Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

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Cécile Guivarch

dimanche 21 juin 2015, par Cécile Guivarch

Cécile Guivarch est franco-espagnole, née près de Rouen en 1976. Elle vit actuellement à Nantes où elle anime le site Terre à Ciel.

Extraits de S’il existe des fleurs

le jour donne le bleu
de branche en branche
s’étend sur les campagnes
ne compte pas les morts

__

ce serait un jour aussi bleu
des enfants jouent dans le sable
d’autres cueillent des miettes

__

n’ont de toit que le ciel
n’habitent que leur corps
n’ont que leur os à plier
n’en finissent pas de finir

Extrait de Renée, en elle

Renée, cette nuit je l’ai prise dans mes bras, elle sanglotait comme un petit enfant, blottie contre moi. J’ai essuyé les larmes sur ses joues et elle est restée longtemps, le regard dans le vide. De son corps, venaient toujours le son des sanglots qui ont perduré un long moment. Je ne sais toujours pas ce qui la fait pleurer autant, Renée. Je sais que son cœur pèse si lourd qu’après toutes ces années elle revient toujours. Je voudrais la soulager, Renée, lui dire « Ne t’en fais pas ». Seulement, de sa bouche ne sort que le cri de sa douleur. Et quand elle parle, je ne comprends pas sa langue. Sa langue d’antan que parlaient les gens de sa petite bourgade bretonne. Elle me semble si fragile, Renée, et en même temps sa peau est si dure, ses yeux sont des pierres. Des pierres par lesquelles s’écoulent des larmes et du sang.

Extrait de La petite qu’ils disaient

des hommes des femmes aussi
n’ont pas d’âge ou plutôt on n’en sait rien on s’en fiche

leurs yeux comme enfoncés dans des orbites presque sans rien dedans ou plutôt si
des yeux avec tout dedans un monde l’arbre l’herbe la maison le chien les étoiles

lui un prénom s’il en a un il en a un alors on dit lui le Jean-Claude il garde la main
quand il en a une ses yeux scintillent éclatent autant que peuvent en deviennent rouges à force ça ressemble presque à un feu d’artifice tant il est content de tenir une main qui s’est tendue jusqu’à lui tant il se sent soudain là parmi les autres nous ses yeux brillent sa tête s’est relevée il est moins courbé le Jean-Claude tout à coup il est un homme on lui tend la main on lui dit bonjour ça va et quoi encore ses yeux qui étincellent

mais la main s’échappe la main a peur le regard fuit ses yeux s’éteignent la tête se penche plus près du sol encore Jean-Claude redevient le Jean-Claude

Extrait de Regarde comme elle est belle

on ne savait pas ce que c’était un mort
elle a tout autour d’elle des fleurs

ses mains le rythme de son corps
la petite musique du chapelet

on reste longtemps à la regarder
à ne pas pouvoir en détacher les yeux

Extrait de Le cri des mères

les filles qu’on culbute dans la paille
sabots pieds nus gros bas de laine mille fois reprisés pantalons sac à patates
retroussent les robes rapiécées dix fois bouts de chiffons étoffes pas chères
marmots les ventres s’arrondissent tous les ans
certains ne sortent pas
les mères meurent si le passage se déchire

les garçons les filles s’aiment
capotes roses pilules micro dosées du lendemain
les filles se make up se Coco Chanel s’Angel
les garçons s’Hugo Boss se Gauthier
les braguettes Levi’s se gonflent
les filles aiment ça

Extrait de du soleil dans les orteils

elle aurait des fleurs
du soleil dans un bouquet
en pointillés c’est toujours

jamais elle ne se fane
elle effeuille ses fleurs
et parfois le soleil

jusque dans mes orteils

Extrait de Planche en bois

Toujours grand père son odeur de grand père. Celle des champs de la paille et du foin. On plonge le nez dedans, on l’écoute jusqu’au silence. Quand ça remue ça recommence. Toujours grand-père moi grand-père sur le chemin interdit sauf riverains. A pied c’est facile. Toujours ta main plus grande que ma main. L’eau de la fontaine a du goût. Elle est d’ici et s’écoule je ne sais où. Toujours grand-père les herbes sont hautes grand-père. Viens, nous devons courir contre l’air. Il est encore temps grand-père.

