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Laurence Lépine

samedi 15 novembre 2025, par Sabine Dewulf

 
Laurence Lépine vit et travaille entre Bordeaux et un petit village de la Montagne Noire, dans l’Aude. Elle écrit quotidiennement et depuis longtemps, sur des carnets, comme une sorte de journal en poésie. Depuis toujours, elle lit de la poésie pour chercher en elle une résonance. Après avoir reçu en 2016 le prix des Trouvères pour Je porte la merveille, elle a été accueillie en résidence d’écriture à la Villa Clémentine à Wiesbaden, durant neuf semaines, dans le cadre d’un échange organisé par l’ALCA Aquitaine et le Land de Hesse, en 2019, et en a été la lauréate : Un premier soir au monde – Lettre à Paul Celan a été écrit à cette occasion et publié aux éditions L’échappée belle. Elle a eu le plaisir d’être invitée en mars 2024 à la Bibliothèque de Bordeaux dans le cadre du Printemps des poètes pour des lectures/rencontres : dans ce cadre, elle a formé, avec Carles Diaz, le jury du concours de poésie des bibliothèques de Bordeaux. Une exposition de ses photographies Apparitions a également été accueillie à cette occasion.

Depuis 2015, elle a publié plusieurs recueils de poèmes :

Je suis venue comme la neige, avec les encres de Florence Schrobiltgen, collection Beaux livres, Editions Fondencre, 2015
Mon cœur de son cœur s’éprendre, Encres Vives, 2015
Que sais-tu de mon chant, Le Serpolet, 2016
Je porte la merveille , Editions Henry 2017 (Prix des Trouvères 2016)
Autour des bouches morsures sa joie , Editions Henry 2018
Le jour nouveau à naître - Poèmes à Ingeborg , Cheyne Editeur, 2019
Jehanne, Editions Henry, 2021
Sans respirer (je me suis souvenue de toi au fond de l’eau), Editions Aux cailloux des chemins, 2022
Chant Nuptial, Editions de l’Entrevers, 2024
Un premier soir au monde/ Lettre à Paul Celan, L’échappée Belle Edition, 2025
Ravaudée : Lorsque tu me hélas je sombrais avec l’oiseau de feu dans chaque pli de ma robe, Editions de l’Entrevers, 2025

A paraître : Herbage, Editions Abordo

Plusieurs de ses poèmes ont paru en revues : Poésie/première, ARPA, Jdpm, Phaeton, Friches, Recours au poème, Vif, Ou bien, Osiris n° 99 et 100

Parution en ligne : La fileuse de granit

Extrait de Je suis venue comme la neige
 
Sous le tapis de feuilles
j’ai mis mon cœur au chaud
plus loin l’ange est occupé
à repriser ma robe
son visage a la couleur du ciel
il chante
« Bientôt pour toi aussi
un manteau de paroles »

Extrait de Que sais-tu de mon chant
 
À sa fournaise
répond ta fournaise
ce point de toi
devant lequel
tu inaugures tes yeux
Une autre dans le corps
crie
aime entaille le sol
deviens
la part charnelle du précipice

De la noirceur du monde je vois
l’aile soulevée
la pierre égale à la pierre

Extrait de Je porte la merveille
 
Tu portes en toi
les gestes de ceux qui te précèdent

battement d’eau

passage de la main sur le vent

le jour
est un feu follet
qui monte de la terre

Extrait de Autour des bouches morsures sa joie
 
Les roues sont tes appels
tu le sais

naviguent avec toi
sur la branche cassée
de la vie en rouleau

gestes de défunts
embrasent le spectacle

sujet irradiant
de ta danse de brebis

Kreisen Cercle Kreisen j’écris dans l’immédiateté du temps éperdu

Extrait de Le jour nouveau à naître - Poèmes à Ingeborg
 
cœur
centre du monde
soutiens de ton âme légère
le pas que nous faisons
nous
sans cesse en perdition
nous qui t’offrons dans le soir
le teint clair de toutes choses

je m’évapore de l’âtre
pendant que tu recueilles
celles
qui comme moi
ont brûlé
sourcil limpide
ultime jour sans jour
pour rien au monde
je ne donnerais
blés
sur les tombes ouvertes
lacs
où viennent boire les faons

