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Jean-Louis Giovannoni

mercredi 17 avril 2013, par Cécile Guivarch, Jean-Marc Undriener

Présentation

Jean Louis Giovannoni est né en 1950. Il habite à Paris et a été assistant social en hôpital psychiatrique. Il a été élève et membre de l’équipe de la psychiatre Hélène Chaigneau, décédée en 2010. Il a organisé en 2011 dans le cadre du Collège International de Philosophie, auquel il collabore régulièrement, une journée d’hommage et de débat autour des livres d’Hélène Chaigneau.
Son ouvrage à paraître « Voyages à Saint Maur » nous éclaire sur ce fait que l’enfance malaxe l’écriture tout au long d’une vie. Jean Louis Giovannoni a fondé en 1977 la revue "Les Cahiers du double" avec Raphaële George et a été membre du comité de rédaction de "Nouveau Recueil" de 2005 à 2007. En juin 2011 il est élu Président de la Maison des Ecrivains et de la Littérature, poste qu’il occupera jusqu’en juin 2012.
Il a obtenu le prix Georges Perros 2010.

[lilas]Ce lieu que les pierres regardent[/lilas]

Parmi les mots que tu écris
Y en aura-t-il un seul
Qui t’ouvrira le chemin
De ce que tu ne peux voir ?

*

Il est en nous un lieu
qui ne peut être touché
où personne ne viendra
où seule la douleur
peut parler



[lilas]Les Moches[/lilas]

Décalottée
La veux pour la bouche.

Sitôt
leurs sous les dents
Crissent,
Salive...
Figue fleur !



[lilas]Traité de la toile cirée[/lilas]

Les mots ont intérêt à être brefs.
Il en va de la tenue de leur corps.
Les phrases, elles aussi, ne peuvent que s’arrêter. C’est physique.
Si le temps passé est long, il est toujours plus court que le silence entamé par un point final.
Même un livre doit être bref. Il est difficile d’imaginer un livre qui aurait le malheur de laisser toutes ses pages ouvertes en même temps. Les unes voulant prendre le pas sur les autres, occuper le premier rang. La seule chose qui resterait à faire, serait de fermer ce livre pour en finir avec la cohue, la pression de la multitude.
Ce n’est pas pour rien que nous laissons les livres soigneusement fermés, serrés les uns contre les autres, limités par des planches.
Quelle angoisse ce serait de laisser toutes ces pages battre l’air à leur guise, aller en tous sens dans le seul but d’occuper l’espace. L’air deviendrait vite impraticable.
Comment marcher si nous laissions les livres aller à leur libre cours ?

De la nécessité d’être bref



[lilas]Pas japonais[/lilas]

Peut-être que nos mots sont la seule
Terre où l’on peut s’établir ?
- 
Écrire, c’est se tenir à côté de ce qui se tait

A force de toujours emporter son corps
avec soi à tout instant, de le tirer vers
le dedans : pourra-t-on demeurer un jour
dans ses gestes ?

- 

Si tu es porté vers ce qui n’est pas toi,
c’est pour être augmenté de tout ce qu’il
te faut perdre



[lilas]Suaire[/lilas] (Texte publié dans l’Espace Corse coordonné par Angèle Paoli au sein de la revue Mouvances.)

Enfant, dès qu’on me laissait seul dans ma chambre, je voyais des formes à peine humaines sortir des murs et vouloir me parler.
Pauvres corps auxquels l’humide de la pierre donnait vie… Dans la nuit vous cherchiez mes mains comme une délivrance pour ne plus errer.
Aucune de vos apparitions ne portait la même tête. Des milliers, successives, pressées de monter.
Toutes ces têtes me demandaient, secrètement, d’être le témoin fidèle des apparences qu’il leur fallait emprunter pour venir à la surface de ce monde, ne serait-ce qu’un instant.
Corps de monstres voulant prendre ma ressemblance - mon visage - envieux de ce lieu où j’habitais.
Bêtes à moitié humaines qui toute la nuit criaient et dont la voix restait étouffée dans les murs.
Combien d’entre vous auraient aimé se serrer, contre moi, pour un peu de chaleur.
Comment aurais-je pu vous faire passer de ce côté-ci lorsque vos mains se dissolvaient au contact de ma peau ?
Pourquoi ces têtes de bêtes ont-elles des larmes ?
Pourquoi ces visages, demi anges, demandent-ils à mon visage de ne plus obéir à cette main invisible qui le fait apparaître ?
Multitude - attendez-vous mon retour ?
Vous qui n’existez, en ce monde, que par l’instance de mes yeux – indiquez, à cet enfant enfermé en moi, le chemin qu’il doit faire pour rejoindre son empreinte première. Cette empreinte qu’il attend en un lieu-dit sans visage, que seules des mains savent retrouver à tâtons. Dans le noir. Dans son noir interné .



