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Retour aux sources, « Sapphô, le chant du désir », Florence Saint-Roch

mardi 14 janvier 2020, par Florence Saint Roch

Ce travail s’appuie sur l’excellent Sapphô, Odes et fragments, publié en poésie Gallimard en 2018. J’en profite pour saluer la splendide traduction d’Yves Battistini. Pour chacune de mes citations, j’adopte sa numérotation.

1/Quelques données préalables…
Sapphô vit le jour à Érèse, cité proche de Mytilène, en île de Lesbos, à une date qu’on ne peut toujours pas établir avec certitude. La Souda, fameux lexique encyclopédique byzantin du dixième siècle, la situe vers 612 avant notre ère (il semblerait qu’il faille anticiper cette date) tandis qu’elle serait morte vers 580. Sa vie, mal connue, fut pour l’essentiel reconstruite à partir de son œuvre, de ses commentateurs anciens et de ses imitateurs. On sait toutefois que suite à des troubles politiques, elle fut exilée en Sicile par Mélanchros, tyran de Mytilène, vers 593 ; elle revint quelques années plus tard, graciée par Pittacos, le nouveau tyran. Dédiée depuis l’âge nubile au culte d’Aphrodite, elle en devint la prêtresse. Elle possédait tout ce qu’il faut réunir de compétences et de qualités pour être prêtresse et poète : en effet, celle que Platon appelait la dixième des Muses maîtrisait l’art des neuf autres ; elle savait déchiffrer les signes, danser, chanter, composer et jouer de la musique – à l’occasion s’en montrait reconnaissante : «  qui me firent glorieuse par le don de leurs œuvres » (32). Vertu supplémentaire, elle s’appliquait aussi à transmettre ses merveilleux savoirs. À Lesbos, elle dirigeait une communauté de jeunes filles issues de la noblesse, vraisemblablement destinées à participer aux cérémonies des cultes locaux : elle les initiait à la pratique de la lyre, à la science de l’ode, et aux valeurs qui sont siennes : le beau et le bon, la joie, l’élégance, la splendeur, l’art de la séduction, la danse, le chant, la poésie. Cette académie dédiée à Aphrodite était l’équivalent féminin de l’école d’art militaire dédiée à Arès.
Peu d’éléments biographiques, certes, nous restent, toutefois, nous pouvons mesurer l’étendue de l’activité littéraire de Sapphô grâce aux bibliographies qui ont été établies et qui, elles, ont traversé les siècles. Selon la Souda toujours, son œuvre poétique aurait compris entre 11000 et 12000 vers répartis en 9 livres. Ces poèmes comprenaient des élégies, des épigrammes, des iambes, des monodies et un livre entier d’Épithalames (ou chants nuptiaux) qui ont d’abord été transmis par les traditions orales puis fixés sur papyrus ou encore – signe que les poèmes de Sapphô étaient abondamment reproduits – peints ou gravés sur des vases, frappés sur de la monnaie. Si la gloire de Sapphô fut très grande durant toute l’Antiquité (ses vers furent une inépuisable source d’inspiration pour les imitateurs latins Horace, Catulle, Ovide), seuls 660 vers environ ont été sauvés des accidents du temps et de l’histoire, des déperditions et des destructions : on sait que son œuvre, considérée comme trop emblématiquement païenne, subit aux IV e et XI e siècle des autodafés impitoyables. Nous sommes nécessairement confrontés à une œuvre fragmentaire, constituée d’odes incomplètes, de strophes mutilées, de vers tronqués. Or, à lire ce qui a échappé aux vicissitudes multiples, on ne peut qu’être frappé par la puissance éblouissante de ces poèmes réellement inspirés en leurs moindres parcelles. Ces poèmes nous arrivent avec la fulgurance de