Extrait de Jehanne
 
Rose des ailes du premier archange s’étendit sur le corps d’un de mes soldats. Je vis à
travers son cœur, se muer joie en fontaine. Colère viendrait en même temps que rires,
et tous deux salueraient du printemps la presque sortie. Ange aux yeux clairs
regardait par-delà le vitrail de la demeure de Prince. Tout claqua comme dans un
rhume de foins. S’ouvrit la porte, et grand élan de feu me prit entre ses mains. Je fus
appelé par voix de l’archange second, qui me nomma malgré mon habit d’homme,
dame première. Trop de chair ne plaise à mes yeux, pour qu’ainsi je dus me protéger
d’eux, en me protégeant de moi même. Lumière divine souleva par deux fois l’herbe
de mon pantalon. J’entrais dans le souffle du royaume.

Extrait de Sans respirer ( je me suis souvenue de toi au fond de l’eau)
 
Les mots alignés les lettres glapissantes des jours à tendre l’âme vers un autre dieu
des pas à laisser derrière soi à côté comme se défaisait parfois aussi dans la brume la
montagne le soir venu je t’écrivais aux alentours du chiffre douze parfois il était plus
tard et plus tard tenait dans son costume le commencement d’une autre langue j’étais
devenue avec toi la première chose de ma vie la langue parlant une époque plus basse
plus haute diraient certains signes d’ossements anciens une langue des montagnes et
des chiffons une langue sous-marine équilibrée d’un mauve un indigo à peine plus
alpin je m’en remettais à toi pour ce qui tenait de l’écorce diamètre supplémentaire
voute de tes pieds lorsque tu marchais vers moi venant comme tranquille avançait en
lui même l’orage le grand élan aux forces cylindriques je te tenais des yeux le
discours sauvage du tournant à faire et à faire encore mille fois avant que ne
s’éteignent tous les feux ton corps avait maintenant la saveur liquide d’un jus de
fraise un goût sur la langue pareil aux brisures de l’enfance tu étais mon tout petit
frère inventé à partir des roseaux de quelques poèmes à l’abris de mon corps sans
enfant une perle de miel passait en même temps qu’un couteau lorsque je pensais à la
façon dont j’avais pour toi ouvert ma jupe ce tissu de siècle et de siècle nimbé émietté
en quelques notes quelques brasiers mis en pièce je t’aimais

un fragment lunaire
boit à même mon corps
la rouge alvéole des sens
une météorite
m’enfante au bois
là-même où le loup m’attend
branche bleue son ventre

Extrait de Chant nuptial

Une liberté nouvelle ruisselait de chaque racine tout un continent y lorgnait barrage

Sous chaque brindille fusionnaient des yeux et un pelage des morsures de chairs vives la forêt donnait au feu son allaitement

Ne rien attendre d’autre
que le peuplement du sauvage
par le sauvage
L’art devenu pour soi
une soie à part entière

Extrait de Un premier soir au monde - Lettre à Paul Celan
 
je m’agenouille
devant ton calice

ton infini
au mur restant

des oiseaux
envahissent mon arpège

l’aiguisent
à ton doigt

une alouette
entame
son chant nocturne

mon

cœur

s’ancre

à toutes tes forêts

Extrait de Ravaudée - Lorsque tu me hélas je sombrais avec l’oiseau de feu dans chaque pli de ma robe
 
quelqu’un parle toujours au-dedans de moi
son souffle a des saccades de points
d’étoiles
des scories hasardées à d’enfantines tours
une romance vient parfois en aiguiser la rumeur
m’en tenir à l’abri ou en ouvrir les portes
souffler à la naissance de la cheville
lorsque m’approchant de l’illicite
j’en tiens déjà la langue
une comptine mêlée à d’anciennes coutumes
Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir

Quel chœur secret monte
encore du milieu des ronces
attendant le gel
la bénédiction de l’eau
de l’autre côté du feu
une inscription tient sa parole et ne fond pas

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La friche


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