/ HEUREUSEMENT L’AIR, heureusement les mois, là septembre là, éternellement là septembre, et avec lui, des sons, l’air comme s’il était notre corps, notre matière là /
en lui, en l’air quelque chose / est-ce cela l’éther / l’aile pour, les ailes pour / les rejoindre un jour, les Immortels, Cela, avec vous Amie : A notre portée le Mystère, nous le murmurer encore et encore / le fait d’aimer s’effleurer contour(s) / le fait d’être là en Vie, en Voie [...]
Parfois le Temps, parfois l’heure est une main, elle donne l’heure, le Temps à une peau, une chair, à un corps. Elle transmet de l’intime, un temps intime / elle transmet le Temps ce qu’il porte de Vie, de sang /
de mouvement, de Souffle / Lui invisible et là. Parfois une main est plus qu’une main, elle est extrémité de Tout ce qui est /
elle vibre et vibre / elle touche un peu, ce qu’il y a d’un grand Corps / elle s’aventure, elle aime simplement rendre ce qu’elle
reçoit de la Vie. Ce qu’elle reçoit cette main : c’est de la nudité / parfois c’est de l’herbe sur une peau / c’est de la solitude sur
une peau c’est du / cela
là et là. C’est du / nous sommes de passage, du / nous passons, profitons de ces quelques moments qui s’ouvrent pour nous /
car on le dirait bien cela, ces moments, ils s’ouvrent pour nous, ils nous montrent ce que nous sommes / des petits corps nus
sous le Ciel. Et nous l’acceptons cela / lorsque cela nous arrive, nous l’acceptons : nous recommencer, nous voir de passage,
semer du jour et du jour, toujours plus de jour là où la nuit pourrait [...] / Non !
elle ne pourra [...] tant que nous veillerons à semer de la main, de la chair heureuse là et là / de la chair pareille aux ressacs /
des corps vibrants aux routes, rues, venelles, aux passages et allées, aux chemins et sentiers / tant que nous veillerons à cela
/ marcher / avec feu,
incendie en Soi / avec de l’imaginaire parfois. Là cet homme jeune jouant lui aussi avec les flammes / et entre, écrivant
Les Fleurs d’orage. Melchior. Editions Au diable vauvert. 2024
Je dédie ce livre aux nouveaux romantiques / qui se cachent encore. Je l’ai écrit comme / un spectacle. Ne me lisez pas trop
sérieusement. Mais entendez l’orage qui gronde. Tout ce que / j’espère de cette bouteille à la mer, c’est qu’elle / donne à
quelqu’un l’envie d’être libre. // A défaut de vous offrir un verre / Laissez-moi vous offrir des fleurs./
il commence ainsi le dit, Melchior et il termine ainsi le dit, Melchior : Parlez d’amour, parlez de vous, de sexe, de femmes
et d’hommes, de l’eau qui coule sous les cons et des ruines des autres siècles. / Sortez vos cahiers, sortez vos stylos, sortez
vos briquets et foutez le leu au vieux monde, car ses cendres appartiennent à ceux qui se livrent tôt. […] Message bien reçu
ami, j’accepte volontiers l’élan qui semble vous porter. Là un (je) vous dit ça : Bienvenue en terre de / Vrai Désir / les mots
aiment qu’on les aime, et vous me semblez bien les aimer !
/ Il y a quelque chose de très jeune dans cette écriture, il est vrai que l’auteur n’a que la trentaine. / Il y a même un manifeste dans ce livre, de ceux qu’on s’autorise dans l’élan qu’offre la saine pratique d’une marche en soi. Il y a : à se rêver vainqueur de ses craintes et appréhensions. Il y a : à exister plus en aval encore de son corps, à s’imaginer plus large / à se rencontrer. / Il y a donc, à aller de l’avant, à remarquer un scooter bleu ciel de coiffeur […] je recommence un livre que je ne finirai pas. Je veux l’appeler « Les Fleurs d’orage ». Je dédie cette bouteille à la mer à l’âme incendiaire qui viendra un jour, j’en suis sûr / le consumer lui, il en est sûr. / Ce livre, il s’amorce par un titre, au fil des jours, il sera son balancier dans sa marche. / il y a donc à se parcourir :
[…] tout le monde baise par ennui […] sans envie. Ô ce vrai désir de vivre ! Il le porte, il la porte cette force, cette énergie, cette Fleur d’orage, venu par Lui l’orage, par Elle la Nuit. La Nuit, il la porte au col de ma (sa) veste en velours. Il l’invente / l’évent-e / la sème cette fleur femelle et mâle / le portant lui, comme il est lui et son désir d’absolu / Quand je ne sais pas par où commencer, je commence par ranger ma chambre. C’est la méditation de l’aspirateur qui ronronne
[…] Le blues à la radio et le café brûlant […] une cigarette, les pieds posés sur la table. Je m’en fous, je suis chez moi […]
[…] c’est un début de bagarre. Il s’en fout, il l’entrevoit, il l’entre-vit cette Fleur, dans sa marche, ses marches cette femme en […] / Je suis d’abord allé faire un tour
au jardin du Luxembourg ; ça rime parfois avec l’amour, les mots qu’on sème avec amour / […]
je l’ai cherché partout, derrière chaque ombre d’arbre, chaque rayon de soleil, mais n’ai trouvé nulle part cette femme que j’aime et qui vient d’ailleurs. Alors me suis assis près de l’Orangerie pour écouter les perruches de toutes les couleurs et / rassurer mon pauvre, mon imbécile cœur. Aimer de tout son vivant, la fomenter cette Femme-Fleur, faire ça, faire simple / avec les mots, avec la solitude écrire : A bientôt, mon amour.
