Ces lignes vers Vous, puisqu’à un moment la forme n’a en rien trahi le fond […]
puisqu’à ce moment toujours / en mots, en silence, nous là, une ombre fidèle
pareille à une Lumière fidèle / c’est là, une Onde fidèle qui veille sur nos présences
/ là, du précieux, […] c’est socle confiant qui nous relie, un mouvement vers / […]
Des notes et à nouveau le signaler, le répéter encore et encore ce / quelque chose-là !
Le / ce qu’il y a de Vie, d’élan […] un coup c’est de l’écrit, un coup c’est du corps et pluie de Lumière en lui / […] un jour, un mois, une année, ce 18 octobre 2024 / 16 h 55, la lumière est là et bien là, une matière / puis ce
19 octobre, 18 h 03 […] il y a, à l’intérieur de l’âme, à l’intérieur de nous, un espace aimanté, je crois / quelque chose qui se frôle parfois lorsque se frôlent deux corps attentifs au fait d’être / au fait d’aimer ce qu’est la Vie, /quelque chose qui s’effleure avec les doigts / les corps ne mentent pas / c’est un lien fort celui qui nous conduit / quelque chose / sur la chair qui prévient quelque chose au plus profond de la chair, c’est peut-être du Souffle /
Le Souffle / tout autour de nous et à la surface de nous qui prévient le Souffle à l’intérieur de nous / alors alors cela s’entend / le Cela […] Vous le criant le soufflant le Souffle en vous / en nous. Les corps n’ont pas menti. /Est lien alors le / tout ce qui est corps - le / tout ce qui est âme. / Est lien alors, le simple fait d’échanger heures, quelques heures vraies, c’est lien avec ce quelque chose [...] elles donnent sens à tout ça / aux jours qui fuient. /
Alors encore te la raconter la Lumière, te le raconter le Temps, un peu ce 21 octobre, cet aujourd’hui qui brûle :/ centre-ville / paperasses habituelles, banque et […], / en sortant ai salué et remercié le vieil accordéoniste […] / avec mes mains, ai dansé un peu, l’air a dansé un peu là, face à la Poste […] ce fut une performance, puis saut dans mon atelier / […] à chaque palier, du monde en veux-tu en voilà / un emménagement, un nouvel arrivant /
- vous allez avoir un voisin sympathique ! m’a lancé un homme grisonnant. […] / Voyez-le, vous les transmets :
les pointillés d’une vie sans et avec vous / encore ai marché / […] / à l’embouchure de la Loire, ai rencontré un chameau, lui ai dit deux mots […] Maintenant ce 1er novembre, plusieurs jours sans écrire, il est 23 h 47 / […] l’heure est au Merci parce que, parce qu’il le faut lorsqu’ il n’y a plus que ça à regarder / de la matière de Merci, du Merci pour aller / pour aller encore vers / […]. L’aller vers : encore et encore ce qu’il y a, à nourrir de corps sans Merci. / Là, un (je) écrit la matière allante, écrit la matière en chemin, la matière-Merci. / Car c’est parfois par le corps qu’il s’entrevoit, celui-là en silence : le / sans corps. Partout il y a tant de larmes, autant qu’il y a de feuilles dans les arbres, et tant d’amour en jachère ! Cela est une extrémité, il y en a d’autres, beaucoup d’autres.
Là, un (je) voit, entend une femme blonde chanter, il écoute musiciens, NRJ Music Awards 2024, il est 00 h 07 / là un (je) se noie un peu, se distribue, s’use un peu parce que
ce 03 novembre, [...] hier, c’est important te le dire Cela : ai revu les chameaux, ceux que j’avais salués entre les bassins et la Loire à Saint-Nazaire [...] / là, ils étaient proches des Salines à La Baule / quartier où j’ai vécu mes premières années. / Un (je) dit ça : sommes dimanche, un dimanche de novembre / des gris, des blancs, s’entre- choquent, […] il y a cela, le M. monde, il est là si on veut bien l’écouter, il vibre, c’est assez troublant d’ailleurs, il vibre plus ou moins fort selon l’importance qu’on lui accorde. C’est une forme d’amour, rencontrer des signes / chameaux, lionnes, des corps qui veulent bien parfois être du / Cela. Être de sa chair. Cela tenter l’expérience de vivre avec ce que nous portons en nous d’extrémités, /
avec nos bords, avec ce que nous portons en nous de bords, de rives / alors alors nous avons juste à regarder ce qu’il y a de courant, d’aller(s) vers / Tout devient signifiant, étrangement là, l’invisible état d’un coup peut cela :
prendre allure de chameaux en passant sur un pont / en contrebas apercevoir du Réel, / l’étrangeté du réel là, à notre portée / maintenant, traversée d’un écureuil roux. Tu vois / te parle de poils doux, l’actualité manque de poil(s), il nous faut le dire le poil, l’appeler, le rappeler le poil / […] le tien, ô j’aime / […]
A un moment cela arrive un rien nous touche, un rien nous appelle. Une extrémité autre, un (je) le médite cela : en Vous, en nous / la part animale, la part autre lorsque nous nous rencontrons. Il y a juste à le vivre cela. C’est si étrange, entrer en quelque chose / avec vous entrer en quelque chose. L’Ailleurs pour extrémité, il y a larmes / Cela. / Des larmes sont des bords. Des bords d’où / à un moment des corps méditent ce qu’il y a : le manifesté, ils le méditent Cela / comme il est […] là, entre deux rives
ce 06 novembre / 8 h 05 clignote rouge / elle dit / - c’est Trump ! / Un (je) demande, s’il a eu la Pennsylvanie ! / il entend qu’ / il a remporté la Caroline du Nord et le [...] / la fenêtre sur le toit est entrouverte, aussi il entend / la corne de brume, il entend l’estuaire […] / la brume, ce (je) l’entend également dans les cris des goélands […].
/ La journée commence ainsi dans un / il y a quelque chose qui croît / qui lui semble être de la Conscience, plus de conscience. Là, cela ne se voit pas encore en tous les corps, pourtant il le sait, à un moment ce sera fruit […] éveil, le chant du dehors, la brume en soi, les goélands en soi ! Le Soi pour son, pour seul son, pour seul Corps.
