Heureusement le silence / le silence pour l’habiter, le vivre / pour se laisser habiter par lui,
Heureusement le silence pour s’habituer à ce monde pas fini / à nous pas complètement finis non plus. […] / Heureusement le silence pour trame entre les lectures / pour les méditer les lignes de vies de quelques femmes, de quelques hommes. C’est ainsi / trajectoires, présences / des livres sortent du Vide, c’est probable, quelques suites à quelques sillages / là, peut-être le pari lancé par quelques révolutionnaires, il y a quelques décennies :
« Il s’agit de plonger plus profondément en pleine terre, en pleine eau, en plein feu, en plein air ». Pierre Alechinsky / et qui trouve maintenant à se manifester plus largement
Tout le long du siècle passé, des blessures profondes, des traumas et pourtant, des existences en témoignent : des résiliences, parfois grâce à l’Art, aux mots / à la Matière entre, à la Matière autre
Beuys lui, écouta le feutre et se laissa guider par lui / le silence du feutre pour enseignement-la puissance de la Nature pour refermer ses plaies, il semblerait que cela ait marché pour l’ami Joseph : dans les années 80 / l’un de ses actes fut de planter 7000 chênes à Kassel. Une manière et pas la plus ridicule de s’offrir un gué vers l’Invisible, d’envisager l’effacement.
Si pour quelques-uns, ce fut donc de renouer avec les éléments / pour une poignée d’autres, ce fut, semer du possible, les / Marcel Duchamp et compagnie, / quelques ratés sûrement, quelques malentendus sans doute, des faiseurs aussi / ces trente, quarante dernières années en témoignent / mais également et surtout un champ autre traversant l’Art. Ne retenir que lui : à un endroit, ce fut du charbon qu’on déversa, Bernar Venet / à d’autres, de la terre qu’on déplaça dans galeries et musées. Aujourd’hui encore certaines, certains prolongent, l’habitent cette filiation – on continue de verser, de converser avec
le compost des jours qui passent, pour conjurer la faible épaisseur du présent en nos corps / - la décomposition, la mémoire de(s) sol(s) en exergue / des cieux enfouis en sol(s) / pour le regarder, le contempler / le Temps –Matière /
même le, les Présent(s) pour trace et compost d’un ad-venir / et cela ad-vient pour peu qu’en soi, on accepte le Grand Geste, / celui-là venu d’Où, traduisant en signes ce qu’il y a de plus intime en nous. Je pense aux estampes et dessins de Michaux / à la Diversité / à la verticalité des toiles peintes au sol de Pollock / à une démarche poétique qui prend plusieurs formes. / Je pense à nos pendants. / Nous à découvert, l’acceptant pour Histoire : la Mémoire non-venue d’une Conscience unifiant tous les corps et déjà pourtant / comme éternellement là, nous guidant. / Le regarder, le contempler / le Temps –Matière /
le / Là, pendant que nous sommes là. Le partager le, ce mouvement vers / les partager ces quelques expressions croisées […] / au mieux les entrelacer nos vécus, les lire, lier nos sangs, nos souffles / nos instants présents où
au-delà de déplacer des matières, des éléments, du, des sol(s), ce sont des lieux, des mémoires qu’on transporte ainsi, qu’on célèbre ainsi / des mémoires qu’on ravive. / C’est la Vie qu’on élève, en même temps que l’on se laisse enlever […] / et à un moment cela, arrive / c’est là devant nous, ce qu’on cherchait, s’entrouvre déjà / un possible et un autre / c’est là, en Voie. On accepte pour patrimoine : de l’altitude, des hauteurs / des sources en des ruisseaux, en des rivières, en des fleuves. On se devine plus large qu’on est, / on se devine en voie d’Océan, on accepte limons venus de toutes parts / on accepte une énergie en un seul mouvement vers / On se sait appartenir à un seul grand Corps. Cela s’entrevoit / ce qu’il y a / en nous et autour / de Matière sensible / de corps élargi(s). / L’Autre, les autres pour Voie :
VERS UN PARLEMENT DE LOIRE : une fiction institutionnelle territoriale. Maud Le Floc’h, Marine Dussutour, Clémence Mathieu, Bruno Marmiroli, Annabelle Royer, Lou Hermann, Eloise Baslé / 2023.
Dans le Terre à ciel (d’avril 2024) je relevais Le fleuve qui voulait écrire (Eds. Manuella et Les Liens qui libèrent, 2021.) / là entre les mains / VERS UN PARLEMENT DE LOIRE : une fiction institutionnelle territorial, / la seconde édition des Carnets du POLAU « […] une démarche entre arts, sciences et droits de la nature. / Issue d’un cycle d’auditions publiques pour envisager la reconnaissance d’une personnalité́ juridique du fleuve, la démarche parlement de Loire prend appui sur les notions de droits de la nature, de bassin versant, d’attachements au milieu, de cohabitation avec le vivant.
