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Roselyne Sibille

samedi 19 juillet 2014, par Roselyne Sibille

Roselyne Sibille vit en Provence où elle écrit sur son approche de l’humain en lien avec la nature et avec lui-même.

Elle est poète, géographe de formation et traductrice.
Elle a été bibliothécaire, puis a enseigné l’expression écrite et orale à l’université d’Aix-en-Provence, et a créé un atelier de poésie à l’Université d’Avignon avant de se consacrer uniquement à l’écriture et à la traduction littéraire (en particulier de poètes indiens écrivant en anglais).
Outre ses publications de poésie en recueils, on peut lire un certain nombre de ses poèmes, récits de voyages et traductions dans des revues papier et en ligne, et des anthologies (dont Terres de femmes, Recours au poème, DiptYque, Bacchanales, Pas d’ici pas d’ailleurs, La main millénaire, Levure Littéraire, Incertain regard, Terre à ciel, Asymptote, Pratilipi, Qantara, Culture coréenne).

« Traduite en plusieurs langues, dont le coréen, la poésie de Roselyne Sibille porte la trace des menues efflorescences de la nature. Sensible à la vie secrète qui murmure sous la langue et sous la terre, la poésie de R.S est poésie naturelle, fluide, « maternante » et matricielle. Elle vit du froissement de la lumière, du chatoiement des formes et des couleurs, toutes choses propres à insuffler la vie, à générer l’élan vital nécessaire à la réconciliation de l’homme avec lui-même et avec le monde déchiré qui est le sien. L’acuité du regard de la poète nourrit un lyrisme mesuré, pleinement assumé et généreux. »
Angèle Paoli, Terre de femmes

Extraits de Au chant des transparences

Au cœur du ciel
une alouette
invisible
Seul son chant
immense et bleu

*

Brouillard Silence
Le jour s’étonne de blancheur

Soudain au cœur
tinte le rire de l’enfant

Extraits de Versants

Construire en briques d’eau
des parois de vent

Habiter le souffle
d’une demeure océane

Dors ma peur dors
je te berce

*

Éparpillée encore
au jour d’après fracas
je me terre et j’écoute

Où respirer ?

Dans quel sourire du vent ?

*

Je suis partie
dans le vent parfumé
échappée belle
chemins buissonniers

Tout ce qui m’appartient
c’est le ciel et le vent
c’est le chant du loriot
et l’odeur des lilas

le vol des hirondelles
un vol de ciseaux vifs

la chevelure offerte
d’une prairie de vent

Devenir souffle clair

Et puis trouver
limpides
les chemins libres des oiseaux

Extraits de Tournoiements

Il y aura des matins qui te ressembleront
Mais sans passages
où je te chercherai

*

Seule avec toi
dans le silence vert
je respirerai au plus léger
l’invisible

Du fond des eaux frémira la lumière

Je te retrouverai

Extraits de Par la porte du silence

La pleine lune a étendu ses draps entre les arbres

Sa lumière coule dans la rivière avec les mots
frissonne
crée et perd le poème

*

Une libellule brune est venue respirer sur mon livre
tulle de ses ailes en ombre

Les mots à travers palpitaient

Extraits de Lumière froissée

Les cigales cisaillent le silence
Victoire assommée asséchée éblouie

Le temps abasourdi
trébuche
sur l’épaule immobile des secondes

*

Lointaine
muette
hostile
cachée dans ses plis et replis

Plus tard vous poussant de l’épaule
présente comme une question

Extraits de L’appel muet

un miroir
appuyé contre la nuit

voir ce qui demeure
et sourire

*

Je voudrais me poser sur la vague
comme les oiseaux de mer
où je pourrais dormir

m’enrouler dans le parfum des algues
pour trouver d’autres racines

attendre rien
au milieu de l’infini

Extraits de Ombre monde

Sur les étagères les plus nues je rangerai des pierres brutes
j’empilerai les minces et les irrégulières
Avec des blocs je marquerai l’emplacement des fenêtres
le vide s’adaptera aux fissures
N’aie pas peur
J’ouvrirai un ciel dans le plafond
les nuages oseront le traverser
Avec les galets perdus je créerai des cercles
j’organiserai le chaos
On recommencera à croire aux chemins
on lèvera la tête vers la lune et la neige
N’aie pas peur
On recoudra les cailloux
même si tout est flou
On inventera des marches
de plus en plus solides
On repoussera les parois du trou noir
nos pas broderont des spirales
N’aie pas peur
Je me tiens avec toi
Il nous faut croire encore dans l’indéfini

*

sans toi
sauf tes murmures
avec trop de
mais tant de
donc sourire
avant que la
et pourtant
puisque rien
à part traduire
et durer
et absolument
pendant que là
pas à pas
mais gelé

*

L’Ombre se dresse devant moi

J’y découperai une silhouette à ma mesure
et je pourrai entrer

Je sècherai mes pieds de glaise à l’incendie
J’attendrai parmi les oiseaux que je ne verrai pas

Les lointains seront bleus

Extraits de Chaque jour est une page

Quand le coq annonce et répète
le titre aigu du jour
la cloche compte
posément
tranquillement
les heures déjà fondues

*

Son des cigales dans le vallon
exagéréexagéréexagéré
jusqu’à la plage

Les galets s’enroulent et jouent dans les remous
la partition de leurs couleurs mouillées

*

Une chaise en bois près de la porte bleue
Un basilic un géranium
La vie se repose en regardant la mer

Une vague palpite là où s’est arrêté le temps

*

Poing lancé par l’innocence de l’aube

Entre l’ombre et la clarté
la lutte a commencé

Elles rampent en silence se distordent
inextricables entremêlées
un corps à corps millimétrique

Les chardons attendent
et les bougainvillées

Quand sourit le crépuscule
on ne sait pas qui a gagné

Demain recommencera le combat


Bibliographie

2001 - Au chant des transparences, lavis de Bang Hai Ja, Éditions Voix d’encre
2002 - Éclats de Corée, Éditions Tarabuste (Anthologie Triages, avec le concours du CNL)
2005 - Versants, préface de Jamel Eddine Bencheikh, Éditions Théétète (avec le concours du CNL)
2006 - Préludes, fugues et symphonie, Éditions Rapport d’étape
2007 - Tournoiements, Éditions Champ social
2007 - Un sourire de soleil (histoire pour enfants), édition bilingue (franco-japonaise) parue au Japon, traduction de Masami Umeda, photographies d’Hélène Simmen
2009 - Par la porte du silence (Through the Door of Silence), recueil trilingue (français-anglais-coréen), coédité par le Musée mémorial Gyeomjae Jeongseon et le Centre Culturel de la Fondation Toji, peintures de Bang Hai Ja. Publié en Corée du Sud. Traductions de Michael Fineberg et Moon Young-Houn.
2010 - Lumière froissée, encres de Liliane-Ève Brendel, Éditions Voix d’encre
2012 - L’appel muet, éditions La porte
2013 - La migration des papillons, éditions La Porte (co-écrit avec S. Huynh)
2014 - Ombre monde, éditions Moires
2014 - Chaque jour est une page, éditions La Porte

Divers livres d’artistes, bibliophile et autres co-créations : avec Bang Hai Ja - Florence Barberis - Hélène Baumel - Laurence Bourgeois - Liliane-Eve Brendel - Yannick Charon - Sylvie Deparis - Maïté Erra - Keun Eun-dol - Mireille Laborie - Christine Le Moigne - Dominique Limon - Youl

Lectures musicales de ses recueils.
Expositions personnelles et collectives.
Résidences d’écriture (France, Inde, Corée du Sud).


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