On connaît par cœur la lettre que Rimbaud envoya à Paul Demeny le 15 mai 1871, et cette déclaration fameuse : « Donc, le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l’humanité, des animaux même ». Le mot animaux est souligné : l’évocation du règne animal, alors que Rimbaud définit la mission du poète, n’a rien d’incongru. Le poète, qui endosse une responsabilité doublement titanesque, tient à la fois de Prométhée, soit le père de l’humanité selon les Anciens, le voleur du feu sacré, et de son frère Epiméthée, qui lui a créé les animaux. Vis-à-vis des créatures qui peuplent ce monde, face à ce qu’on appelle désormais communément « le vivant », le poète, par une forme d’engagement moral, doit accueillir et protéger. Le poème, comme une arche, rassemble et embarque. Les enfants d’Epiméthée et de Prométhée, dans les récits antiques, ont échappé au grand Déluge primordial en construisant une immense arche. Mais quand l’arche, lors de l’été 1871, s’avère un « Bateau ivre » pour Rimbaud, qu’advient-il ? Comment, par temps de déluge, se charger des hommes ? Et que deviennent les animaux ?

