Je suis née en janvier 1957. C’était l’hiver la guerre l’Algérie. mon père était militaire. avec tous les déménagements qui s’imposent et rien de vraiment différent. quelque chose comme un vase clos. un monde séparé « du monde ».
Jusqu’à 77 l’âge punk et devenir éducatrice PJJ puis enseignante spécialisée en SEGPA.
Jusqu’à 92 « la » rencontre amoureuse. Quitter paris et sa banlieue. Faire une pause. Poser ses valises dans les Alpes de Haute-Provence. D’abord un village. devenir formatrice pour adultes « en situation d’illettrisme ». ou dits « exclus » puis formatrice en atelier d’écriture.
1998. quitter le travail « extérieur ». venir habiter une ancienne bergerie isolée en lisière de forêt et à flanc de petites montagnes. En retrait. Au cœur. Planter des arbres. vivre avec une tribu animale.
co-créer avec ma compagne Mireille Irvoas l’association « terres d’encre ». se consacrer au processus de la venue de l’écriture et à son accompagnement chez les autres. Ateliers, stages de création littéraire, stages de marche-écriture et présence en paysage, formations (éducation spécialisée, psychiatrie), voyages géopoétiques, rencontres de poésie contemporaine (« les Petits Toits du Monde »). Plus de séparation entre le temps du travail et le temps du vivre.
Depuis 2014 je commence à donner plus de place à mon propre cheminement d’écrire.
Michel Foissier de Propos2éditions m’a fait confiance de suite et a publié mes quatre premiers livres. L’équipe des éditions isabelle sauvage m’a offert l’opportunité d’une résidence longue qui a donné lieu à la publication du livre cinq.
Je dois beaucoup à ces éditeurs – là - à leur travail « impeccable ». et généreux.
Entretien avec Frédérique de Carvalho
Extraits de (journal du) cheminement parmi, propos2éditions, 2014
l’horizon est bouclé
tout se répète semble et
différenttoutes les lignes de mire sont des lignes de
flottaisonet la pâleur extrême est-ce
du temps qui passe un peu de neige aux
yeuxles gris de l’albatros
*
le 6 septembre
ce matin le soleil glisse dans les ruelles
par grands traits d’ocre sur les pierres avec le
bourdonnement de l’arrière-saison dans
les fleurs des terrassesdes conversations d’oiseaux
un peu d’air doux passe
la table les dessins les peintures les sculptures
quelques fragments du monde
la beauté simple de ce qui est
de la fenêtre de la chambre aux dessins
des brumes floutent la montagne de Lure j’aime
qu’elle soit là
en demie teinteje connais quelques cerfs et chevreuils et biches et
des arbres et des roches et des ruisseaux d’orage et
des sources et
des sentes que je suis les traces bêtes avec
le cœur qui batPascale s’est installée au tour de potier
l’argile l’eau les mains le
rythme puis
la formeMartine en ce moment écrit
des textes qu’elle efface en partie quand
elle fait
le dessinj’aime ce qui se fait
avant je n’aimais que ce qui se rêve
Extraits de Déménager l’enfance, propos2éditions, 2017
une série de cravates pendouille à la porte de l’armoire
il faut choisir celle qu’ira dessous la terre on
décide une soie grise
on a des gestes qu’on ne sait pas
on va et on rapporte dans la maison une valise vide
ça creuse le dedans
*
un enfant à genoux d’aucune prière
enterre un oiseau qu’on aura abattu ou bien serait tombé
ou bien mal envolé
un enfant à genou répare l’irréparable et
c’est comme un murmure une
mélancolie posée dessous la terre
doucement et
sans larmes
il y a dans le ciel un partage des eaux
une ligne brisée qui
enfante la terre
Extraits de 3 montagnes & 2 océans, propos2éditions, 2018
