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Arnaud Forgeron – Apprendre à aimer chaque pas, par Irène Duboeuf

lundi 14 janvier 2019, par Cécile Guivarch

Editions Encres vives 2018 – Collection Encres Blanches, 16 pages, 6,10€

Avec ce recueil parcouru d’eau et de vent, éclaboussé d’embruns, traversé de formes translucides, de silence, de nostalgie, où la vie s’écoule « délicieusement grise  » entre berges et rivages, Arnaud Forgeron surfe sur sa ligne de vie entre obscurité et pleine lumière et poursuit ses questionnements sur l’être et le non être, la fuite du temps et la finitude dans une inlassable quête de l’inconnu, «  Le balancier du jour, de la nuit, de nos nuits, mettant plus ou moins de lumière à nos yeux de fortune, d’infortune, c’est selon, selon le moment, selon l’humeur de nos chairs, la couleur empourprée de notre sang, les tresses nocturnes de nos rêves. »

Deux parties composent Apprendre à aimer chaque pas : la première, intitulée Tissée l’instable, nous livre les fragments d’une vie et des êtres qui la peuplent et nous invite à « redéfinir l’avancée de nos jours/ sans déranger la mort.  » Ne pas avoir peur de l’abîme, l’apprivoiser.
« Alors nous construisons des ailes à nos pensées pour prendre les devants, anticiper l’inéluctable, par les courants d’imaginaire et d’inconnu nous nous envolons vers l’à-côté des choses. »

Poser un regard décalé est en soi un acte poétique. Le poème affleure dans toute chose, le poète, lui, effleure, suggère par des images où il juxtapose les contrastes comme pour souligner la dualité du monde :

« Nous nous élançons dans l’or et le charbon… »

« Il y a des traces assourdissantes »

« La lune se pare de ses plus belles plumes blanches et ses gouffres sont les grands yeux noirs que nos rêves regardent fixant le vertige délicat où nos chairs s’abîment. »

L’auteur va trouver une certaine quiétude dans un lieu qui lui est cher, celui où il vit, non loin de celui de son enfance. Ainsi est introduite la seconde partie, La belle maison (du nom du lieu d’habitation de l’auteur) qui s’ouvre sur un paysage tout d’abord gris et noir empli de mélancolie où l’auteur apprend à se contenter de peu, où les jours se ressemblent mais peuvent être grands dans leur insignifiance, il suffit d’apprendre à aimer chaque pas.

« Aujourd’hui est un grand jour
comme les autres. »

« Pour mieux sourire mieux vaut savoir se frotter à la cendre »

En parfaite symbiose avec la nature, Arnaud Forgeron, poète discret, nous offre des textes qui chuchotent de leurs lèvres d’encre pour ne pas déranger l’ordre des choses.

Entre exploration et introspection, il nous amène peu à peu vers une forme d’apaisement, où « tout est limpide, parfaitement à sa place ».

Le recueil se termine dans la lumière : la fuite du temps, à défaut d’être maîtrisée, peut du moins être acceptée. L’auteur parvient à prendre possession de l’instant, cette fine brèche entre un passé irrémédiablement perdu et un horizon où tout peut advenir, où l’être humain, dégagé de tout simulacre, apparaît à la fois dans sa fragilité (il se sait mortel) et sa puissance (il est capable de contempler la vie et de sourire de son destin), car il est en mesure de prendre le temps de mourir.

Irène Dubœuf 03/01/2019


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