Dans la solitude, trouver place pour y loger Muse, une muse qui saurait écouter et oublier ce qu’on lui chuchote. / Livrer d’ivres-, phrases, d’ivres-textes, du / et moi, et moi et moi / jusqu’à ce qu’enfin des Haïkus prennent place, la raconte cette solitude : Une seule lettre vous manque / Et tout est / Epopée. / […] Rien que / Le temps d’un fou rire, / Un an / Et une seconde. […]
Ô faut-il qu’un homme se sente ainsi fort pour dévoiler un peu et tout, pour noyer un peu et tout ce qui fut et ce qui ne fut jamais / dans une préface planquée / des mots autres, de la poudre d’amour aux yeux :
Prenons une chambre sous les toits d’un septième étage quelque part dans les quartiers faits pour se promener
/ pour dévoiler quoi et sa traine lorsqu’il tombe amoureux, lorsqu’il monte amoureux / l’écrivain de passage, lorsqu’il est /
sensible à tout ce qui voit, à tout ce qui est /
lorsqu’il est sensible à tout ce qui ne se voit pas. […] Là, cet homme jeune, fou d’être, c’est possible fou d’être L’amour et
la folie sont frère et sœur. Ils se battent, s’embrassent, s’adorent et se détestent, tout à la fois. Mais quand ils s’allient pour
écrire aux hommes une histoire d’amour fou,
ils en font un spectacle merveilleux. Alors qu’une déesse se baignait nue dans un lac sous les étoiles, un jeune poète buvait du regard les courbes de sa peau. / Elle vit qu’il la voyait et lui fit signe de la rejoindre. / Il s’approcha timidement sans la quitter du regard. Son sourire le faisait trembler. Il voulut passer sa main dans ses cheveux, mais alors qu’il avançait, elle disparut comme un reflet dans l’eau, ne laissant derrière elle qu’une boite en fer. Etait-ce un rêve ? N’était-ce qu’un rêve ? / Non, il y avait dans la boite en fleur la réponse d’une fleur. S’il ne pouvait pas y croire, il pouvait au moins lui répondre, quoi de plus follement amoureux qu’une correspondance avec un songe ? Déjà en son temps, Pierre Dupont offrait chant :
« Bluets, pervenches, violettes, Myosotis, vivez seulettes, Sous l’œil de Dieu / Ils rêvent le dahlia bleu ». / Et encore de nos jours, la Fleur, pour nous rêver, traduire nos amours. / Melchior s’y essaie. L’homme est touchant, son poème / « Mémoire d’une autre tombe » désarçonne, il a de beaux vers, celui-là : S’il vous plait mon amour, / […] Dessine-moi un connard / et cela revient comme un refrain, le coup du dessin, le coup du connard, c’est / beau comme c’est / l’Amour à sa main presque
le / Cela, le Vaste Corps, ne se fait pas sans heurts et dans ses heures il en rencontre des cloisons et des cloisons, Melchior / sans doute il ne renierait pas l’aphorisme d’Achille Chavée, « Chaque fois que je traverse un mur, je me fais mal aux ailes. »
[…] là avec Melchior, n’ai pas envie d’être critique et ça et ça / non, je partage, je crois avec l’auteur ce goût d’être-là / son / Enivrez-moi sonne comme un / En-livrez-moi. Melchior aime / quelque chose / et ce quelque chose, ailleurs et à maturité / parfois on l’indéfinit par / vacuité
/ […] Certes, Les Fleurs de l’orage ce n’est pas encore « Le sermon de la Fleur » de Bouddha / pourtant il y va Melchior :
cela y conduit, Melchior crame ce qui doit être cramé, il crame / il fait bois de moments qui lui reviennent, n’en garde que /
l’embrasement, / […]
/ Au diable vauvert, je découvre et je vois / Melchior est bien entouré / Bernard Vargaftig, bien d’autres / Bukowski etc /
l’abusé romantique, le romantique usé, le désabusé se côtoyant, c’est dire l’ouverture, l’audace de cette maison. Beau cela !
Jouer avec le Feu, vivre, écrire avec le Feu. Peut-être le / nous / attend-il cela de nous : qu’on joue, qu’on cueille des notes,
des amours, de la chaleur là et là où elle se tient / dans des plis, des aisselles, des aines / et qu’on la distribue. Par la chair, une transformation possible. Peut-être est-ce cela, le secret : la Joie pour matière, pour corps. Pour matière d’être / d’aller simplement, de partager avec l’autre ce que nous recevons chacun de cette nature subtile, de ce mouvement aimant [...]. / Des expériences en témoignent, en surface une grande disparité / dans le fond une seule Marche
/ ce 28 septembre / parfois un (je) dit qu’il devient celui-là qui entend, qui écoute la Lumière / parfois il est en partage avec une belle présence, il pose main sur une chair amie, il aime ainsi le M.monde / il apprend à donner, à recevoir d’un corps, ce qu’il y a d’essentiel, de Ciel / dans le désir, le plaisir ce qu’il y a de nature / de présence véritable, de matière-Joie / c’est ça, de Joie
/ 10h31 [...] Imagine ça ! / Imagine le / c’est là les vivants mêlés aux morts, les mots mêlés aux vivants, à quoi / […] toutes sortes de marches et ça aime et ça aime / te le dis ça aime […]
il y a toutes sortes de voix mêlées aux pas, aux marches / et ça aime et ça aime / on les entend aimer. Nous le clamerons, chanterons jamais assez, tant d’actes, tant d’heures. Tant de vies, là où elles sont et comme elles sont. Elles sont des œuvres, je pense à toutes ces voix, ces silences récoltés, Natyot, Arlo Parks, Maud Veilleux etc. […] Et bien évidemment un texte, un poème s’il est fort, s’il est vrai / il existe, même vierge de toute première lecture. Qu’il soit au fond d’un tiroir, ou déposé entre deux roches au cœur d’un sous-bois, ou fomenté entre quelques bouleaux argent sur le bord d’un étier ou à l’amorce d’un val, en suspens planant entre des troncs, ou dressé au milieu d’un chemin de terre / déjà écrit ou non écrit, il vibre ainsi. Il est cette / onde comme elle est / manifestée ou pas. /
Pareil au freux le cri du freux il émet corps et souffle le traversant. / Pareil au goéland, son cri empli de chair traversée. / Et pareillement la démarche poétique, parfois sa trace où. / Parfois on la perçoit à peine tant elle se donne, se noie en ce qui va / Il arrive également dans certaines vies, que l’œuvre soit une suite de célébrations. Il arrive que l’un ou l’autre nous en donnions écho(s).