[lilas]Garder le mort[/lilas]

On attend
depuis le premier jour
qu’on nous touche
le centre

Certains
ont voulu venir
mais n’ont pas été loin

Nous ne sommes peut-être pas
assez élastiques



[lilas]Envisager / sous les portraits de Gilbert Pastor[/lilas]

Aucune sortie possible

Aucune

Sans visage
Sans envisager
Sur le champ
Ici où là

Avant même

(…)

Calme.
Calme.
Ne peux sortir.
Sortir hors.

Mais en dessous

Ça pousse

Cherche.

Là veut plus.

Ici
Moins

Agitations.
Agitations.

(Répète pour confirmer. Répète pour confirmer).

(…)

Peux. Ne peux pas.
Garder. Garder visage.
Du soir au matin.
Même
Identique.



[lilas]Ne Bouge pas ![/lilas]

Noir insiste.
Force entrée.
Jeune fille. Au milieu.
Gagne vêtements.

Inversion. Blanc attaque.
Passerelle vide.
Gerce. Bois sur bois.
Ciel. Vent. Immobiles.

Au bout. Ne vois pas.
Horizon en deux. Coupé.

Passerelle. Suspendue.

(…)

Ultime étape.

Noir incendié. Arbres. Comme allumettes.

Blanc.
Renonce.
Un peu. Sur troncs. Encore.
Puis cèdent.

Douleur.
Douleur.
A jamais fixe.



Jean-Louis Giovannoni sur internet

[violet]Bibliographie[/violet]

  • Garder le mort, Ed. Athanor (1ère éd. 1975, 2ème 1976) ; 3ème in « Les Choses naissent et se referment aussitôt », éd. Unes 1985 ; 4ème Ed. Unes, 1991, 5ème (réed. Avec une préface de Bernard Noël (1976), suivi de « Mère ») : fissile éditions, 2009.
  • Les mots sont des vêtements endormis, Ed. Unes, 1983.
  • Ce lieu que les pierres regardent, (Préface de Roger Munier) Ed. Lettres vives, 1984 (réed. sans la préface, Lettres vives, 2009).
  • Les Choses naissent et se referment aussitôt (poèmes de 1974 à 1985), Ed. Unes, 1985.
  • L’Absence Réelle (avec Raphaëlle George). Ed. Unes, 1986
  • L’Immobile est un geste (poèmes de 1985 à 1989). Ed. Unes, 1990
  • Pas Japonais, Ed. Unes, 1991 (Réédition) : Lettres vives, 2009.
  • L’Invention de l’espace, Ed. Lettres Vives, 1992 (réed.) : Lettres Vives, 2009.
  • Le bon morceau, (avec des photos de Marc Trivier), Ed. Les Autodidactes, 1992 (réed.) : in « Traité de la toile cirée » (sans photos), Ed. Didier Devillez, 1998.
  • L’Election (avec des photographies de Marc Trivier), Ed. Didier Devillez, 1994.
  • Journal d’un veau, roman intérieur, Ed. Deyrolle, 1996. (réed.) : Léo Scheer, 2005. (avec une préface de l’auteur)
  • Chambre intérieure, (avec des reproductions couleurs de Gilbert Pastor), Ed. Unes, 1996.
  • L’Orgueil, (avec Jean-Didier Vincent et Ben), collection : Les Péchés Capitaux, Ed. du Centre Georges Pompidou, 1997.
  • Traité de la toile cirée, Essai, Ed. Didier Devillez, 1998.
  • Greffe, (avec des reproductions couleurs de Vincent Verdeguer), Ed. Unes, 1999.
  • Parce que je le vaux bien, (version brune et version blonde), Ed. Unes, 2001.
  • Le Lai du solitaire, roman intérieur. Ed. Léo Scheer, 2005.
  • Danse dedans, Prétexte éditeur, 2005.
  • Jean-Luc Parant : Traité de physique parantale. (essai), Ed. Jean-Michel Place, 2006.
  • S’emparer (avec « Des monstres et prodiges » d’Ambroise Paré), Ed. 1 : 1 ; collection Anciens / Modernes, 2007.
  • T’es où ? Je te vois ! (bilingue français/anglais) Atelier des Grames, 2009
  • Ne bouge pas ! (avec photos de Marc Trivier), Belgique, Éditions La Pierre d’Alun, 2011
  • Envisager, (avec 5 portraits de Gilbert Pastor), Éditions Lettres Vives, 2011.

[violet]À paraître[/violet]

  • Sangsue, Mouche verte et Cloporte ; éditions les mains
  • Issue de retour, Editions Unes, en juin 2013
  • Voyages à St Maur, récit, Editions Champ Vallon, en 2014.

Fiche proposée par Simone Molina


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