l’éclair. Leur fréquentation permet de mesurer à quel point une œuvre n’est décidément pas la somme de tous les ouvrages composés par un auteur : elle est bien plutôt, et à la lettre, une puissance opérante. Ainsi seuls quelques fragments des odes de Sapphô parviennent à rendre perceptible l’esprit qui animait la poétesse, à nous faire sentir la façon unique dont elle habitait le monde et choisissait d’y être présente. Exception faite d’une ode à Aphrodite et de quelques strophes intactes de-ci de-là, les poèmes sont donc ébréchés, et, par leur brièveté-même, délivrent intensité et force de suggestion : « .. diaprure irisée/la terre aux mille couronnes  » (168) «  Les pois chiches dorés croissaient aux bords des eaux » (143), « S’est refroidie l’ardeur des colombes,/leurs ailes ne battent plus » (42) , « .. sur leurs yeux la torpeur bleu et noir de la nuit. » (151) La déperdition de la majeure partie de l’œuvre devient une chance pour ce qui en a été sauvé. Les vers se trouvent dotés de facto d’un caractère précieux, de résonances inouïes. Car l’épars n’est pas le dispersé. Au contraire, il concentre et fait rayonner. Les fragments trouvent une expansion que favorisent encore les blancs – pratique complètement ignorée à l’époque : Sapphô ne connaissait ni les affres ni les délices de la mise en page ; son espace à elle était l’espace sonore. Les déperditions favorisent des transmissions sélectives, et les espaces laissés vides par les mots manquants sont telles des échancrures de lumière où l’on se projette avec élan. Hors du champ des intentions de Sapphô, ces échappées deviennent signifiantes : elles sont constitutives de notre enchantement à nous. Rapprochements, proximités lexicales totalement contingentes, mais qui nous portent à rêver : « d’amour j’attendais.. » (23). Quelques mots constituent à eux seuls des scènes et des paysages évocateurs : « robe.. couleur de safran.. robe couleur du pourpre.. châles.. couronnes.. beauté.. du pays phrygien.. couleur de pourpre.. » (92) ; «  .. de sommeil.. les étincelles/.. ivoire.. des agrafes.. et.. » (97) «  loi divine.. scintillement et.. avec fortune favorable.. être maître du port.. de la terre bleu et noir.. les matelots ne veulent pas.. les grands vents.. et sur la terre ferme.. deçà ou delà faire voile.. la cargaison.. puisque .. selon le flot bien des.. travaux.. terre ferme » (20).
La poésie de Sapphô, nous l’entendons, conjugue élan, sobriété et mélodie : « Les astres autour de la lune belle/cachent et dérobent leur corps lumineux/quand dans son plein intensément elle fait briller/la terre.. lune d’argyre  » (34). Nous l’entendons (et la traduction d’Yves Battistini s’attache à le souligner), sa parole est éminemment lyrique : « Eh bien ! lyre divine, parle-moi,/deviens toi-même une parole ! » implore-t-elle (118) ; ses vers sont écrits pour être chantés, psalmodiés et dansés : « et j’irai.. d’harmonie../chœur rayonnant de joie.. timbre clair.. » (70 ). La versification choisie est très souple et très harmonieuse, et repose sur la rythmique particulière des strophes dites « sapphiques », composées de trois vers « sapphiques » de cinq pieds et demi (trois trochées, deux iambes et une syllabe longue) et d’un vers adonique très court (un dactyle et un spondée ) - d’endécasyllabes avec leur alternance spécifique de longues et de brèves, et dont il est difficile, à l’heure qu’il est, de se faire une idée, tant notre oreille (quand bien même elle entendrait parfaitement le grec éolien) est habituée à d’autres schémas métriques et prosodiques.