Pour tout le monde ce sera fruit, l’éveil en / quoi. C’est là, déjà : des corps sous le vif aimant d’un présent, pour corps / d’une seconde suivie d’une seconde, pour corps. / Cela, ressemble à être là tout le temps : être / et quand c’est possible, effleurer chair qui aime s’aventurer. / Cela se confond en un seul acte : à un moment aimer être / aimer vivre avec ce qu’on porte d’aller vers / avec ce qu’on porte de Merci / avec parfois la porte d’une femme, avec son fourreau extraordinairement chaud et aimanté à une main comme si elle était de sa chair, à des doigts comme s’ils étaient de sa chair / à une femme avec ce qu’elle ignore d’elle encore. / Cela se voit en elle, en son regard, en ses ruisseaux / ce qu’elle charrie du M.monde et entre [...] / Cela, un seul acte, aimer être avec vous
ce 08 novembre / à mon poignet, il y a, un jour sur ta poitrine j’ai lu ta messe [...] la chère Ingeborg / […] Suis là / à La Baule, comme les premiers jours de la semaine d’ailleurs / […] dans un parc, à deux pas de la baie où / les écureuils sont beaux, peut-être bien même immortels, en tout cas ils semblent l’être, tout comme les pins[…] te le disais, une force, une énergie nous traverse et nous la traversons / elle nous pense, plutôt elle nous médite / nous offre à la méditer en retour /
à ces moments alors il y a rencontre, la lumière du jour peut à elle seule, nous enseigner, nous renseigner sur ce que nous sommes vraiment. […] / Heureusement à un moment, la Lumière pour dire les choses-là / […] la rue, et / l’ailleurs / c’est là : la rivière, les jours, les jours nôtres, les roseaux nôtres, les nôtres / la Joie, celle d’être à deux pareil à un seul être / à un moment les choses pour dire la Lumière, les lettres ensembles pour l’approcher le sans-mot. A un moment se surprendre, prendre corps / se rendre à quelque chose de différent / se surprendre, à aimer différemment avec de l’éloignement, du, des rapprochement(s). / Quelque chose autre où le désir attend son heure, où le désir est passage, gué, où il est corps encore. / Tu as vu, parfois j’ouvre les mots, je regarde ce, qu’il y a / à l’intérieur des mo[…] entendre leur(s) cœur(s), la Vie en […] se surprendre à aimer par fragments
ce 10 novembre, 11 h 36, la Lumière est là et bien là, parfois il y a tant de Lumière dans une présence qu’elle se confond, cette Présence, en Lumière. L’écrire : un corps aime cela on le dirait, cela aime un corps et te l’écrire /
c’est t’écrire un champ où / tout vibre d’une seule et même voie. C’est Voie alors / tendre du désir, le désir que l’ on se voit encore et encore jusqu’à un moment il n’est plus corps / que cela se confonde à plus de corps en nous / cela pour corps / pour présence(s) une(s) / une seule aimante,
/ […] nous rabibocher avec l’Infini en nous, aves le Pluriel en nous : entrer en Transe / en Transe entrer / jouer avec les absences, les présences en Jeu. Lire l’Autre, les autres comme ils sont / c’est-à-dire en Trame avec tout ce qui est. Accepter Signe, c’est recevoir Enseignement au gré des heures, des jours, c’est sur le pont, récolter ce qui vient / s’étonner d’une Voix et d’une autre. Un (je) habite un / nous devenons. Là, un (je) se tend vers /
Une sorte de lumière spéciale. Maude Veilleux. Bouclard Editions (collection 109). 2023
In Ma posture, Maude Veilleux se situe / mes parents sont travailleurs d’usine. Leurs parents aussi. Toute ma grande famille aussi[…] Je vis à Montréal dans une communauté artistique riche. Pauvre aussi, mais éduquée […] J’essaie de comprendre ma place là-dedans. J’écris avec ça. Ça, c’est le matériau avec lequel elle sculpte textes. Laisser le Souffle la traverser, essayer ça, être le plus possible fidèle à la petite musique d’un quotidien / avec ce qu’elle est, s’offrir un léger recul malgré tout : […] Avec mon incapacité crasse à sentir mon adhésion au monde, avec le sentiment de rejet que j’ai l’impression de subir de toute part, et puis avec la conviction que je ne trouverai jamais de maison, sinon la mienne. Le petit coin que j’invente avec mes livres. /
Se laisser traverser de part en part, déjà ça : en dégager une fiction et une autre, le Réel à un moment finira bien par tendre col, tendre corps nu. Une sorte de lumière spéciale / une sorte de suite à Last Call les murènes, une sorte de diptyque avec Elle, au milieu de ça. La réalité pour fiction, le boucan qu’on traîne, l’héritage
qu’on traîne, la culture qu’on traîne / ça cahote, tant bien que mal ça vivote en elle, autour d’elle je veux faire un recueil là-dessus […] la misère d’être un travailleur […] / l’absence d’ascension sociale […] / l’ennui […] / Sur la façon dont on trouve du réconfort que dans un cheeseburger.
[…] écrire le recueil qui mettra le doigt sur une chose très précise que je n’arrive pas encore à mettre en mots. « Pierre Popovic dit que la poésie doit être d’une netteté absolue » note-t-elle encore. Voilà / sa petite vie, elle est bien décidée à la raconter, à la partager. / Maude Veilleux, avec humour, light ironie, slalome entre des gens / des lieux, des événements, des anxiétés […] fait Feu de tout ça / fait ça de tout quoi / Maude Veilleux accorde et suicide / et logo de Windows 98 brodé sur un t-shirt / et flottement / et Rihanna / et le Brexit / et Daech / […]
Maude Veilleux se purge. Aussi elle fait ça : offrir des trottoirs aux fleurs qui manquent, des sacs en plastique, des mots, des sons pas forcément les plus beaux mais ce sont les siens, me travestir et parler comme une autre / joyjoy / luv luv / internet / marde marde / marde / marde / marde […] cinq fois marde, ça fait ti votr’ compte, / des fois qu’on n’aurait pas compris que sa vie c’est / ça.
Maude Veilleux a trouvé un outil et elle s’en sert bien, le poème infini, le poème sans ni commencement ni fin. C’est à sa portée ça / l’art du cri : / je rêve d’avoir un bébé comme une femme que quelqu’un aime / pas comme une fille toute nue assise en-dessous / du comptoir de la cuisine […] un bébé comme un messie / elle rêve d’un sauveur. Déjà elle se sauve, elle est si forte et si fragile cette auteure nous touche, elle est si belle sa simplicité.
Elle parle au Monde, le Monde l’entend, j’en suis convaincu. Le monde l’entendra j’en suis convaincu
Une sorte de Lumière spéciale / un livre dense qui ne ménage ni son auteure, ni ce qui l’entoure, ce Monde qui va comme il va, sans gouvernail on le dirait, dérivant au gré / des petits désirs et petites envies de petits cela(s). / Maude Veilleux tend corps et âme à ce qui pourrait la sortir d’une manière de voir ses jours autrement qu’en traînée de poudre d’une origine sociale à qui elle devrait rendre compte de ce qu’elle devient : j’aimerais écrire doucement / avoir du vocabulaire sans me sentir traître / m’incarner / le plus que je peux donner / ici / je veux trouver le réel dans tout ça / l’écrire le manque l’argent, le nerf de la Paix en soi / transcender sa condition de classe / parfois j’essaie de faire pauvre / pour me faire accroire que je belongue encore / pour garder le gout sur ma langue. / une toast au fromage et du jell-o / je ne veux plus porter un regard condescendant sur mes origines / Je ne sais plus comment en parler et je ne sais plus comment ne pas en parler / c’est que la pauvreté n’est pas une option pour une ancienne pauvre / je la fuis / je la hais /. La lucidité pour les éclairer ces ombres en sa chair / car elle devient, c’est cela : elle devient ! Elle devient la part de silence en elle, celle qui déjà la rêve, la hisse. / Pour le moment c’est chant d’une transformation. Et si, du vocabulaire elle en a, il lui vient de partout le, ça / ça clame, claque, ça ribambelle de partout, ça rime, sonne de partout les sons, les mots semblent là pour Elle, pour la dire l’ombre. Des chants il y en aura d’autres, Une sorte de Lumière spéciale déjà l’éclaire sur ce qui cloche, sur ce qu’elle ne veut pas, ne veut plus. / Ecrire c’est parfois apprendre tréfonds : le regarder le dépôt des leurres, des heurts, la deviner la Joie entre / la Voie entre