Cette démarche participe à faire communauté́, à sensibiliser aux enjeux du fleuve et à créer des nouveaux récits de Loire. / Elle se déploie au travers un cycle d’auditions publiques / la publication d’un ouvrage collectif, rapport des auditions du parlement de Loire, d’une programmation d’évènements fédérateurs, d’accompagnement d’initiatives arts-sciences et des études urbaines pour mettre en place de nouvelles manières d’aménager le territoire. » / Un chiffre, sa longueur : 1006 km / Un petit rappel : « Dans un article (1994) Esquisse pour un parlement des choses, […] Bruno Latour propose d’instituer un parlement dans lequel les entités non-humaines pourraient se voir représentées […] » / il entendait La Loire, une parole qu’il faut traduire / selon lui, crues, débordements / La Loire parle […] Elle est en cela, une puissance d’agir /
Chacun dans son rôle (aux aguets pour Virginie Serna ) / En éthologie, on parle d’être à l’affût précise-t-elle. / Pour Maud Le Floc’h : Considérer nos interdépendances, nos liens avec les autres espèces. / Et pour que l’imaginaire travaille un peu, que l’idée fasse son chemin et imprime le paysage : ce seront des chaises pour y asseoir tantôt le fleuve / tantôt des femmes et des hommes :
une installation de Zazü / des chaises dans le fleuve au gré de l’eau (montée et descente) / Les chaises bleues /
Et pour que l’imaginaire travaille encore, ce sera Matière d’un : Sommes là dans du vivant / un bal, celui des animaux […] / à Tours, dans / des nages en eaux vives / des enfants qui jouent. Des femmes, des hommes, un projet qui prend corps / juste ça / me dis qu’il y a quelque chose / qui pourrait bien déboucher sur l’Océan en / nous
Le slogan est beau : Nul n’est censé ignorer La Loire. / Et ce n’est certainement pas Philippe Beck qui me contredira
De la Loire, Phillippe Beck. Argol éditions, collection L’Estran / Poésies contemporaines. 2008
Pas certain que je sois le mieux éclairé pour signaler cet ouvrage, quand même en souligner quelques passages / vous tendre quelques associations / page 9, dans ce Poème liminaire dédié à Hölderlin : Fleuve centaure / il effleure comme esprit / qui trace des faits de violence : route ou voie, et frontière / entre ex-montagnes faites / rives avec terre qui grandit / fermement d’un côté / et terre mobile après le Dur / de l’autre. […] Torse et galop,
si j’entrevois bien l’image, torse et courant / énergie pour la suggérer La Loire Avant d’être Ligne de Pinceau / Supérieur, / fleuve s’est cherché autour, / créant prairies humides / et caves pour habitants. La rêver éveillé, les rêver ses rives, ses sols, […] lui offrir un / vers esprit de rythme / et ses cornes d’or - / esprit lyrique ou intempérie / l’Habiter ainsi / rapprocher des sons, des reliefs / sur cette Eau.Y asseoir Ciel et mots /
Avec les brosses, aulnes conservateurs d’îles seules, dont la Pierre Neuve ? se rendre à Soi / se rendre à l’Océan par cette porte-là
Un fleuve et ses sabots / […] Des sabots cognent les rives – les sabots- vagues. […] / d’eau à eau, une suite d’eau jusqu’à ce que :
Des / du paysage, de l’habitat : Fleuve est un toit […] Des tuiles, pages de perles liées, plans d’ardoise ou de verre gris. Loire est nuancier habité […] la Loire – seuil et toit / Toit du ciel
Je suis ministre des proses-paysages ? / s’interroge Phillippe Beck / Ministre de la nature note les tuiles sous pluie glacée, qui cuisine fleuve, / se répond Phillippe Beck.
Un homme se longe, il est armé d’un Pinceau invisible. / L’Invisible, probablement il aimerait nous le tendre, l’Invisible d’un fleuve, la Loire est certes nommée et pourtant quelque part dans le Ciel, innommée elle l’est / un homme se sait proche d’Elle suffisamment pour lui accorder du temps, pour s’accorder à son Eau, à son, ses courant(s) / il est en lieu(x) il le sait / l’invité. Il est de passage, il le signale, se signe, se découvre. Là et là, tirer enseignement des berges : Je
dois prendre les leçons de la Rive Découverte, à double route, comme la leçon des Buissons cacheurs du Moment Barthou, avec fils de ronce (cf. la Rive de Donges à Couëron, avec usines et murs de joncs […]) / il rencontre des Immortels, cite : « Et désormais je pense qu’il n’est pas sous le ciel, d’eau qui ne soit littérature. » /
Aussi donner des noms à certains moments, à des lieux… Moment Haute-île /Moment Trentemoult / […] Moment Usine à gaz / […] Moment terminal Bois / Moment Indre […] Moment Basse – Indre / les appeler Moment les rives d’un Fleuve qui va / l’appeler Moment(s), le Temps qui s’écoule en soi […]. / Aller, avec ce que l’on porte de citations / là, citer Thoreau et là, Thoreau encore / en marchant se rendre à ce pays / Littérature / Inventer une Suite à tout ça… au fait d’exister / […]
Arpenter Loire, rives, la lire autant avec le corps qu’avec l’esprit. / Philippe Beck cela s’entend, aime lire : dans ses lignes, Nerval, Henry James, Celan, Rainer Maria Rilke, d’autres trouvent place. / Dans son phrasé j’entends également le souffle de Segalen, Equipée s’invite : « L’imaginaire déchoit-il ou se renforce quand il se confronte au réel ? ». Probablement il y a questionnement(s) dans cette marche méditative, Philippe Beck y répond avec lyrisme / il chante Une Marche vers
Soir a son clairon sur la terre qui rêve. […] Œil garantit île verte […] Œil comme fleur fixe un sable et le papyrus local / […] Rive dicte une pierre-paysage ou geste pur […] / A un moment du Corps tout est permis, Tout est Sphère / […] / des rapprochements sont possibles, l’embarcation s’appelle La Terre /
Tout ce qui est : le / ce qui se voit, et le / ce qui ne se voit pas / là Troncs peints dorment à côté d’un […] quai, […] quais sont des tirets avant Terminal Sablier, […] A côté du Pays de Beaucoup. / Tout est là à profusion, le Vide / comme il est / comme il se montre. La réalité qu’est ce / cela.
Et le Réel alors / est-ce qu’ on le perçoit chacun, augmenté de tout ce qui a été, de tout ce qui devient Lumière, l’Etincelant à un moment d’un / Nous, il est plus qu’une intuition, il se traduit corps et âme. / Il se traduit dans nos mots, il guide / […] / On le sait
il existe une Lumière aimantée. / Pour Philippe Beck la marche parfois se fait poème / Ruban vert est le soulier de minuit / l’air, l’eau se font carrosse /
Autant l’imaginaire s’offre à des moments / autant à d’autres, la Certitude est permise, offerte, celle d’un :
apparaît juste le fait d’être là, d’exister une heure, deux, dans un endroit et dans un autre / et puis s’en vont, se transforment par le corps, en autre chose les heures, les endroits, en une Onde ainsi : se laisser peser par la Vacuité / un Temps où /
(je) n’expliquerai pas, les lignes de Philippe Beck, juste (je) les entends et cela me suffit, / il est un peintre sans pinceau, sans toile. / Des peintres il y en a eu, ils ont mué, et demeurent en différents ponts, là en un / Elle tient la pluie en air.
