mise : « Je sais comment le vertige
paralyse et nous plonge
en abyme de nuit ».
Mais, malgré tout ce qui entrave, une force intérieure est à l’œuvre. Le moment se fait revigorant, tourné vers un élan qui nous dépasse.

« quelque part,
on ne sait trop comment,
une lampe ne peut mourir,
ce quelque chose en nous »

Il importe que « ce quelque chose en nous » reste innommé – est-ce Dieu, est-ce le sentiment océanique ou le principe espérance ? C’est peut-être dans ce qui reste en creux, en absence que chaque lecteur peut lui donner sens. Comme sous une antique voûte où vibre infiniment la voix de Jean-Sébastien Bach.

Marie-Hélène Prouteau


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