elle dit à un endroit /[…] ma langue ne me suffit pas / et à un autre, / je veux une poésie douce comme une liste d’épicerie […] je veux un thym antillais / je veux une vie […] trouver quelque chose de nouveau / une odeur de violette […] des routes pour revenir de l’enfer […] une claque une main tendre / un melon avec pépins […] et tout cela sans virgule, sans point / elle veut, je crois du / respirable, une simplicité. Aller ainsi sans se violenter Elle fait part de ça, Maude Veilleux singulière et tellement pure dans son vrai désir d’être vraie, d’être là, d’être au Monde, aimée / pure ainsi dans son vrai désir d’aimer être là, au Monde / là, pour le chanter le trouble en
Se situer là, entre un / Tout dire d’une vie / et un / Non, ne pas tout dire d’une vie ! Garder en soi, pour soi, une Origine devant, c’est un corps pour plus tard ce qu’on tait. Se laisser aller / juste cela, en réponse, en réponds / / Un (je) se situe : sommes en 2024, un jour de novembre, il se continue / la lumière là (je) la bois, elle me boit / suis où
/ ni seul ni pas seul suis quoi et quoi / […] lorsqu’existant et existant tellement et tellement / le Vide m’apparaît si fort si Existant /14 h 07, […] bien que nous soyons Dimanche, un dimanche / vais peut-être bien me rendre à nouveau à La Baule pour y reboucher encore quelques trous, préparer murs avant de le passer ce coup de Blanc / l’endroit est beau / un écureuil parfois se montre soit seul, soit il se divise et se multiplie / il est ami ainsi, […] roux est son son signe et doux à mon regard, j’aime le voir, invisible et là […] / en ce moment (je) distribue des fanions de Lumière à mon sang, je crois il est content, j’avance ainsi. / Ce 11 novembre, (je) vais te dire ce qu’il y a dans le fait de se voir, c’est un peu comme si pour une fois le Temps devenait de la matière-monde / comme s’il s’incarnait en doigts, en effleurements, en visage(s), les nôtres / et pareillement le Souffle comme s’il s’[…] / alors nous ne pensons pas - alors nous
nous pesons - alors nous ne nous pesons pas / juste les choses se font sans nous - avec nous, tout semble exister en un même Temps, en un même Souffle, il y a fleur et autour il y a herbes et autour il y a berge et autour il y a eau et, il y a milliers d’éclats d’être là avec ce qu’il y a /de centre(s) partout, de bord(s) / partout en chaque pli ce qu’il y a de manifestée Lumière / […] c’est si étrange vous / regarder être, te regarder être en Vie […] ô vous ennature / nature en vous, en nous ce naturel alors, c’est quoi […] je crois c’est simplement le regarder le Mystèred’être là, c’est remercier
ce 12 novembre / assez de corps, de désir en jachère, (je) le sens / le / oui, a déjà amorcé un retour, notre retour. Des voix, quelques-unes ont aimé le prononcer le oui. A leur façon l’ont habillé de leurs pas, de leurs marches / de la quantité de Lumière qu’elles peuvent abriter ces voix, dans ces corps. / L’ont habillé de l’intensité de Vie / qu’elles peuvent accepter de vivre ces voix / de cette nudité en elles, qui les amène chacune à se rendre parfois à des rendez-vous secrets. / Car oui parfois les corps / les voix se rendent, s’éprouvent / se donnent corps, cris, chants. Se rencontrent leurs souffles, se le passent de bouche en bouche, de lèvres en lèvres […] / se le passent le gué d’une heure, de quelques heures ensembles, ces corps, ces voix séparées, s’accordent Cela : jouer la Joie, s’accordent d’être, de s’ébattre dans quoi
/ ils - elles ne le savent pas, ne se l’expliquent pas vraiment. Juste ils - elles se voient. Un / nous / se voit et c’est bien alors, le monde est là. Il n’y manque rien, même ce qui manque est là. Tout est là, l’invisible même se voit. S’entendent les ondes des choses-là. Tout se surprend à vibrer : la, les peaux(x), la, les chair(s) deviennent de la
Lumière quelques heures elles s’éclairent d’être plus en Vie que d’habitude, juste elles s’accordent à […]
ce 20 novembre, / [...] - tu pourras mettre la carte vitale devant ma chaise, s’il te plait ! / Un (je) s’entend / MAchaise, TA chaise ! il se dit [...] / comme si tu avais ta chaise, il se dit ça […] intérieurement il sourit, c’est vrai, c’est un peu sa chaise / il se revoit des années durant, revenir du chantier naval et s’asseoir à cette même chaise, silencieux, le corps un peu vide, parfois même ayant oublié de manger pendant la pause de midi, préférant lire un peu, se poser ainsi, buvant un café noir […] En rentrant, sa chère alors, le devinant cela / et lui déposant un toast grillé avec un œuf dessus, avec du poivre - du sel dessus / et lui lentement l’appréciant cela, le regard posé
vers quoi
il n’est pas 7 h 30 / cela le traverse cela / une marche en lui, une longue marche
[...] puis il n’est pas 12 h 30, cette fois ce (je) est à Nantes, il appelle une Léa, / elle vient lui ouvrir, il s’enquiert de sa santé […] / il s’entend, cela lui donne sourire à l’intérieur. C’est bien de donner à sa chair de sourire pour un oui pour un non / [...] puis à son tour il ouvre à une mère et sa fille, elle se nomme Louna [...] / puis des puis/ il y en a / c’est une vie de / puis […] un (je) a pensé à vous / ai pensé à
ce 21 novembre, / […] ce jour aussi, le partager avec vous ne serait-ce qu’un peu […] et cette fois n’ai envie deretenir que ces quelques lignes de Claude Sterckx, trouvées en amorçant ce livre / Mythologie du monde celte /
page 10 : « [...] De nombreux mots gaulois restent bien vivants : alouette, ambassade, ardoise, arpent / auvent, barre, bec, berceau, bille, boue, bouge » / là, sur ce mot, sur ce son bouge, ce (je) s’arrête […] il ne dit pas / - si un jour, il te faut t’éloigner d’un bord, d’un vertige, […] / par exemple t’apprendrai à tracer un bouge, c’est une courbure de pont dans le sens transversal d’un navire, pour l’écoulement de l’eau […] il correspond à un arc de cercle de grand rayon dont le centre est inaccessible, pour ce tracé, il y a une méthode […] Un (je) ne dit pas, si un jour, le vertige te prend, te ramènerai à des choses belles / la géométrie nous contient et nous la contenons, /
un (je) parle à un silence en lui, ce silence est une femme, une femme qui le touche […] / cela arrive / parfois il touche cette femme / et alors quelque chose se produit, elle vibre, elle vibre tant et tant / il vibre
Nous in / quoi […] ailleurs ce sont / nus oisillons tendant cous, tendant chairs et becs, ce sont des vies en sursis / ailleurs dans le sable, corps encore mous sortis de l’œuf se dépêchant de rejoindre rivage, eau avant que […] /ailleurs et ailleurs ce sont mille épreuves, autant de coups de bélier donnés dans de, La Matière enfermée […] / ne rien rejeter, sont comme elles sont les forces en jeu, les chairs et souffles, les (je) / ce 22 novembre, un (je) a relevé ses bosselles : de jeunes gens, là parmi les mails, celui-là / Bonjour, j’ai 22 ans et, je suis en situation de handicap, j’ai donc une aide financière de 1100 liée à ce handicap qui n’est pas moteur. / Je touche également 180 euros minimum d’aide au logement grâce à mon handicap. Je travaille partiellement lorsqu’une entreprise m’offre la chance de pouvoir montrer mes aptitudes professionnelles. J’ai une garantie visale. / Cordialement. / Manon L[…] / et cet autre, / Je suis équipière polyvalente chez Mac Do, malheureusement j’ai été mise à la rue par ma mère ce soi,/ donc j’aimerais énormément trouver un endroit où loger rapidement. Je suis très joyeuse / j’aime mettre de la bonne humeur et, je participe beaucoup aux tâches ménagères / puis j’aime faire en sorte que tout le monde s’entende bien […]. Et corps en branle alors […] / à suivre il y a eu ce rapprochement :
un / Vincent Bontems dans son / Bachelard : « […] La poésie est émouvante si elle épouse le rythme intime et les forces élémentaires de l’inconscient. » / et il le cite Bachelard, in L’Air et les Songes :
« Seule une sympathie pour une matière peut déterminer une participation réellement active qu’on appellerait volontiers une / induction / […] / Ce serait […] dans la vie des images que l’on pourrait éprouver la volonté de conduire. Seule cette induction / […] cette duction par l’intimité du réel / peut soulever notre être intime. » / Et
Vincent Bontems reprend / il s’agit « d’inférer une force à partir du mouvement d’un concept ou d’une image, et d’en mesurer les effets induits dans notre esprit […] en suivant les métaphores d’un poète, l’esprit imaginatif découvre une solidarité cristalline, une cohérence insoupçonnée entre les images ».
