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Georges Guillain

mardi 3 juillet 2018, par Cécile Guivarch

Georges Guillain vit à Boulogne-sur-Mer où il dirige l’Association Les Découvreurs et organise depuis maintenant plus de 20 ans le Prix des Découvreurs. Ancien collaborateur de la Quinzaine Littéraire, il dispose maintenant de son propre blog ( http://lesdecouvreurs2.blogspot.fr/ ) à travers lequel il tente d’élargir, notamment en direction des publics scolaires, la compréhension des formes d’écriture contemporaines.
Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels on retiendra : Petite ménagerie avec restes de chien, merles, avec Monique Tello, Rehauts, 2007, Compris dans le paysage, Potentille, 2010, avec la terre au bout, Atelier La Feugraie, 2011, parmi tout ce qui renverse, Le Castor Astral, 2017, ainsi que 22 mouvements / mn. , 2015, Et de l’hiver assez ! 2015 et Un Bouquet pour les morts, 2018, aux éditions LD.
Dans un article de la Quinzaine littéraire Gérard Noiret a pu écrire qu’on trouve chez lui « l’intelligence de qui a su intégrer le questionnement des années 70 (contre un sujet maître de soi et un langage adapté aux tâches qu’il lui confiait) mais a su résister aux réponses données et donc à ne pas se perdre dans un académisme contemporain qui est venu compléter les poncifs du lyrisme naïf et de la poésie descriptive. »
Lien : http://lesdecouvreurs2.blogspot.fr/

l’hiver est une main précise – éditions écrit(s) du nord -2000

Plus d’hommes là près des maisons dans les jardins.
Le silence qui reste.

Avec un dessus de lit blanc une courte fenêtre. Qui
disparaît.

Puis cet autre salon tout gris. Douceur enfouie qui
frotte encore un peu sa laine.

Ici l’ennui coule sur tout comme une cire. Les
visages qu’on voit ne sont pas d’ici. Ici végètent des
plantes maigres dans des pots

et même quand nous sommes assis les fauteuils
semblent vides.

Compris dans le paysage – Editions Potentille – 2010

du vent
septembre
des secousses

d’autres oiseaux traversent

et les ailes des anges autour
sont des ruses de l’art

empruntant pour voler nos vies opaques

vulnérables

attendant de buter
le miroir

innombrable du temps

Avec la terre, au bout - Atelier La Feugraire – 2011

quand même

il n’y a pas de poésie descriptive

rien ne se représente ou rien n’est jamais là

totalement

que nous
la neige

et dessus

la main qui tremble simplement
ces gros paquets partout de nerfs
aboutissant à des images

alors

on dira
que sur les toits ce sont des souvenirs d’école
une histoire qui tombent

un coin du monde bondissant
par les yeux

bien maté

qui rebondit en poudre inverse

22 mouvements / mn. oxygène de la poésie – Editions LD - 2015

4

Dire pour commencer que j’ai le sentiment d’habiter ma voix. Plus parfois que mon corps. Que ma voix n’est pas le simple prolongement de ma pensée ou de mon corps dans l’espace qui m’entoure. Elle est plutôt appel de cet espace en moi, manière d’ouvrir la pensée, de l’appeler physiquement, ouvertement, à l’être. Par exemple, je ne prépare plus mes interventions. Du moins sur le plan des mots qu’il faudra dire, des phrases qu’il faudra aligner. Du discours, quoi. J’ai compris qu’il y avait là-dedans une façon d’étouffer la chose même à laquelle on prétend donner vie. Je me livre maintenant chaque fois à l’imprévu de la situation, l’intelligence de la voix prenant appui sur une écoute ou cherchant c’est aussi la cas souvent avec les jeunes, à la produire.

(Variations pour libérer la voix – mars 2013)

Sans doute qu’il existe quelque chose en nous et aussi dans le monde qui attend d’être dit. Attend avec plus ou moins de nécessité. D’impatience. D’exigence. Selon les circonstances, les sensibilités. Et la façon dont nous nous tenons plus ou moins à distance du sentiment merveilleux et terrible aussi de notre vie. Ce qui cherche à se dire n’a toutefois rien d’une vérité. D’une connaissance arrêtée. D’une proposition assurée qui ne tromperait pas. Ce qui cherche à ce dire est indéfinissable. Impossible à fixer. Un mouvement plutôt qu’un chiffre. Une vibration. Un rythme. Ce qui cherche à se dire ne relève pas de l’idée mais de la force. De l’élan. Les mêmes qui sont à l’origine du poème quand les premiers mots avancés, les premiers enchaînements de rythmes et de sonorités, les toutes premières associations d’images et de souvenirs vous aspirent dans le grand tourbillon proche des formes auxquelles votre expérience propre vous a rendu plus particulièrement sensible. Peut-être qu’après, le malheur, c’est de s’en remettre aux mots seuls quand peut-être ne comptaient que le tempo, l’énergie, le timbre, dont ils n’étaient que le support. Au mieux, de lumineux conducteurs.

(extraits de Mars 2012)

et de l’hiver assez ! -Editions LD – 2015

Pendant ce temps les os tes os faits d’os
et les vertèbres font surface remontent
le gras du corps avec comme un noyé
une enfilade aussi de vieux couloirs où
tu pousses des portes une colonne
chiffrant successivement les dorsales
les lombaires. Tes mots ta langue appuient
lourdement sur les reins leur chaine d’os
épine que tu partages avec quarante mille
autres espèces vivantes avec le lézard
la tortue les crotales tellement plus
démodés que toi cependant qui t’empêtres
dans mille faisceaux douloureux de nerfs
à très bientôt fossiles.

(extrait de perdu comme au milieu d’hiver – inspir )

Parmi tout ce qui renverse – Edition du Castor Astral – 2017

Marais de Guines

parfois
on ne sait pas ce qu’on traverse

un paysage
une joie
un oubli

marchant
tantôt à découvert
tantôt entre les saules

on regarde un peu le marais
mais surtout notre vie qui passe

Daniel dit
− peut-être qu’on pourrait tout écrire
avec les mots qu’il faut

mais chaque chose en appelant une autre
essayer d’enfermer tout ça
étang fossés canaux
les bleus les gris le blanc

et puis les millions d’herbes
les millions d’herbes !
ça nous ferait un beau mal de tête

rien que du vert Daniel
on n’en sortirait pas

Un bouquet pour les morts – Editions LD – 2018

CESSER
pour nous qui allons disparaître ici

on n’y pourra plus rien non

et toute la planète penchée toute
la rue le piétinement des oiseaux fuseaux la course éparpillée des jours

tout / même le soleil qui ne s’éteint jamais solstice ! toute

la vieille peau endurcie frémissante
les vieux muscles de fonte / tout

bientôt
s’immobilisera

sur le plus ample bout de la nuit

//

cesser nous sculptera
presepe ou santon grossièrement dans le noir

figurines

                                  qui

passeront de mémoire à mémoire
au cours de quelque long repas de famille / ou d’amis

tel /

aux bords déjà de la vieillesse on fait
d’autres qu’on aurait voulu garder

comme des arbres dans la tête

des arbres
en route

jamais prêts de finir
ni d’arrêter / pour mieux la reposer sur

nous leur ombre

feuillagée

(extrait de Pour y tenir ensemble ( conjugaisons)

photo : Louis Monier
choix des textes : Hervé Martin


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