Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

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Laurent Colomb

vendredi 6 décembre 2024, par Cécile Guivarch

 
Passionné d’onomatopées comme de plurilinguisme, Laurent Colomb puise ses formes
poétiques dans un rapport phonique aux sens. Lauréat CNL, DGLFLF, Institut Français
« Villa Kujoyama », SCAM… il a collaboré avec diverses institutions sur des projets de
métissage linguistique dont le 104, la Fondation Royaumont, le KIAC (Japon) pour
Kinosakinomatopée en 2016. Artiste associé au Théâtre La Cité de Marseille jusqu’en 2020,
il achève avec Barbare isthme une action de médiation en classes Upe2a, conçoit une
mallette d’outillage à l’Appropriation du français oral conçue comme un éveil à la diversité des langues par le théâtre. On trouvera ses contributions récentes dans les revues Gare Maritime, Grumeaux, Remue.net, Sarrazine… aux éditions de L’Amandier, Cécile Défaut, Musica Falsa. Il participe à colloques et tables rondes sur le cri et la voix, est l’auteur de plusieurs articles sur ces sujets dans les revues de l’Orthophoniste, de
Musicothérapie, aux éditions EUD, CRDP de Grenoble et Scérén.

 
Obrigato tiré du recueil Vocabulons

Obrigato ございます(→ gozaimasu), dit le jésuite Rodrigues qui en seize-cent-trois compose un 日葡辞書 (→ nippo jisho) dictionnaire nippopo, muito obrigado. — Domo arigato gozaimasu, dit le jésuite Rodrigues qui en seize-cent-quatre compose un nippopo dico jisho muito enrichi de mots portugais provenant donc du Portugal, de marins portugais qui portugâteront le japonais de mots neufs. — Arigato gozaimashita, dit le shogun Taikosama au jésuite Rodrigues pour avoir ainsi portugâter sa langue de mots neufs, comme « arquebuse » ou « platine à mèche ».

 
Zarha tiré du recueil Vocabulons

Savais pa≈as… c’est quoi il s’appelle… truc où y a des marches. °#¡ø* ! nescalier… Mmmoui≈i. Z comme≈e °#¡ø* marche. Mmmoui≈i …truc où il mon≈onte °#¡ø* nescalier. Il vaaa… dans un placard où… le A comm≈e °#¡ø* placard. Il va dans un placard. Mon nom va dans un placard. Mmmoui≈i °#¡ø* non≈on. Truc… pas dans un placard. Il va pas dans un placard. Mmh. R comm≈e °#¡ø* …où y a la main °#¡ø* rampe. Mmmoui≈i. Il mon≈onte la rampe… la croche. Mmh. °#¡ø* haut. Dans l’ciel. Où… la main elle croche mon nom. Zarha… Mmmoui≈i Zarha c’est mon nom. Je parle mon nom… Je monte la rampe. °#¡ø* la croche ma main… Mmmoui≈i n’escalier. Il vaaa… dans un tiroir où… °#¡ø* non≈on. Truc… pas dans un tiroir. Il va pas dans un tiroir. Mmh. H comm≈e …s’appelle n’échelle… La croche. Mmh °#¡ø* Mon nom. La croche mon nom. Zahra… Truc. Monte n’en l’ciel. Mmh. A comme≈e °#¡ø* toit. Le toit ! Mmmoui≈i ! Monte… le toi≈it ! La marche… La rampe °#¡ø* le toi≈it ! Il vaaa… n’en l’ciel. Il vaaa… truc. S’appelle. Mmmoui≈i ! Zahra… s’envole. S’envole. Mmoui… N’en l’ciel.

 
Rature tiré du recueil Barbare isthme

Rature. Scribouillure. Ecribouillie. Pâte. Pâte à rature. Effaçouillage et gomminage. Racommodure de fautes. Perçage de fautes. Tuage de fautes et correction au blanc méthylchloroformé. Scroubille avec mon Bic © dans la pâte à papier. Pavé de pâte à rature. Trait, re-trait. Barre d’encre en hachuré d’obliques gras. Biffure de pointe, flicage de faute, crayonnage de mise à l’index. Envolée de Tipp-Ex © en mini-pocket mouse sur plaine de boulettes. Champs de peines en grappe bisulfitées à l’effaceur-stylo. Montagnes de shprout, rapatouillage de pfrut, slashs de non-pas-ça. Boyaux d’encre. Savon.