[…] un (je) a une sympathie pour la Matière Vie, pour la matière en cours, les matières en Jeu, elles le touchent profondément. Cela, le touche profondément toutes ces forces en voie(s) / 09 h 56 / c’est une planche de quoi /qu’il a sous les yeux, ce (je). Du / il y a /
il y en a tellement ! C’est une matière, parfois on n’y trouve rien, un rien pur si pur. Là, il l’écrit le ciel dégagé / Quelques minutes se sont écoulées / là maintenant il écrit le ciel chargé d’eau - chargé de lieux et / un livre sur les Celtes, s’est ouvert à la page 212 avec en miroir la page 213 / il est noté en bas : « Un jour les Ulates, menés par leur roi Conchobhar et leur plus grand héros Cuchulainn, mettent le siège devant le château de Manannan / pour s’emparer de ses trésors : sa fille Blathnaid, les trois vaches merveilleuses, les trois oiseaux dont le chant est la musique ravissante de l’Autre Monde et le chaudron inexhaust-[…] / »
/ c’est une planche pour lui, une de celles dont on fait les bordés / il se fabrique une embarcation, il le sait cela /il pourrait sur chaque clin graver, pyrograver des vers, des lignes / genre : celles qui lui viennent dans le / Geste/ peut-être à un moment il le fera, cela / il écrira, il brûlera du bois / avec un peu de feu écrire ce qui va, là, et là / les forces / en lui, la force amie et quoi […] alors oui / il se voit bien à un moment, là-bas dans cette remise en pierre, porte ouverte sur ce chemin de terre qui mène à la rivière / ce (je) / il se voit bien revenir à ses premiers amours / caresser du bois, de la planche / polir de la matière arbre, fabriquer barques / graver de la vacuité […], / ce 25 novembre / Est un Ciel debout, est un Amour debout / un (je) veux le croire. Lui, le vit ainsi : déjà il voit dans ce qu’il y a de ciel devant lui, une Lumière debout / Est un chant - ce sont les extrémités, les brins de ce romarin / c’est leur silence à un moment qui se laisse entendre / il ne dit pas Cela : que le romarin n’en finit pas de commencer / de se re-commencer, […] Cela s’entend parfois aimer sans bruit, aimer autrement, aimer doucement / […] cela, se partage être simplement ce qu’on est, cela se partage en son centre, en son cœur, l’extrême bord / cela se partage dans un sourire suivi d’un autre, alors alors on s’écoule / nous nous écoulons, nous écoutons ce qu’il y a de Lumière par la, les chairs, les lèvres ce qu’il y a de Vie en
/ […] ces derniers mois ce (je) ne lit pas, ou très peu, il médite quoi / ce (je) il ne le sait pas encore / dans un an environ, il rencontrera un titre, il parcourra un livre et en fera une note / juste il sait cela qu’une Origine devant lui donne à aller vers / à marcher à sa rencontre / à savoir sans savoir. Déjà cette Origine, elle s’offre / c’est une Onde qu’il reconnaît / elle traverse le Temps […] elle lui fera réagir à
L’Obsession de l’espace. Ricardo Zelarayan. Le Dilletante. 2025
/ In l’avant-propos : « Il n’est pas exagéré de dire que Ricardo Zelarayan a une place à part dans le panorama argentin. / Non seulement par la liberté et l’inventivité de son style, mais aussi parce que c’est un écrivain qui / malgré lui ou volontairement, a tout fait pour ne pas être / écrivain. Manuscrits perdus / […], livres publiés des décennies après leur gestation, à l’écart des mondanités littéraires, / c’est à une poignée d’obstinés que l’on doit la diffusion tardive et la lente digestion de son œuvre. » / Pour ma part, cela m’a donné l’envie de le découvrir :
Né en 1922 / en 1940 il s’installe à Buenos Aires où il a vécu toutes ces années, il y meurt en 2010.
/ Il faudra attendre qu’il ait cinquante ans pour publier un premier recueil / L’Obsession de l’espace / Ensemble dans lequel le cinéaste Rodrigo Moreno a prélevé et su mettre en scène / La Grande / dans son film sorti en 2023, « Los delincuentes ». Ce poème est un chant méditatif, alliant scènes présentes et passées, déroulant le réel sur du réel, superposant les images comme elles viennent, d’où qu’elles viennent / que ce soit du dehors où du dedans / déroulant sans hiérarchie tout ce qui traverse un être parfois / l’Être et toutes ses composantes. […] / Solitude au bec, R. Zelarayan allant et venant, cet homme circulant, regardant les pavés, les grues, les fumées, les trains. Cet homme et ses mots :
Pas la peine de tergiverser. Personne ne nous accompagne à plonger de force, tête la première dans / la mort
(oh l’Ombre !) ou à plonger tête la première dans la vie (oh la lumière !).
Et vous l’aurez remarqué « la lumière » sans majuscule, elle / « l’Ombre » avec une majuscule, elle. L’Ombre, la Vie sous toutes ses formes / il déambule dans : / des sources […]dans l’infraction constante des conventions qu’on nous a vendues comme réalité. / Dans tout ce qui est gratuit, dans l’amour, dans le langage des enfants, dans les conversations. Le lisant, ai pensé à / La Terre vaine / à un T.S Eliott de là-bas, nourrissant les bouches de tout ce qui fuit / en l’écrivant le nourrissant ainsi le Temps, en l’applaudissant de quelques images. Cela / le Manifesté pour imaginaire :
capter la Vie dans le tamis d’un corps, y voir un peu quelque chose, y voir le Vide, surtout savoir qu’on ne pèsepas grand-chose. Savoir qu’à part l’Espace qu’on accepte pour corps, le corps qui est-il, les corps que sont-ils / les éléments que sont-ils, les choses que sont-elles /
[…] du soleil qui fait mûrir les oranges, / tandis que la guitare d’Hermenegildo / dort à plat ventre sur l’herbe.
/Les fourmis montent aux cordes / essaient d’entrer dans le ventre / (de la guitare) […] J’ai même l’impression
que les fourmis cherchent le miel de la guitare, […] / Une fourche fichée en terre ne se fait pas / d’illusion sur
l’avenir. La terre danse, / Zelarayan regarde les formes, au gré de ce qui apparait / il distribue des mots pour la dire la Vie et blabla bli, blablater. Etreindre Vie et tenter d’éteindre Feu on dirait ça. A un moment pour la taire la Vie, tenter cela : l’inonder de toute notre force de Vie, lui faire signe par tous les actes d’une existence […] /
Nourrir trame avec le Mystère, ne rien expliquer, juste tendre des moments, des parures / […] / et mieux encore lorsqu’elles se présentent, tendre des nudités. […] A un moment, au bout des lignes, du silence (de la matière du silence) / oui la tendre sa petite présence comme elle est vacillante, dansante / et l’envie de se réfugier dans le nous. / Autrement dit les autres et soi-même… Une obsession, l’espace et des mots pour le dire / l’espace, le bourricot, la fourmi, la rose, le Pape, le crapaud, la pluie / l’Autour de lui et […] / on finit par trouver dans un coin une / espèce de roue, / complètement K.-O. […]
à un moment en lui, c’est Constellation, c’est cercle(s) / Roue, un arc et un arc, un texte et un autre et un autre.
Regarder un train /_ La locomotive illumine le sel immense, les blocs de sel sur les côtés, l’herbe sauvage mêlée au sel qui […] / entre les rails. / J’hésite… / et je me tais / Le mystère là, le regarder. Méditer le rien, y trouver poème : La poire trépide sur l’assiette. Le miel s’étire dans le flacon fermé, Dans La Grande Saline, Zelarayan se laisse écrire ce qui lui vient et, / ce qui lui vient, c’est Tout en partie : Tout, qui ne livre rien de son mystère / Il est exactement 14 heures 8 minutes 30 secondes. Et aussi, je ne sais pourquoi, je pense au cuirassé de poche Graf Spee / qui au début de la deuxième guerre / s’est suicidé avec son capitaine / en face de Punta del Este. / Le Graf Spee gît à trente mètres de profondeur... Des disparitions, des morts et derrière la cohorte des pensées qui le traversent, la Fleur d’être en vie, tout le Vivant pour corps / Aujourd’hui je déjeune avec des amis […] / D’un œil je regarderai le sel et à la place je / demanderai du poivre, car j’ai peur de me taire […]. De manière obsessionnelle écrire, par peur de disparaître complètement. Et paradoxe par désir de disparaître complètement, de manière obsessionnelle écrire. / Passer d’un silence, d’un écrit à un autre / se fondre en récit / trouver centre, entre ses mots et à un moment cela, se retrouver complètement ivre, complètement Livre. Le / sans plus de contour, l’écrire […]
/ Écrire des obsessions, par exemple : / Un piano suspendu, comme une araignée à / un fil / s’est arrêté entre le douzième et le treizième / étage / et plus en aval : / en écoutant le Concerto en sol de Ravel sur Radio National. Que penserait feu Ravel / je t’imagine jouer sur le piano que j’ai vu suspendu aujourd’hui entre le douzième et le treizième étage. L’écrire l’énergie, les énergies là : En 1948, à Salta, / nous sommes allés une nuit chasser / grenouilles et viscaches / et la conversation s’est éteinte avec le feu des / grillades, / accablés que nous étions par le ciel noir et / étoilé. L’écrire l’obscur, l’obscurité : / […] Nous allumions et éteignions nerveusement / les lampes de poche / jusqu’à ce que les piles soient vides. / […] pourquoi je me surprends à regarder le / filament cassé d’une ampoule. L’écrire cette obsession, vivre en Tout : m’a émerveillé / la marque du pneu que j’ai lue et relue / quand on changeait la roue au bord de[…] / écrire le pourquoi, même le demi-pourquoi. Ecrire l’Ombre et sa bouche là et là, écrire le territoire du silence / pour se faire, ces vers magnifiques, étranges : Pour l’iguane que tu as tué va savoir / pourquoi. / Pour l’iguane que tu as tué pour une raison […] Oh ! rose rouge, qui as tué l’iguane ! / Rose, qui a attisé un silence pour toujours. Ricardo Zelarayan écrit aussi / On ne voit pas les petits morceaux.
