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Sylvie Fabre G.

vendredi 17 mai 2013, par Cécile Guivarch

Présentation

Sylvie Fabre G. est née à Grenoble en 1951. Longtemps professeur de Lettres, elle se consacre désormais à l’écriture.
Elle a commencé à publier en 1976 dans la revue parisienne Sorcières. Depuis elle est présente dans de nombreuses revues et anthologies en France et à l’étranger (Italie, Québec, Belgique, Espagne, Portugal, Allemagne, Grèce).
Depuis 1990, elle a publié une vingtaine de recueils poétiques et de récits chez différents éditeurs. Elle a collaboré pour de très nombreux livres d’artistes avec peintres, photographes et graveurs, entre autres F. Cheng, C. Deblé, A. Slacik, F. Benrath, F. Rebeyrolle, C. Margat, M. Pessin.
Elle participe à des lectures-rencontres, écrit des notes critiques en revues et sur les sites. A traduit Milo De Angelis pour Europe et Thauma et le site Terres de femmes. Elle pratique aussi la photographie.

[lilas]L’autre lumière [/lilas]

Trouver le mot, le centre, ce autour de quoi s’ordonne toute vie, le plus intime comme le plus intérieur, le rayonnant comme la nuit si noire, l’abîme qui dérange et convulse, la beauté continue mais ultime, une symphonie affûtée aux grands cristaux du temps, et qui dépose enfin, telle la mer sur le sable, le galet poli, mille fois nettoyé, de sa vérité.



[lilas]L’Isère[/lilas]

Qui dira la beauté sauvage ou tendre des eaux quand elles courent, rêvent, s’étendent, débordent ou se taisent comme autant de cœurs sonores, comme autant de palpitants silences ? Qui fera entendre leur voix ? Dans ce pays de la vallée de l’Hien, les ruisseaux sont sève de la terre. Ils portent des noms étranges et forts qui résonnent à l’intérieur de nous en traçant des chemins nocturnes ou diurnes. Les choses de la nature ne sont-elles nommées que par le retentissement qu’elle provoque en nous ? Et leur nom n’est-il là que pour établir ce lien si intime qui nous relie à elles par les yeux et l’âme ?



[lilas]L’approche infinie[/lilas]

Le passé t’exténue au présent
monte sur la terrasse prendre futur
aux forces ramifiées du vent.

Le village étale la chaleur
taches de sienne sur toits rebelles
tout est en suspens du ciel
l’escalier, le sentier, la tristesse et toi
tout tient par miracle de bleu.

Tu es pareille aux vieilles femmes
assises pieds nus sur le rebord
tu t’abandonnes à l’abandon.



[lilas]Deux terres, un jardin [/lilas]

Reçois les mots orphelins.
Dans ta gorge, une histoire de passage
un son à franchir de la voix
pour trouver l’unité.

Entre dans le jardin verbal.

Sur la douleur, l’étincelle
ne sépare plus le rêve du rêve
le cœur du sang.
Où te mènent-ils ?
D’une terre l’autre
l’ombre, la peur, le muet
ta mémoire bat le rappel :
je est un pré en pente
extraordinairement menacé.



[lilas]Le Génie des rencontres[/lilas]

A la porte des écoles, dans les profondeurs bleues ou grises des matins et des soirs, les mères sont là, rêveuses et souvent impatientes, sentant leur ventre vide et leur cœur nu d’avoir abandonné l’enfant à d’autres un si long temps. Elles gardent en elles le goût de son baiser léger, de son rire mal éteint, elles gardent en elles leur propre solitude comme un vaisseau qui aurait déployé ses voiles sitôt que lui, l’enfant, aurait franchi la grille.

Elles se souviennent d’elles, exclues, séparées, regardant, regardant la multitude des enfants, petites vagues vagabondes et bruissantes, et l’un d’entre eux, le leur, petit embrun cherchant le large au sein même du flot, et le trouvant, car l’enfant a le pouvoir d’être ce corps vivant, impossible et ardent, qui fait tomber les murs tout autour, qui s’approprie le monde, renaissant à lui-même et à tous ceux qu’il appelle ses copains, triomphant toujours. Les cours de récréation sont ces lieux-là, parcelles de lumières, de fables, d’entraves vaincues. Elles sont l’ivresse et le cyclone, les larmes et le plaisir qu’attise le vent de la liberté. Jamais brimée, jamais définitivement brimée. Les enfants qui les peuplent les font se dilater pour mieux absorber et rejeter l’espace et le temps n’appartenant qu’à eux. Leurs cris s’enflent, c’est une rumeur qui s’épanouit, retentit jusqu’à la rue, jusqu’aux maisons, bureaux, usines où se tiennent leurs pères et mères et la société tout entière. Elle fendille leurs défenses faisant battre de grands coups sourds leur corps triste. Elle est comme une eau qui s’écoule ressuscitant la vie.