La grâce des jours uniques (Eloge de la célébration). Gabriel Ringlet. Editions Albin Michel. 2018.
Ce titre est tiré d’un poème d’Emmanuel Mounier / « L’éclat du jour se fera un peu plus vif, / le pommier aura l’air plus heureux, / le chêne plus éternel, / la grâce des jours uniques / deviendra quotidienne. »
Heureusement les mots pour se rappeler une vie parfois, là celle d’un petit Noé / les premiers lignes pages de ce livre sont d’une simplicité, d’une beauté absolue : En espagnol, mettre un enfant au monde se dit « dar a luzt », le donner à la lumière. Mais il n’y a pas de mots, je crois, pour le donner à la nuit […]. Jamais je n’oublierai cette chambre au bout du couloir, tout au fond de la maternité. Une chambre qui parlait sobrement. On eu dit qu’elle savait comment accueillir la détresse au lever d’un jour sombre. Aujourd’hui encore, je garde au cœur sa précieuse fraternité.
/ […] j’ai le souvenir que je tenais la main de celle qui allait accoucher, qu’une infirmière l’encourageait avec une douce fermeté / […] qu’une sorte de voile invisible nous recouvrait de bienveillance. […]
Je n’oublie pas non plus les femmes qui préparaient l’intervention. Leurs gestes simples et précis d’une maitrise rassurante et d’une grande pudeur. J’avais l’impression qu’une petite communauté toute provisoire venait dresser sa tente pendant quelques heures sur le sable fin de la souffrance. Nous étions en plein désert mais il y avait un puits.
Il est question d’un / Nous. D’un / nous présent et agissant, déjà d’entrevoir un possible aimanté : […] que quelque chose d’unique se jouait là, et de grand. Ai-je le droit de dire grand ?[…] Je dis grand parce que, […] la vie reste grande jusque dans la déchirure du plus infime soupir.
. […] ce devait être un garçon. Alors nous l’avons nommé du nom qui lui était destiné : Noé. Le repos, en hébreux. Mais aussi la consolation. Il est tellement important de nommer. […] C’est poignant, à peine venu, à peine donné, un enfant retournant / retourné à la Lumière, et Grâce cela :
des phrases, celles de Gabriel Ringlet pour la célébrer cette venue, cette apparition / pour le célébrer ce retour, cette disparition. Le Temps étonnamment magique il semblerait, lorsqu’il le faut, le Temps ami, les secondes, les minutes bienveillantes, on le dirait : / […] j’ai le souvenir que je tenais la main de celle qui allait accoucher, qu’une infirmière l’encourageait avec une douce fermeté / […] qu’une sorte de voile invisible nous recouvrait de bienveillance. […]L’équipe soignante […] nous a permis d’emporter Noé. […] La maman avait choisi un coffret délicat en bois peint.[…] / un lieu, une chambre qui parlait sobrement, / peuvent offrir réconfort, un coffret, une main serrée / une onde serrée / visible ou pas, une onde ainsi pour réconfort. Avec beaucoup de pudeur, Noé est raconté, conté / sa vie si courte demeure en ces mots. C’est un pouvoir cela / écrire son émotion, son amour : le traduire en quelques phrases simples, en ondes belles / la perte, le manque qui se transforme là, en un partage. Une célébration / in : La grâce des jours uniques / Gabriel Ringlet à travers moult situations n’a de cesse de l’appeler, de la tendre la célébration / et ce, sous de multiples formes : / […] Célébrer, c’est raconter. Ce qui suppose un lieu, des objets, des mots, des gestes, des mouvements, des musiques, des personnages, une intrigue… / ce n’est pas sans rappeler ce qu’aujourd’hui, on désigne par / performance. Cela a toujours été : témoigner de sa propre présence au monde, participer à quelque chose en voie […] Mais célébrer retourne un sol pour qu’un sillon se creuse chez celles et ceux à qui l’histoire est racontée. / En faisant mémoire, / célébrer rend présente une parole. / ajoute-t-il et encore : Cette parole […] Ce n’est pas une odeur forte.[…] Juste un léger parfum de transcendance.[…] Elle arrache à la mondanité et donne envie de marcher. Gabriel Ringlet s’accorde à rendre /grâce à la Vie : / […] Quand j’interroge mon identité profonde, je crois que je suis fondamentalement célébrant.[…] C’est presque une manière d’être au monde.
