Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

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Chantal Couliou

mardi 3 juillet 2018, par Cécile Guivarch

Chantal COULIOU est née à Vannes en 1961, auteure d’écrits poétiques. Elle vit entre la rade de Brest et le golfe du Morbihan.
De très nombreuses publications en revues : Arpa, Friches, IHV, Lieux d’être, Spered Gouez,… et en anthologies : L’alphabet des poètes, éditions Rue du Monde, Nos bonheurs d’école, Les Arènes, Chaque enfant est un poème, éditions Rue du Monde, Secrets de femmes, éditions Pippa …
Une quarantaine de livres publiés (poésie, haïkus, nouvelles)

Le temps en miettes - éditions Soc et Foc

Le jour se tient en équilibre
au-dessus de ses souvenirs
- mal arrimés -
D’un mot à l’autre,
le vide s’est installé
dans sa vie
tissant un voile d’engourdissement où l’absence
est devenue la plus forte.

* * *

Assise sur le lit
des photos éparpillées
autour d’elle.
Elle essaie de reconstruire sa vie,
maille après maille,
les mots lui glissent entre les doigts.
Sans cesse,
elle doit rapiécer
ces bouts de souvenirs
pour tirer les fils de son enfance.
La fenêtre ouverte
lui offre de grandes rasades de vent
qui remuent,
peine perdue,
les traces
d’un passé/avenir oublié.

* * *

Toujours assise au même endroit
les mains
croisées sur ses genoux,
elle voyage
sur l’un de ces cargos
béats d’exotisme.
Sur ses épaules
le murmure des années
et dans ses yeux
le regard d’un ancêtre chinois.

* * *

Dans les replis de la mémoire,
un front de mer,
une sonate de Mozart,
l’écho d’une voix,
un sourire
qui nous aident à lutter contre
les jours qui s’enchaînent
pour ne pas oublier
les baisers framboise,
les nuits de pleine lune,
l’insolence du soleil
et la caresse du vent
sur nos joues vieillies.

* * *

Les jours bien pliés
au creux des armoires
se font discrets
à l’approche de l’automne.
Les mots,
ivres de pluie
s’écrivent à tâtons
sur le chemin de la mémoire
- éclats de souvenirs -

Au creux des îles - éditions Soc et Foc
Prix Camille le Mercier d’Erm 2013, prix des écrivains Bretons

Le déséquilibre du soir
s’enroule
autour des secrets de l’île
- confidences houleuses -
l’île devient multiple.

* * *

Lorsque le souffle du vent
impose sa respiration,
l’île,
chargée d’ombres
se dédouble.

* * *

Le vent a déposé les armes.
L’ île
réapprend à respirer,
doucement.
Son souffle
devient plus régulier
à l’approche du jour.

* * *

Derrière de blanches cotonnades,
le noir des veuves ouessantines
perce le jour.
A contre - courant,
le cliquetis des aiguilles
implore
le retour des amours disparus.

* * *

Ce matin,
la tempête résonne
et les rhumatismes agacent
le vieux clocher.
L’automne s’ouvre
sur une île recroquevillée,
le vent s’engouffre
sous des jupons affolés.
Au chevet de l’île,
la mauvaise saison.

Dans le silence de la maison - éditions du Petit Pois

Clair de lune sur le jardin. Les arbres s’affolent blanchis par la nuit. La veilleuse ne suffit pas à calmer les battements de mon cœur.
Par la meurtrière, les éclats de lune lacèrent mon sommeil.

Dans le jardin
l’épouvantail, seul sous l’orage
et sans parapluie

* * *

Pas à pas, prendre toute la mesure de la vie sur l’île. Petites plages abritées, dolmens, menhirs semés au gré du vent. Au loin, un fouillis d’îlots et un morceau du continent.

Cercle de pierres
et palabres des ancêtres
- les pieds dans l’eau

* * *

Le cimetière a des allures fantastiques, illuminé par les faisceaux de l’orage. Les sépultures blanchies à la chaux. Même la chouette du clocher n’ose plus hululer. Le laisser-aller de l’orage l’effraie et l’ossuaire tremble.
Au petit matin, pas d’Angélus. Le clocher est resté muet.

La lumière du jour
joue sur les toits d’ardoise
à cloche-pied

* * *

La course folle des jours sur la table de la cuisine. Le calendrier qui ne veut plus s’arrêter de courir. Ecrire debout, tout en surveillant la cuisson du bœuf bourguignon dans le tranchant du soir quand le corps se vide de son énergie et se délivre de ses incertitudes dans l’errance d’un verre de vin.