Extrait de Un petit peu d’herbes et des bruits d’amour

elle met des champs dans son bouquet
ferme la fenêtre que les mots ne s’envolent

elle murmure les personnes disparues à la lune
ce qu’elles avaient d’eau dans les yeux

Extrait de Vous êtes mes aïeux

cette nuit vous êtes venus me voir
je dormais j’ai fait semblant de rien

vous m’avez soufflé vos malheurs
j’ai tendu l’oreille je n’ai rien compris

vos langues anciennes
vos langues chargées de langues
de vos bouches des flots de paroles

dans vos voix j’ai entendu la terreur
je me suis blottie un peu plus

le matin vous étiez partis

Extrait de Terre à ciels

L’arbre et le ciel
sont énigmes dans l’air bleu

tu te penches sur le bord
ils circulent à l’intérieur

que dire de plus

Extrait de Te visite le monde

faudrait que tu cesses dans ta bouche
fourrer les mains car tu n’avaleras pas
le monde le goutant comme pas deux

Extrait de coups portés

vieux poirier zéro fruit en a entendu des vertes et pas mûres
en bribes ça suffit leur somme de choix puis nous aujourd’hui
en partie achevés traversés tous pores traces sans s’en aller
elle en avait des couches 7 ou 8 l’hiver 54 marque cent rides
hiver à moins 15 et mourir sans charbon la frousse aux fesses
débarquaient les allemands embarquaient le civet de lapin zut
lèvres serrées corps mouillé tant ça fout la trouille la flip
le soldat caché encavé n’en peuvent plus de cette sale guerre

Extrait de Le bruit des abeilles co-écrit avec Valérie Canat de Chizy

cela s’approche
fait frémir les buissons
où les oiseaux se taisent

cela vient de loin

si je n’étais pas encore née
ce serait un bruit d’eau


Bibliographie

Prix Yves Cosson 2017 pour l’ensemble de l’œuvre

  • Terre à ciels, Les Carnets du Dessert de Lune, 2006
  • Planche en bois, Contre-Allées, Poètes au potager, 2007
  • Te visite le monde, Les Carnets du Dessert de Lune, 2009
  • Coups portés, Publie.net, 2009
  • La petite qu’ils disaient, Contre-Allées, Collection Lampe de poche, 2011
  • Le cri des mères, La Porte, 2012
  • Un petit peu d’herbes et des bruits d’amour, L’Arbre à paroles, 2013
  • Vous êtes mes aïeux, éditions Henry, 2014
  • Du soleil dans les orteils, La Porte, 2013
  • Regarde comme elle est belle, Le petit flou, 2014
  • Le bruit des abeilles, La Porte, 2014 (avec Valérie Canat de Chizy)
  • Gestes printaniers / Xestos primaverais, Amastra-n-gallar, 2014 (traduction Emilio Araúxo)
  • Felos au galop / Felos ao galop, Amastra-n-gallar, 2014 (traduction Emilio Araúxo)
  • Renée, en elle, éditions Henry, 2015
  • S’il existe des fleurs, L’Arbre à paroles, 2015, prix des collégiens Poesyvelynes 2017
  • Sans Abuelo Petite, Les Carnets du Dessert de Lune, 2017

Prix Yves Cosson 2017 pour l’ensemble de l’œuvre.

Participation à des anthologies et recueils collectifs :

Avec tes yeux, éditions en forêt, em verlag
La fête de la vie n°5, éditions en forêt, em verlag
Creuser les voix, éditions Samizdat, 2012
Métissage, L’arbre à paroles, 2012
Momento nudo, L’arbre à paroles, 2013

Publication en revues  : N4728, Contre-Allées, Décharge, Verso, In-fusion, Mots à maux, Recours au Poème, Sitaudis, Paysages Ecrits,...

Chronique mensuelle sur les ondes de la radio Grand Ciel, émission La route inconnue

Blog personnel : J’écriture(s)

Un entretien avec Matthieu Gosztola sur Recours au Poème

Photo : Michel Durigneux


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