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Laurent Colomb | Extraits d’Interlude autochton

samedi 28 septembre 2013, par Cécile Guivarch

Laurent Colomb à la maison des femmes à Asnières-sur-seine tente de concilier langue et écoute. Au contact de femmes locutrices du français embryonnaire, j’observe et retraduis les torsions de l’oral, approchant une gymnastique phonatoire. Ma fiction est linguistique, mes limites sont typographiques et mes personnages bien réels.
On peut lire ce travail sur remue.net mais le must est de l’entendre lire, cela a été un vrai coup de coeur lors de la nuit remue#7 le 15 juin 2013 !

Quelques extraits

Jo soui coumanenfan. Coumcheparlpa le français bian jamais jo sor tout seul. Y a mon mari touchour y a mon mari ou y a ma fille qui parle moa. Jo soui bian bian tout seul enfermé la voilà coumanenfan. Coumcheparlpa bian toucheur l’medsin y domand ma fille quoi quesque ché malat. Coumssa josoui coumazandicapi qui parle. Touchour chicoute jamais jo parle. C’est ma fille quoiqui parle por moa. Si dour, si dour de pas parle bian coumssa. Ma parole lé pas soulide lé cassé coumazandicapi. Touchour tout seul à la mizon, jamais dior. Dior y a troudmond pour moa ou y a les parole di gens comprend pas. Ma parole lé pas soulide la voila vriment li trop cassé. Alour si dour sortir tout seul. Y a mon mari touchour qui parle moa jicoute la voilà. Jicoute y domand rian coumanenfan. Piti y tout seul enfermé la voila coummalat. Jo soui pas malat quoi quesque c’est ma parole lé cassé pas moa !? Alour jicoute touchour. Si dour pour quesque jo soui pas parle bian bian. La voila enfermé coumazandicapi.

Vriment la parole si la main y li pieds por moa. Coum y lé pas soulide bian bian jamais jo parle. Touchour jo marche avec li pieds do ma fille y ji prend avec la doigts do mon mari.



Mon assent le l’est tranzer. Quoi qu’ch dis toussour mon assent y dis l’coutraire de moi. L’est tranzer c’est soûr. Mon assent l’est pas le fronçais, c’est soûr, l’est toussour tranzer de moi. Loin « terre-de-moi ». Pas le « moi-terre », le loin. Mais quoi quoi c’est que ch’dis moi, c’est pas mon assent qui le dit. C’est le « moi-terre ». Mon assent y dit le tranzer de toi et moi, le « loin-terre » de toi et moi.

Le « lui-mot » c’est toussour le « loin-terre ». C’est zamais le « moi-mot » ou le « toi-terre », le « moi-toi-terre », le « toi-mot », c’est le tranzer de toi et moi, c’est le « lui ». Lui le mon assent l’est pas vraiment moi c’est soûr. C’est le tranzer de le fronçais coum toi et le tranzer de moi. Si pourquoi quoi qu’ch dis toussour y dis l’coutraire de le vrai. Le vrai de toi et moi c’est le mot, c’est soûr, c’est pas le mon assent qui le dit.

Mais coum le lui mot c’est toussour le « loin-terre », ze reste tranzer pour toi.



To lé maton jo mo lève. Jo prépare lo couisine. Jo l’habille lézenfants por mon mari l’amène l’école. Jo fais la verselle. Quelque fois m’énerve parce que le ménage comme ça mon vie to l’temps. Jo pense : jo veux promène mais lo couisine de moi qui va faire ? Lo repasse de vêtements ? Lo ménage ? La pssouière ? Quelque fois m’énerve comme ça mon vie to l’temps la tête de moi elle ress’ bloquée. To lé soirs jo prépare la maison por mon mari mézenfants la rentre. Jo prépare la chalade à la vernegrette por mon mari il aime et les frites por lézenfants il aime assi. Mais quelquefois m’énerve parce que pas promène moi. Je veux fait la course assi et travailler por mon mari c’est prépare la couisine chacun ceinture c’est normal ?! Mais mon mari il dit que c’est pas travaille moi alors ress’ bloquée la maison. Jo pense ma tête : jo veux pas la mari il dit ça to lé jours por jo prépare la vernegrette ou les frites la rentre. Je veux prépare la chemin de ma venir tout sol. Un maton jo veux promène por moi ma tête elle dégage la couisine. Alors l’ézenfants s’habillent tout sol et la mari l’obligé ceinture va fait la verselle.




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