Loire successive prévoit voyage et écrit notes sur existence fixe, comme le Moine-Point des peintures Tang / un va-et-vient ainsi. Nous n’en finirons jamais de dire : la Marche. L’Ecrit sert à Cela, transmettre du / Large, le Grand Large. Ce nous qui nous commence, nous prolonge / nous lie à quoi, le Mystère . /
L’Ecrit sert à nous transmettre
/ […] Moment Pellerin / […] Moment de l’Après-Pellerin / Moment Canal / Moment bras de Migron […] Moment Lavau toujours ce sont des noms de lieux / Moment du Grand Pont / […] Matin / Midi /Après-Midi / Retour / c’est un / oui / un
éternel Retour, le fait d’aller juste […]. Des peintres, des auteurs il y en a eus, ils sont en nous, en lui. / la Sphère Présence est sans contour / Philippe Beck l’habite l’espace, le Temps : Loire […] J’ai sorti des citations de l’eau ici et là, maintenant / […] dans ce qui lui est Mémoire, une mémoire, il s’accorde à un territoire / à cela : le voir morceau d’infini
il se sait l’invité d’un texte où
Parfois cette présence est EAU, une eau en mouvement, une rivière, un fleuve ou leurs extrémités : un océan et ses ressacs. / Il y a cet homme, ces alluvions / ai pensé à d’autres hommes devenus du, des / silence(s), Gracq et à des inconnus sur des touques, à du sable / à du sable de Loire, à l’estuaire, à la Loire en forme de corne d’abondance, ai pensé à des trucs / […] aux livres qui sont des corps à leurs manières / à certaines étreintes qui sont des œuvres à leurs manières, ai pensé à […] /
Ecrire pour rester fidèle à ce qui nous traverse chacun là où la Vie nous a posé […] c’est art parfois, juste cela : en être ému / sommes un 28 mai / […] c’est art parfois aimer de tout son être, aimer être et souhaiter le partager / être dans ce désir-là / ce mouvement-là : donner à voir ce que l’on est /
/ tu vois / […] c’est une ode aux chemins multiples pour parvenir à un seuil […] déjà l’entendre / c’est beau le son / seuil / ensuite l’accueillir le silence que porte ce son, ce mot. Apprendre ainsi / émerveillé par l’or d’une langue / avancer ainsi, en équilibre dans une seconde suivie d’une autre et d’une autre. / S’offrir racine dans le mouvement d’une conscience en marche / en Voie. Parfois cette présence en marche, elle prend la forme d’un désir pour une autre présence, une présence sensible / alors il fait bon vivre / cette présence vous donne à vivre les plus belles heures qu’il vous a été donné de vivre / alors cela vous touche au plus profond et vous comprenez, combien il est précieux de veiller sur ce lien / […] / puis me suis laissé faire, flotter / dériver, me suis laissé trouver par des mots loin de cette Loire-là / parfois il n’y a pas à décider / juste à se laisser trans-porter /
il y a cette femme Maude Veilleux, elle est née à Saint-Victor de-Beauce / c’est un nom de bled avec plein de traits d’union / là j’ouvre
Last call les murènes. Maude Veilleux. Bouclard Editions.2023.
Une première parution aux Editions de l’Ecrou au Québec, une seconde « grâce à l’intercession de Delphine Brétéché » et à l’envie de ces éditeurs français de nous la faire connaître. C’est un travail soigné le leur, et plein de respect pour les auteurs.
Avec les mots qui sont les siens, ceux des siens, elle, Maude Veilleux également fait lien, nourrit au jour le jour sa Langue / l’enrichit. La lire c’est également entendre sa Langue, l’accent s’immisce jusque dans les apostrophes, les mots, les phrases un peu mangé(e)s. les gars de l’hôtel font ami-ami avec leurs cannettes de bud / t’seuls dans leur garage. / […]
L’amour tu’seul dans les toilettes // j’di d’mande d’jink de r’d’ien dire / de r’dien dire pis de farmer ta d’jeule / pis r’d’ien d’autre / de dire r’dien
ben ouais, elle écrit comm ça la girl / elle la raconte la petite vie, le / « Atmosphère, atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ! » de là-bas / elle est le traduit l’ennui en ces contrées où le Vide s’invite sans crier gare, on le perçoit le Vide dans chacune de ses phrases […] / pour Pâques / j’ai tiré de la carabine à plomb avec mon frère / une bouteille de bacardi breeze et / quarante/ cinq canettes de thé glacé aux canneberges / / + / beaucoup de trous dans la neige / il me semble bien que ce serait la trahir Maude Veilleux que d’en parler autrement, d’utiliser des mots, qui ne seraient pas vraiment les siens / plutôt la faire entendre / elle le raconte si bien ce qu’est le quotidien, là-bas le pays : […] la beauce / / j’y retourne des fois / les pick-ups grandissent […] / beauce pas merveille / / nissan sentra / kia forte / toyota corolla / mazda 3 / hyundi elantra / subaru forester / murano / subaru impreza / toyota prius / je comprends son affaire, on a les mêmes ici
boire quoi / c’est le quatrième verre qui est de trop / parce que c’est celui qui commande les six prochains / cela ressemble à être triste, vivre là où elle vit, à un / il chair dans la chair tant de / quoi posé sur les jours
[…] on mange des produits transformés / on boit / on traficotte des chars pour des concours […] on danse, nos doigts font le signe du diable /on oublie de se voir / on refuse / on se ferme / on ne se trouve plus / on […] / Ce « on » là, c’est un /
On crache sur la Vie, si la Vie vous crache dessus, on ne s’encombre pas de belles manières, on est riche de ce que l’on est, de cela, dans le corps de Maude Veilleux / […] j’ai craché dans tes souliers / j’ai vraiment craché dans tes souliers […] à soir / quand t’as approché et que / tu m’as demandé / « combien de verres t’as bu ? » / J’ai craché dans tes souliers / on est riche à pleurer, de ce qui manque à son, ce monde : l’Amour… peut-être ça
/ le langage pour rester là, écrire pour que / disparaitre / ressemble un peu à un feu d’artifice / pour que la vie entière, la vie comme elle est, comme elle bouine, ressemble à un bouquet final, chaque instant de la vie / même les plus petits / […]
[…] à st-cyprien, l’avenue de l’avenir se termine en cul-de-sac / un parking à pépine / où tout le monde part à moins quart
