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Hep ! Lectures fraîches ! Juin 2026

lundi 31 mai 2010, par Cécile Guivarch

 
Les cartes postales, Valérie Canat de Chizy, Jacques André éditeur

Ce nouveau recueil de Valérie Canat de Chizy est construit comme une collection de cartes postales poétiques. Le lecteur y découvre une diversité de lieux où la poète s’est rendue. Des maisons, des terrains, des jardins, des lieux où elle s’est sentie un temps de vacance, des endroits où se relier, se sentir bien. Une écriture à la fois sobre et très visuelle où l’émotion circule. Les moments sont comme capturés avec un appareil photo mais vont au-delà de l’image car cette poésie est sensorielle, rassemble le toucher, l’odorat et la vue. On ressent dans l’écriture de Valérie Canat de Chizy une force secrète et aussi des pensées douloureuses. Cela évoque la fragilité du coquelicot qui pourtant résiste à tous les vents. L’écriture exprime le besoin d’avoir un intérieur à soi, un cocon dans lequel se protéger, se raccorder et aussi le désir de se retrouver avec les autres, de se sentir entourée. De manière générale, il y a le sentiment que la nature apaise lorsque la peur du regard des autres et l’incompréhension des interactions sociales deviennent envahissantes. Ce qui touche par-dessus tout c’est un sentiment de solitude quand il est question d’être en permanence entourée de beauté, de petites attentions, de liens d’amitiés. Chaque poème est une carte postale et traduit une émotion. Valérie Canat de Chizy, par petites touches, maitrise l’art de la captation, relève ce qui touche dans une relation, une situation, un lieu particulier, sans oublier plus globalement le monde dans lequel nous évoluons, guerre, virus… Ecrire pour Valérie Canat de Chizy est une façon d’être au monde et d’être en lien.

tout est tellement beau
vibrant et douloureux
la vie déversée à flots
l’absence les blessures
parfois je fais comme
le chat je lèches mes
plaies à l’abri des
regards avec l’étrange
sentiment d’être seule
mais hier j’ai dansé
mon corps s’est mis
en mouvemnt des
ouvertures se sont
fait jour des petites
fenêtres l’air est
entré à l’intérieur
a circulé les planètes
multicolores ont
tourbillonné c’était
émouvant toutes
ces sensations ces
cellules qui dansaient

 
ça sent le ciel, Fabrice Caravaca, la Crypte

ça sent le ciel commence par l’image très lumineuse des mains dans la cendre. Cette cendre dépose une pellicule sur les souvenirs. Une pellicule comme une référence à la photographie, quelque chose que l’on souhaite garder en mémoire. Les mains qui fouillent, cherchent ce qui a existé, ce qui n’existe plus et ce qui demeure encore. L’écriture de Fabrice Caravaca recompose à partir des cendres, des mains, des bras, un corps, une âme, un enfant. La prose réconcilie le jour et la nuit, réunit ce qui fut, ce qui n’est plus, ce qui se répète. Des hommes et des femmes laissent des traces de partout (…) Puis les hommes et les femmes s’évaporent. Ce livre dit l’universel et traverse les époques. Cette écriture, avec et par le corps, explore les sensations, la musique et la langue. L’enfant est une jointure entre la vie et le ciel, il relie les générations entre elles. Il observe le monde et sait le mettre à distance, grâce à son imaginaire. Il trie les cendres, avec amour, et porte en lui toutes les voix disparues, y compris celles des oiseaux et des animaux. L’enfant porte en lui les histoires des hommes et des femmes des mondes anciens et des mondes perdus. Toutes ces voix le bercent. ça sent le ciel est une ode à l’enfance, sa lumières, sa respiration. L’enfant au milieu des grandes désolations, vit dans l’enchantement de la beauté des choses. Vient un moment où les hommes et les femmes oublient l’enfant et marchent pour s’enfuir d’eux-mêmes avant de tomber dans les décombres. L’âme de l’enfant devient alors lourde avec le poids des morts.

L’enfant pense : « Ça sent le ciel ». Et l’enfant ne saurait exprimer de plus belle manière l’odeur des ruines et des êtres perdus. Ni cela pue ni cela ne pue pas ; ça sent le ciel. C’est ce que pense l’enfant. C’est aussi ce que dit l’enfant. C’est ainsi dans la tête de l’enfant, dans la bouche de l’enfant puis dans la bouche du monde.

 
Abandons, Hortense Raynal, la Crypte

Hortense Raynal créé sa propre grammaire, une langue de campagne, pas toujours rabotée mais qui fonctionne. Dans Abandons, le présent, le passé, les générations qui passent, les pertes, les abandons, les histoires de famille. L’emprise de la mémoire en proie au silence. Une langue qui remue comme ça remue. Bien sûr il est question d’abandons, de ceux qui bouleversent une vie et les suivantes. Les blessures qu’on a enfouies et qu’il faudrait déterrer. Dans la lignée de Caravaca, mais avec une écriture de campagne. Peut-être sur les traces d’un James Sacré pour ce qui est de réunir les vivants et les morts dans la ruralité.

j’ai pas bugé le feu jusqu’à
ce que tu dises
que c’était buger que je faisais
quand on dit le mot ça dit le geste ?
j’ai fleuri entre les pierres de la cave
ou celles des deux escaliers en face le garage
le hangar la grange et l’étable
et les clapiers abrités
ça fait beaucoup de toits à part celui de la maison

  • de toute façon la campagne c’est beaucoup de toits –
    la campagne c’est pas un mot que j’aime je l’abandonne
    j’y vais :
    j’ai le feu à buger

Cécile Guivarch


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