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Corinne Le Lepvrier

dimanche 4 mai 2025, par Cécile Guivarch

 
Corinne Le Lepvrier, poétesse penchant par /vers le fragment et l’intime. Née un
jour d’été trop tôt, partie, revenue en Finistère, sans relâche sur le point d’un départ.
A étudié seule durant de longues nuits. Parce que la poésie, elle abandonne sa thèse
de doctorat en Sciences de l’Education.
Depuis à se perdre et s’y retrouver, elle croise la matière autobiographique ; l’autre e(s)t soi jusqu’à l’humanité (qui vient).
Le plus souvent elle dit que c’est contre le tout venant de la parole qu’elle (s)’écrit. Que ça vient et tend vers sans tout à fait, mais on ne peut pas non plus dire jamais ; quelque chose avancerait infime, intime parmi et selon la vie. Puis ajoute qu’à chaque fois elle a sa manière-matière d’entrer dans le texte, de réinventer un angle d’attaque ; est-ce la guerre ? Possible. Et poursuit : dans une langue affectée, « affective » (que j’aimerais tant affectueuse) j’échafaude en fragments où je m’arrange (comme remettre ma main dans mes cheveux) lignes, bandeaux, blanc ; une forme adoptée provisoire peut-être (tel l’animal de compagnie avec lequel je vais jusqu’à dormir). Entre isolement du fragment, préoccupations des emplacements et narrations (d’une manière ou d’une autre au fur et à mesure) fabriquer du continu. J’imagine que c’est de mon tout venant du cœur que j’écris/publie ; là aussi je reste incertaine.
Avec certitude elle aime les voix graves des femmes.
Aussi par le collage, la photographie, la réalisation de pièces sonores (Ecrits/studio) et de vidéo-poèmes, projets électro-acoustiques avec des musiciens, remix, elle lit, écrit, intervient et poursuit sourire.

 
Extrait de Pourquoi la vie est si belle (avec Néo et un peu d’oiseaux pour aider), éd Lanskine (2013)

Je ne prétends pas que tu es devenu un oiseau, je dis juste que je suis au courant que maman sillonne dans les parages ; (ce qui revient au même).
La baie vitrée est grande ouverte : Claudie entre, elle a préparé la macédoine de légumes et le rôti de veau à la crème et les pruneaux à la chantilly, tu la trouves belle avec ses cheveux coupés plus courts, tu lui dis choux ! viens t’asseoir, viens regarder, c’est fantastique ; elle te dit j’arrive.
Je m’en vais d’où je viens fabriquer le récit qui me fonde : les conditions sont réunies : vous ; (vous relier, l’écrire, accomplir le rêve de l’enfant calme).
Néo : maman, est-ce que tu m’aimais déjà même quand j’existais pas encore ?
Maman, papa aussi est mort.

 
Extrait de Compte de femmes, éd Approches (2015), réédition Unicité (2021)

Dans le même temps mère de la mère de sa mère
la petite femme aux grands yeux incolores devant les yeux
déjà aussi menue qu’elle deviendrait
arbora étala de sa chevelure et de ses veines-peaux fines argentées
la durée de toute (petite) chose

Quant à celle amitié-complicité durant
c’est l’impasse vers le monde l’impossible en face ouvrant les yeux les larmes tête emplie (et frénésie peut-être) qu’elles bâtirent à même l’enfance
de ce que deux peuvent veulent ensemble jeunes guerrières
debout sans cheval

Parmi d’autres femmes qu’elle aima tout autant autrement quelques paysages-visages plus tard et ailleurs
celle dont elle nierait avoir désiré empoigner les seins frêles et prendre la bouche de chair-lilas entrelacer les jambes attacher les poignets la mélancolie

