Né en 1993, à Lyon. Poète, professeur de philosophie, chercheur rattaché à l’Institut
de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPHIL), membre associé du Laboratoire
de recherche interdisciplinaire MEMH (Middle-East Medical Humanities/
Université Saint-Joseph de Beyrouth).Principales publications :
- Le Matin des pierres (éditions La Rumeur libre, 2023) ;
- Ardeurs de l’idéalisme (codirigé avec François Danzé, éditions Cosmogone, 2023) ;
- Penser le monde, de Kant à aujourd’hui (codirigé avec Pamela Krause, éditions Kimé, 2023) ;
- Palingenesia. Une poétique de l’éternel retour (Kimé, 2024) ;
- Lettres (La Rumeur libre, 2025).
Extraits de Le Matin des pierres (La Rumeur libre éditions, 2023).votre père
dont le regard bleu seul vous importe
dans ce putride dimanche
veille à longueur de jour.
que dites-vous
sans fin ni attendu
dans vos dernières secousses
que dites-vous ?
nous allons jouir d’une pure présence comme un fromage d’Auvergne
abandonné sur la table
abandonné et frais ruisselant
nous luttons contre le silence
imbéciles que nous sommes
avec les moyens du bord de la rive et du ruisseau
trempés par les remous
nous sommes des noyés accomplis
nous avons toute la grâce du chien trempé
nous avons même l’odeur
dans la rue les gens nous confondent avec les chiens
pourtant nous avons de très beaux manteaux
on ramasse des vertèbres dans la forêt
et il se trouve qu’on rêve
c’est un chat mort c’est le chat
qui roulait aux pieds de Baudelaire
Charles notre ami
c’est grâce à lui que nous nous rencontrons ce sont les restes de son repas peut-être
pourquoi ramasser dans la forêt les restes d’un chat
si ce n’est pour convaincre que nous avons toutes
nos vertèbres
je surprenais un ami
qui comptait silencieux
les pièces de son jeuil n’en manquait pas
tous les os étaient là
j’entends l’ami compter
lentement ses vertèbresil s’assure que son dos est solide
encore vivant
Extraits de Lettres (La Rumeur libre éditions, 2025).Rien ne vous fera peur hormis la tempête,
Les orages, les nuages grimaçant dans le ciel,
Les étoiles de feu et les montagnes de brume,
Les sommets de neige et les pics de fournaise…
Rien ne vous fera peur hormis les jeux, le soleil, la nuit, le jour,
Les gens, les enfants, les vieux,
Le monde, les oiseaux, les cheveux coupés,
Le pain brûlant, les épices de feu, le démon,
Les rives de la mort et les sentiers perdus à jamais !…
Rien.
Vous mangerez vos doigts,
Vous rongerez vos ongles,
Vous suerez toute la sueur de vos nuits,
Vos combats d’amour à jamais perdus,
Vous rongerez le remords qui vous ronge,
Vous écartèlerez le démon qui vous mange,
Et vous gagnerez contre tout ce qui pouvait gagner !
Car vous allez vous lever, prendre mes os en poudre,
Prendre cette poudre dans votre paume,
Vous aurez peur du vent, de la tempête qui emportera les cendres
Loin de là où vous vouliez les jeter,
Vous aurez peur de la ronde qui pourra se défaire
Avant la fin de danse,
Vous aurez peur de la nuit,
Vous aurez peur des oiseaux qui picoreront la poudre entre vos doigts
Et videront vos mains,
Et creuseront vos paumes,
Vous aurez peur !
Et pourtant, vous aimerez, vous soufflerez,
Vous sentirez le bruit du monde se faire moins pesant,
Vous sentirez l’oubli disparaître,
Vous sentirez le pas du souvenir
Et vous m’entendrez vous dire :
Je vous aime.
Extraits de Ça dépend des jours (La Rumeur libre éditions, à paraître).la mie du pain encore chaude
le monde entier
dans cette chaleur
je ne me souviens de rien
le bouton rouge
on m’a dit :
si tu as peur, appuie
j’appuie tout le temps
un jour quelqu’un viendra et je cesserai d’appuyer
il sera doux tendre et gentil et prendra soin de moi
je l’accueillerai comme une confession, un rythme,
une nouvelle danse en moi, la chaleur, et tout l’été reviendra,
Je le sens.
On m’a dit :
ta fille viendra ce soir
j’ai souri
je me suis préparée
pour le bal
une chanson me traverse
ne me demande rien
elle passe et s’en va
je ne la retiens pasje sais que je pars avec elle
Je ne sais plus
Ce que j’ai mangé hier
Je ne sais plus
Qui a pu me dire je t’aime
Hier
Et Demain
Il y aura des framboises
Je n’attends rien.
Quelqu’un vient quand même poser une tasseLa lumière passe à travers moi
Je suis une vitre mal lavée
Ils viennent pour me nettoyerJ’espère qu’ils me regarderont dans les yeux.
Extraits inédits PhèdrePour la première fois je sens tous les parfums.
La Mer submerge ma robe.Il y a des algues dans ma chevelure.
Je sens mon cœur battre encore.
Je m’agenouille chaque nuit devant la Mer.
Je voudrais noyer les dieux.
J’ai donné ma langue à la Mer.
Je porte mon nom comme un crâne ouvert,
Mon nom brisé comme une mâchoire,
Comme les planches d’un Navire lancé en pleine mer !
J’ai la Mer dans la poitrine, je ne sais plus
Où commence le désir où finit la noyade.
Je ne fuis pas, je danse.
La Mer est venue me parler doucement.
J’ai ouvert les bras, la Mer m’a dit Sois vin,
J’ai éclaté en grappes, mon cœur fermenté,
Ma tête ouverte aux ruissellements,
La Mer est devenue ivre de moi !
Est-ce que tu me pardonnes ? criais-je
Je te reconnais, tu es Phèdre,
Tu te réveilles
Avec du sel sur les lèvres.
Marcher pieds nus
Sur la coque retournée de l’enfance.Il y avait un homme, peut-être,
Simplement un lieu
Où je n’avais plus peur de moi.
La Nuit s’est retournée dans son sommeil.
J’ai entendu ses os craquer,
Ses os polis comme des galets.J’ai mordu à ses lèvres.
Je choisis la lame plutôt que la rive.
Les dieux n’y peuvent rien.

