Terre à ciel
Poésie d’aujourd’hui

Accueil > Et d’autres feuilles > Hôpital des poupées, Jacqueline Saint-Jean par Marie-Hélène Prouteau

Hôpital des poupées, Jacqueline Saint-Jean par Marie-Hélène Prouteau

mercredi 15 juillet 2020, par Cécile Guivarch

Ce livre est un petit bijou qui ravive l’émotion des lointains de l’enfance. La nostalgie de ces temps où l’on réparait les poupées. Cet Hôpital de poupées, la poète Jacqueline Saint-Jean l’a découvert à Lisbonne, Hospital de Bonecas.
L’ouverture du recueil sur des lignes de Pierre Reverdy donne le ton : « Fétiche. Petite poupée, marionnette porte-bonheur, elle se débat à ma fenêtre, au gré du vent… ». S’ensuivent une vingtaine de poèmes et une dizaine de photos en noir et blanc de Francis Saint-Jean. Ces figures qu’elle côtoie, poupées cassées, sans bras, la poète a de la tendresse pour elles. Pour ces visages abîmés, ces corps de porcelaine disloqués :

« Couchée dans son moïse
la tête ébréchée
dans sa robe à fleurs
de quel saccage rescapée
de quel exode
les paupières closes
sur quelle enfance perdue »

Ces poupées brisées dans la poussière du temps font merveilleusement rêver. Tant elles ont été celles à qui l’on racontait tout, pour qui l’on inventait un monde. Figures bienveillantes, transitionnelles, si étrangement vivantes. La poète, toujours sensible au mystère des êtres comme dans ses nombreux recueils, leur redonne vie et chair :

« Que fais-tu ici
désuète dans tes atours
princesse de cérémonie
tombée de quelle histoire »

Ces figures nous touchent car ils ramènent à l’esprit d’enfance chanté par les poètes et par le philosophe Nietszche. C’est le pouvoir du chant poétique de nous remettre de plain-pied avec cet âge, de nous en faire partager la grâce.
Evoquant son recueil, Jacqueline Saint-Jean écrit « Miroir de nos désirs, de nos peurs, nos chimères, confidente, fétiche, figurine des fécondités ou effigie sacrée, de tout temps les poupées accompagnent les humains ».
Plus encore, ces corps ravivent des scènes venues des violences de l’Histoire ou du sort des femmes :

« Des amas de jambes gisent
matricule au pied
sur les pas perdus »

Comment ne pas songer, en creux, à ces douleurs de temps sombres ?
Ainsi naît, pour le grand bonheur du lecteur, la magie de la « poupée-poème ».

Marie-Hélène Prouteau


Pour plus d’informations :
Parcours Jacqueline Saint-Jean, Entre sable et neige, édition Spered Gouez.
Jacqueline Saint-Jean ou l’aventure d’être au monde en poésie, par Marie-Hélène Prouteau, Terres de femmes.


Bookmark and Share


Réagir | Commenter

spip 3 inside | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 Terre à ciel 2005-2013 | Textes & photos © Tous droits réservés