 
Extrait de Les allantes, éd la Renverse (2019)

nous n’étions pas en mesure de savoir comprendre ce qui nous arrivait vu d’ici de la terre maintenant quand on aime un effort d’attention impossible où ce ne serait aimer on ne peut pas dire ce qui se présente

que coïncident ce qui arrive et la projection que l’on s’en faisait et alors ce serait le monde réel mais on n’avait pas le temps car ça n’avait lieu qu’une seule fois un printemps un été un automne un hivers un amour un amant la mort des amants le travail d’amour les amours suivants c’était trop peu une seule fois peut-être on avait l’ailleurs à voir et encore une vie suffirait à peine pour rendre compte de la passion de la fièvre de l’eau noyée [quelque chose avait changé on l’a su après] orienter la déclamation le savoir l’éloquence un certain romantisme si l’on osait dire encore

 
Extrait de La petite distance, éd de l’Aigrette (2024)

| seule et à pieds des sandales de filles un peu trop serrées |
| sans trop se prononcer | trace | si possible caresse |
| à portée de |
| jusqu’à laisser venir | sauf à | quitte au désordre |
| altérité première | not me | suffisamment pour |i
| de la bouche des enfants la vérité on dit | rejouer |
| plus d’espace qu’un corps | n’en finit pas son corps |
| parce que | pas seules | que d’autres aussi | ça est autre chose |
| jusqu’au moment où pas sans lien avec |
| chercher à | rien que son bonheur |
| là où | n’a pas lieu d’être |
| prendre le couloir | passer par la vie | on peut toujours imaginer d’autres pièces |
| demeure approximative | creusée | des tr
| passe pas avant | pas après | c’est pendant | l
| serrée dans l’étau | en donner sa main à couper |
| quelque chose de placenta | de rétention | cordon | petits morceaux laissés |
| ne répond pas | ce qu’elles veulent vouloir dire | le doute que ce ne soit pas VRAIMENT TOUT DE SUITE | et le reste |
| à manquer | allons-nous | aimer |
| enchères | en chair de mots | oh chéris chéris | oh si voyantes |
| figurer la disparition A PEU PRES | s’évertuer | à qui cela revient-il | revient-elle ? |

 
Extrait du manuscrit inédit Toi (toute et) seule

toi toute seule tu te vis porte à s’ouvrir et se fermer sur quelque chose circule comme un reste de toi de part et d’autres

toi toute seule voit bien nous sommes en dedans-dehors de mondes entiers et d’hommes et de femmes dans le voisinage d’oiseaux aux alentours des penchants et des penchés des pensées

toi toute seule regarde, garde encore, garde et tu penses savoir qu’autre chose s’est passé s’est retiré qui ne se vit pas avec les yeux mais le temps des choses qui n’existe pas encore

toi toute seule porte un nom tu crois plus grand que ton corps surtout n’oublier aucune phrase

toi toute seule marcher maintenant courir de tes pas à pas ton voyage seule et à pied puisque tu t’en vas ne possède que deux jambes jusque juste toi

il n’est pas un temps un espace où les hommes et les femmes n’ont pas posé des pierres du jardin sur, sous, contre des pierres du jardin où les hommes et les femmes n’ont pas posé des mots les uns sur, sous, contre les autres

toi toute seule peut se dresser, se dresser encore, te redresser vers lui le monde sans larme ton corps et sourire entiers tu peux toi toute seule penser oublier et lui dire taire que tu tends vers lui ta parole

toi toute seule tout de même ta peur qu’un peu autre tu lui apparaisses où il t’éloigne le monde car ses nuidités ses rapaces et tes leurres tes alignements de poupées d’oreillers ta petite demeure nocturne

toi toute seule pour un peu un rien t’agite tremble parce que tu venais du jardin de la mer et que le soleil est aussi bleu que les nuages en pleurent

nous buvions l’eau de la fontaine du jardin entre nos mains les séchions secouant fort qu’elles frottent l’air le temps et puis quelques gouttes inattendues vers ceux qui disaient ne pas avoir soif (quand il ne pleut pas)

tout comme pierres et mots plus beaux dans l’eau il nous aura fallu des siècles et beaucoup d’eux

