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Anne Bonhomme

samedi 15 juillet 2017, par Cécile Guivarch

Anne Bonhomme est née à Verviers en pleine seconde guerre mondiale (1941). Professeur d’histoire. Rédactrice de la revue des historiens francophones de Belgique. Prix de poésie Nicole Houssa de l’Université de Liège en 1960.
Elle est des grands poètes belges celle qui a publié le plus tardivement, puisque son premier livre de poèmes ne paraît qu’en 1992 : Une histoire.
Depuis, neuf livres ont paru : cinq à l’Arbre à paroles (de 1994 à 2006) et quatre aux éditions Le Coudrier (2008-).
Ici-Là-bas, le recueil qui inaugure sa collaboration avec l’éditrice Joëlle Billy, pourrait sans doute servir de témoin, de signe essentiel d’une œuvre versée entre description du monde, vision de la petite histoire et celle d’une attention à tout ce qui bouge en nous, en dehors de nous.
Ce beau livre a obtenu le Prix biennal Emma-Martin de l’Association des Ecrivains belges de langue française en 2009.
Les marques personnelles de cette poésie tiennent surtout à la qualité des images, à leur sobriété, à l’aspect incisif sous l’apparence de la douceur conquise, à la beauté des thèmes traités : l’avenir de l’être humain, broyé par la vitesse, par l’inculture, rejeté par d’autres pour être d’une autre cité, d’une autre peau… Le souci de l’Histoire, aussi : le Temps noir qui vient (titre de son dernier recueil édité, 2015) évoque à toutes les pages la mort du monde, le salut par le poème, entre apocalypse, « nuage noir tombé » et « fin des histoires/ la fin d’un pays/ la fin d’une mère criant/ le nom de son petit » et « la guerre (qui) nous a mangés ».
Anne Bonhomme, nommée dans plusieurs anthologies (celles concoctées par Yves Namur, Liliane Wouters ; par Colette Nys-Mazure…), a une voix inoubliable pour rappeler aux lecteurs les réalités urbaines, celles intenses du cœur qui voyage pour dénicher de Lisboa aux Iles Andaman les beautés en péril de notre monde.
Le style choisi est tissé de poèmes verticaux aux vers très brefs et notre ethnographe poétique en fait un outil de conscience, d’intelligence et d’éthique.
S’il fallait donner à ce poète une place de choix, je la situerais dans la lignée belge des Verhaeren, Thiry, Wouters, Romus, Falaise, Kinet, Vandenschrick.

Philippe Leuckx

Extrait de Urbi, 1994, L’Arbre à paroles

Tu rentres
Il y a des jours où tu te dis que ta ville est grise que
le charme
Que tu lui prêtais quelquefois s’est évanoui tu roules
à toute allure
dans les tunnels et tu penses que ta vie va bientôt
se gâter tes
phares ! la voiture commence à s’user ton courage
aussi on est mercredi
tu dois encore répondre à Barros le faut-il téléphoner
rue de la Joie
que nom bizarre tu dois ! les fatigues n’arrêtent pas
(…)

Extrait de Sans poésie, 2000, L’Arbre à paroles

L’écriture
toujours à mi-chemin
de ce qu’on a vécu
toujours à mi-chemin
de sa faim

Extrait de Images, 2004, L’Arbre à paroles

Les nomades ont tressé
le chanvre des étoiles
notre silence
leur convient
chants inconnus parfois
d’une vallée à l’autre
puis plus rien
taches sur le soleil
la souffrance est
cette pierre dans la poche
lourde lisse
et qui pèse de plus en plus
cette pierre dans la poche
qu’on ne peut jeter
qu’on ne peut laisser
pierre sur notre jour
pierre
sur notre sommeil
souvenirs
si ! si ! ils arrivent ils arrivent
torture
remords
torture d’être encore là
nous ne guérirons pas

Extrait de Ici-Là-bas , 2008, Le Coudrier

C’est simple désormais
mon cœur
est la Grande Andaman
mon cœur
est cette île
il bat de ses vagues
il murmure dans
sa canopée
il s’émerveille de
ses poussières d’étoiles avant
les moussons
mon cœur est sous
une poitrine noire
sous la bride de son carquois
mon vieux cœur
qui ne supporte déjà plus
les ascenseurs
les chaleurs d’été
l’idée
de la mort
ni l’ogre-vieillesse
tapi dans les coins

reliquaire de bois flotté
de feuilles tressées
au creux d’un palétuvier

Extrait de Archives, 2013, Le Coudrier

L’île FRASER est un paradis perdu
heureusement perdu
une épouse divine allongée
un rêve d’île
que la mer caresse et
caresse
l’aube mirabelle a blanchi les
sables
l’échassier timide sort de
la forêt
pas lgers vie hésitante
la lumière coule des dunes rouges
vers la vague
(…)

Extrait de Le temps noir, Le Coudrier, 2015

Nous étions faits
pour être mangés
la guerre nous a mangés
vorace implacable
elle a tout englouti
les grandes
les petites choses
les enfants
les couleurs les graines
les soldats les maisons
les églises
j’ai écrit la guerre
parce que j’y suis née
j’ai écrit la guerre
parce qu’elle m’a manqué
infâme ogresse
marâtre amère
elle avait mangé tous
les miens
Sonia Maria Charles
Cécilia
j’ai écrit la guerre
parce qu’elle est en nous
en vous
pieu de braise
toujours à se raviver

Extrait de Le temps noir, Le Coudrier, 2015

Ce qui rend le
ciel si gris
dis-tu
ce sont les âmes
elles planent
au-dessus de nous
constamment
elle ne peuvent s’arracher
de leurs pénates
elles s’éloignent
puis refluent
lugubre tango

Page proposée par Philippe Leuckx
(auteur de plusieurs articles critiques consacrés à la poète et d’un Dossier L du Service Luxembourgeois du Livre)
http://www.ecrivainsbelges.be/index.php?option=com_content&view=article&id=1685&Itemid=175
http://www.ecrivainsbelges.be/index.php?option=com_content&view=article&id=2826&Itemid=175
http://www.servicedulivre.be/sll/fiches_auteurs/b/bonhomme-anne.html
http://www.ecrivainsbelges.be/index.php?option=com_content&view=article&id=80&Itemid=154


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