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Poésie d’aujourd’hui

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Chantal Dupuy-Dunier

mercredi 17 avril 2013, par Jean-Marc Undriener

Présentation

Poétesse, née le 28 novembre 1949 en Arles.
Habite en Auvergne à Clermont-Ferrand, après avoir vécu dix ans dans le petit village de Cronce (Haute-Loire).
A animé pendant 11 ans un atelier d’écriture et de lecture poétiques à Clermont-Ferrand.
Elle a créé différents spectacles de poésie.
A été invitée fin 2010 à la Fête internationale du livre de Saint-Louis du Sénégal, en mars 2011, au Printemps des Poètes à Mayotte et, en octobre 2012, au Salon du Livre de Beyrouth.

[lilas]Des ailes[/lilas]

Je sais,
sous ta chemise,
tes épaules de terre,
les méridiens d’amour,
_______lignes de force
_______de ton dos,
ce qui,
sous mes deux mains,
fait corps avec mes ondes
_______et j’attends, impatiente,
_______l’heure de ton torse nu.

L’affluensemence de l’amour
dans le sein du langage
clarifie la phrase
et ouvre la syntaxe à d’autres temps.

Mon frémissant,
nous marcherons ensemble jusqu’à
______________la rive étrange,
la clarté des regards offensant la lumière.

L’enluminure de nos corps enlacés
ornera le premier mot
______________de l’autre livre.



[lilas]Creusement de Cronce[/lilas]

Cronce,
le creux...
non pas le vide occidental, la vacuité,
mais le creusement,
___un sensuel consentement à ce qui peut emplir.

Cronce, une forme en creux
___à combler d’encre.

Une contrée enracinée,
la Croncée,
sise dans l’espace du désir.

Ici, le temps est souterrain.



[lilas] Initiales[/lilas]




[lilas]Où qu’on va après[/lilas]

Les animaux,
les petits,
les gros,
ils meurent pas toujours des mêmes causes
mais ils meurent tous,
même le loup,
même les puces sur le dos
du loup de la chèvre de Monsieur Seguin.

Et les écrivains - c’est terrible un écrivain,
ça s’imagine qu’on n’oubliera jamais
ni son nom ni ses livres.
- Plein d’illusions, l’écrivain ! -
alors qu’au plus tard dans mille ans,
il n’y aura personne pour s’en souvenir !
Ils meurent aussi, les écrivains,
même les académiciens.
Regardez : Alphonse Daudet,
il a pas survécu à sa chèvre,
ni au loup,
ni aux puces.



[lilas]Ephéméride[/lilas]

Les oiseaux,
le ciel,
ne sont que des éphémères
tournoyant autour d’un phare
destinés à devenir vestiges.

Notre vie...
La poésie...
Ecrire, en toute lucidité,
pour le non sens
et la disparition.



[lilas]Un n’oiseau des z’oiseaux[/lilas]

La chose venait de se poser sur une branche du lilas. Elle était de la taille d’une petite banane, recouverte de poils bizarres, longs et plats, rouges sur la tête, noirs sur le corps, avec deux courtes pattes.
Elle sautillait et répétait le même refrain entre ses drôles de lèvres pointues qui avaient l’air dures, alors que la chose semblait très douce.
C’était plutôt joli. La p’tite gosse n’avait pas peur car les choses jolies ne font pas peur.



[lilas]Et l’orchestre jour sur le pont qui s’incline[/lilas]

Dans notre hâte,
nous avons oublié sur la table
quelques fruits et un morceau de pain.
Nous les jetterons dès notre retour.
Le courrier emplira la boîte aux lettres
et l’herbe aura poussé dans notre cour.
Nous aurons encore le temps,
toute la vie,
après...



[lilas]Celle[/lilas]

Les arbres hochent la tête
à mon approche.
De vieux sages,
leurs épaules voûtées ne tremblent pas.
Leurs écorces desquament
par longues plaques grises
- On devine le cœur sous leur peau -
Ils consentent,
laissent pendre leurs bras le long de leurs troncs
- On devine le cœur à un nodule ovale -
Ils acquiescent à leur métamorphose.
- On devine le cœur en cessation -



[lilas]Il faut laisser la porte ouverte[/lilas]

Il pleut.
Fraîchement remuée,
ta tombe.
Prêt à fondre,
le corps,
désormais étranger à toi
et à celui des autres.

Il pleut sans cesse depuis ta mort.
Trois jours...




Bibliographie

  • La contrebandière des Sorgues (ou la mémoire de l’eau), Éditions La Bartavelle, 1992.
  • Neuf fragments d’invisible (illustrations d’Odile Fix), Éditions La Bartavelle, 1993.
  • L’Étang brisé, Éditions Albatroz/Le Manège du cochon seul, 1994.
  • Clavicules des marges, Éditions La Bartavelle, 1996.
  • Initiales (encres de Michèle Dadolle), Éditions Voix d’encre, 1999 ( PRIX ARTAUD 2000 ).
  • Titre (ou coulisses des degrés), Éditions La Bartavelle, 1999.
  • Sécantes de la paume (photos de Pierre Bastide), Éditions Albatroz/Manège du cochon seul, 2000.
  • La Marche du milieu (encres de Michèle Dadolle), Éditions Voix d’encre, 2001.
  • Et le vert dans la nuit (encres de Michèle Dadolle), ouvrage d’art, Éditions Artémis, 2003.
  • Des ailes (encres de Michèle Dadolle), Éditions Voix d’encre, 2004.
  • La parole redonnée au jardin, Éditions Encres Vives, 2006.
  • Creusement de Cronce (encres de Michèle Dadolle), Éditions Voix d’encre, 2007.
  • Un n’oiseau, des z’oiseaux, Éditions Motus, collection Mouchoir de Poche, 2008.
  • Où qu’on va après ? (illustrations d’Elena Ojog), Éditions L’Idée bleue/ Cadex, collection Le Farfadet bleu, 2008 (sélectionné pour le Prix Lire et faire lire 2010 ).
  • Éphéméride, Éditions Flammarion, 2009, réédité en 2010.
  • Saorge, dans la cellule du poème, préface de Bernard Noël (gouaches de Michèle Dadolle), Éditions Voix d’encre, 2009.
  • Et l’orchestre joue sur le pont qui s’incline, La Porte, 2011.
  • Celle, Éditions de L’Arbre à paroles, 2012.
  • Il faut laisser la porte ouverte, Éditions Henry, novembre 2012.

À paraître

  • Mille grues de papier, Éditions Flammarion, mai 2013.

Auteur d’autres ouvrages d’art à tirage limité

  • Ichinen (gravures de Clément Leca).
  • Étang (gravure de Bernadette Planchenault).
  • Lumière (exemplaire unique, peintures de Pierre Lafoucrière, calligraphies de Els Baekelandt, reliure de Carlos Sanchez-Alamo).
  • Coupable guêpe (gravures de Bernadette Planchenault).
  • Vers verts (peintures d’Aaron Clarke).
  • Rien… (peintures de Michèle Dadolle), Le Livre Pauvre.

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