toi toute seule peut très bien l’incise, l’anaphore, insister l’insistance

 
Bibliographie
 
Poésie narrative et prose

  • Mes nuits au(x) lieu(x) d’être, Encres Vives, 2012
  • La femme elles je, Rafael de Surtis, 2012
  • Non plutôt deux fois qu’une, Asphodèle, 2013
  • Langues je viens, La Porte, 2013
  • Les multiples passages, Eclats d’encre, 2013
  • Suis-je ta femme seule bleue dans l’eau limpide, 36ème éd, 2013
  • Pourquoi la vie est si belle ? (avec Néo et un peu d’oiseaux -pour aider), finaliste du prix des Trouvères 2012, mention spéciale prix de la poésie de la ville du Touquet, Lanskine, 2013
  • Un brin mélancolique, La porte, 2014
  • Compte de femmes, Approches éditions, 2015
  • Dedans-dehors, 36ème éd, 2016
  • Une histoire très courte d’une fille qui avait une mère et voulait l’écrire, La porte, 2016
  • Comment dire ?, co-écrit avec J-C. Belleveaux, photographies de Corinne LL, La sirène étoilée, 2018
  • Les Allantes, co-écrit avec S. Eustache, photographies de Corinne LL, éd La renverse, 2019
  • Compte de femmes, réédition, encres de C-E. Charrier, éd Unicité, 2021
  • La petite distance, l’Aigrette, 2024

Livres d’artistes

  • Il ne suffit pas d’un tas de cendres pour faire un homme, peintures I. Marcelin, éd Le Frau, 2012
  • Somme toute un Ciel, dessins L. Raoul, éd du Pentamino, 2014
  • Langues je viens, création et peintures M. Riesenmey, 2019
  • Te (faire) sourires, loperello et gravures D. Péan LeRoux, 2020
  • des coquillages. je crois, création et peintures de M. Riesenmey, 2023

En anthologies et collections

  • Momento Nudo, anthologie 2013, L’arbre à paroles
  • 36 choses à faire avant de mourir, Pré-carré #éditeur, 2017
  • Anthologie 2018, Journal de mes paysages
  • Lettre au poète J’, coll. Poème du jour, L’atelier de l’agneau, 2018
  • Compter dans ta langue, poématon, Cie Chiloé, Maroc, 2020
  • Je devais m’y attendre ou quelque chose d’approchant, feuilleton-narration (de Thaïlande), Les Cosaques des frontières, 2020-2022
  • Vivant(es), anthologie 2021, Les aigrettes
  • Anthologie permanente, Jean-Yves Reuzeau pour le printemps des poètes, 2024
  • Dissection, interview, Dissonances, 2024
  • Contributions en revues, sites de littérature : Contre-allées, N4728, N47, Les Carnets d’Eucharis, Terre à ciel, Teste, Mange-monde, Phoenix, Recours au poème

Photographies et collages

  • L’impur, collages, carte blanche à une artiste, Dissonances, 2019
  • Machinations, collages, hors-série FMP, 2022
  • Prendre, trouble, photographies, tract poétique Radical(ices), Les pupilles vagabondes éditions, 2022
  • Photographies (et pièces sonores), festival Rencontres estivales de la Velouze, 2024

Pièces sonores

Scénarisation, lyrics and voice, albums –alias Corinne LL

  • (RE)commencer, suite électro-poétique, adaptation de La femme elles je, musicien C-E. Charrier, bandcamp, 2022
  • Les ailleurs se reconnaissent entre eux, duo électro-acoustique/voix parlée, William Van en Eynde, bandcamp, 2024

Participations à des compilations, remix, lyrics and voice, bandcamp Corinne LL

  • Cycles, Project Femmes by AEP Lab records Antonella label and various artists, 2023
  • (tu sais) (pas) (aimer) remix de « Toutes ces choses pour lesquelles il est maintenant trop tard » by Jordane Prestrot, 2023
  • Plis, remix de Eden by various artists, Foolishrecords label, 2024
  • Projet remix de “A world Reborn” by EYE LAB label and friends, 2025

Autres ; champs de la pédagogie

  • La recherche : un voyage, ou partir et revenir in : Se former par le recherche, L’Harmattan, coll. cognition et formation, 2002
  • Cible formateur, didacticiel de formation de formateurs, Éditions DVD Savoirs interactifs, coll. ressources humaines, 2000

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