/ Rassembler souvenirs épars, les mêler à du, des présent(s) épars / les transformer en écrits, en un feu qui dure. En cela cet auteur n’est pas diffèrent de Macedonio Fernandez qu’il cite. Tous les deux aussi sensibles à songer la réalité qu’à accorder à leurs rêveries, une place dans leur quotidien.
Nuit dans leurs jours, Jour dans leurs nuits / déroulant ainsi une sorte d’insomnie, […] Vies teintées d’invisible qu’ils croisent. Pour Ricardo Zelarayan, entretenir le Mystère, c’est chaque jour lui donner quelques vers / c’est combler manquements : Ma longue attente ne peut être pour toujours. L’Amour doit être là / c’est une façon de rester dressé en santé, en Vie. Le poème, La Grande Saline 1est un corps, une âme / celui, celle d’une Argentine en lui / celui, celle d’un Pays où. Obsessionnel / en mouvement, en mue ainsi. Présent ainsi, prenant soin d’être vaste. Par élégance je crois, prenant soin de nous laisser entrevoir l’infini là, parfois /
Quelques faits et quelques ici (s) / pour le saluer ce pays / « des actes et des paroles sans prétention poétique » /Une sorte de « d’Entre Rios, un peu de Tucuman et de Salta, à Buenos Aires ». Du « parlé » pour offrir / sangs / Souffles et sons / au mouvement des corps - au corps des mouvements.
Et noyée en ces pages, une pudique déclaration d’Amour au fait d’être, de traverser la Vie : / […] Je suis sorti de chez moi pour te voir, /[…] Et on s’est regardés un long moment en / silence. / L’assiette vide, / la tienne et la mienne, elles étaient plus blanches que jamais. / Et après la commande est arrivée. / Assiette pleine ! / Ton assiette et la mienne ! / Et tu as commencé à parler / Et on a parlé ! / […] mangé,[…]. / Le soleil était absent… / mais à ce moment-là, était-ce important ? / Je me sentais comme un énorme petit pain / de sucre / entouré d’arbres très verts. Les trains qui passaient au loin / étaient un peu comme tes caresses timides, tes regards / Un chien qui voulait jouer au football / avec deux garçons. […] c’était voler. C’était un dimanche nuageux. […] /
Les moments, les regarder être / devenir des mots, puis du silence. Là est Zelarayan.
/ […] On accepte cela : le Temps, c’est de la Lumière qu’on reçoit / la Lumière, c’est du Temps qu’on reçoit.
/ Cela, à la vitesse d’être bien / d’être en lien avec Soi. / En apparence, pas grand-chose et pourtant beaucoup, / cela : goûter sang d’être, lui accorder sens, […] ce (je), juste il sait qu’une Origine devant lui donne à aller vers/ lui donne à marcher à la rencontre de ce point où se situe / un savoir sans savoir. Cette Origine parfois s’offre, c’est une Onde qu’il reconnaît et qui se joue du Temps / elle traverse le Temps / elle le traverse […] alors alors lui aussi, prend soin d’être vaste / de se laisser guider par elle / prend soin d’être là, présent. En mouvement, en mue ainsi. Là, converser avec Vous, Amie Présente-Absente-Présente / avec vous corps ainsi / il y a de la force en tout cela, quelque chose de beau, je le veille
ce 30 novembre / […] suis là, dans ta ville, évidemment cela me touche / tous ces jours ai pensé te faire signe / à 11 h, un certain Lilian a visité cette chambre / […] à 11 h 15, une mère et son fils visitent cette chambre, elle est des Philippines, elle sourit tout le temps et te ressemble tant, alors évidemment ça me travaille à l’intérieur / elle est belle et son fils est beau / cela fait signe et il fait beau alors dans cet instant […] suis là / t’envoie onde de cette chambre, peut-être la reçois-tu / me dis ça, en fermant la fenêtre de toit / en regardant la ville, ses toits, suis au 8e étage,
ce 04 décembre / tous ces jours, il fait sombre de bonne heure […] / toujours sur La Baule à rafraîchir ce studio […] ce grand parc là devant, au bout d’une allée, c’est la baie, le monde, ce sont les grands hôtels, le casino […] là maintenant
la pluie sur les pins, les pins sous la pluie / la pluie sur l’herbe, l’herbe sous la pluie / cela ressemble à des corps ce qu’il y a dehors. Ce qu’il y a des corps, cela ressemble à dehors. Ce qui se joue-ce qui se voit- là, un écureuil / est-ce toujours le même, je ne sais pas [...] ai amené un bar en teck, il a été repeint en gris dur, cela lui va […]
ce 05 décembre, 17 h 43 / de l’eau encore de l’eau, il y en a plein le ciel, plein les sols, [...]
ce 13 décembre, ciel là, flotte un / (je) sais que dans quelques campagnes, il y a des Christs semés et des fleurs sous la terre, et des fleurs à venir / il y a des chemins pour cheminer, des chemins pour aimer, pour s’aimer […] (je) pense à votre, ta main pareille à la mienne / c’est là,
beau comme du, Christ jaune / comme de l’efflanqué mystère, ce qui vibre parfois en marchant, chair(s) dehors / se dit cela ce (je) : ce qui déborde d’elle alors, en marche jusqu’à une petite chambre ouverte sur chair dedans,
/ […] 17 décembre / là (j’) écoute /
/ Anastasia Huppmann / Beethoven Piano Sonata No 8 in C minor Op 13 Pathetique […] / et ces lignes venues : / vois, voyez Amie, ce ne sont que mes doigts, regarde(z) et écoute(z) les / dessiner contour et contour jusqu’à / un moment / absence de contour en vous, jusqu’à ce que onde(s) pour corps / […] mille et une seule pour chair, on le dirait / vous commence et vous recommence / jusqu’à ce que corps s’élève en Souffle et le devienne […] / est-ce cela qu’on appelle faire l’amour / amener corps là, en ses bord(s) / là, en son cœur /
par le corps, se surprendre en tenue d’extrémité(s) / par le, les corps, s’écouter être là / t’écouter être là, t’écouter être nue, si présente et si frêle […] / bien-sûr il le sait bien ce (je) / cela ne fait pas la maille / l’écrire
l’amour un peu / l’écrire un peu le corps qui va doucement / les corps qui lentement se transforment / les corps qui vont ainsi, qui font chemin(s) / c’est un peu comme entendre du piano / [...] et bien sûr il le sait bien ce (je), cela ne fait pas la maille toujours, aimer comme on peut face à ce qui merde là et là, cette actu, ce monde lourd, si lourd […] car faut bien se l’avouer, depuis le temps qu’on marche vers ce / nous / on devrait déjà y être arrivé / et nous n’y sommes pas, alors alors on s’habitue, on s’accompagne, on accorde corps avec le corps, les doigts, / on trouve parfois un petit coin de terre où on est bien / un lit près d’une rivière, on y revient / […] et guerrière et guerrier on se regarde apprendre / on se regarde, touchés chacun par l’autre… autant de nudité partagée, c’est rare, on se dit ça, que ces moments sont de l’Or, on touche là, l’Or dans ce qu’il a de plus intime, sa montée vers / C’est par l’imaginaire que ce genre de partage a lieu, trouve territoire / nous nous y baignons dès que quelques heures offrent gué à nos vies / alors nous traversons regards, chairs / nous pénétrons un / quelque chose
là, elle ne prononce pas, mais cela s’entend le /- ne t’interromps pas surtout / en ce moment je n’ai pas les mots pour te répondre, je les aurais [...] en attendant continue de l’écrire ce nous amorcé […] alors ce (je) continue
/ - là on rencontre un feu blanc, il borde quelques pétales jaunes, ceux d’un pavot / lui-même borde une crique, là, des algues, du goémon, des roches noires, l’océan est un présent qui scintille [...] / ce sont les préliminaires de ce qui advient à un moment ou à un autre : […] / il suffit de pas grand-chose pour déclencher élan, un élan / parfois c’est une chapelle qui peut amener une main à en rejoindre une autre, amener un regard à se nourrir d’un autre / Le but, c’est peut-être ça, récolter et récolter, seins là et seins là / Sexe en Tout / en bruyères, en fougères/ en pins, ainsi chair / nos chair(s). Tout sous le Ciel / lui accorder de l’espace, tout l’espace qu’il mérite. Le but / déjà un peu l’apprendre par nos bouches, l’entendre par nos souffles, / cette matière immortelle / le Temps qui va, le présent qui nous aime là et là / le Vide dans, au sein des choses / […]