un ciel entier nous passe par
la tête tu
fais des
ricochets
tu
laisses passer
le ciel
on marche dans l’efface qui
revient dans
l’avanton dit l’enfance mais
ce n’est pas l’enfance
c’est l’étale d’avant le retour de
la vague
un hibou suspendu entre la nuit le jour
accompagne
tu niches en creux
*
il fait si beau dehors que ça rentre
dedans c’est par tous les pores c’est jusqu’à la
cellule (dedans
dehors)
l’ange et
la lumière tous les
démons de
soi
on tire un peu la barque sur
le rivage mais
à peine de peur que
disparaisse ou que
s’éteigne le
flambeau
Extraits de Nous revient, propos2éditions, 2020
ceux d’ici le savent bien que les corps
reviennent quand le vent est
tombé
ils disent c’est le courant les corps reviennent
au port
ils disent c’est dommage les jeunes corps
défaits
je ne jette pas la pierrec’est fou ce qu’il faut de soleils
pour allumer le jour
ce qu’il faut de soleils pour
ramener
les corps dans le chaud de
la grève
bien à l’abri de toutdes étoiles endormies
je donnerai les corps pour ce rai
de lumière ce soleil
impromptupour
ce retour en avant dans le grand champ
blanc
on aurait dit des ailes qui
n’avaient pas
brûlé
comme on dit que l’on aime dans la nuit
des oiseaux et que c’est
un mystère
*
on écrivait des mots à l’envers
des murs il n’y avait
que nous
pour lire notre langue
comment dire autrement et que ce soit
la nôtre
et nos mains s’attardaient
dans le creux chaud
des ventres
on aimait simplement comme on dit que
l’on rêve
nous étions confondus
Nous maintenant revient où sont passés
les corps
le chapelet des coquillages la pupille
dilatée les longues nuits
d’absence on amarrait
dans un grenier nos matelas la mousse le
désordre des corps tout le sel
des larmes
emmêlées tu souriais
si loinje ne sais aujourd’hui de quel miracle
nous étions(...)
Extraits de barque pierre, éditions isabelle sauvage, 2020
il faut déplacer la honte qui laboure partout le
cœur tout le corps partout qui laboure il faut lever
le rouge aux joues cesser de sursauter au moindre
pas qui vient et soutenir le regardelle dit elle dit la mère démontée toute sa vie à
démonter la
mère
et rien d’autre
pouvoir
faireelle dit c’est une histoire parmi les
histoires celle-là comme
une autreelle dit les volets clos les deux tours au verrou de
la porte le village dehors et le
silence
qui tombele ciel n’est plus à sa place
qu’en est-il du désir
qu’en est-il du trou dans la mémoire
qu’en est-il du silence avalé avec le lait chaud des
des matins
qu’en est-il des deux visages de la déesse et de
l’imprévisibleelle dit maintenant c’est un ciel comme
tous les ciels
à peu près
toujours le ciel se déchire
toujours et le temps
passe il reste un pli
une vague mal
dessinée
c’est peut-être la lignebrisée de l’écriture
Bibliographie
- Des aubes et des aubes, livre d’artiste avec Thierry Le Saëc, La Canopée, 2011
- Julien, livre d’artiste avec Jacqueline Merville, collection Le Vent refuse, 2013
- (journal du) cheminement parmi, propos2éditions, 2014
- poésie, midrash : points (rouge), ouvrage collectif, Fidel AnthelmeX, 2015
- Paysage première, Approche, textes nus, 2015
- Déménager l’enfance, propos2éditions, 2016
- Un peu de montagne tombée, livre d’artiste avec Odile Fix, 2017
- 3 Montagnes & 2 océans, propos2éditions, 2018
- La part nue, avec Marthe Omé, éditions du Frau, 2020
- Nous revient, propos2éditions, 2020
- Barque pierre, éditions Isabelle Sauvage, 2020
Quelques textes parus dans les revues : Dans la lune, Triages, Neige d’août, La Canopée