2/ Une poésie consacrée.
On ne peut pas lire les poèmes de Sapphô en méconnaissant sa vocation religieuse : ce serait comme lire Péguy en faisant fi de son catholicisme. Sapphô accomplit son œuvre de poésie comme elle célébrerait une cérémonie religieuse. Écrire relève de l’observance d’un rituel sacré, et détient une véritable dimension sacerdotale. Ses poèmes, tout dévoués au culte de la divine Aphrodite, sont, à la lettre comme dans l’esprit, des poèmes consacrés : « Aphrodite.. doux-parleurs A[mours]../ lancerait.. elle qui garde.. assise.. fleurit.. perles de rosée » (73). Être poétesse et prêtresse d’Aphrodite relève d’un seul et même engagement, d’où les équivalences suivantes : servir la beauté, c’est servir le divin ; servir la poésie, c’est servir Aphrodite. Comme la déesse, Sapphô collecte les perles de rosée. Elle est une gardienne, hautement responsable des trésors que sa vie sur terre lui permet de trouver.
Sapphô place ses vers, comme sa vie entière, sous l’autorité et la protection d’Aphrodite « d’or-couronnée » (33) : « Déesse au trône diapré, immortelle Aphrodite,/Fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie :/ […] Viens à moi » (1). Elle lui rend un culte assidu, avec ses rites et ses offrandes : « Et pour toi mon offrande d’une chèvre blanche » (40), « Aux sains rites../jamais../ nous ne faisions défaut, nous n’étions pas absentes//pour le bosquet sacré/..et la danse../..et le bruit.. » (94). Elle porte une couronne de violettes, symbole floral de la dignité sacrée de son ministère (Aphrodite elle-même est « la déesse au sein de violette » (103)). Entièrement dévouée, Sapphô est aussi extrêmement lucide, car pour atteindre le ciel, nous avons besoin des dieux : « Toucher le ciel ? Je ne crois pas, avec mes faibles bras » (52) d’où ces invocations ferventes : « Pures Charites bras-de-roses, à moi, filles de Zeus ! » (53), «  Et toi-même,/ sois combattante à mes côtés »(1).
Rendre un culte à la déesse permet, dans le même mouvement, de définir un idéal de perfection : Aphrodite est « .. bien plus mélodieuse que la lyre../ plus dorée que l’or » (156). Aussi les poèmes sont-ils avant tout œuvres de louange : célébration, extase, divination, en des vers vibrants, fervents, oraculaires. Les poèmes formulent des appels puissants, des cris incantatoires à l’adresse de la déesse : « Viens à moi, et maintenant encore ! De mon cruel souci/délivre-moi ! Tous les désirs de mon cœur passionné,/accomplis-les ! » (1). Sapphô s’adresse à la déesse, la déesse s’adresse à elle : « Et toi, ô Bienheureuse,/un sourire éclairait ton immortel visage/quand tu me demandais quel tourment nouveau était le mien » (1). Les poèmes accueillent en leur sein l’énigme et le secret. Aphrodite est en Sapphô, Sapphô est Aphrodite – elles s’expriment tour à tour, distinctes et consubstantielles.
Une dimension sacerdotale irrigue, innerve donc toute la poésie de Sapphô, et plus particulièrement, les épithalames. Ces poèmes de circonstance, composés pour être chantés lors d’un mariage, vantent les vertus de l’hyménée : «  - Époux fortuné, ah ! oui, ton mariage selon ton vœu/s’est accompli, tu possèdes la vierge que voulait ta prière../ - Et toi, que ta forme est gracieuse ! Tes yeux../ de miel, l’onde d’amour s’est répandue sur ta face charmante./ .. au-dessus de toutes t’a honorée Aphrodite  » (112). Dans le fragment 111, la noce entre les deux époux se double d’une rencontre au sommet entre les dieux. On touche au divin – au sacré de l’amour. Les époux ne sont pas seulement deux – ils incarnent les divinités qui les protègent. Si la jeune mariée est l’enfant chérie de la déesse « au-dessus de toutes t’a honorée Aphrodite », le marié lui est « l’égal d’Arès » (111). On retrouve ces équivalences dans le fragment 44, consacré aux noces d’Hector et Andromaque : « La flûte doux-chantant et la confondaient leurs accents,/et le vrombissement des crécelles. Lumière aiguë, la voix des jeunes vierges/chanta le chant sacré, et arriva jusqu’à l’éther/l’écho divin../Partout c’était dans les rues../vases et coupes../Myrrhe, cannelle, encens confondaient leurs parfums./[…] et ils célébraient Hector et Andromaque pareils aux dieux ».
Corrélat ou conséquence de cette innutrition religieuse, le « je » sapphique est un « je » fortement traversé, un « « je » toujours ému, coloré, requis par plus haut que lui. Une « je » qui reçoit, accueille, accepte le Tout Autre : un sujet inspiré, donc, animé d’un souffle qui le dépasse – un « je » capable de se renouveler, très personnel, certes, très individué, mais aussi capable d’extension, d’élévation et d’illumination : puissamment ouvert au divin.