[lilas]Les yeux levés [/lilas]

Tous les visages de mon visage
je les affiche sans faillir
ils sont l’intranquillité sur ma table
voûtes d’échos, masques
aux parois de la grotte
ils disent mes morts
jusqu’à l’ultime qui viendra
comme les autres

bâtons d’aveugle
tous les visages de mon visage
épinglent le sourire, les larmes
leurs trésors sont - indocile limon
roses plantées des mots
depuis le fond de mes âges

tous les visages de mon visage
disent la même aventure
comment encore aimer, parler
quand la bouche soudain défaille
que s’agenouille le oui sur les lèvres
tous les visages de mon visage
ne sont pas encore mon visage

mon visage cherche
son visage perdu



[lilas]Quelque chose, quelqu’un [/lilas]

Les hirondelles tapent du bec sur le vert, le lac tourne. Elles ne perdent pas le fil de l’eau, elles signent un acte de mémoire, insectes, roseaux, vaguelettes, sous l’opaque la transparence, que savez-vous de leurs pensées ? Elles esquissent un espace plus vaste que le nôtre, courants d’air, rais de soleil, le gris même ne leur est pas interdit. L’été nous brûle dans leur chant.

Qui ne trouverait une joie à se tenir dans l’étrange coup de leurs ailes ? D’une rive à l’autre dans l’effleurement, la terre s’échappe, c’est du ciel, bleu accessible, ciseaux des voix, trouée de jaune surgissent dans le vert.

[azur]_____[/azur] Le lac tourne. Nous avec.



[lilas]Corps subtil [/lilas]

Une fois a eu lieu, une fois dure toujours et tu te nourris de l’ineffaçable, tu n’attends plus, ton corps imprime un livre d’aube et de sang, tu tournes les pages d’une immémoriale mémoire, tu écoutes au fond de toi grandir l’altérité, elle fait de ton être quartier - la vivante se retrouve dans la morte, l’amante dans la délaissée - l’amour pressenti source originelle, tu choisis le plaisir ou l’ascèse, même voie, même risque, là où tombe le baiser tu retiens la vie, tu en sens l’âpre finitude et l’infini dans le livre où ton corps est gage de feuilles, tissu de brise, fourmis sur le nu, rumeur des flux, plis et fontaine, tout mot levant sa violence charnelle pour la rendre à son absolu, spirituelle.



[lilas]Frère humain [/lilas]

Quand prononceras-tu
la parole de silence
toi qui n’es plus corps des corps du monde
ta voix trouve trace dans la mienne
(privée de bouche)
a peur de mourir de n’importe quelle mort
créature de songe et de fumée
d’encre ancienne, de langage et de souvenirs
s’essaie à parler
les mots sont des prétextes
pas de déchiffrement mais une traînée de temps
peut-être as-tu vécu, frère humain
comme tous les tiens avant toi
sans jamais savoir
quelle est ta voix et où elle va
seulement l’ivresse
et l’extinction.




Bibliographie

Aux Editions UNES :

  • L’Autre Lumière (1995)
  • La Vie secrète (1996)
  • Le Bleu (1997)
  • Dans La Lenteur (1998)

Aux Editions PAROLES d’AUBE :

  • Première Eternité (1996)

Aux Editions Le VERBE et L’EMPREINTE

  • L’Heureuse Défaite (Gravures M. Pessin - 1997)
  • Lettre de la mémoire (Photos S. Bertrand - 2000)
  • D’un mot, d’un trait (avec F. Cheng - 2005)
  • Neiges (Gravures M. Pessin - 2012)

Aux Editions du FELIN (Collection P. Lebaud- Kiron) :

  • L’Isère (1999)

Aux Editions VOIX D’ENCRE :

  • Le Livre du visage (Lavis Colette Deblé - 2001)

Aux Editions LE DE BLEU :

  • L’Approche infinie (2002)

Aux Editions L’AMOURIER :

  • Le Génie des rencontres (2003)
  • Quelque chose, quelqu’un (2006)
  • Frère humain, suivi de L’autre lumière en réédition (2012)

Aux Editions L’ATELIER DES GRAMES :

  • Le passage (Aquarelles Thémis - 2008)

Aux Editions L’ESCAMPETTE :

  • Les Yeux levés (2005)
  • Corps subtil (2009)

Aux Editions LE PRE CARRE :

  • Deux Terres, un jardin (2002)
  • L’inflexion du vivant (2011)
  • De petite fille, de voix et d’oiseau (2013)

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