/ Devant le vertige, le sexe pour rambarde / pour le nourrir un peu le vertige / […] viens chez moi / viens chez moi un peu / Cela / supplie un peu, aime de tout son peu, / […] je te promets que je ne te ferai pas à manger / pis qu’on écoutera pas de film / je te promets que je ne montrerai pas mes livres […] viens chez moi / viens chez moi juste / pour fourrer bien […] pendant des heures / elle ne fait pas sa maline, l’auteure :
des bribes qui bêlent le Spleen / l’hiver s’éternise / et je me bats encore / pour pas lâcher / un toaster dans mon bain […] /
un suicide, évidemment cela interroge et peut marquer et celui d’Huguette Gaudin, un jour de printemps dans les années soixante-dix sur la place Jacques-Cartier à Montréal la taraude encore, Maude Veilleux
/ parfois il faut du courage pour être / dans l’être. Maude Veilleux n’en manque pas, en sa chair il chair du sang / du désir / de la Vie et cela la fait écrire / et s’il faut témoigner des choses qui clochent en ce Monde, du sombre en lui / alors autant le faire avec clarté, lui accorder au moins cela / […] et je me dis que demain sera pas pareil / mais un peu pareil quand même
Puissent les mots prendre encore longtemps soin d’elle, lui donner lieu-d’être / la traduire au plus près sa mélancolie / […] et puisse-t-elle continuer de prendre soin de sa langue,
de la langue en / elle
Ecrire pour rester fidèle à ce / quoi / qui nous traverse chacun là où la Vie nous a posé […] / un (je) verse
un peu de son souffle […] Là, sommes un, 24 août / t’ai écrit tout l’été / un peu comme lorsqu’on replie un bras pour tendre un arc et viser / juste ça on vise cible, sans lâcher la flèche […] t’ai écrit tout l’été […] des phrases sont là / prêtes à […] /
là, l’heure de midi, gling j’entends la boite aux lettres, / […] y trouve
La petite distance. Corinne Le Lepvrier. Editions de l’Aigrette. 2024
/ « Qu’est-ce qui nous rattache au genre humain, à ceux qui nous entourent, à ceux qui nous quittent ? ». / C’est un livre
Autre / celui de Corinne Le Lepvrier. Elle mentionne l’avoir écrit (médité plutôt serait le bon mot) sur une longue période. / C’est donc une superposition de Temps qui s’offre en un seul récit. / Du Temps, un Temps intime, une intimité par / et dans le Temps. Elle nous le conte alors Corinne Le Lepvrier ce que le passé avait, a pu avoir de Soleil en lui - en Elle, cette mère comme elle l’était : Mère / et comme elle est devenue et non-devenue maintenant : Temps où
le reste, le / ce qui n’était pas Soleil / elle ne le dira pas ou peu, elle le biffera ou le rendra illisible. / Certes il a existé et à ce titre elle le laisse entrevoir, juste ça / elle le laisse entrevoir ce qu’une enfant voit de sa mère / ce qu’une enfant garde d’un été et d’un autre, l’ennui : Depuis / l’entrebâillement de ma tente […]Agitée, elle dit qu’elle prend le soleil,
que ce sont ses / vacances […] / elle va me parler / la clope au bec / dire dix fois quelquefois une même chose […] sa longueur, sa rousseur […] sa robe de chambre […] le même mouchoir dans la poche de la dite robe […] une heure a passé à la regarder se / et se
sur sa serviette / […] Quelle est cette /
qu’elle cherche s’adressant directement toute entière au soleil ?/ Elle et lui brûlants […] Je suis extrême,
[…] Ce que je fais moi c’est me rapprocher […] j’avais remarqué cette auteure à parution de « Pourquoi la vie est si belle ?
/ (avec Néo et un peu d’oiseaux pour aider) », chez Lanskine. Un récit sur la place d’un père dans une vie, la sienne / dans un corps le sien. Là, elle récidive avec cette fois, la place d’une mère dans une vie, la sienne / dans un corps, le sien. Il faut du Temps parfois pour entrevoir ce qu’a été une existence, il faut de l’espace pour y loger une perte et à travers elle, un flot de souvenirs. Il y en a tellement en elle, sa fille / qu’à un moment il a fallu y mettre du silence / il a fallu apprendre à ne pas tout dire / faire ce sacrifice-là, entrer dans le feu-d’une mère / entrer dans
le quoi / […] le prononcer le / feu-ma mère / certains mots ne pas les dire / les remplacer par rien :
Ce jour où / elle a passé sa journée sur le canapé. La grille n’a pas avancé / croiser des mots, / à bout d’une définition […] son turban ou alors sa perruque rousse / Ma mère […] à un moment juste se laisser surprendre à suspendre là et là un récit / […] Elle attend ce qui arrivera, la femme qui viendrait dans la lumière quand elle
/ l’obscur . On ne dira pas encore mourir. / PAS AUX FILLES […] / et à un moment cela arrive : Sa Dernière journée /c’est aujourd’hui c’est terminé […] maintenant on nous a dit mourir. AUX FILLES.[…] m’en souviens
[…] / Ma mère / La mort de ma mère dans le corps de l’hôpital où mes filles sont nées […] C’ETAIT QUOI SA MORT
[ …] Dans son cercueil ses /, pieds, ses doigts […] le visage des taches / de rousseur […] sa perruque / Le ce qui meurt et / Une perruque / le ce qui ne meurt pas pareil […] / je ne comprends rien /[…]/
[…] / Est-ce une terminaison ou est-ce le bourgeon du, d’un Vide, la mort / avant que, avant qu’une Fleur l’occupe le Vide. Parce que tout est trop complexe, à un moment s’offrir cela / regarder les choses avec un peu plus de simplicité et de recul. / Parce que tout est trop complexe, il y a des scènes qui résistent à cela / regarder les choses avec un peu plus de simplicité et de recul, elles rayent le, les présent(s), et insistent / il y a des scènes ainsi
Corinne Le Lepvrier elle, choisit parfois de les laisser revenir et revenir / ces scènes qui l’éprouvent elle l’enfant / elle
/ l’auteure (l’enfant en elle - la mère en elle) / Elle n’était / pas câline Je crois, mais cela je ne peux le /, je n’étais pas
câline je crois […] / c’est un deuil à crédit / le chagrin cash n’est pas une chose simple :
la Mort / l’Amour tout de suite, coucher des mots comme ça / coucher avec la mort comme ça / il faut en avoir les moyens / coucher avec la mort sans amour, le premier jour et même les jours / les mois qui suivent, elle ne […]