il est 10 h 25 ce 19 décembre / la lumière est un secret qui se montre à nous / chaque seconde elle s’offre nue, si nue, elle reste un secret / un peu comme toi, si Ciel quand tu t’y mets […] tiens un peu comme ta peau si nature quand elle s’y met / elle peut avoir un goût de noix, je ne te l’avais jamais dit, cela / elle a un goût de noix / […] […] le silence parfois est une chair, il appelle / et les mots, des mots alors l’entendent / cela devient chant, vous
ce 23 décembre / [...] à un moment ce qui est tû, fleurit […] ce qui est tû, s’entend : / […] il est Souffle je crois / il est ce qui donne regard et regard à la chair, à la peau / ce qui la fait se tendre vers une main vers ce qu’il y a de chaleur […] ce
24 décembre, 08 h 58, / ce que (j’) aime dans le romarin, c’est qu’il est du matin, c’est qu’il est du soir / (j’) ouvre les volets, il est là / je ferme les volets, il est là / chaque jour il semble commencer, se recommencer, c’est ainsi, (je) regarde et médite ce qui nous lie. Ce quelque chose autre / cela : avec le vivant, avec la Vie, je crois / dans ce qu’elle nous transmet de corps véritable, celui-là pareil à ce qui jamais ne meurt / à cela qui demeure dans le romarin encore et encore, même quand la nuit vient et, qui réapparaît lorsque se lève le jour / ce mouvement-là, un (je) l’aime. Parfois / nous est un regard. Parfois / nous est en marche et j’aime ça, alors vivre, te vivre même quelques heures, te […]. Je vous parle, je vous
/ encore cette fois, je vais me laisser faire, (je) vais laisser s’inviter là : du Temps plus loin / du Temps à (ma) (notre) rencontre / je crois à la force cachée de l’aléatoire, à la patience de la Matière en voie, de la Lumière en voie. Je crois à quelques corps sensibles en mesure d’étreindre le diaphane / en mesure de nous le donner à voir avec de la matière d’Ange / en mesure de soulever les sons de leur territoire. / Est Pays alors ce qui les traverse. / Là, un amour, une femme / là, un cours d’eau, une rivière / là, une ville, l’âme d’un peuple :
ce qui vibre en leurs textes et poèmes, c’est éloge de ce qui les habite, ils sont gardiens d’un mouvement ample / d’une force morale, d’une santé les contenant toutes, les vies à l’œuvre. Mourir, on le dirait ils ne font que ça.Vivre on le dirait, ils ne font que ça, ils s’habitent au plus près. La solitude est un bord, le bord est un matériau.Et il y en a, des livres en bois de bord. / (j’) apprends à me surprendre, aussi dans le Geste, lui offrir une petite résonance à ce livre, un jour confié à Terre à ciel : Blaga / et qui aujourd’hui me tend sa couverture.
La solitude est un parce que / et il y en a des livres en bois de parce que.
Eloge du sommeil / Lauda somnului. Lucian Blaga. Jacques André Editeur / Editura Scoala Ardeleana / Collection, Poésie d’ailleurs. 2020
Une édition bilingue roumano-française et les lignes ci-dessus peuvent également s’appliquer à son traducteur :
/ Jean Poncet / tant son implication est réelle, son envie de nous faire connaître et partager cet auteur me touche
profondément. Son avant-propos, remarquablement documenté « Survivre à la Vie » nous transmet le parcours tourmenté de Blaga. Après Varsovie et son climat pluvieux / c’est à Prague pour la première fois qu’il éprouve enfin un sentiment de « stabilisation ». Puis ce sera Berne, ville où il se répare, il dort. / Tente-t-il d’échapper à la réalité ou / au contraire a-t-il choisi de fomenter ainsi / Eloge du sommeil / a-t-il choisi lui aussi de se laisser écrire / de laisser La Nuit le traverser afin d’en extraire les Lys. Lys d’une « âme slave ». Lys d’une roumanité, lys de sa nature profonde […] / Blaga la cherche, se cherche / dans, par le sommeil il semble se trouver, trouver un corps qu’il écrit le jour. A l’Aube il récolte, il apprend, il s’apprend, découvre vers Nuit absolue. Les étoiles dansent dans l’herbe. / Les sentiers se retirent sous les futaies et dans les grottes / le gardien de la forêt se tait. […] Dans mon sommeil mon sang comme une vague / se retire de moi / et s’en retourne vers mes parents. / La Nuit parce que. Eloge du sommeil en bois de / Nuit. Blaga songe ce qu’il écrit :
On entend le vol des oies / bref et vain au-dessus des champs de givre. Une chanson quelque part se pénètre /
des prières ancestrales. / En bois de songes, ses mots / ce qu’il voit dans les paysages, ce sont ses morts / c’est sa langue / une Langue / celle d’un peuple sous le paysage. Un territoire pour foi / un sol, un ciel pour Alléluia, mon regard s’emplit d’oiseaux et de vents, / à la vie je dois aucune pensée, / à la vie je dois toute ma vie.[…] / il arrive qu’un corps épouse paysage(s) / pays de son vivant / qu’il rejoigne et ses sols et ses ciels de son vivant / il arrive qu’une mélancolie soit bois de livres. / Alléluia, aujourd’hui comme jamais / je suis le frère exténué / du ciel d’en bas / Blaga raconte un peuple, / […] Etres qui avez été, où êtes-vous ? / Ne foule point, ma sœur leurs traces de lumière / anémones bleues / raconte une terre en marche / Près de l’ermitage minuit rencontre des êtres qui dorment debout. L’esprit des mousses froides se coule dans les ravins […] les filles des bergeries - elles frottent à la lune leurs / épaules nues, […] Des chevaux jaunes paissent dans des herbes le sel de la vie. / Tapi sous les mélèzes, Dieu se fait tout petit / pour qu’à l’abri de son dos / croissent des cèpes rouges.[…] Des mots en lieux, des lieux en mots, Blaga joue au Jeu du retour / O, sous les murs et dans les trous / que de bêtes, que de murmures ! / Il y a mille ans j’étais ici le chroniqueur d’un sort inconstant / chroniqueur roumain parti vers le nord. Le dehors est un temple et cela arrive, le temps se pose. Un moineau sautille sur les aiguilles. Le /[…] tout ce qui advient / devient Corps. Corps en Dedans : / Elégie […] Se répandent en moi toutes les routes / que tes pieds ont frôlées […] / toi qui t’en es allée / / Vidé de toute pensée, de tout élan, de toute voix, / j’essuie d’un revers de manche mes yeux embués. […] L’Absence devient vision. La vision amorce légende et des lyres tombées de toutes part, montées de toutes part se rencontrent, c’est Musique : Le silence bleuté s’arrondit / cela arrive, le Silence, le Mouvement se montre dans un corps et un autre, une matière et une autre / l’invisible parle à la chair, aux chairs. / Des âmes éclairent des marches. / Elles éclairent ce qui est liens entre les esprits. Esprits des lieux, des cieux, Tout se regarde avec âme, avec amour tout se tient : le Mystère comme s’il était seuil d’un consentement à vivre, imprégné d’un aller vers.
Blaga ainsi, juste conforté par le fait d’habiter corps, sens / âme l’âme d’un territoire, juste conforté par le fait d’habiter foi en quelque chose. Allant ainsi / en nature, en matière allante, en croyance. Dans Eloge du sommeil / Blaga chante mélancolie / qu’il reçoit, traversant des villages : Des coqs d’apocalypse crient sans répit […] / dans les villages roumains. / Les fontaines de la nuit / les yeux grands ouverts écoutent / les sombres nouvelles.
/ L’époque est sombre lorsqu’il fomente et couche ces lignes, on le ressent. La tristesse, le doute accompagnent ses pas et nous ne sommes pas là dans La Certitude. Le ciel est bas : / Jésus saigne en secret / des sept paroles / de la croix […] le vent a soufflé sur la forêt / rompant branches et ramures de cerfs. / Des cloches ou bien des cercueils / chantent sous l’herbe par milliers. Heureusement La Nature, heureusement le vent, le souffle, Blaga y plante ses marches, son âme. Dans le courrier accompagnant l’envoi de cet ouvrage, Jean Poncet mentionne :
qu’il est le quatrième tome paru / Jacques André Editeur / et qu’aux trois tomes précédents / (Les Poèmes de la Lumière / Les pas du prophète / Dans le grand passage) viendra s’ajouter un cinquième / Au partage des eaux.