3/Le chant du désir.
Les Odes et fragments forment un merveilleux creuset – une œuvre en creux, avec des résonances très particulières. Sapphô parle en son nom propre et au nom de la déesse de l’Amour, laquelle lui porte aide et soutien dans ses entreprises amoureuses : ainsi la poétesse fait-elle parler la déesse : « Quelle fille de nouveau dois-je persuader/de te séduire à elle en son spasme d’amour ? Quelle amie,/ô Sapphô, te porte préjudice ?// Car si elle fuit, bientôt elle sera chasseresse. Si elle refuse les cadeaux, demain elle s’offrira./ Si elle n’est pas amoureuse, bientôt elle sera amoureuse,/même contre son gré. » (1) Les poèmes tantôt liturgiques, tantôt amoureux, tantôt les deux à la fois, accueillent le féminin dans toutes ses dimensions. Sapphô est une femme multiple, aux élans vastes et à l’inspiration profonde, au service d’une seule et même cause : l’amour qui toujours doit faire valoir ses droits et son prestige : « mais je suis amoureuse, moi, des plaisirs délicats du luxe et de la grâce./Amour fut ma conquête du soleil, de son éclat brillant/de sa beauté » (58).
De poème en poème, et, a fortiori, dans les Épithalames, Sapphô affirme le primat absolu de l’amour : « Une troupe de cavaliers, disent-ils, ou de soldats à pied,/une escadre, rien n’est plus beau/sur la terre bleu et sombre. Mais, moi, je dis : /c’est celui-là ou celle qu’on aime d’amour » (16). Sapphô, par principe autant que par nécessité intérieure, n’y renonce jamais : «  J’aspire à qui me manque et je cherche ardemment » (36). Chanter le désir, célébrer la plénitude amoureuse, telle est la vocation profonde de toute vie et de toute poésie : « Pour mes amies, mes sœurs, / je veux chanter de ma voix belle ce chant de nos plaisirs » (160). Aussi les poèmes déploient-ils un climat de sensualité exaltant les parfums, les chevelures, les tresses et les bandeaux, magnifiant les couleurs florales, les saveurs fruitées : « .. un chevrier.. désir.. sueur../.. la rose.. je le dis.. » (74), «  les couronnes, souvent, de violettes/et de roses ensemble, de crocus,/dont tu ornais ton front, près de moi//et les guirlandes odorantes, leurs fleurs entrelacées,/que tu jetais/autour de ta gorge fragile,//toute l’huile parfumée/l’onguent précieux dont/tu frottais ton corps, comme une reine » (94). Le désir est une énergie qui se dit, se communique, se transmet : «  le désir éploie son vol » (22), « .. Éros a ébranlé mon/âme comme le vent dans la montagne quand il s’abat sur les chênes » (47), il est aussi un souffle : «  ..tu le voudrais.. un peu.. être emportée » (88), « un pieux silence en moi/pour accueillir le souffle du vent d’ouest../mais à toi, par le vent apportée  » (90), « Tu es venue, et moi ardemment je te voulais./Tu as froidi mon cœur brûlé par le désir » (48). Participant d’un immense amour de la vie, il permet, comme on le dit désormais, une vivance exceptionnelle, et que la poétesse voudrait infinie : « .. prier pour que la nuit me dure le double » (197). Avec la venue de l’âge, l’amour, plus encore, affirme sa nécessité, et Sapphô entend le chérir jusqu’à son dernier souffle : «  car moi je serai amoureuse.. aussi/longtemps qu’il y aura souffle en moi.. ce sera mon souci.. » (88).
De fait, la mort du désir ou l’absence de l’autre au désir rendent amer ou nostalgique, ainsi le signale le ton élégiaque de certains fragments ; voici l’heure des douleurs et des déconvenues : «  <Éros> donne souffrance » (172) ; « .. tresseur-de-fables <Éros> » (188) ; «  Éros, de nouveau, le briseur de membres, sous les frissons me courbe,/doux-amer, qui déjoue la manœuvre, sinueux » (130) ; «  inconstante.. douloureux../amer aussi../sache-le  » (88) ; «  te sera venu l’oubli de moi// ou tu en aimerais une autre plus que moi  » (129).
Le fragment 31, le plus complet dont nous disposions, est révélateur à bien des égards de la conception sapphique de l’amour. Sapphô y est témoin du désir d’un homme pour une femme et d’une femme pour un homme :
Il m’éblouit, il goûte le bonheur des dieux cet homme qui devant toi prend place et près de toi écoute, captivé, la douceur de ta voix.
Ah ! ce désir d’aimer qui passe dans ton rire. Et c’est bien pour cela qu’un spasme étreint mon cœur dans ma poitrine. Car si je te regarde, même un instant, je ne puis plus parler.
Mais d’abord ma langue est brisée, un feu subtil soudain a couru en frisson sous ma peau, mes yeux ne me laissent plus voir, un sifflement tournoie dans mes oreilles.
Une sueur glacée couvre mon corps, et je tremble, tout entière possédée, et je suis plus verte que l’herbe. Me voici presque morte, je crois.
Mais il faut tout risquer… puisque..