les mots pour rien / les mots sans rien dedans, ce n’était, ce n’est pas pour elle […] elle est une enfant, elle reste une enfant, il lui a fallu mûrir, (mûrir = mourir presque) / il lui faut encore grandir, se grandir, il lui faut encore aimer, l’aimer à rebours cette […] / La mère la mère / la mère qui cache la mère / la mère qui n’est plus, est plus / Mère De / quoi, Mère où / mon dos poussant tout naturellement un bois / […] Y loger le Vide / ce sera plus long le chagrin pour le transformer en / de la Joie / un jour en
cette matière, ce sera plus long pour les hisser les manques, les manquements peut-être, un / MAIS TU NE POUVAIS PAS / MA MERE / à un moment se mettre à la place d’une mère / d’une femme qui la vivait la vie à ne rien en dire / à un moment cela revient le / qu’avait-elle à ne rien dire
/ cognent les parois / cela cogne : La perte / regardée / l’éloignée / ce que je vois avec tes yeux, ce qui me voit, me créer /
un corps c’est du sang du souffle, un corps nu c’est ça / et à un moment, il meurt, il disparait, il devient quoi / un corps et ses effets : une robe de chambre, une tunique, une perruque / les choses c’est quoi, cela couvre un corps et ce n’est pas un corps / un temps cela demeure les choses posées sur une nudité / une perruque cela reste même après la mort […]
La nudité de son vivant s’apprend par la porte du, d’un corps la nudité s’apprend
le corps de son vivant s’apprend, le corps véritable, le Vide s’apprend par la petite porte de la nudité, cela s’apprend avec le Temps : une nudité plus grande encore, un corps plus grand encore
Les mots c’est quoi / c’est du corps encore ou bien c’est comme les choses, le / La mère aimait aller guincher /
[…] La mère la dire un peu, la prolonger. Peut-être bien même, là où / elle est où, la toucher. Par l’amour la rejoindre / avec amour lui parler d’un corps qui jamais ne meurt, d’un lien / lui souffler maintenant qu’elle peut l’entendre :
le / cela d’une vie, le / […] je voulais qu’elle me prenne avec elle dans ses bras, je la / MOI dans mes bras, la contenir, me contenir, il y a des / mots pour ça […] / il y a le voyage d’une vie, il y a qu’une auteure le raconte ce voyage. Par fragments, des paroles, celles d’une femme quelque part qui répond au silence d’une mère quelque part. / Par fragments, l’Amour sous toutes ses formes, la vérité d’une vie peut-être / […] / celle qui retournait les crêpes à mains nues / celle qui
allumait les cigarettes de mon père […] celle qui évidait le cœur des choux fleurs / celle qui ne laissa pas de récit / un récit […] / le désordre lorsqu’il jappe,
il faudrait pour bien faire, écrire un texte illisible pour y noyer des rimes, pour y noyer un monde / mond’elle / y planquer / des rires des chevilles des gorges / y planquer un / La mère en Tout, en toutes choses celle qui lui cacha le soleil un temps / y planquer La mort qui lui cacha la Vie, l’Amour un temps […] /
Il arrive qu’un taillis cache un corps blessé, un corps qui n’est plus / il arrive qu’un taillis cache une vie, la Vie / il arrive qu’ un taillis soit un livre. Celui-ci y ressemble. Il faut savoir y entrer, s’y faufiler / il faut savoir ne rien demander à un taillis / juste le prendre tel qu’il est. Un livre, au mieux c’est un monde et je crois l’entrevoir celui de cette auteure, c’est un livre sur le Vide, sur l’envie de le traduire le Vide qui vous traverse / sur l’Amant pareil à lui,
le Vide sur des rues, une rue quelque part, une rue intime / sur une partie d’elle, sur une mère / sur le vertige / c’est un livre
sur l’Ecrit / le non-écrit / c’est un lâcher-prise et dans ce lâcher-prise, il y a de l’espace pour une Mer Toute / une Mère, pour sa non-forme allongée - sa non-forme dressée, pour l’étendre à un horizon vertical son rhizome depuis que / quoi lui a offert une place en
j’ai vu […] la lande la falaise petite végétation penchée par le vent il fait petite pluie […] et lueur qui m’éblouit tu y es
parmi / je ne t’y vois pas précisément où / ici vous n’arrêtez pas d’arriver avec toutes vos mains / les dire
les herbes agenouillées, les âmes pareilles, pour qu’elle vibre la lande nouvelle et nouvelle, pour l’écrire le / mouvement, la Vie qui va, là / L’écrire la nature désormais augmentée d’une /
d’un silence pour […]
/ Corinne Le Lepvrier est une artiste plurielle et il faut savoir ne rien demander à une, un artiste / c’est à prendre ou à laisser […] Il faut savoir remercier une existence lorsqu’elle se donne à / La Lumière avec ce qu’est sa vie, lorsqu’elle fait ce choix / d’apparaître, de disparaître / dans un Chant qui la fond en lui lorsqu’elle le tente / le Cela / et y parvient certaines fois : se confondre au vent / à un champ de tournesols / à un / La vie est / quasi rousse. /A perte de vue / à longueur de tournesols. /
Le sol ainsi comme s’il était / le Ciel-le Soleil comme s’il était / Elle sa mère-sa maman /
La courbe du soleil longe la courbe de ton cou : […] Jusqu’à mes yeux l’ici / cheveux plus courts comme elle aime
Comme elle m’aime ne se dit pas / cela s’entend l’Amour : Mais, je t’attends maman. Je ne te lâcherai pas. Entendez-là un / je te rejoins […] Entendez un / je nous rejoins / […] à un moment
cela s’invite un / devrais-je essayer le silence / l’écrire l’amour qui manque et l’amour qui déborde / les confondre les heures / L’écrire le trop-peu et le trop-plein d’un corps, d’une chair pour / un corps pour une autre chair qui a été, qui n’est plus, qui demeure bien après le corps bien après la chair / L’EN JE DE LA BEAUTE / l’Ange de la beauté / l’enjeu, l’Ange de la
clarté peut-être / et cela commence par / le montrer le désordre, par / l’envie de le retrouver l’ordre chamboulé. L’amour et quoi pour extrémité, pour commencement. Un / tu souris répété et répété en guise de mantra, un / tu souris. C’est un corps à un moment / les sourires bout à bout que / je […] / c’est une embarcation, sourire bout dehors / un corps devient Cela / des longueurs que tu fais dans la mer