La liste des courses
sur l’ardoise
- pas de volontaires

* * *

Tout le monde s’agite autour du cimetière. Sur les tombes fraîchement nettoyées, lavées et briquées, l’uniformité des chrysanthèmes. Bientôt la Toussaint. Même l’orage s’en mêle. Quelques coups de tonnerre retentissent. Des éclairs zèbrent le ciel au regard sombre.

Une veste oubliée
au milieu du cimetière
celle du jardinier ?

Rapa Nui - éditions Rafaël de Surtis - avec des photos de Karine Djebari

Battue par les flots
au beau milieu du Pacifique
une île mystère
- l’île de Pâques

Qui se cache derrière ces regards luminescents ?

Il y a des centaines et des centaines
de statues de pierres posées sur leur ahu
au large du Chili
- une énigme -
et des chevaux sauvages qui n’en finissent pas
de leur raconter des histoires de vent,
de cavalcades et de massacres.

* * *

Quelques Moaï désordonnés
tentent de déchiffrer
les mystères du vent.

Avec l’âge,
le Moaï s’incline un peu plus,
à chaque tempête.

* * *

Rapa Nui
un immense atelier de sculpture
à ciel ouvert.

* * *
Ahu Akivi
les grands explorateurs
ont toujours quelques histoires
à raconter
à qui veut bien les écouter.
L’île mystère
n’a pas fini de nous étonner.
Son éloignement la protégera certainement
encore un temps
des appétits nomades
de l’homme civilisé.
Les grands flots de voyageurs ne sont pas encore
à portée d’Hanga Roa
- jusqu’à quand ?

Laissons à l’île
ses conversations
et aux Moaï
le secret.

A fleur de silence - éditions Soc et Foc

Le goéland curieux
derrière la fenêtre close
un intrus à table

* * *

Au large de Sein
sous la torture du vent
les aveux du phare.

* * *

Fenêtres ouvertes
sur les discours de la tempête
dialogue de sourds

* * *

Au détour d’une rue
un joueur de violon
sourire édenté

* * *

Dans la ville endormie
le silence d’un clochard
- de plus en plus froid

* * *

Un mur bleu
tiré à quatre épingles
la mer, à portée de vue

* * *

Dans la cour d’école
l’insolence du mimosa
un feu d’artifice

* * *

Les grues du port
malmenées par le vent
combat inégal.

A cloche-pied - éditions Tertium

L’océan,
au bout du rouleau
a pris le large
et largué les amarres
pour se réfugier
sur les îles Sous le vent.

* * *

Un poème naît,
d’un petit vent insolent
qui vous chatouille les narines,
de la balade d’un escargot
sur les salades après la pluie,
de la chanson de l’océan
les jours de grand vent,
des cabrioles de la pluie,…
Un poème peut naître
de mille petites choses
qui viennent titiller
les mots.

Pour apprivoiser le vent - S’Editions

Une pluie fine
la balançoire s’ennuie,
le jour s’attarde sur les tilleuls,
hésitations du gris.

* * *

De passage
le vent a laissé tomber
son souffle sur la campagne.
Qui le lui dira ?

* * *

Jour après jour,
nuit après nuit,
l’enfant écoute les dernières nouvelles
de l’hiver qui s’époumone.

Le chuchotis des mots - éditions Les Carnets du dessert de Lune -
Prix Joël Sadeler 2017

Les arbres sont silencieux.
C’est la nuit.
Plus aucun bruit dans l’école.
Finis les histoires de princesse,
les jeux de billes
ou de cache-cache.
Le secret des enfants
dort bien au chaud
au creux des armoires.

* * *

Sur le bord de l’étagère
l’équateur voudrait bien se libérer
de sa fonction d’équité
et puis les tropiques en ont assez
d’être frères jumeaux.
Ils rêvent d’indépendance !
Et le globe, avec tout ça,
est dans tous ses états.

* * *

A l’heure où le soleil se couche
sur les fils électriques,
les moineaux musiciens
écrivent une nouvelle partition
dans une clé inconnue.

Grand Large - éditions CMJN - livre d’artiste avec la complicité de Marguerite Rolland

Au bord de l’océan
j’entends le vent effronté qui hurle.
Venu de l’Atlantique,
il piaffe aux fenêtres,
impatient d’en découdre
avec ces marins frileux
perclus de rhum vieux
qui traînent
dans les ruelles fatiguées du port.