 
La fleur de la voix tiré du recueil Barbare isthme

. — Je n’ai jamais tenu dans ma main la fleur de la voix, la plume de l’oiseau-verbe, la queue du cheval-phrase et poser comme un sixième doigt sur la peau du livre.

. — J’ai écrit mon nom avec la feuille de la voix, soufflé dans la paille à sons la poussière des signes pour poser mes pieds à dire sur le sol de ta langue.

. — J’ai pris l’arbre à langue et l’ai serré très fort entres mes doigts puis je l’ai encore secoué. Il en est tombé …des feuilles. Une histoire ?

. — Je m’applique un peu avec mon crayon. Je l’appuie sur le sol dur de ce monde plat que rien que mon crayon creuse, où rien que moi puise le sens du mot profondeur.

. — Je suis cette ligne qu’on attache à une autre ligne pour faire un mot. Je suis ce mot qui est un carrefour de lignes. Une étoile ?

. — Je n’ai pas d’autre horizon que l’infini blanc de ma feuille. Au moins est-il vide. Aucune autre trace que celle de mon baton qui est un crayon de marche, ne le remplit.

 
Extraits du recueil Frontexx

— On peut dire : « belle Europe, tu dors sur le dos d’une bête apeurée ».
Ou bien : « sur le dos, belle Europe, d’une bête apeurée, tu dors ».
Ou bien : « d’une bête apeurée, sur le dos, tu dors, belle Europe ».
Ou bien : « apeurée, belle Europe, tu dors sur le dos d’une bête ».

Frontexx
Prolégomène

Frontexx securifixx limitaxx Εὐρώπη (→ Évròpi) ou Europe, dit Eρεβος (→ Érébos) ou Éreb : Le Couchant. Frontexx securitaxx vigilixx gardiennaxx rubus — « Pas bouger. » Vérisure top-vigile Frontexx gardiennaxx — « Là, couché. » Euro-forterexx super-contrôluxx fluxx et refluxx — « Donne la patte » : migrator-refuggiaxx pas bouger, gardiennaxx rubus clotura.

Vérisure 7 / 24 Europe protectaxx Garantie total-télévisu, maxi-radar-visu, hyper-méga-contrôle. Antechristixx dehors ! Dégagismus. Outre-frontexx tutti premium déicides et noirs de peau, ensauvageons… God save Le Couchant du métèque, du métissage. Smart Ku-Kluxx-Gland. Reconquêquête. Superior populaxx clotura Migrator et protexx extra-large naturel-lubrifiant. Racial frontal Ordre Nouveau.

Cependant, Εὐρώπη ou Europe, dit Eρεβος ou Éreb, Le Couchant idem [a.ra.bi] méli-mélo phonetixx (traduire : assombrissement). Salmigondis tohu-bohu, native sylistixx Macédoine : bleu-nuit et rouge-sang. D’où Europe visceral-securifixx parano Jardiland : ego-nuit, ego-sang, exo-phobe, xeno-frousse… Premium-crepusculu patrimoniaxx bla-bla. Montjoie ! Saint-Denis ! Fatal mixxtion…

Frontexx Irrémissible fil d’enfer, copyright Intello cervical Trou-trouille d’un Grand non « Remplacement » mais « Soulagement » qui effacerait les noms, les mots des choses et leurs terribles sens. L’oreille est creuse — « Qui c’est qui-qui qu’est là ? ». Comme la mémoire des sons, encamisolée dans un imaginaire lexicale. [ʁ] voisé, uvulaire, fricatixx versus [r] roulé et toutes ses variantes [ɾ], [ɣ], [ʔˤ] — « Cours ! Vas chercher ! ».