Corinne Le Lepvrier, l’amour elle l’apprend, elle le trouve, elle le perd / l’amour elle l’écrit, ce qui nous lie au Mystère, elle meurt de ce côté, elle vit de ce côté / elle regarde, elle se regarde disparaître avec les choses / elle offre une porte à / ce qui est sans mur, elle offre une porte au vide, une fenêtre, un toit au vide / elle abrite, loge une mère, elle l’enfant : elle la porte / sa mère, elle répète ce que font les femmes depuis toujours / elles portent des fils, des filles, elles enfantent des femmes, des hommes, de l’amour parfois. Même cela arrive ces femmes, ces hommes sont auteures, auteurs : elles, ils trament des vies / entrelacent des présents / […] font de leur mieux, tentent le / Cela
en eux / toutes ces traces, ces taches d’hier / l’impudeur parfois qui rencontre la pudeur parfois / et les racontent les / parfois / tentent de la faire vibrer l’absence idéale / de la faire vibrer la présence idéale / de les confondre.
/ L’écrire le / mouvement. La Vie qui va, là / augmentée cela arrive, d’un Silence parfois si grand, si vaste / parfois si petit /
Si tout à la fois / inaudible presque, fresque ainsi / Nous,
pareils à l’auteure devant Quoi / devant un vouvoiement : le Vide devant, le Vide autour et en nous / pareils à elle devant
Quoi / devant un tutoiement : le Vide devant, le Vide autour et en nous / à un moment cela arrive : plus rien ne s’oppose /
Aimer et être, se sentir aimé, cela se superpose, cela coïncide / à un moment tout devient sphère, une seule Sphère / Onde,
une seule Onde. Tout se lit ainsi / le Tout vêtu de nu
là, sans contour une seule Sphère / invisible / de quoi nourrir tous les désirs vrais, Le Désir / un Seul / le / nous quelque part
l’Ange-nous
les / je vous aime corps de passage / corps en voyage / suivi d’un / Ô ce, ces silence(s) à vos extrémités, pareil(s) à un Nous ressac(s)
/ là, un (je) prolonge : s’il faut dater l’Amour, s’il faut dater, borner cette marche vers / sommes un 25 août, (je) pense à ma paume qui a juste la forme de votre genou et tout de ma main qui a la forme de vous / c’est ô jours sans, semaines sans […]
/ plus tard il signe / sommes un 06 septembre […] milieu de l’aprem je rentre / pas arrêté depuis ce matin, coups de fil là et là, syndics et compagnie, charges de ci et charges de ça […] mails vers celui-ci, vers celui-là […] demande d’intervention pour réparation d‘un volet roulant / même fait visiter un appartement à une certaine Sylvie bronzée, mini Cooper cabriolet, et tout le tralala / puis ai enchainé deux autres rendez-vous pour des devis d’ouvertures […] là qu’une envie, me poser […]. Un (je) écrit ce début de message et il ne l’envoie pas […]
18h57 / probablement deux bonnes heures ont passé / note maintenant ce (je) dans ce mail en attente / et encore il ajoute : / là, ce texte sans ponctuation presque / […] imagine / il y a un lit et ils écoutent main dans la main - ils écoutent leurs chairs leurs regards / le ciel est incertain imagine cela ils portent chacun des blessures - ils se lèchent leurs blessures / cela les rend un peu animal / ils se lèchent corps - ils écoutent Handel puis Bach puis rien
puis Schubert puis le silence […] Bach à nouveau / ils ne veulent pas que cela s’arrête maintenant / ils écoutent leurs cœurs / leurs peaux leurs plis ils les lèchent leurs plis / leurs yeux sont des arbres / leurs yeux sont des chemins de l’herbe des prés des fossés leurs yeux sont une rivière et un ciel ils ne font aucun bruit - ils s’approchent
ils approchent quelque chose autre ils ne savent pas quoi juste cela leur donne l’impression de vivre quelque chose autre / d’être en corps comme ils sont en musique, là ils écoutent Chopin / Prélude n° 4 en mi mineur / ils ferment leurs yeux parfois/ ils sont bien, c’est cela ils sont bien à ces moments / ils partagent jus salives, les mêlent leurs souffles / ils se regardent, se regardent profondément, très profondément, n’en finissent pas de / se regarder, se toucher / c’est sûr ils sont de cette matière - là : Océan, ils sont eau et ce qu’il y a au-dessus / de l’air et ce qu’il y a au-dessus de l’air
/ ils s’entendent ressacs / leurs corps corps nus est ressacs / maintenant ils se pressent, s’offrent étreinte, c’est fou comme ils se serrent-comme ils se sentent infinis / ils sentent de l’infini en se pressant ainsi / là encore ils écoutent Marcello- Bach / ce qu’ils entendent alors, au plus profond d’eux, cela ressemble à un appel du Large /
à s’offrir d’être nus, la chair, les chairs s’ouvre(nt) par endroits du corps / à s’offrir de se regarder nus sans fards comme ils sont sous le Ciel / c’est précieux tellement précieux partager du Temps / […] le Temps comme s’il était du corps, le Corps / alors cela leur donne de l’émotion, beaucoup / ils se sentent proches du petit corps des mésanges, de leur petits corps tièdes, / proches des écorces, des sèves, des dernières fleurs, des pommes nouvellement tombées / ils se sentent proches de TOUT, proches de l’amour en Tout, ils se sentent proches de l’Amour / là ils apprennent quelque chose, ce, quelque chose autre / ce quelque chose qui a / à voir avec la Lumière, avec la Nudité / avec ce qu’ils sont vraiment lorsqu’ils acceptent de / s’étendre ainsi, dans l’Ainsi / avec ce qui vibre
tant en eux : ce désir de Vie, de mordre Vie jusqu’à ce que leurs extrémités touchent une Aurore en eux, et que cette Aurore à un moment quoiqu’ils fassent, leurs serve de Corps pour toujours. C’est cela qu’ils trouvent en eux lorsqu’ils se retrouvent ces deux-là dans un même là
un 08 septembre, 10h20 […] l’Eros, l’Amour sous toutes ses formes, cela s’entend, se lit / il y a un camaïeu de présences /
les écrivains, les artistes sont à l’image du monde et c’est très bien / là j’applaudis The Magi[…]
The Magics Border / poèmes et fragments de My Soft Machine. Arlo Parks. Editions Robert Laffont. 2023