Le / presque / me semble de trop, tant cet homme qui aurait pu se contenter de célébrer seulement dans le cadre de l’église, car il est prêtre. Lui préfère étendre cet acte à tous les moments qui lui semblent le nécessiter. il est religieux à plein temps, célébrer lui est souffle, c’est une seule respiration / donner et recevoir. S’il est parfois / contour des peines, des épreuves, il sait également se nourrir des autres, des artistes, des poètes, Gilles Baudry : / « Le silence / ne veut pas nous quitter / il est notre seule vêture / notre native nudité / en lui / nous nous appartenons / c’est lui […] le regard qui s’attable à l’Horizon. » / des philosophes, celui-là Martin Seffers : « L’Homme profond a en lui une large demeure » / Gabriel Ringlet commente : Etre large, c’est être généreux, dit l’ancien français « larc, du latin largus ». /
[…] Chaque vie porte en elle sa part d’au-delà. Il ne faut pas être croyant pour nommer laïquement la transcendance. […] c’est quelque chose dont il fait l’expérience, que ce soit par le livre reçu d’un ami / qu’il découvre dans sa boite aux lettres. Ce recueil de Michel Baglin, L’Alcool des vents / lignes qui le trouvent et qu’il nous transmet :
« On ne peut donner rendez-vous au vent, mais on peut laisser la fenêtre ouverte. […] Tout compte fait, si je devais rendre grâce ce serait à des riens. / Ne t’étonne pas que je rende grâce, moi l’athée. Je ne m’adresse qu’au vent […] » / Prendre le Large, s’élargir par le partage donc.Et pour ce faire un lieu Situé au cœur du brabant wallon […] / je l’apprends sur le site : / « Depuis 1984, Gabriel Ringlet anime le Prieuré de Malèves-Sainte-Marie. / Il en a fait un lieu de rencontres culturelles et spirituelles, d’accueil de groupes et de célébration, où la foi chrétienne est solidement chevillée à la liberté de conscience. / Soutenu par plusieurs équipes, il n’a cessé de creuser ses intuitions : jeter des ponts entre l’Évangile, l’actualité et toutes les formes d’imaginaire ». Gabriel Ringlet commente : « […] inviter des gens de convictions différentes à se laisser surprendre […] Le recours à l’imaginaire n’est pas un au-dessus mais un en-dedans ». Etre ainsi dans ce partage / là, célébré et répété. En Voie dans le Vaste, dans le mouvement / augmenté d’un autre là, et d’un autre le prolongeant jusqu’à ce qu’il accorde au marcheur fidèle, un présent. Une Présence autre, car cela arrive : qu’un corps absent devienne une Onde continuellement là.
La grâce des jours uniques / se lit et s’embrasse, il est un corps / du corps aimé. Gabriel Ringlet, à mon tour le célébrer, lui rendre hommage, il donne ce qu’il a d’homme en lui / son rôle de religieux, il le vit en artiste, en poète. Merci à lui.
Heureusement il y a les mots, le silence / il y a / le son des mois / Oct- obre / octe-
obre / il y a ce qui vibre […] un fond, une forme de grâce, on le dirait / en Tout, il y a un Souffle / là, l’entretenir, l’entendre
silencer les mots / les entendre les mots, les sons encenser / en-sens-cer les choses, les corps là et les corps pas là / les unir à
un astre où, à un astre-nous. Heureusement ce silence en nous, cette possibilité : traduire, chanter le Vide, le rendre ami
[...] / il y a ce jour, une belle Lumière, une très belle Lumière / elle est une matière pour / écrire des livres, des lettres fortes,
des pièces de théâtre, des portées de notes, pour être hanté de Soi. Et que cela donne, apporte à des corps de vrais désirs / de
précieux présents, du Temps à partager avec le corps nu / du corps à remercier avec du Temps, le tien à aimer, / alors quand
/ cela-beau comme s’il était Astre ce nous, quand
ce 1er octobre / [...] encore il pleut sur / quoi, l’herbe, les herbes devant, les herbes
derrière la maison / sur le chiffre cent vingt-deux, sur le vieux cerisier, sur la vielle glycine, sur le romarin il pleut […] il est
10h28 / sommes un premier octobre nous ne vivons pas tous la même chose / là, un (je) envoie ce qu’il porte en lui / de paix
vers ce qui n’est pas en paix / il est, à ce moment étrangement touché par ce qui ne va pas / à part écouter pluie, écouter ciel,
ce jour il est comme un cri qui apprend /
de l’eau, de la pluie, ce qu’il y a de nature en voie en lui de vrai, de cœur au cœur de toutes choses, de toutes matières d’âme / d’amour […] / c’est un acte : être là
en quoi / sang, souffle ami de ce qui souffre quelque part / de ce qui est en Joie quelque part, nourri ainsi, en vie ainsi […] / elle ne se voit pas : c’est une marche il le sait / une marche où
[…] cela, murmure parfois à la manière des ruisseaux / du verbe qu’on voit qu’on entrevoit / c’est Lyre ou pas en ce qui est matière en Voie […] venues et non-venues / des petites chairs qui vont, qui signent un peu présences. Ce
(je) est sensible à la Langue qui va, qui vit / là ce jour il est sensible à ces quelques syllabes : il pleut il pleut sur 17 heures / le soleil est là sur le mur sur le romarin sur une main / ma main qui écrit la place que tu as, que tu prends parfois dans (mes) heures / là l’or invisible est un corps presque / la Voie est un corps presque, parfois une forme de journal presque, ce corps /
ce 2 octobre / dans cette audace-là, nous apprendre / nous approcher de quelque chose d’aimant / il y a une part de créativité dans le fait de s’aventurer ainsi dans / ce qui ressemble à une intuition / à ce / plus de corps par le corps, à cette Lumière en nous, en ce / nous […]
ce 3 octobre / suis là / là-bas / je viens de ramasser des pommes, des pommes que personne ne ramasse, des pommes vraies / ai les mains tachées par ce vrai, ai les mains touchées par ce vrai / il y a du silence dans le bec des oiseaux, du silence dans leur chants, en leurs corps pleins. Il y a un : et tu es là ! Il y a, un jour sur ta poitrine j’ai lu ta messe [...] Ingeborg Bachman / Là, cette lecture demeure, j’y marche en / c’est une marche en / de la Vie dressée. C’est là, il est un peu plus de 16 heures, / […] viens de terminer repas / ai mangé de la compote de pommes vraies, celles ramassées hier / elles avaient un petit goût de paradis / […] / ce 5 octobre / [...] là, (je) regarde les volets, les écaillés volets mériteraient, ils mériteraient d’être poncés / il faudrait que je fasse ça avant l’hiver, pareil pour les romarins, les tailler / leurs brins s’élèvent, c’est beau comme c’est / on dirait de l’infini abandonné
la chatte miaule, le ciel est un peu couvert [...] j’aime à tâtons, sans te voir je marche un peu aveuglé par tout ce que je vois /
tant de réel […] me sens un peu comme cet infini, tiens ! / comme lui, une extrémité qui va / [...] 17h09 samedi, sommes un
samedi, cliquetis du Néant se mêle à une sorte de tranquillité in me […] /
/ why chaque seconde me semble être une performance, [...] / là, ce 7 octobre / heureusement il y a cela, les mots / les mots,
écrin(s) de quelque chose de beau, de simple / c’est là une onde fidèle, heureusement cela
sinon il y aurait quoi / sans un peu d’âme, sans un peu de corps, sans un peu d’intimité dans tout ça […] heureusement il y a,
cela / sourire avec les corps / par le cor[…] / quelque chose en nous aime / quelque chose en nous
quelque chose en nous aime être ému, c’est même peut-être bien là, notre part de corps véritable […] c’est Porte, une porte
vers ce quelq[…] maintenant 18h14 [...] c’est télévisé / là, venons d’assister à cette minute de silence à Tel Aviv / là il pleut,
il a plu pendant le silence, le son de la pluie / la pluie le son du silence / un même cela
[…] parfois un livre est là et on ne l’ouvre pas, juste il est là, il veille quoi et son train. Là, une couverture bleue, un homme
se devine, penché depuis une fenêtre ou un balcon, il sourit
Poèmes choisis. E.E. Cummings. Editions Corti / coll. Série américaine. 2004.
