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Hommage à Fadwa Souleimane : poèmes de Calou Semin

samedi 7 octobre 2017, par Roselyne Sibille

GRAVITE DENOMBRABLE
A Fadwa Souleimane, poète et combattante pacifiste, i.m.

Tu dors en paix dans l’abîme,
et même quand tu dors tu es claire.

Ton silence est obscur
mais demain fourmillera peut-être d’étoiles.

Et je salue ici tous ceux-là qui luttèrent
pour venir s’embraser dans un monde plus haut

Ton nom a disparu
irrémédiablement du rire

Tu seras désormais marcheuse d’étoiles

Argent-silex,
blanche demeure de l’épure

Eau ignorante de l’abîme
nous sommes restés terriblement lourds d’immobile


Et cependant la mer,
si doucement pourtant
a reflué ailleurs…

Fin polisseur d’étoiles,
dénuement

Je t’offre
pour que tu ne restes inachevé et clair
la paume ouverte de ce silence

Il s’est cassé sur un très beau coin de visage
ce fil serré du bout de l’âme
où nul ne pourra plus pénétrer ta douleur

Avec toi
c’est un peuple entier que la nuit a dévoré

et nous, nous vous avons laissés.

Nous nous sommes seulement éplorés de visage.

Merci pourtant d’avoir déposé
comme une vapeur d’ailes
sur nos chemins de cœur.

Ils auront lacéré et lacéré ton nom
et puis ton cœur, ton cœur-fenêtre

Pourtant, aucune étoile n’aura percé
ton cœur, devenu infiniment trop lourd de fenêtre…

J’ai froid
Ton corps est plein de blessures de songes
et ton rêve alité plein d’oiseaux sans couleur

J’ai en tête un hideux mensonge et je veux écouter
avec les yeux de ton silence
toute cette ombre qu’on voit et qui retient la mer

Pour être rebelles à la nuit tu nous as laissé
un peu de couleur affairée sur les parois de l’âme :
vivante ta couleur d’herbes
et ta couleur de rives

« Il vous faut rester vigilants,
penser, ne jamais accepter »

Que ce souvenir se remémore !

Alors, face à ton courage, peut-être aurons-nous grandi
dans un petit mouvement vraiment très pauvre du cœur…

L’ombre est épaisse de la nuit :
mon âme est impuissante
qui danse et danse-recule

Je veux rester sans bruit à te regarder
comme un chemin blessé de vent

Sur ta maison de rêve enfoui
nous serons tenus de ne pas
usurper cette terre
et ce message qui est beau…

Gravité dénombrable

Pour traverser

avec un regard très alourdi d’être à être,
Il convient d’épingler ton étoile en sa nuit
pour laisser un soleil sur ton ombre-silence


Brève présentation de l’auteur

Je suis née en 1964, et je vis en région de Fontainebleau où j’ai longtemps enseigné l’espagnol. J’ai publié des poèmes dans plusieurs revues : Voix d’encre, Arpa, Littérales, Concerto pour marées et silence, Verso, Poésie sur Seine, et tout récemment Le Journal des poètes.
Mon recueil Crépitement de l’obscur a obtenu le Prix Littérales en 2014 et a été publié chez ce même éditeur.
En 2016 ont paru Neigerai-je ? aux éditions La Porte, et Feu de paille minimal aux Editions du Petit Pois.
En juin 2017 est paru un recueil de textes intitulé Fragmentaire-bleue de l’instant en anthologie dans la revue Triages aux éditions Tarabuste.

Note :
J’ai choisi d’employer en poésie le patronyme de ma famille maternelle : Semin, associé à mon surnom : Calou.

Pour découvrir ou retrouver la poésie de Fadwa Souleimane sur Terre à ciel : https://www.terreaciel.net/Fadwa-So...

(Page réalisée grâce à la complicité de Roselyne Sibille)


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