Ce poème, construit en spirale, donne à sentir le tourbillon du désir : échange des regards (« cet homme qui devant toi prend place »), échange de signaux (« cet homme … près de toi écoute captivé, la douceur de ta voix »/, «  ton rire ») ; le « je » spectateur d’une telle félicité est quant à lui touché par la douleur et réduit au silence (« je ne puis plus parler », «  ma langue est brisée »), devient aveugle « mes yeux ne me laissent plus voir » et incapable d’entendre : « un sifflement tournoie dans mes oreilles ». Fait remarquable, Sapphô ressent l’émoi, tour à tour, de l’homme et de la femme, de l’amoureux et de l’amoureuse – projection et introjection qui tendent à subsumer leurs identités respectives pour les placer sous le règne entier du désir. Celui-ci entraîne l’être hors de ses limites, l’emmène, le transporte, puisque l’âme habite, le temps de la fusion amoureuse, le corps de l’autre. La transe décrite par Sapphô dit bien ce phénomène d’incorporation, qu’elle prend, dans l’éblouissement, à son propre compte : c’est qu’on ne comprend bien que de l’intérieur, et qu’aimer, c’est connaître.

Perspectives…
Sapphô, nous le mesurons, est une poétesse autant qu’un guide spirituel. Ses poèmes, dont la dimension didactique est évidente, délivrent un art de vivre. Elle sait, et se prévaut de cette science et de cette sapience. Se dessine dans les fragments collectés quelque chose comme une philosophie – et je ne prononce pas ce terme au hasard, la philosophie étant née dans le monde grec au début du sixième siècle (Sapphô était l’exacte contemporaine de Thalès (630-570) et la quasi-contemporaine d’Anaximandre (610-540)). Certains fragments, du fait de leur morcellement, détiennent une réelle puissance aphoristique : « être../atteindre »(17), « invoque pour/entièrement/la fête » (28), «  nous vivions.. face à face.. oser../ les créatures humaines..  » (24), « mais prier pour le partage//.. au-delà de l’attente » (16). D’autres comportent une importante dimension morale – que signifierait le langage de l’Éros, s’il n’était accompagné d’un tant soit peu d’éthos ? : «  Beauté ne demeure que le temps d’un regard./Mais la vertu aussitôt sera beauté demain » (51), « - ‘Si tu avais désir des vraies richesses et du beau,/et si ta langue ne remuait à dire mauvais ramage’ » (137). Certains vers prennent valeur de sentences ou de devises «  Ne déplace pas le cairn  » (145), « Argent sans vertu n’est pas innocent voisin » (168), ou encore celui-ci, dont nous nous sentons les destinataires privilégiés : « .. tant qu’il y a votre désir » (45)…

Florence Saint-Roch


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