Et traduit de l’anglais par Robert Davreu. / Ne jamais oublier le traducteur, surtout quand celui-ci porte un juste regard sur son travail et sur l’auteur qu’il sert / c’est le cas ici. Dans sa note, il commente « E.E. Cummings (1894-1962) a lui-même défini la poésie comme ce qui ne peut être traduit. Entendons : le poème est la parole absolument singulière qui, d’un même mouvement, dynamite - et dynamise aussi la langue pour inventer la sienne dans le refus de tout ce qui est commun, ou qui relève, disait avant lui Mallarmé de l’universel reportage ». / D’autant que le poème est déjà par nature, la traduction d’un / silence lui-même singulier / Ce silence est une onde qui se révèle dans un corps, une langue / et sa transmission ne peut qu’être, mission délicate. Les grands traducteurs le savent / leur proximité avec une œuvre est telle que bien souvent la fidélité envers elle se voit, sonne comme une évidence. L’auteur traduit, alors semble parler notre langue, la sienne s’invite nue[…] Pour un écrivain d’avant-garde comme Cummings, c’était loin d’être gagné d’avance pourtant ça fonctionne : l’âme du gars Cummings nous parle / on se sent invité.
Tout d’abord au seuil de ce choix de texte, il y a Keats pour nous introduire à une sorte d’ode à la Nature, au printemps / il y a là, l’aveu d’une filiation, Avance-toi, John Keats ! / Sur terre tu ne m’as point connu ; / Toi, traversant, tenace, toutes les tempêtes de la passion, / Là, s’imaginant dans l’éther, il le tutoie, le salue
/ lui amène en présent quelques une de ses lignes, on le dirait : / Au Juste- / printemps / quand le monde est boue-luptueux le petit / marchand de ballons boiteux // siffle /// et loin // et Youpi
et edddieetbill reviennent / en courant des billes et / pirateries et c’est le printemps /// quand le monde est mare-merveilleux / Cummings semblant lui dire : Tiens, regarde ! C’est le même monde / le tien sans plus d’image et / le mien se confondant dans le lien que j’entretiens là avec toi, / par l’intime, une immortalité possible, par le texte, Cela.
Cela socle, pour le reste des jours à vivre. Cela éclairé de quelques ténèbres pour le saluer là, le nouveau printemps. / Cela,
le nouveau printemps / pour les éclairer un peu les ténèbres,
/ pour l’éclairer le Temps figé sans plus le ruissellement des secondes, des minutes qui truitent et / qui trillent l’air et l’eau /
le / là-chantant. Là et là, le Vivant courant. Cummings s’ébat, en un mon amour / ta chevelure est un royaume […] tes seins
seins sont des essaims de blanches abeilles / […] ton corps pour moi est Avril / […] s’ébat en un / heureusement l’Autre-là
pour l’aimer l’insaisissable état, / j’aime mon corps quand il est avec / ton corps. / C’est une toute nouvelle chose. / Muscle
s’améliore et nerf plus donne. / j’aime ton corps / / j’aime ce qu’il fait, / j’aime ses comments. /// j’aime sentir l’échine / de
ton corps et ses os, et la tremblante / - ferme-douce eur et que je veux / encore et encore et encore / embrasser, // j’aime de
toi embrasser ci et ça, / j’aime lentement caressant le, choc du duvet / de ta fourrure électrique, et qu’est-ce-qui arrive /à la
chair s’écartant… Et des yeux les grosses miettes d’amour, / et possiblement j’aime le frisson / //
de sous moi toi si toute nouvelle / c’est du vivant, c’est du sang qui se lit / […] une jolie fille nue / mieux qu’un million de
statues […]
Dans les rapprochements, l’insaisissable matière, il la devine NUE, la matière à venir / s’il y a matière à venir. Déjà il y a
un corps qui serait de l’eau, de l’air, de la Lumière à partager en gestes. Une matière ainsi qui serait comme un Printemps
dans le monde / […] dans l’immonde un printemps et sa charge érotique, un printemps ainsi qui l’inonderait / l’immonde :
[…] mon sang approuve, / et les baisers sont un meilleur sort / que la sagesse / madame je le jure par toutes les fleurs. / Ne pleurez pas- / le geste le meilleur de mon cerveau est moins que /le battement de vos paupières qui dit /// nous sommes l’un pour l’autre : alors riez […] / devant le vertige, la sensualité, l’allant (un allant confiant) : -ouvrez vos cuisses au destin et (si vous pouvez / retenant rien) au Monde, concevez un homme / Il ne dit pas Cummings : et si vous êtes poète, concevez un Monde / écrits et corps à un moment s’accordant le même sort : conduire vers toujours plus d’amour