C’est un premier livre, Arlo Parks est londonienne / à la base, elle est musicienne, chanteuse et cela s’entend / Tu m’as fait déposer les armes mais je ne t’en veux pas / je me déhanche sur Deftones, des paillettes jusqu’aux os, je t’aime comme une écervelée / / Meuf je veux te protéger, je te promets / Tes doigts me brodent et / je suis grande ouverte / / Toute à toi baby / Vas-y tombe-moi dessus de tout ton poids / Toute à toi baby / Vas-y inonde moi de ton amour nerveux […]
/ Elle donne dans le refrain, le / car j’ai besoin d’amour / elle va le répéter sous différentes formes, elle le clame ce besoin / peut-être est-il même le sens de son existence / le désir est chanté, la peau aimantée à une autre peau est chantée. / Le désir est boussole,
le plaisir, une voie / Le crépuscule dévore la pièce. / Je suis timide d’un coup - / tu m’attires en toi, / nous buvons en lisière. il la ramène au bercail / […] j’ai pris le dernier vol, juste pour me rapprocher car ma tête me dévore, / poèmes écrits au fil des tournées qu’elle enchaine à travers le Monde, commente-t-elle au début de ce livre. Dans ses multiples allées et venues, elle s’offre un Axe, un centre, un corps immuable, elle le devine ce corps en elle / ce corps par elle / par l’autre
Livre amorcé ainsi : […] j’étais avec mon amie Laetitia dans son petit van Subaru rouge, par un mercredi orageux du Sud californien (dans nos mains, des sacs en papier kraft remplis de burrata et d’anchois […] ) / […] j’ai compris à quel point l’écriture m’aide à me sentir visible - aux yeux des autres comme aux miens. […]La poésie / possède une magie chaotique, et j’ai toujours aimé ses épaisseurs multiples, son sens du flow. Et in Jeune chien, Arlo Parks le prouve : L’été déployait ses ailes on faisait des grillades et on se consumait / Grady a perdu sa mère et maintenant il dort sur mon canapé // Et moi je n’ai jamais vécu ce genre de deuil / Et je prie que ça n’arrive pas / Il a le regard dans le vague,
un jeune chien enfermé dans une Honda grise fumée / Je sais qu’il y a des choses qui ne seront jamais faciles / Je sais qu’il y a des choses qui nous blessent à jamais […] / de la légèreté sans doute, mais pas seulement, in Processus, cela : Parler de processus c’est parler du / désir d’être
plus proche que la peau / et plus permanente qu’on peut l’être en baisant […] / in Impuretés, cela : / et toi qui touches ma jambe pour vérifier / que je suis toujours là // j’irradie tel un astre, tel un astre quand tu embrasses toutes / mes impuretés et je me sens lavée // Oh le regard que tu m’as lancé ce jour-là était tellement intense qu’il prenait corps […] / je sais que c’est dur / de vivre parfois […] Arlo Parks sait l’écrire l’Amour qu’on ne prononce pas toujours, la tendresse inouïe : […] / Entre les draps de rhododendron et de ciel / Je revois le jour où tu m’as dit que tu serais toujours là /
J’ai écarté une boucle qui te tombait sur l’œil / Puis répondu / c’est gentil de me mentir
/ tant de simplicité pour une seule femme, c’est rare / au fil des pages Arlo Parks nous donne une vraie leçon d’authenticité, cela finit par imprimer que les phrases de tous les jours peuvent avoir la force des plus grandes signatures, elles sont la Vie, elles portent parfois en elles, la solitude extrême d’une présence / au bord d’un / Tu le sais j’espère, je ne sais plus vraiment quoi faire / Moi tout ce que je veux c’est être avec toi / juste entendre ta voix pour me dire que ça va, m’appeler quand tu te sens seul le soir / Moi tout ce que je veux c’est être avec toi / Elle se tatoue le manque, se scarifie / en se répétant les mêmes mots, c’est touchant, elle ressasse un / Toujours j’étais là quand tu voulais de moi […] / le nuance : C’est vrai tu sais j’étais là quand tu me laissais tomber […] le nourrit le / Toujours j’étais là, toujours là pour toi / […] On aurait pu être immortels (c’est vrai) […] Sans toi je me retrouve anéantie / juste envie de manger du gâteau dans une chambre avec vue
c’est une vue sur le / quoi / qu’elle nous propose cette jeune autrice. Le livre fonctionne, il traduit avec justesse notre petite présence au monde, à travers elle, chacun est à même de recevoir sa petite dose de Spleen, et dans le package elle nous tend un / Advenir ensemble / Arlo est une sœur quelque part, elle fout sa vie sur la table, nous la confie /elle a ça, cette confiance en quelque chose d’autre que les gens, et elle a raison
Désolée / c’est si dur de faire confiance aux gens / / j’ai travaillé sans relâche, / mais ça n’a pas suffi à éloigner les loups / j’ai travaillé sans relâche […] j’ai essayé de tout dire au psy, j’ai essayé de méditer, de baiser pour chasser la souffrance, de déménager à L.A, / de me teindre en vert citron, d’être une sainte
/ Puisse amie, le Temps vous apporter Fruit, celui-là oui / que vous entrevoyez
/ […] Nous l’entrevoyons, c’est un Cela en marche / de jeunes autrices, auteurs chantent les faits menus de leur quotidien, / l’intime devient Œuvre, elles, ils œuvrent pour plus de liberté, d’espace aussi ils revendiquent leurs faiblesses, leurs défauts / ils nous les tendent. Il y a / quelque chose dans ces écritures comme elles sont. Je crois, elles veulent aimer, exister au plus près de leurs corps, de la Vie. Tout devient œuvre, des passerelles s’inventent / là avec
Pour reprendre la désignation de l’éditeur, c’est une biographie ou plus exactement une monographie poétique, celle de Yoko Ono. Ses activités de plasticienne, ses performances ont parfois suscité quelques commentaires et réactions même au sein de sa propre famille. Ses parents choqués par ses happenings, sauront le lui manifester, s’en désolidariser. Issue d’un milieu favorisé, c’est dans un autre, le courant « Fluxus » soufflé par John Cage / celui-là plus proche de sa nature qu’elle trouvera sa nourriture, dans les hauteurs de la Caroline du Nord / un espace de liberté où elle puisera son élan créatif au sein d’une école d’art pas comme les autres, le / Blakc Moutain Collège.