* * *

Les flocons divaguent
sur l’Atlantique
et les navires perdent le Nord.
La neige colporte de mauvais rêves
le vent se fâche et ne tient pas ses promesses.
Lui n’a pas fait vœu de silence.

* * *

L’Atlantique
n’a rien de définitif.
Il va, il vient
au gré des vents
toujours au-delà de ses limites.
Il s’étire
un peu plus
chaque jour.

Seul le bleu demeure - éditions de la Lune Bleue - livre d’artiste avec la complicité de Lydia Padellec

Au fil des tempêtes
la barque s’est usée
à se frotter
au vent qui brouillait
les itinéraires.

Aujourd’hui,
elle n’attend plus rien.
Elle est juste là.

* * *

L’île,
un regard sans frontière
aucune limite
dans les bleus.
Même la boîte à lettres
est bleue.

* * *

L’île insaisissable
cousue
de vents et de mystères
trône
au creux du silence.
Vivre
à son bord
est tout un art.


Bibliographie

Poésie

  • Sens dessus dessous, haïkus en collaboration avec Régine Bobée et Choupie Moysan, éditions Envolume, 2018
  • Sans préavis, La Porte, 2017
  • Le temps en miettes, éditions Soc et Foc, 2017
  • Dans le silence de la maison, éditions du Petit Pois, 2016
  • Le chuchotis des mots, (jeunesse) collection Laluneestlà, éditions Les Carnets du dessert de Lune, 2016 – Prix Joël Sadeler 2017
  • Fragments d’alphabet, Collection Blanche, éditions Encres Vives, 2016
  • Le temps est à la pluie, 2014, La Porte
  • Croqués sur le vif, (jeunesse) collection lalunestlà, éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2012
  • Variations autour d’une île, 2012, Collection Lieu, éditions Encres Vives
  • Au creux des îles, 2012, éditions Soc et Foc- Prix Camille Le Mercier d’Erm décerné par l’Association des Ecrivains Bretons 2013
  • Rapa Nui, 2012, éditions Rafaël De Surtis
  • Le vieux vélo de Jules, 2010, (haikus) éditions La Renarde Rouge
  • Une poignée de mots et un peu de vent, 2009, Coll. Dessert, éditions Les Carnets du Dessert de Lune
  • A cloche pied, (jeunesse), 2009, Coll. A la cime des mots, Tertium éditions
    Géographie de l’eau, 2009, Coll. Le Poémier, éditions Corps Puce
  • Au cœur du silence, 2008, La Porte
  • Le soleil est dans la lune, 2008, (jeunesse) Coll. Le Poémier, éditions Corps Puce
  • Pour apprivoiser le vent, 2008 (jeunesse) encres d’Annie Bouthémy, S’éditions
    Ciel de traîne, 2008, éditions Clarisse
  • La rumeur de l’hiver, 2008, Coll. Blanche, Encres Vives
  • A fleur de silence (haïkus), 2007, seconde édition, 2015, Soc et Foc - Liste de référence « lectures pour les collégiens », 2012, Ministère de l’Education Nationale
  • Carnets de petits bleus à l’âme, 2004, Les carnets du Dessert de Lune
  • L’avancée des jours, 2004, Eclats d’encre
  • Point d’attache, 2003, Gros textes
  • Saint-Denis, fenêtres ouvertes, en collaboration avec le photographe Pierre Douzenel, 2003, PSD
  • Jours de pluie (jeunesse), 2003, Club zéro
  • Lettres à Yvan,2003, La Porte
  • Il y a des jours, 2001, Fer de Chances
  • Des chemins de silence, 2000, Blanc Silex
  • Petits bonheurs (jeunesse), 1999 Le Dé Bleu
  • Les petites blessures de la nuit, 1998, Cahiers Froissart
  • Petite suite pour un été, 1998, fer de Chances
  • Mémoire de pierre, 1998, Encres Vives
  • Le chuchotement des jours ordinaires, 1997, L’épi de seigle (Prix Press- Stances 1997)
  • De l’algue à la pierre, 1997, Encres Vives
  • Désordre, 1988, Maison Rhodanienne de poésie
  • Horizons, horizons, 1984, SGDP

Livre d’artiste

  • Grand Large avec Marguerite Rolland (encres et pastel ) , CMJN éditions, 2013
  • Seul le bleu demeure avec Lydia Padellec acryliques) , éditions de la Lune bleue, 2017

Nouvelle

  • Une petite pluie, 2006, Les Découvertes de La Luciole

Photo prise par Yvon Kervinio


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