A souligner le grand soin apporté par ses éditeurs et traducteur qui ont souhaité partager avec nous, l’œuvre de ce poète longtemps muselé dans son propre pays, la voix de cet écrivain est désormais libre d’exprimer ce qu’a été sa présence au monde et ce qu’il en demeure à travers lui, celle d’un peuple qui va. Les en remercier.
/ Ce qu’il entend Blaga, dans ce qui l’entoure et l’étreint / c’est sa langue / en son silence, une Langue.
/ […] Entendre nos existences : l’Âme des peuples / les sons des chairs, / des corps autres, / leurs Verbes, […] / à l’heure où d’aucuns voient dans l’époque, une Conscience encalminée / offrons nous voies, celles d’absences qui continuent de nous chuchoter force - vie, celles de présences qui nous la crient. Osons des voix. Continuons à lire nos contemporains, à y mêler nos anciens. Jouons avec les temps, le Temps /offrons-nous d’être cela, Jeu en / quoi. Laissons-le, nous faire signe et à un moment, cela arrive. Une année s’est écoulée depuis Blaga et, cejour, dans la boîte aux lettres, un présent. Une fois de plus, c’est dans le Geste, que j’ai approché et médité :
Vestiaire de la mémoire. Jacques Josse. Editions Les Hauts-Fonds. 2025
Se remémorer des morts, revivre des scènes / vivre ainsi / entre deux mondes, Jacques Josse, livre après livre /
borne son passage, il les vit, les voit ces trépassés, tous ces gens passés en lui / il leur ressemble, converse avec
ce qu’ils portent de silence désormais : [...] je les répare, je touche leurs blessures / [...] et remets leurs fantômes d’aplomb. Il comprend / quelque chose / dans la nature humaine, un / quelque chose, qui broie certaines présences, qui a ce pouvoir de les amener à se détruire. L’auteur y est très sensible aussi s’efforce- t-il à ce que certaines absences retrouvent / le Dressé / qui n’aurait jamais dû les quitter, une force de vie qui leur a manqué et, que l’écriture est à même parfois de raviver. / C’est avec une subtile maîtrise de la langue qu’il nous conte fêlures et qu’il les transforme, tantôt d’une manière débridée, tantôt avec retenue en de courts textes, nous laissant entrevoir des atmosphères chargées / d’après-guerre, des Trente Glorieuses : / Pardonnez-lui, mais il va salir le cristallin des étoiles [...]/ Il va convoquer une dizaine de corbeaux [...] / Et cacher ses rêves sous leurs ailes, leur donner ses peurs [...] les inciter à dessiner…/ des ballets d’ombres chinoises au-dessus d’une prairie couverte de gelée blanche. Là et là, le manque d’Amour ainsi /
les corps rendus à quoi. Jacques Josse voile douleurs, disparitions, celles de marins : il y a vingt-quatre heures que la balise Sarsat du / Tout an trez / un chalutier hauturier s’est déclenchée au large des côtes galloises / lesgarde-côtes de Milford-Haven ont repéré des débris de la timonerie à proximité de la pointe Sainte-Anne.Tout le monde sait ce que cela signifie mais personne n’ose se l’avouer. / Jacques Josse voile douleurs, disparitions, celles de terriens : Après l’enterrement : / dans des corps l’absence de mots toujours, /[...] / desnœuds dans les tripes et un mouchoir sale coincé au fond de la gorge / des hommes / se soulagent contre le mur d’une maison abandonnée. Sérieux comme des papes. Pisser du tréfonds de la non pensée, pisser sur de la vigne vierge. / Des hommes se consolant ainsi, l’aimant le toucher des alcools pour remplacer celui des chairs. La Solitude dans les recoins des visages, des rides et / regards, alors avec humanité les accompagner un peu ces sorts. Il y a la Vie et il y a la Mort, est-ce l’ordre des choses cela, le désordre alors qui éclate parfois dans certains corps après que d’autres n’y soient plus.
[…] Vestiaire de la mémoire est un Tout vibrant, une trame que tisse le narrateur en nous confiant ces portraits blessés. Trame d’épreuves, d’événements / trame par les éléments, les sols, les cieux d’une contrée. Là où, il y a trou, Jacques Josse offre fils, quelques mots, dates, quelques lieux dits et prénoms. En champ d’orge devenu un Emile. En épave de 4L advenu un Marcel, riche d’être pauvre. Il n’oublie personne. Est-il corps-présence par ce qu’il voit / ou bien alors ce qu’il voit, n’existe-t-il que par lui, que par ce qu’il ressent en ces endroits, à un moment frasques et frusques d’une telle, d’un tel se retrouvent au portemanteau de ce qui fût, car c’est nues que les existences retrouvent paix. / Ce n’est pas toujours le cas : des âmes hantent parfois crânes afin qu’un élules délivre d’un passé trop lourd, d’une existence trop lourde qui les empêchent de s’élever. Des oubliés, des marcheurs, l’auteur en a vus, observés, médités. Ils croisent calvaires, ils ont juste pour but d’haler carcasse, / ont juste pour but d’user heures lentes, chagrin. Cela, il lui faut l’écrire pour eux / leur accorder mots : […] La mémoire a une gueule de tanche. Elle s’encombre de tout. On la dirait née de la boue. / Il faut l’écrire pour eux.
/ la Lumière qui a pu manquer dans certains corps / des types, des ivresses longeant fossés, longeant Nuit.
Les accidentés de la Vie, il les pare d’un contour, d’un corps plus vaste qu’eux : une nudité qu’ils n’ont peut-être jamais reçue. Ondes de ce qu’ils furent, il offre là / ce qui en demeure :
pour l’un, les soubresauts d’une lampe électrique / pour un autre, les phares aveuglants d’une camionnette […]
La force des lieux, il la brandit cette force comme elle est, lui donne un corps de lance à cette force dispersée, à e ces esprits où / maintenant ! Là, dessinant falaises, dessinant chemins et saules sur chemins et roseaux, marais / Sons ainsi, dans le silence des nuits en plein jour, en nuits pleines. Hommes, femmes dans le paysage,il est d’un lieu Jacques Josse, le même qu’eux, qu’elles / hormis ce, quelque chose en lui d’indéfinissable qui lui fait ressentir la douleur d’exister / ce, quelque chose qui en lui fait œuvre. / Ses pas ressemblent aux pas de ces allants, allantes. / Il en porte des drames, des pendus et, des noyés / des envies d’en finir. Il en a perçu des histoires, des passés recensés / il en a ressassé des vécus dans le sien, des années dans les siennes entremêlées. C’est une époque meurtrie qu’il raconte, en corps quelque chose de pesant rencontrant une respiration. Cela, avant et pendant que les Seventies débordent des chairs et, amènent espace. /
Pour certains ce ne fut pas le cas, Jacques Josse a existé à leurs côtés et cela l’habite. / En leur accordant textes, c’est une part de lui qui se trouve aujourd’hui en chacun d’eux. / De son vivant déjà, s’entrevoir rhizome / dans l’invisible et le visible s’entrevoir Lien avec. Il y a / les gens de peu chers à Pierre Sansot, et si ce dernier leur a accordé la place qu’ils méritent, c’est probablement qu’il a ressenti qu’en eux, par eux survivait une Ame / une forme de poésie et qu’elle freinait des présences plus voraces qui / allaient nous mener droit dans le mur. Jacques Josse, également est touché par ces humbles et il souhaite qu’on le sache. C’est un homme qui sait d’où il vient et ce qu’il doit à toutes ces femmes, ces hommes qui sont / juste ce qu’ils sont : le / Robert qui aime errer, qui aime voir lui aussi, ce qui se joue dans les jours, les nuits, / lui en satellite autour des heures, des corps. Lui et l’Auguste, / lui et l’Ernest. Et l’Henri alors, en son agonie hissant la grande Voile. / Et Buffy alors. Et Vigie, son attitude. Et même, Ghérasim Luca, Max Jacob, Paul Celan en tenue d’ombres et traînant guêtres. Jacques Josse est un homme nourri à la Vie, à la Mort / aux vies, aux morts. Il / les lie, leur dresse page après page, une forêt dense avec quelques clairières, quelques citations /