Frontexx
Glottic Eurabia

Cet extrait a été publié in Revue Desseins - Revue rétroactive de choses à plat (n°17 automne 2024)

 
Extraits d’Interlude autochton, publiés en avril 2015 aux Éditions de l’Amandier sous le titre Autochtonies

Jo soui coumanenfan. Coumcheparlpa le français bian jamais jo sor tout seul. Y a mon mari touchour y a mon mari ou y a ma fille qui parle moa. Jo soui bian bian tout seul enfermé la voilà coumanenfan. Coumcheparlpa bian toucheur l’medsin y domand ma fille quoi quesque ché malat. Coumssa josoui coumazandicapi qui parle. Touchour chicoute jamais jo parle. C’est ma fille quoiqui parle por moa. Si dour, si dour de pas parle bian coumssa. Ma parole lé pas soulide lé cassé coumazandicapi. Touchour tout seul à la mizon, jamais dior. Dior y a troudmond pour moa ou y a les parole di gens comprend pas. Ma parole lé pas soulide la voila vriment li trop cassé. Alour si dour sortir tout seul. Y a mon mari touchour qui parle moa jicoute la voilà. Jicoute y domand rian coumanenfan. Piti y tout seul enfermé la voila coummalat. Jo soui pas malat quoi quesque c’est ma parole lé cassé pas moa !? Alour jicoute touchour. Si dour pour quesque jo soui pas parle bian bian. La voila enfermé coumazandicapi.

Vriment la parole si la main y li pieds por moa. Coum y lé pas soulide bian bian jamais jo parle. Touchour jo marche avec li pieds do ma fille y ji prend avec la doigts do mon mari.

 
*
 

Mon assent le l’est tranzer. Quoi qu’ch dis toussour mon assent y dis l’coutraire de moi. L’est tranzer c’est soûr. Mon assent l’est pas le fronçais, c’est soûr, l’est toussour tranzer de moi. Loin « terre-de-moi ». Pas le « moi-terre », le loin. Mais quoi quoi c’est que ch’dis moi, c’est pas mon assent qui le dit. C’est le « moi-terre ». Mon assent y dit le tranzer de toi et moi, le « loin-terre » de toi et moi.

Le « lui-mot » c’est toussour le « loin-terre ». C’est zamais le « moi-mot » ou le « toi-terre », le « moi-toi-terre », le « toi-mot », c’est le tranzer de toi et moi, c’est le « lui ». Lui le mon assent l’est pas vraiment moi c’est soûr. C’est le tranzer de le fronçais coum toi et le tranzer de moi. Si pourquoi quoi qu’ch dis toussour y dis l’coutraire de le vrai. Le vrai de toi et moi c’est le mot, c’est soûr, c’est pas le mon assent qui le dit.

Mais coum le lui mot c’est toussour le « loin-terre », ze reste tranzer pour toi.

 
*
 

To lé maton jo mo lève. Jo prépare lo couisine. Jo l’habille lézenfants por mon mari l’amène l’école. Jo fais la verselle. Quelque fois m’énerve parce que le ménage comme ça mon vie to l’temps. Jo pense : jo veux promène mais lo couisine de moi qui va faire ? Lo repasse de vêtements ? Lo ménage ? La pssouière ? Quelque fois m’énerve comme ça mon vie to l’temps la tête de moi elle ress’ bloquée. To lé soirs jo prépare la maison por mon mari mézenfants la rentre. Jo prépare la chalade à la vernegrette por mon mari il aime et les frites por lézenfants il aime assi. Mais quelquefois m’énerve parce que pas promène moi. Je veux fait la course assi et travailler por mon mari c’est prépare la couisine chacun ceinture c’est normal ?! Mais mon mari il dit que c’est pas travaille moi alors ress’ bloquée la maison. Jo pense ma tête : jo veux pas la mari il dit ça to lé jours por jo prépare la vernegrette ou les frites la rentre. Je veux prépare la chemin de ma venir tout sol. Un maton jo veux promène por moi ma tête elle dégage la couisine. Alors l’ézenfants s’habillent tout sol et la mari l’obligé ceinture va fait la verselle.


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