Ilse Garnier, née Göttel, est née le 26 juin 1927 à Kaiserslautern, en Rhénanie-Palatinat (Allemagne). Après la guerre, elle rencontre le poète français Pierre Garnier (1928-2014) qu’elle épouse et avec qui elle vit à Saisseval. Ils créent ensemble le Spatialisme en poésie, mouvement proche de la poésie concrète et de la poésie visuelle, qui s’internationalise avec des participants au Japon, en Allemagne, au Brésil, en Italie...
Le mot Spatialisme apparaît pour la première fois en 1963 dans le numéro 31 de la revue Les Lettres que dirige Pierre Garnier de 1962 à 1967 pour l’éditeur André Silvaire.
Pierre et Ilse Garnier collaborent pour un certain nombre d’œuvres. Mais peu à peu l’œuvre spatialiste personnelle d’Ilse se développe de façon originale, utilisant différents papiers, machine à écrire, Letraset, règles droites ou courbes, craie, encre de chine…
Elle est décédée le 17 février 2020 à Amiens.
Extraits de Fensterbilder / Un livre d’heures, (L’herbe qui tremble, 2010).
Commentaires d’Ilse Garnier tirés d’une série d’entretiens menés en 2008 et 2009 (extraits)
« Fensterbild » (fenêtre-tableau) est devenu un genre pictural. Derrière une fenêtre peinte, on peint un paysage, un tableau dans le tableau, parce que la fenêtre a la forme d’un tableau elle offre une image cadrée. Dans les fensterbilder la première chose qu’on cherche c’est ce qu’on voit à travers la fenêtre.
Mais l’essentiel derrière la fenêtre ce n’est pas le paysage, c’est l’espace. On dépasse la dimension du paysage visuel et on passe à ce que j’appelle « l’ouvert ». La fenêtre ouvre. Le mot allemand est plus clair, « dasoffene » est devenu littéraire. Il y a un poème de Hölderlin, « Viens ! dans l’ouvert, ami ! ça ne brille certes qu’un peu aujourd’hui / En dessous, et nous serre à l’étroit le ciel... ». Pour ne plus être enfermé dans le cadre d’une maison ou dans une certaine façon de vivre, un cadre idéologique, l’ouvert c’est être dans tout ce qui est devant nous, ce qu’on peut faire, ce qui est notre liberté. L’ouverture de la fenêtre c’est tout cela.
Pour écrire j’ai toujours placé ma table près de la fenêtre. Pas seulement pour la lumière mais parce que la fenêtre sépare et lie. Je suis à ma table, isolée et abritée ; en même temps je partage et je participe à la vie extérieure. Je vois le ciel et les nuages qui sont l’ouverture. Je travaille à la fenêtre parce que j’ai l’espace devant moi, même si je ne regarde pas précisément ce qui s’y passe j’en ai besoin. C’est une double place, une double fonction de la fenêtre, ouvrir et protéger.
Je reste avant tout dans le langage. Je voulais créer une sorte de syntaxe des signes. Les signes ensemble sur la feuille créent par exemple le champ du mot « warten » (attendre) ; ensemble ils créent des possibilités de l’attente. C’est ce que je cherchais.
Cet album invite à la méditation, d’où la nécessité de ne pas mettre trop de mots pour qu’il y ait cet espace. Un espace intérieur où l’on est en relation avec ce que j’appelle l’univers. Ce sont des œuvres silencieuses qui se partagent au-delà des langues. Avec quelques petites indications, on peut même se passer de la langue. »
Extraits de Puzzle - Alphabet, (L’herbe qui tremble, 2010).
Extraits de Blason du corps féminin, (L’herbe qui tremble, 2010).
Première édition des poèmes : Éditions André Silvaire, 1979.
Extrait de la préface de Pierre Garnier :
Ce corps d’Ilse qui progresse en rêve de page en page, qui coule, s’éparpille, se réunit dans son nom – le soleil brille à travers ce corps –
le O rayonne plus loin ce corps vertueux – plus loin la langue corps minuscule fendant
fondant – faire l’amour avec un fœtus
féminin – avec l’ovule seul – le corps en feu et en fumée – réduit pour qu’il puisse passer – traverser le pont – briller dans le pays des morts • Le corps de page en page plus petit et plus grand – point univers lisse – ah, si le désir était Dieu !
Extraits de Jazz pour les yeux, Anthologie de poésie spatiale
(L’herbe qui tremble, 2011).
Cette anthologie réunit des œuvres de 1962 à 2009, inédites ou épuisées.
1ère édition : Rythmes et silence (André Silvaire, 1980).
Œuvres de 1973-1975.
« Le « s », ce consonant de peu de bruit, se perd dans la signifiance du concept silence – passage d’un bruit vers le silence absolu. » Ilse Garnier
1ère édition : Poème du i (André Silvaire, 1981).
« Le i pour moi est la voyelle de la lumière, l’échange entre nuit et lumière s’opère par le i, il y a une sorte de lumière noire. Le i rejoint les extrêmes et empêche l’opposition des extrêmes. Ils s’harmonisent : visible/invisible, entente des contraires, nuit cosmique et lumière fulgurante. Je voulais rayer l’opposition : dans l’opposition je cherche l’union, ici elle est donnée par le i. » Ilse Garnier
1ère édition : Album à colorier (André Silvaire, Coll. Poésie spatiale, 1986).
« Je me suis inspirée d’un jeu d’enfant, un album de dessins simples, en noir et blanc, que l’on peut colorier selon ses désirs.
Dans mon travail, il n’y a plus de dessin à colorier, il n’y a que la proposition d’un concept, faisant appel à l’imagination du lecteur. » Ilse Garnier
1ère édition : Éros et Psyché – Livre d’artiste, chez l’auteur, 1989
« C’est l’expression de l’amour d’un dieu et d’une simple humaine, et non le déroulement d’une histoire riche en complications, qui me préoccupe.
Le contexte narratif est spécifiquement l’amour, sublimé par la langue constructive de l’espace. » Ilse Garnier
1ère édition : L’année dans les jardins flottants de la Somme – Chez l’auteur, 2009.
BIBLIOGRAPHIE sélective (éditions récentes)
Blason du corps féminin (L’herbe qui tremble, 2010).
Fensterbilder – Un livre d’heures (L’herbe qui tremble, 2010).
Puzzle-alphabet (L’herbe qui tremble, 2011).
Jazz pour les yeux (L’herbe qui tremble, 2011).
Ilse et Pierre Garnier, Poésie spatiale : Une anthologie (Al dante, 2012)
Le Chant de l’espace (Éditions du Petit Véhicule, 2012).
Correspondance :
Pierre et Ilse Garnier, Japon (correspondance avec des poètes japonais) - Textes choisis, établis et présentés par Marianne Simon-Oikawa :
vol.1 : Les échanges, préface de Giovanni Fontana – vol.2 : À Saisseval, préface de Francis Édeline, L’herbe qui tremble, 2016.
Ilse & Pierre Garnier, Carlfriedrich Claus, Une amitié de lettres. Choix de lettres, traduction, notes, édition établie sous la direction de Violette Garnier. L’herbe qui tremble, 2019.
Études :
Philippe Blondeau, Pierre et Ilse Garnier : La poésie au carrefour des langues (Artois Presses Université, 2010).
Christine Dupouy, Deux poètes face au monde : Pierre et Ilse Garnier (Presses Universitaires François Rabelais, 2019).