/ […] plus loin il l’écrira le Père, son père radieux / […] sa chair était chair / son sang était sang : […] mon père traversait des destins de sentir ; / sa colère était aussi juste que pluie / sa pitié aussi verte que grain /// son chagrin était aussi vrai que du pain / […] / Mon père traversait des eux de nous, / chantant chaque feuille nouvelle de l’arbre / (et tout était sûr que le printemps / dansait quand il entendait mon père chanter) / Avec un tel père Cummings comment aurait-il pu douter du pouvoir du printemps, du pouvoir des éléments et des gestes de l’amour. Dans l’Amour, comment aurait-il pu douter du rapprochement entre deux êtres, de leur capacité à l’inventer le Ciel, si jamais il avait manqué. Et n’en déplaise aux esprits chagrins, aux éboulis d’être / et là et là / il y a (il y a eu et il y aura toujours) des esprits simples et forts pour le chanter le Dressé Présent / (qui le chanteront le Dressé Présent), chacun à leurs manières, des esprits simples et forts pour les vivre / les âmes / (qui les vivront les âmes) : l’amour est le tout et tout plus que le tout […] / l’amour est […] / il ne peut mourir /
Terminer cette note en vous livrant les quelques vers qui m’ont donné envie de chroniquer ce livre / à la page 247 : rosier,
rosier / - tu es un chant à voir : de qui / tous (tu es une vue à chanter) /
les poèmes s’ouvrent / comme si une terre / jouait aux anniversaires […] vous l’aurez compris également, chez Cummings, tout est prétexte pour célébrer ce qui l’entoure, ce qui lui offre le contour qu’il se souhaite, qu’il nous souhaite : toujours et toujours plus de Lumière, de mots pour le chanter : cela, les corps et le Temps. Toutes les saisons les humer en une seule / superbe bonté. / Et bien évidemment à certains moments de cette anthologie, Paris est là en filigrane. / Cummings se verse en ses rues et ses nuits autant que la ville se verse en lui. Des femmes, des atmosphères, des artistes, autant de ruisseaux qui gonflent son sang, son souffle / à l’image du printemps qui s’enfle chaque année d’une année nouvelle, / Cummings autour de ces années vingt, porte voix / porte mots pour l’écrire le courant qui traverse cette époque. / Dans son choix de poèmes, Davreu n’a pas oublié de le traduire cela, la fraîche ivresse des chairs mêlées aux couleurs qui sortent des tubes des peintres / La putain à la gorge ivoire / Marie Louise Lallemand / n’est-ce pas que je suis belle / chéri ? les anglais m’aiment / tous, les américains / aussi… « bon dos, bon cul de Paris » (Marie / Vierge / Priez / Pour / Nous) /// avec les / longues lèves de / Lucienne qui pendent[…] des dames /
[…]‘m’appelle / Manon, cinq rue Henri Monnier/ voulez-vous coucher avec moi ? / te ferai Mimi / te ferai Minette, / […] si vous voulez / chatouillez / mon lézard dames […] c’était un Temps où les maisons closes étaient ouvertes / où les lourdeurs côtoyaient la, (les) légèreté(s) / un temps où, des filles des champs tentaient leurs chances et leurs malchances en montant à la capitale. Un temps où les contraires s’invitaient à se connaitre un peu mieux. Parfois il y eut peut-être de beaux échanges, des papillons dans des ventres / des Mercis en tenue de Printemps, et je veux le croire, parfois un peu d’amour rencontré sur des trottoirs. Ô borne là : cette gorge ivoire
/ Croiser le fer des mots, toujours c’est une guerre d’amour. Lier nos cris / lier nos écritures, nos moments, les croiser […] /
Entrer dans un quelque chose / à force de suer, semer chair dans ce qui va / […] Là, ce 14 octobre, […] puis ce 15 octobre /
[…] Parfois un rebord de fenêtre en zinc, un romarin, l’air autour, un jour, tout un jour, une lumière d’octobre / est une main
lorsque cela arrive : une main manque à l’appel. Alors alors Le Mystère lui l’entend le manque / cela arrive qu’il l’entende et
qu’il donne ce qu’il peut donner et qu’il montre ce qu’il peut montrer là /
Lui en tenue de main / Lui en attendant ta main, il offre air, rebord de fenêtre, enfin ce qu’il a sous la main, le / Ciel-là, le /
sous le Ciel à portée de main [...]. Selon les moments, cela arrive que les mots tantôt se dressent et tantôt s’agenouillent […]
chaque acte de la Vie devient signifiant / comme aimer et aimer encore / chaque acte à un moment prend cette tenue-là : les mots accompagnent le / ce qui va, aimant, aimanté. C’est Mantra alors, le / tout ce qui va. En boucle cela / s’entend, se voit / quelque chose répond présent dans tout ce qui pleure et attend son heure / quelque chose / en suspens / [...]