En s’appuyant sur diverses sources (articles, interviews en revues et biographies diverses ) Julia Kerninon a choisi / elle / la forme du poème / pour la raconter un peu cette femme, la décrire sa trajectoire, à commencer par ses premières années : Une mère de la haute société japonaise qui ne lui donnera pas la tendresse qu’elle attend / […] Toute petite enfant, un soir / sa mère l’enferme dans une chambre d’hôtel / pour aller rejoindre ses amis à une fête. Elle lui a toujours dit / qu’avoir eu des enfants, cette enfant la première, / l’a empêché d’accomplir son destin de peintre.
/ C’est donc avec ce bagage qu’elle amorce existence, l’amour il faudra le trouver ailleurs, se faire aimer autrement, en étant artiste peut-être […] et ce ne sera pas les seuls traumas. / En 1945 / […] A douze ans elle survit au bombardement de Tokyo / cachée dans le bunker de ses parents fortunés / tandis que huit mille personnes périssent / sous les bombes des B29 /Puis ce sera une éducation bourgeoise / C’est elle […] se débarrassant un à un de ses attributs aristocratiques. / Elle sait d’où elle vient. Elle essaie à tout prix d’aller ailleurs. / […] Le thérapeute qui la suivait à vingt ans se rappellera : « Tous ses souvenirs étaient douloureux. / Tous. / je n’avais jamais vu quelqu’un dans cet état. »
Elle doit réapprendre Tout / par elle-même, elle doit recommencer à zéro, / A New York dans les années cinquante, / elle loue un loft non chauffé sur Chambers Street, L’équivalent de deux terrains de basket / pour cinquante dollars par mois. / Elle le meuble avec des caisses en bois qui ont contenu / des oranges / et qui lui servent alternativement de chaises, de table, de lit. […] /Elle donne des cours / […] elle travaille dans un restaurant macrobiotique […] Elle est pauvre
/ rien de bien exceptionnel / et d’aucuns sûrement retrouveront dans cette description ce qu’ont été leurs premières années d’indépendance / pourtant pour elle, c’est important ne pouvoir compter que sur elle / elle se recommence / ce n’est pas du goût de ses proches / Ramenée au Japon de force […] / elle avale des cachets pour mettre fin à la douleur /qu’on prétend être sa vie […] / hospitalisée, avec l’aide d’un complice elle s’échappe, échappe à une mainmise sur sa Vie. / L’année 1964 est un tournant, elle si invisible, si timide elle se met en scènes :
/ Assise en costume traditionnel, elle invite ceux qui le désirent à tailler un peu de ce paraitre, elle se livre, elle s’offre / oui, ça ressemble à une offrande. Même si aujourd’hui cela ne choquerait pas grand monde, à l’époque dans une Amérique à peine sortie du Maccartisme, c’est un acte fort / en tous cas il est suffisamment signifiant pour qu’elle le tente, le fasse
/ elle s’expose, expose ce qu’elle est et devient / une femme qui souhaite se débarrasser d’un passé, une femme qui souhaite se libérer. Elle a cet outil, la performance, d’autres, jalonneront cette volonté. Et même si un large public ne se retrouve pas dans ses actions, elle persévère. Pour elle, cela fait sens, Julia Kerninon déroule ces années et éclaire chacune d’entre elles : Deux mariages avant de rencontrer Lennon,
Julia Kerninon avec son Yoko Ono, offre à cette femme une vérité / on comprend mieux ce qui la dresse cette existence, la liberté s’apprend / Yoko Ono continue de l’apprendre, de le revendiquer ce droit à EXISTER / cette obsession EXISTER /
/ Elever le quotidien / le placer à hauteur de Ciel / l’accorder à ce / je ne sais quoi, cet impensable qui nous façonne le sang, le souffle. […] l’Eros, l’Amour sous toutes ses formes, cela se vit, cela se date parfois, se lit dans la Lumière / là, celle d’un septembre / d’un rendez-vous dans l’air, la chair / suivi d’un autre / vous vous êtes rendus, me suis rendu / ô ce 10 et ô / ce 11 septembre / [...] encore maintenant cela revient, c’est dans l’air, nous in / cela me semble à peine daté d’un jour, tellement c’est là […] / à la vitesse du silence le Temps existe autrement. Il n’est qu’ainsi / matière-Soleil, là dans un / toujours au bout de mes doigts qui t’effleurent toi, autrement sexuée. / Ô ce désir d’infini et cette envie de […] / […] parfois un (je) dit qu’il devient celui-là qui entend, qui écoute / cela / qui aime cela qui va / […] alors quand / nous veiner d’encore / alors quand vous sourire, vous prendre corps / mots venus par / Vous.
Vous rendre Corps, nous rendre à
Bruno Normand Vignette : Sans titre / Technique mixte aout 2024.