parfois avec un peu d’humour, en / Sale chien : / Jim, le fox terrier du café d’en face[...] tenant en pleine gueule le pot de fleurs artificielles / qu’une femme vêtue de noir [...]a déposé sur la tombe de son fils. Sans hiérarchie, l’auteur accorde une place à ce chien / et cela avant de le faire pour un pigeon mort, avant de saluer tour à tour / tel ou tel, lui traversant corps et âme : /Alain Malherbe / Yves Martin / Thierry Metz / à Rennes, Jack Kerouac / son ombre dans les flaques / d’autres encore, autrement au Monde. Jacques Josse sait ce qu’il doit à un Hameau fin de siècle / il termine ce livre en tendant aux lecteurs à nouveau quelques fruits d’une fidélité qu’il entretient /
Dans ces titres : Mère poule / Gamin / Dans les ruines de la chapelle / De père en fils / Celle qui vole du linge /Au saut du lit / Pigeon mort / Le grand-père capitaine / Frère volage / La pierre bleue / des phrases sorties de / son être fort, elles portent lumière, celle d’une langue purifiée aux élans d’un homme épris d’être. / Au Monde- ainsi, comme il est. J’ai pensé au beau texte d’Annabelle Gugnon / Le cours vivant du langage : « Les langues / sont l’ensemble des mots et syntaxes créées au fil de l’histoire humaine / pour articuler une pensée / une image / une perception, un mouvement, une situation. / La littérature qui saisit l’inarticulé du monde pour le faire naître en mots à nos perceptions excède cette langue, la rendant plus vaste et plus profonde. Ainsi l’art littéraire est la création d’une langue magnétique qui joue avec la vie et que la vie, en retour, ne cesse d’enrichir. »
Il y a mille façons de regarder le passé, de lire l’Histoire / écrire des vies, en raconter quelques-unes en est une. / Enrichir les faits et dates de leurs atours, les écrivains ont ce rôle-là : traduire des non-dits, des ondes en lien / traduire douleurs, muscles et tendons, nerfs, chairs engorgées de traumas, / le limon des guerres, en veux-tu, en v’là plein ! / Des trahisons plein les maquis, des infidélités plein les armoires, des hypocrisies plein les églises / t’en v’là ! / Traduire le / Souffle bloqué. Traduire le / ce qui n’était pas une vie et qui pourtant devait s’endurer / combien en sont crevés et encore maintenant en crèvent. / Mille façons de le regarder le mal-être / les forces en Jeu, ces petites vies qui passent et ce qu’elles portent de Vie en elles. / L’habiter au présent, en est une / l’habiter intimement, le fondre en émotions, en est une autre. Ces existences, l’auteur pourrait très bien ne rien en dire, elles auraient pu comme tant d’autres passer à la trappe des présences, à la trappe des absences indifférenciées, n’être jamais mentionnées et alors on en saurait rien de ce qu’elles ont traversé. L’auteur lui a choisi de les unir à la sienne / d’en faire un Tout allant, un Tout flottant qu’il affine avec le temps. Car c’est avec lui, le Temps, qu’il converse, qu’il s’entretient, qu’il entretient fidelité(s). Jacques Josse, l’invisible, il le voit, l’entend. L’invisible lui parle, il aime y répondre, le répandre le murmure des signes : / J’ai cru entendre les pas légers de ma sœur froisser les feuilles mortes, j’espérais la voir [...] j’ai attendu, bercé par le bruit d’eau des peupliers, ai surpris le regard d’un renard. Lignes fortes trempées à la beauté d’une âme pure et simple, à la matière qui est la sienne / trempées aux matériaux qui sont les siens, une vie d’employé modeste, un vécu dont il a survécu. […] Désormais des heures et des jours à méditer / il les regarde en même temps qu’il les rêve, il s’y emploie. Le quotidien, il le manifeste, il l’évente / toujours à la lisière d’un vertige en lui / celui : d’entrevoir que tout est gué vers l’intime, il œuvre, il ouvre son être. Sans fard, il le raconte. Année après année, se greffer à un territoire, consentir à s’évanouir, à le devenir à un moment ce lieu, ces paysages fréquentés. S’en dégage une lente mélancolie, le toucher des brumes pour seul baiser, l’étreinte des heures sans corps à presser, il parvient cependant à tirer Éros de ce qui l’entoure, l’âpre il le goûte. Pour Erri de Luca « Pour moi, le bonheur est cette possibilité d’arracher à la vie un petit butin. » Jacques Josse comme lui, butine, il en tire Or. Celui-là Corps / de tous les corps /d’une petite population là-bas, chez lui dans les Côtes d’Armor et en lui ces signes d’auteur(e)s. Aimer leur donner un peu d’éternité, les signaler ces gens, le signer le Temps / qui va sur des absents / qui les recouvre et les rend à leurs sols. C’est Ciel parfois alors rendre grâce aux vies de passage, à ce qui va. / Tendre ombres, tendre traces, il l’a intégré le rôle qui est le sien, d’une rive à l’autre, celui d’un narrateur. Par le corps / trouver refuge dans la Langue et livrer des souffles. Par l’écrit, éclairer ce qu’on été des ombres portées, se laisser traverser par elles et les traverser d’un peu de distance. / Lier des existences, les chanter avant de les rendre au Silence, me semble bien être le credo de ce pudique auteur.
Matière-avec / des femmes, des hommes, un / nous / la raconte : Matière-ainsi
/ […] Regarder le Temps, là comme il est / à portée de main parfois, sur une chair qui veut bien / qu’on l’aime / le Temps vécu au présent. Egalement le regarder le Temps enfoui, profond : celui revécu, livrant quelque chose de cru / pareillement celui à venir, l’entrevoir. / Aller ainsi, écrire ainsi, profondément instruit par le Vide vécu. Dans ce jeu, il arrivera cela : un jour de printemps, un (je) écrira :
[…] année après année le petit lilas prend bois, feuilles / prend fleurs / près du romarin, je crois, il se sent bien / il est un lien qui se voit, il est un lilas mauve / un quatre avril dans une rue sans bruit. / Là (je) pense à un avion abattu, à son pilote où […] / à l’absurde mêlé à la simple beauté, à ça, à nous / […] Puis un 5 avril, 13 h 38, sur LCI, un bandeau : / L’AVIATEUR SECOURU PAR L’UNITE SEAL TEAM SIX / [...] il lira cela, avant d’envoyer ces lignes : à 16 h 11 suis sorti, ai regardé le lilas / il n’est pas qu’un lilas, me suis dit ça. Voyez le / l’éternité devient presque visible, / pourquoi ce, presque / il me faut corriger :
L’éternité devient visible ! /Ai continué d’égrener grains / et ce 06 avril, ce lundi de Pâques […] / Chaque jour, (je) le vois le lilas / là, c’est loin de l’Enfer […] ce 07 avril, / faire front, faire silence / au sol commence le ciel / se pencher sur ce qui est là, lien avec [...] et cela cette envie de
/ […] il y a dans l’air, un / J’aime exister / c’est une onde / il y a ce 30 avril / là, le présent qui va, sa lumière, sa torche de / Sous le Ciel [...] / 17h06 déjà, en début d’après-midi, il a voulu tonner et il a tonné / à ce moment, un (je) ne dit pas : l’air s’y prête, la terre s’y prête, (je) vais planter des tomates, demain elles seront plantées ! […] /
Le / j’aime exister / donne parfois des tomates parfois des étreintes belles au point de se sentir tellement fragile, pas moins qu’une belette, qu’un lézard / pas moins qu’un petit coin du Tout, non pas moins qu’une rivière et ses
présents qui scintillent / il est maintenant 17h24, (je) vais téléphoner à Pierre pour lui dire cela : j’aime exister ! 17h38, le (je) tombe sur Jacqueline, « Pierre est mort » lui annonce t’elle, puis dans la conversation elle ajoute / « on aimait s’écouter ». […] Le (je) a soufflé alors un : elle est belle cette phrase / elle a semblé contente, elle a souri / il n’a pas osé continuer, lui souffler : - encore vous allez vous entendre […] /
ce 2 mai / [...] l’ami, on me dit que tu n’es plus / (je) n’en crois rien / devant les yeux le romarin, le matin en [...] / l’ami, on me dit que tu n’es plus / certes il y a le ciel incertain / du silence dans le jardin / [...] l’ami, on me dit que tu n’es plus / il y a ondes de vous / en un corps plus un autre
[…] l’air est un enseignement, j’apprends à être, à disparaître, à prendre tenue de ciel en le regardant le romarin, / […] puis ce 03 mai / c’est la nuit, le Vide est là / la nuit est un son dans le corps / pour en avoir une petite idée / imagine un chemin dans le silence - imagine le, ce silence, ce chemin / sa matière sans contour, un / nous