10h04 / pour ton info hier j’ai réparé les volets disloqués, ai trouvé foret, le foret parfait pour [...] ai percé, ai trouvé boulons écrous parfaits pour [....] l’air était avec moi, c’est qui ce moi d’abord [...] bref il était là l’air / je crois que tu l’étais l’air - que je l’étais l’air / sommes devenus Cela / Lyre : […] (je) marche en matière / (j’) aime ainsi dans l’Ainsi (je) m’agrandis à quoi
(je) nous offre ce contour là et là / ce n’est pas la première fois, des années et des années déjà que (j’) associe le son Amour
et le son Quantique […] maintenant, des années de maintenant(s), c’est là, ça aime et murit le Mystère / […] ce 16 octobre,
09h23 et pas un rien de vendu / il y a un bec tendu vers le ciel, des pattes et entre / un corps blanc se confondant avec l’air /
c’est, sur un mur, c’est sous un phoque, le phoque est sous un collage format A3 / le moment est chargé de : parce que. Du,
des / parce que / il y en a partout, derrière dans le buis, là devant dans le romarin, plein les brins ! Ils sont comme des seins
sous corsage. Un (je) le ressent, ils sont désirs au cœur des brins, à leurs extrémités même / ils pointent leurs allers vers […]
parce que ! parce que ! / chantent et (se) répondent les brins, c’est un Tout Aimant, un Tout Allant /
un (je) se dit qu’il faut parler au / parce que. Il faut converser avec lui, avec ses brins / il en va de notre survie à tous / […]
il y a / comment te dire… il y a comme une tranquillité intense qui appelle nos âmes, nos corps. Parfois nous l’entendons et
nous faisons l’amour. En
nous faisant l’amour nous participons à un processus, / c’est encre dans les sèves, les sangs, c’est un texte en nous que nous
effleurons lorsque nous
nous touchons avec les mots-avec les doigts. C’est de la force Amie : […] lier nos chairs, nos souffles et cela le vertige de la langue, la Vie pour falaise / la pudeur canon scié. Ô cela si tu savais comme parfois le silence me parle / le Vide dans le barillet des jours, dans celui des signes, du Signe / une fois et une fois encore jusqu’à ce que […] / Et à chaque fois, est-ce l’écrire le miracle d’être là, d’en être digne : lier nos lectures et moments. Entrer dans un quelque chose, la Lumière et sa part manquante, la Lumière par trouées. Cela arrive oui, que nos étrangetés coïncident et / se regardent dès lors qu’on les invite à interroger nos chairs et souffles, à y trouver Souffle, un seul. Cela arrive / entendre la Vie étrange, le faible bruit d’exister.
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HEUREUSEMENT L’AIR, heureusement les mois, là septembre à nouveau, éternellement là septembre
/ […] / Pour une fois je vais jouer avec le nu présent / celui-là éternellement là. / Presque un an s’est écoulé depuis le / Cela arrive / entendre la Vie étrange, le faible bruit d’exister /
/ un an à le regarder le courant, à le vivre comme s’il était sang et souffle, à le vivre ainsi en corps parce qu’il est sang et / souffle. Mantra est le Temps ! […] / (Je) vous le dis Amie : que de présent(s) en un seul Carrosse / en une seule Vie / en un seul corps / en nous, si je vous tiens main et vous prends genoux et vous prends bouche, lorsque je vous délivre seins. Là où l’Imaginaire, nous le nourrissons, là où nous lui accordons place, nous semblons traverser terres humides, mondes moussus, troncs noirs et cris de nuit / Réels cris. Là où nous lui accordons place, nous trouvons un semblant de sens à tout ce qui est / L’Eros est nourri, on dirait ça / […] et là, dans un ailleurs IL TOMBE DES CHAGR INS DES SOUFFR
ANCES IL TOMBE DES ORPHELINS DES VEUVES ET DES VEUFS DES JAMBES EN MOINS DES BRAS DES
MAINS EN MOINS DES FEMMES DES HOMMES SANS PLUS LEURS ENFANTS IL TOMBE DES FAIMS […] / dans cet ailleurs, sur des écrans qui brillent, ce sont sols secs et désolation, ruines et gravats, des chairs calcinées, des fuites, des gens qui fuient pour aller où / Nous semblons jetés dans les affres d’un monde qui n’est pas le nôtre / nous ne mesurons pas l’horreur d’une situation, nous mesurons l’horreur d’une situation, nous ne mesurons pas l’horreur d’une situation, nous mesurons l’horr[…] nous ne faisons que cela, osciller entre légèreté et gravité, nous prenons cher […]. / Pour quelques-uns, pour quelques élus, une Marche en eux les ramène / à un quelque part /à un espace où, tout se lit à la Lumière de l’intime. / Grâce
à l’intime, pacifier les corps / on se chante cela :
que par contagion peut-être, un plus grand nombre de corps pourrait trouver recours / retrouver apaisement dans leurs jours, / on veille ainsi le Temps, on lui accorde un pouvoir qu’il a et qu’il n’a peut-être pas, on ne sait plus vraiment si on se leurre ou pas […] / on médite parfois le / Cela / on aime quoi
des fois que. On l’écrit le processus, on accepte signe de l’un qui nous tend signe, on lit un peu / là, ce qu’une pudeur cache
et là, ce qu’une pudeur lâche, crache de vie vraie. Dans un récent mail, Christophe Stolowicki me déclinait les parutions qui l’avaient amené jusqu’à Deuils sur deuils (Editions Lanskine) / chacun des titres cristallisant des moments de son existence / j’acceptai d’en connaitre plus / […] dans les jours qui ont suivi, ai trouvé dans la boites aux lettres :
Alix. Christophe Stolowicki. Le dé bleu / l’idée bleue. 2008.
Répondre présent à votre passé, à votre présent / J’aurai plaisir à lire vos alluvions / avais-je écrit en amont. / Là je découvre votre livre Alix, et c’est bien cela : j’avais deviné qu’il était un peu de vos monts et de vos plaines / qu’il recevait mémoire et heures et jours traversés et vous en tenue de vous ombrer / de les ombrer : la panoplie de la patience [...] je vis pour de bon / comme dans les livres / et vous en tenue de vous écrire une vie, Est le corps & l’encours Elan court / […] A votre passé, à votre présent / répondre /
avec Alix déjà, « La langue des oiseaux » pour rythmer et orienter le vertige d’être et d’aller vers
avec Alix déjà, « La langue des oiseaux » pour rythmer et désorienter le lecteur qui s’aventurerait en vos pages, en vos allers
et retours / en vos empreintes dans la glaise / [...]
Alix ou / se laisser Temps de croitre / avec le Temps se laisser devenir texte et / quoi /
j’avais deviné un homme en train de parler aux mots [...] ma langue de bègue / extraire racine Me / faire la bouche aux lan / gues croisées. Peut-être / même à celles inconnues / dont le vallonnement pier / rée d’idéogrammes [...] d’un / brouiller les pistes / Entendez un / brouillez la Lumière. Entendez dépôts des présences en voie. Entendez Pudeur, la pudeur, terroirs des humeurs, territoire en Cela : des lieux, de simples passés / et / ô un / EST
LE CORPS, parfois un poème il se livre autant qu’il se dissimule en un / à heaume d’un bouvreuil à sa / vant d’immémoire
à mémoire / d’éléphant il est temps homme / à homme de découdre l’étreinte / de glaise […] Est le corps parfois ainsi, hom /
mage à l’homme. Est le corps parfois ainsi, hom / mage à la femme : [...] dernier jour des vacances / sur le rafiot une fille à
la / fesse mordue lui sourit [...] Est le corps parfois ainsi, cacher l’Am-our, l’Ame-nôtre avec un grand A / l’Ame en /
ô Cela à nouveau,
en tenue d’A lluvions, lors d’un / (vingt ans après) / l’écrire le / (vingt ans pendant) qu’il était et qu’il demeure le Temps avec un grand A / premier vin un Saumur Champigny de grande garde 87 bu avec Alice / sur une friture sur / les bords du Loing / cela ne s’invente pas, gouter la proximité d’une âme, d’un corps sur les bords du Loin
et un deuxième vin, un deuxième souvenir suivi d’un troisième jusqu’à un quatrième vin un mois / après un château Soudart
/ Saint Emilion 99 bu au / couvent des Carmes [...] et un cinquième vin et, non pas un sixième car Tout,
car l’Infini à un début / est un début l’Infini en bouche / parfois il amorce je, un (je) : / sept fois ma langue dans la / bouche
mordue au sang / […] l’accent // de mes vies antérieures je garde // un devissage /// le s / aime en page de garde / à J. / /
[…] Alix, c’est écrin et joyau, c’est reliquaire et joyau / l’eau et l’air / pour y fourrer corps devenu / mots et contours. Alix, ou
/ quand le Réel pour rumeur, croise le Réel pour réalité, car ces jours ai confié à Christophe Stolowicki : avoir un ami dont l’une de ses filles est passé d’Alice à Alex. […] Est le corps parfois ainsi, pareil à ce titre Alix superposant les genres, pareil à son ensemble donnant / là, du mâle et / là de la femelle / sexe où. / Est-ce un dard, est-ce une fente / qu’importe cela, c’est
une Présence ! / Une Pudeur, un texte, un taillis pour cicatriser quelques faits, quelques silences / Stolowicki tend Muse où
Un corps c’est du / cela en plusieurs endroits, du / cela en plusieurs sons / Et à un moment cela, devient du Temps qu’on regarde, c’est du / vif et cela dure et cela dure / […]. Le / ce qui a été vécu devient chair en
mots / mots en chair / Ecrire, c’est une halte pour mieux aller vers […] Parfois le contour d’un marcheur, d’un écrivain est tel qu’on se méprend sur ce qu’il est. Il est vrai, ce qui a été / il le titille, pourtant au plus profond de sa part d’ombre opère une transformation, il participe à sa façon à raviver un Réel en dormition.
Cela, oui rejoué, le Temps ainsi, en soi, rejoué / L’Autre vécu, lu comme s’il était une partie de nous, comme s’il était nous.
/ Il en faut des rendez-vous avec Soi et ses hôtes, pour qu’à un moment / Feu, Œuvre / se fasse(nt). Stolowicki et ses strates nous considère, nous accorde de l’importance : Lecteurs nous serions cela, une matière à venir / présences en ses mots vers
/ le Nous,
en sa chair vers /.
un Nous possible, le / ce qui inspire une conscience élargie.
Les livres servent à ça, je crois / aborder l’Infini / car je crois écrire / c’est rejouer le passé, le surprendre en lui accordant le souffle d’un présent, (juste un temps le suspendre, l’inscrire ainsi dans l’Ainsi) et ce n’est certainement pas le figer, c’est lui offrir cette fois, matière d’un possible, matière d’un courant / […] non pas le cloître d’un texte, d’un poème bien au contraire / la marche d’un texte, d’un poème vers un lecteur et un autre /
et quand bien même il ne serait point lu, c’est lui offrir l’Inattendu pour Horizon / c’est lui offrir de reprendre cours [...] / et un moment cela arrive, L’Inattendu se montre, il est Océan,
aucune rive alors, même celles d’un livre, d’une œuvre en cours de lecture, car d’un coup elles se transforment, se muent en Lui / les Mots, les Sons / la Force d’un ensemble se dilue en une Présence étendue, elle est Corps / elle est Centre […] Cela ne l’oublions jamais, nous sommes des éveillés en sursis
/ Cela, (je) le tiens du sel, de l’iode car il m’arrive de longer, de le manger l’Océan, de l’absorber un peu et d’apprendre / […]
Parfois le sang, les souffles d’un Marcheur est l’Océan / ces jours, marée de 105, (j’) y étais, ai ramassé huitres et des dieux
[…] / (j’) aime apprendre par le corps / (j’) aime votre goût d’algue Amie, en vous ce goût de vrai entre […]
Bruno Normand vignette : Photographie, Pointe de Penchâteau (Le Pouliguen) / Janvier 2007.